LA MAISON DÉSERTE
Adeline, en suivant cette route hasardeuse, était occupée de mille soins qui se rapportaient à son ami. Elle essayait de deviner les gites où il viendrait se reposer; elle eût voulu faire préparer le lit où il dormirait, recommander le marin fatigué aux soins des domestiques. Elle sentait bien l'inanité de ses suppositions, et le danger même qu'il y aurait à annoncer le voyageur, parvint-elle à se cacher de Gabriel; mais cette sollicilude sans profit occupait encore et ebarmait le voyage. En plusieurs lieux elle laissa volontairement, pour lui, quelques traces de son passage. Ici c'était la boucle
connue d'une ceinture, et là des inscriptions crayonnées sur le parquet d'une glace. Elle eût volontiers, dans sa tendresse enfantine, dispersé les miettes de son pain pour attirer Henry sur ses pas.
Henry ne rencontra aucun de ces indices, si ce n'est une écriture demi-effacée, contenant le proverbe espagnol que l'auteur des Templiers a depuis traduit chez nous par un seul vers : « Les dieux ont un Olympe, et nous une patrie. > Encore devina-t-il plutôt qu'il ne lut ces paroles; car la pudeur maratiste d'un commis marchand avait déjà effacé du pouce les deux premiers mots mal sonnants : les dieux. Le reste des caractères écrasé ne donna à Henry qu'une suspicion passagère, écartée bientôt avec un soupir.
Pendant ce temps, sur le bord d'un fossé, entre Cavignac et la Dordogne, à une forte journée encore de Bordeaux, Adeline avait rencontré un homme qui semblait n'attendre plus, pour succomber, que la présence d'un chrétien et la certitude qu'on prendrait soin de ses restes. Il avait le visage tourné vers le soleil, et les mains jointes sur sa poitrine. Il ne murmurait pas, il priait. Adeline, toujours bonne, sentit en co moment s'exalter encore sa charité: et celte pensée : Si Grangeneuve était jamais dans un tel abandon! la décida à voler au secours de l'inconnu. Elle souleva sa tête, et lui fit respirer un flacon de sels. Elle avait hâte, elle avait ferveur de mériter, par son zèle, la proteelion de Dieu et des hommes en faveur du proscrit qu'elle aimait.
Elle envoya aussitôt Gabriel au prochain village demander des porteurs, un brancard, une voilure, ce qu'on pourrait se procurer, et elle resta seule avec le malade. Ils l'avaient pourtant, elle et son étrange serviteur , transporté à quelque distance, sous la hutte abandonnée d'un berger. Gabriel, incapable de comprendre une philanthropie si désinléressée, avait rôdé plusieurs fois, avant de partir, autour de l'inconnu; mais, sur enfin que cet homme, dont les cheveux commençaient à blanchir, ne pouvait répondre à l'âge de trente-deux ans que portait le signalement de Grangeneuve, il s'était résigné à obéir à ce qu'il appelait un caprice.
L'inconnu reprit ses sens, ranime par les soins et la voix si douce de l'ange qui lui étail envoyé.
— Merci 1 ma sœur, i'urcnlles premiers mots qu'ilprononça.
— Prenez courage et confiance, monsieur, répondit Adeline en souriant du bon succès de ses premières peines. J'ai envoyé vous chercher des secours; et, si vous en avez la force, nous serons ce soir même, ou demain de trèsbonne heure, à Bordeaux.
— Bordeaux! reprit avec un sentiment d'effroi le malade. Ah! laissez-moi mourir ici, madame ; je ne veux plus revoir cette ville : elle est si peu hospitalière, si peu miséricordieuse!
Adeline ne saisit pas bien le sens de ces mots, et le blessé sembla regretter de les avoir dits. Tous deux s'observaient en silence. Il y avait déliance et anxiété départ et d'autre. Telle était la terreur alors si universellement répandue, que toute sympathie étnit combattue comme un piège. La charité et la reconnaissance se défiaient l'une de l'autre. Enfin Adeline, avec cette étourderic généreuse qui était le fond de son caractère :
— Monsieur, je ne vous demande ni le récit de vos peines, ni le secret de vos opinions; mais en deux mois vous saurez ma pensée, afin de vous confier ensuite ou de pouvoir feindre. Dans tous les cas, votre malheur est sacré. Ce qui m'occupe, moi, ajouta-t-cllo, est le soin de retrouver un ami; et les vœux que je forme pour notre France sont de voir triompher le parti qu'on appelle de la Gironde.
Le blessé serra doucement la main de la jeune femme.
— Et moi je suis royaliste, dit-il; mais la conformité de revers et de noire exil m'a fourni l'occasion de connaître vos amis. Hélas! je viens d'en voir périr deux... et je m'accuserai toute la vie de n'avoir pu donner mon sang pour les défendre.
— Savcz-vous leurs noms ? dit Adeline, pâle et les lèvres déjà tremblantes.
— Hélas! oui, madame.
— L'un d'eux ne se nommait-il pas?...
Elle allait peut-être dire Grangeneuve; la crainte de le trahir l'arrêta.
— Les deux victimes, rejetées par leurs frères, madame, et livrées cette nuit même aux tortures, s'appelaient Duzot cl Péthion.
— Péthion ? répéta Adeline stupéfaite.
— Oui, le maire de Paris, l'homme qui fut désigne pour
être instituteur du prince royal. Des loups affamés sous
mes yeux!...
Adeline s'assit de faiblesse sur le gazon.
— Ah 1 madame, n'allons pas à Bordeaux, reprit le prêtre.
Car le blessé était un prêtre. — Il avait été condamné à Paris par le tribunal révolutionnaire; et, parvenu à s'échapper des prisons de l'Abbaye, il cherchait à gagner la frontière pour se réfugier en Espagne. II avait été obligé de sortir des murs de Bordeaux, après y avoir passé quelques jours de persécution. Il se nommait Paul Blondel.
— Madame, dit-il après avoir calmé un peu son émotion, et pour répondre à un regard de sa bienfaitrice qui sollicitait timidement sa confiance, c'est bien à tort que les Girondins s'étaient flattés de trouver asile et protection à Bordeaux. Le noble et trop confiant Guadet les avait pour ainsi dire attirés ici, en les flattant du dévouement de ses compatriotes. — Nous sommes sauvés, leur avait-il dit, dès qu'arrivés au Bec d'Ambès il eurent échappé aux dangers de la mer. Vous allez connaître mes amis; c'est ici la noble Gironde; la France entière peut fléchir, mais Bordeaux nous sauvera.
Vaine promesse! déception d'un cœur généreux! Le hasard me les fit rencontrer, ces proscrits, et les mêmes intérêts nous lièrent. J'ai pu méditer sur d'affreux exemples d'égoïsme et de dureté. J'ai vu Louvet, madame, prêt à mourir à la porte d'une femme parente et autrefois amie de Gaudet. On lui a refusé d'ouvrir. — Une chambre et du feu pour lui seul, et deux heures seulement ! criait douloureusement à travers la serrure l'ancien ami. — Impossible! — Un peu de vinaigre, un verre d'eau, ne fût-ce que par la croisée 1 — Impossible!
Barbaroux s'est frappé d'un coup de pistolet devant nous. Et enfin, dans la vue de nous rapprocher de la mer, a/ec l'espérance de nous embarquer, hier, Péthion, Buzotetmoi, nous nous sommes jetés dans les grands bois qui s'étendent ici vers la droite. A minuit, mes deux compagnons, accablés de fatigue, ont refusé d'aller plus loin. 11 se sont imprudemment couchés au pied d'un arbre; j'avais gravi sur la cime, en les engageant à imiter mon exemple. Au lever du jour, réveillé par la cloche d'un village qui doit
être Estissac, j'ai vu tout à coup s'avancer sous le feuillage deux couples d'animaux féroces. Ils avaient la gueule ouverte et les yeux sanglants. J'ai crié, j'ai cassé autour de moi des branches pour avertir mes compagnons, effrayer, repousser leurs ennemis: vains efforts 1 les loups se sont élancés comme la flèche. Buzot, le plus heureux peut-être, a été étouffé dans son sommeil; mais j'ai vu disperser les pauvres membres de Péthion. Descendu à leur aide, mais arrivé sans armes et trop tard, j'ai été assailli à mon tour, et poursuivi dans les taillis. L'appât sans doute, et la certitude d'une autre proie, a pu faire abandonner ma poursuite. Une blessure à la poitrine, madame, et ces lambeaux de chair qu'il faudra, vous le voyez, séparer du bras gauche, sont la morsure des furieux animaux. Quel spectacle doit offrir la clairière où sont demeurés les restes des deux martyrs 1
— Robespierre, dit Adeline, a trouvé des bourreaux dignes de lui !
Cependant Grangeneuve avançait aussi sur cette route semée de tant d'écueils et déjà arrosée de sang. Il avançait pendant que la jeune femme avait fini elle-même par vaincre la résistance de l'abbé Blondel à revenir à Bordeaux. Elle lui faisait remarquer assez judicieusement que, quels que fussent les dangers que présentait la ville, les campagnes étaient moins sûres encore, toujours parcourues par d'impitoyables séides. Elles n'offraient aucun asile stable, tandis qu'à Bordeaux elle-même aurait des ressources à lui offrir pour se créer une retraite.
— D'ailleurs, dit-elle, si vous deviez succomber, vos derniers moments ne seraient ici utiles à personne; là-bas, votre exemple, votre saint ministère, votre dévouement peutêtre, peut encore sauver ou consoler un frère.
Cette considération parut décider l'abbé Blondel.
Grangeneuve arriva dans la nuit. Il rencontra, comme il l'avait demandé, son cher Dumeyril sous le porche ténébreux de l'cglisede Saint-Bruno. Dumeyril le reconnut à peine. Il conduisit le voyageur dans un quartier fort éloigné de celui qu'il habitait lui-même. 11 avait pensé, avec raison, que si on savait ls conventionnel de retour, on iC chercherait chez ses amis plutôt qu'ailleurs. Notre avocat était un de ces caractères que l'emportement de l'amitié ne pouvait jais
mais égarer, mais qui savent offrir un commerce sflr ~t loyal à ceux que ne glacent pas eux-mêmes un certain manque de chaleur.
Toutefois, Dumeyril remarquait en marchant les changements qui s'étaient faits dans les traits de Grangeneuve, et quelles traces ineffaçables y avaient laissées les passions.
La maison devant laquelle s'arrêtèrent les amisétait formée de toutes parts et paraissait depuis longtemps inhabitée.
— Voilà, dit Dumeyril, le logis d'un émigré dont vous pouvez disposer comme du vôtre. Je suis chargé de ses affaires; j'ai la libre disposition des biens que je n'ai vonlu administrer qu'à litre gratuit, et je suis assuré qu'il approuverait l'usage que je fais de son hôtel désert. Pourvu que vous n'ouvriez jamais les fenêtres et leurs persiennes, que vous vous absteniez de descendre au jardin le jour, et de faire le moindre feu dont la fumée, au-dessus des maisons, pourrait vous trahir; disposez et usez, mon cher camarade, de ce vaste manoir comme s'il était le vôtre.
Grangeneuve ne put s'empêcher de sourire. Il se ressouvenait des recommandations à peu près pareilles faites à Montmorency. Mais, une fois entré dans sa résidence nouvelle, à la faveur d'une porte imperceptiblement pratiquée dans un mur élevé, il trouva partout les traces d'une prévenance hospitalière et d'une bonté affectueuse que ne semblait nullement promettre la sévérité de son froid protecteur.
Comment Adelineavait trouvé le moyen desavoir, avant l'arrivée même de Henry, quel serait le lieu de son refuge; et de pénétrer avant lui dans celte espèce de forteresse si bien fermée, afin de s'assurer que rien ne manquerait à son bien-être; et de savoir, même avant une mère et une sœur, qu'il avait enfin touché le port, c'est un mystère que personne, pas même Gabriel, ne sut pénétrer. Pour Gabriel, au grand étonnement de la jeune femme, il avait demandé son congé dès le lendemain de leur arrivés à Bordeaux. Adeline n'avait osé ni le retenir, ni lui faire savoir qu'elle le connaissait. Elle fut tentée de se réjouir quand il annonça qu'il allait poursuivre sa route vers lîayonne. Mais le sui lendemain de te départ, elle vit, à l'une des promenades de Borùoaux, sou5 les allées de Tourny, un personnage de pelitmaitre qui ressemblait singulièrement à Gabriel.
Henry, après s'être reposé un jour seulement, sentit l'impérieux désir d'aller embrasser sa vieille mère. Il attendit le soir avec impatience pour approcher de la maison où s'était écoulée son enfance. Madame et mademoiselle Grangeneuve ne partageaient point, comme nous l'avons annoncé ailleurs, les opinions politiques du député. Ce n'est pas qu'elles eussent des convictions fortes et surtout raisonnées; mais la tradition des familles parlementaires, et l'autorité ecclésiastique sur l'esprit de deux femmes vouées à la retraite et aux pratiques pieuses, les avaient maintenues dans le respect des choses royales et dans l'éloigncment des idées du siècle. La mère savait que son fils était beau et plein de talent; la sœur estimait dans son frère l'honneur et la probité même; c'était assez : ni l'une ni l'autre ne s'informaient du reste, et surtout pour contester. Le monde et la retraite avaient partagé cette famille en deux parts, mais une indulgence mutuelle et une tolérance complète régnaient entre eux. Quand ces dames eniendaient parler des succès de Grangeneuve à la tribune, elles en étaient toutes fières et heureuses pendant un jour; mais l'intérêt de leur curiosité de leur vanité, la confiance en leur propre jugement, n'allaient jamais jusqu'à se procurer le Moniteur, afin d'apprécier elles-mêmes l'éloquence de leur idole. La sœur, qui avait renoncé au mariage, regardait Henry comme un mari absent. Elle administrait les biens communs dans un système d'économie et d'ordre qui se rapportait toutefois à l'établissement futur de son frère. Elle aurait bien voulu qu'il prit une compagne, et surtout la lui choisir elle-même parmi ses bonnes amies de Bordeaux, peu nombreuses et déjà dans l'âge de discrétion; mais elle n'aurait pas décidé nettement à quelle opinion dans l'assemblée appartenait l'homme qu'elle regardait comme un maître chéri.
Quand, à la clarté du réverbère demi-éteint, Henry reconnut l'humble façade de la maison paternelle, il s'arrêta., d'émotion d'abord, et puis d'étonnement , tant il trouvait cette maison petite. (1 tira l'ancienne chaînette de fer, et le timbre un peu grave de la cloche remua ses souvenirs d'enfance. Il s'attendait à voir paraître Madeleine ou François, un des deux domestiques, dont la première était dans la maison plus ancienne que lui-même; niais on lui avait laissé ignorer que la pauvre bonne était morte; et le factotum était
allé recueillir une succession dans son petit village de Languedoc. L'homme qui le reçut, ne démêla sur cette figure aucun trait qui fût pareil à ceux delà sœur, bien que la ressemblance fût assez remarquable; et, quand l'inconnu demanda madame Grangeneuve, le domestique le pria d'attendre et de s'asseoir dans la salle du rez-de-chaussée.
— Monsieur aurait-il des nouvelles de notre maitre ? demanda l'officieux successeur de François. Nos maîtresses en sont fort inquiètes : elles sont à l'office du soir; elles ne tarderont pas à revenir.
— Oui, dit Henry, je les tirerai peut-être d'inquiétude, pour un moment.
— Tout n'est donc pas désespéré, citoyen ? reprit le nouveau serviteur, — car il ne savait pas à quelle espèce d'homme il avait affaire. — Croyez-vous que M. Henry revienne jamais à Bordeaux?
— J'ai des raisons pour en être sûr. Mais laissez-moi me réchauffer un peu au feu de votre cuisine. Vous faites à tort des cérémonies avec moi ; je serai mieux là que dans cette salle assez froide où ces dames ne descendent plus, à ce qu'il paraît.
Au lieu de répondre, le gardien de la maison s'émerveillait à voir l'étranger sortir de la pièce où il l'avait introduite, prendre à tâtons un passage assez sombre à côté de l'escalier, ouvrir une porte difficile, et s'installer sans embarras devant un âtre riant où il avait tant de fois passé de joyeuses veillées entre sa sœur et Madeleine.
— Vous connaissez la maison, monsieur; vous y êtes déjà venu peut-être ?
Et il n'articulait déjà plus le mot de citoyen.
— Oui, mon ami, dit Grangeneuve avec complaisance. Mais voilà une chose que je n'avais jamais vue, par exemple, c'est une gazette. C'est vous certainement qui vous donnez ce passe-temps-là ?
— Mon Dieu non ! dit le pauvre diable qui ne savait pas lire. Ce sont ces dames qui, dans leur chagrin de ne pas recevoir aujourd'hui des nouvelles de Paris, se sont imaginé qu'elles trouveraient là-dedans quelque chose. Je viens d'aller chercher ça chez M. le vicaire, et on m'a bien dit de le rapporter exactement demain matin.
Grangeneuve s'empara nonchalamment de la gazette, car
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ses yeux et son attention erraient sur tous les objets qui l'environnaient. Le moindre meuble avait de l'intérêt pour lui; l'exactitude avec laquelle chaque chose était conservée à la même place lui semblait une sorte de religion domestique. Il comprit là le culte des anciens pour les dieux d'argile qui gardaient l'approche du foyer, et il se promit dans son cœur de ne plus quitter la maison de sa mère.
— Monsieur, voulez-vous monter dans la chambre do madame ? dit d'une voix toujours plus confiante le domestique.
Henry ne l'écoutait plus; il avait ouvert cette feuille. On y racontait avec jubilation les derniers moments de quelques-uns de ses amis. L'assurance des condamnés à l'heure suprême, leurs cris patriotiques étaient bassement traités d'insolence. Ducos avait chanté ! Le noble maintien de madame Roland, en quittant son époux et sa fille, était expliqué par l'insensibilité de son cœur et une effronterie indigne de son sexe !
— Ah ! égorgez-nous, dit à demi-voix Grangeneuve; mais ne nous calomniez pas.
Puis, en tournant la page sanglante, il vit les dispositions d'un décret nouveau. Il ne pensait guère à le lire; il avait tant fait, tant vu faire de loisl II était si las d'un despotisme dont il avait exercé sa part, qu'il allait remettre le papier à sa place, lorsqu'une ligne, lue des yeux comme il arrive quelquefois à votre insu et sans qu'on se rende compte de la signification des mots, revint présenter un sens effrayant à sa réflexion éveillée. Il reprit le décret : c'était celui qui, rendu contre les Girondins eux-mêmes, confondait dans leur prétendu complot et dans leur peine toute personne qui leur prêterait un asile. « Quiconque, disait le texte, aura recelé un de ces condamnés, sera, comme lui, passible de mort. La loi assimile aux traîtres ceux qui leur donnent asile. »
Au même moment la sonnette de la porte d'entrée retentit. Grangeneuve frissonna de se sentir chez sa mère. Si on venait l'arrêter I
— Voilà nos dames, dit l'empressé serviteur.
Et il courut ouvrir. Pendant ce temps Grangeneuve s'était placé sous le péristyle, dans un angle obscur ; et quand sa mère, en effet, eût passé bien près de lui, quand il cul
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senti bnltre son cœur à l'accent de voix si affectueux de sa sœur, il rouvrit doucement celle porte et s'enfuit inco. nui comme il élait entré.
Dans cetle maison si tranquille, la présence du fils eût apporté la morl à toute la famille.
Henry, en sortant, se crut observé. A quelques pas il se crut suivi. Il ne rentra dans sa retraite écartée qu'après de longs détours; mais le découragement qui l'avait saisi après cette connaissance nouvelle de la haine dont ses ennemis entouraient sa proscription, le fil penser à des résolutions funestes. Pourquoi, se dit- il, compromettre dés êtres qui nie sont chers, et garder la vie qu'une éternelle pensée empoisonne? Celte vie, si amère pour moi, si périlleuse pour les autres, qu'est-ce que j'attends pour en disposer? Il joignit quelques notes supplémentaires à ses dispositions déjà écrites, et plaça ses pistolets armés sur un meuble auprès de son lit.
Le lendemain les pistolets n'y étaient plus.
Au lever du jour, il les chercha vainement. Il ne put se ressouvenir que d'un bruit confus et léger qu'il avait cru saisir sous ses pieds, à l'étage inférieur. Mais, une heure après, il reconnut distinctement des pas réguliers autour de sa demeure, et il entendit se poser sur le pavé la crosse retentissante des fusls.
— La maison est cernée, dit Adeline ouvrant avec véhémence une porte inaperçue jusqu'alors. Voilà vos armes ! Si l'on pouvait découvrir celte cachette pratiquée là, dans l'épaisseur du mur, par la prévoyance de Dumeyril, Userait temps alors de faire usage de cette ressource.
Elle disparut.
Grangeneuve, étonné, demeura indécis; et telle fut la diversité de ses émotions rapides, qu'à pe.ne enfermé dans la mystérieuse retraite, il regretta d'avoir cédé à ce premier mouvement de conservation instinctive. Il n'était plus temps. Les émissaires du tribunal révolutionnaire de Bordeaux em plissaient déjà les appartements de l'hôtel; et, à leur tête. élait un homme jeune qui paraissait avoir le précoce génie <!e l'investigation et une ardeur de sang digne du Saint- Office. C'était Gabriel. *
ÛD chercha longtemps sans rien découvrir. On tira plusieurs coups de feu dans les cheminées, on sonda les murs
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avec des leviers de fer; tout fut inutile. Gabriel, abattu de fatigue et de découragement, s'était jeté sur un fauteuil, laissant les subalternes épuiser leurs derniers efforts, lorsqu'enûo, on lui amena une femme trouvée dans cette maison.
Adeline ne s'était point dérobée aux recherebos; peutêtre même avait-elle pensé que sa présence ferait diversion, et quelle pourrait tromper l'ennemi par ses paroles.
Son ancien serviteur et elle échangèrent un regard qui n'intimida que l'espion. Ils jugèrent lous deux les explications fort inutiles; et la jeune femme eut la dédaigneuse supériorité de ne pas sembler reconnaître son adversaire.
— Votre présence, lui dit celui-ci, est un indice de plus de la présence du traitre. Cherchez bien, vous autres! Nous devrions arrêter sur-le-champ sa complice, si nous n'avions pas pour vous, madame, des considérations particulières, le citoyen-président et moi-même...
Adclina haussa les épaules.
— Personne ne nie, répondit-elle, que celui que vous cherchez n'ait passé à Bordeaux. Il se peut qu'il se soit reposé quelques heures dans cette maison; mais vous êtes des coquins avec bien peu de talent et de perspicacité, si vous ne «avez pas, messieurs, qu'il a gagné le large depuis vingtquatre heures. Faites monter à cheval vos gendarmes; rendez-vous avec eux sur le rivage de Blaye, et allez prendre la corvette qui l'emmène avec vntre cavalerie. Ce sera la parodie d'un exploit récent du général Brune.
— S'il fallait que vous eussiez raison! dit Gabriel, nous nous vengerions sur la bicoque de L'aristocrate; et, plutôt que ne pas laisser trace de la justice républicaine, nous mettrions le feu à ce repaire d'émigrés et de Girondins.
Il observait, en disant cela, la physionomie d'Adel.ne; il lui sembla la voir pâlir.
— Allons, mes amis, reprit-il avec plus de colère, apportez ici une pipe, une botte de paille, et nous danserons autour du l'eu de joie. Aussi bien, ajou!a-t-il en procédant, comme il le disait, aux préparatifs de l'incendie, c'est aujourd'hui le 16 décembre, il l'ail froid : c'est la tète de Saint- Salsilis, mon patron, qui a remplacé les Quatre-Temps. Il vciiie, il neige, il fait les quatre temps! Les pauvres se rhauf-
feront un peu ; et on sèmera du sel après, sur l'emplacement des aristocrates.
On apporta une torche. Gabriel, qui se trouvait dans un des moments de son ivresse délirante, la saisit; et, par un hasard trop souvent funeste à ceux que persécute déjà la fortune, il la plaça au pied même de la boiserie qui cachait l'entrée de la dernière retraite de Grangeneuve.
— Adeline poussa un cri perçant et se précipita sur les flammes pour les éteindre sous ses pieds, au risque d'enflammer ses vêtements et de périr elle-même.
— Ah ! ah 1 dit le chef de police triomphant, il est donc là, le renard! Nous avons donc trouvé et enfumé la tanière? Brisez ces panneaux à coups de hache, mes amis, et laissezmoi faire ensuite. J'épargnerai au bourreau de la besogne. Dès qu'il se présente, celui-là, je lui passe mon épée vierge à travers le corps. La porte secrète s'ouvrit d'elle-même. Henry tenait ses pistolets, mais il était calme et résigné. Le furieux Gabriel se précipita sur lui, la pointe de son fer en avant. La main de Henry fut levée, le coup partit, et l'espion tomba. Trente hommes se ruèrent aussitôt sur le député, et il fut traîné en prison avant qu'Adeline elle-même eût repris connaissance.
De la maison où il avait été découvert, le proscrit ne fit qu'un pas au tribunal révolutionnaire, pour être interrogé par le président.
— C'est un bon patriote, que le président, disait à son camarade un des gardes nationaux qui escortaient le prisonnier.
— Nous le connaissons assez, reprit l'autre ; il n'a pas toujours été si fier et si riche; quand il n'était que maître d'école, on ne parlait pas de sa probité.
— Mais c'est un bon patriote I
— Il est heureux d'avoir rencontré à Paris le citoyen Hébort qui avait fait, de son côté, le même état que lui. De pédagogue à pédagogue, il n'y a que la main. Sans ce protccteur-là, il avait exercé tant de métiers suspects...
— Oui l mais c'est un bon patriote, ajoute encore le garde national.
Grangeneuve réfléchissait, pendant ce temps-là, à la singularité de la présence d' Adeline dans la maison qui lui avait servi de retraite. Il s'étonnait de son arrivée à Bor-
deaux, et telle était la défiance dont toutes ses pensées étaient alors envenimées contre elle, qu'il tira d'un tel événement la conséquence qu'elle était en rapport avec ses ennemis, non pour le faire périr, mais en intelligence de galanterie ancienne ou nouvelle, et il eut horreur de l'idée qu'elle voudrait peut-être employer cet espèce de crédit en sa faveur.
Il entra, plein de cette idée, au tribunal; et l'homme qu'il vit siégeant à la première place, le front couvert de plumes, et les reins cerclés par quinze tours d'une écharpe tricolore, c'était Lacombe.
Quelle joie insolente dans l'œil de cet homme! Quel maintien de brigand parvenu I Un contentement trivial dominait dans toute l'expression de sa personne. C'était un paonage féroce, un orgueil gonflé, comme le foie de ces oiseaux qu'on engraisse, les pattes clouées sur une planche. Lacombe paraissait cloué aussi à son tribunal, qui faisait partie de sa dignité.
— Dis ton nom, ton âge, ton pays et ta qualité? dit-il ou prisonnier : Qui es-tu?
— Un homme libre qui vous méprise, répondit Grmgcneuve. Faites votre métier sans user le temps et ma patience. Il ne s'agit que d'une identité à reconnaître. Or, vous savez ce qu'il faut écrire pour la constater. Faites préparer le procès-verbal, et je signerai.
— Il suffit, dit le président à ses acolytes et en se levant de son siège. On le représentera demain.
— Mais, citoyen I s'écria une voix dans l'auditoire, tu ne peux te dispenser de donner, fût-ce d'office, un défenseur au prévenu, sa déclaration ne suffit pas pour constater l'identité.
— L'intérêt que tu y prends, Dumeyril, la constate aux yeux de tout le monde, dit Lacombe, cette identité. Pour son procès, il est fait et jugé. On lui lira, dans son cachot, le décret du 7 frimaire.
Grangeneuve adressa à Dumeyril un regard où se peignait une reconnaissance bien désintéressée, et il se laissa conduire au fort du Hà.
Madame Grangeneuve avait été avertie, par le billet d'une main étrangère, de la situation où était tombé son fils. Ello ne comprenait rien à celte arrestation; elle alla trouver le sanguinaire président avec une sécurité touchante.
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Lacorabe abusa de la candeur de la mère. Quand la pauvre femme offrit sa fortune, il ut le désintéressé, cconduisit ses sollicitations à la faveur de paroles équivoques, d'assurances dérisoires, et la congédia en répétant avec un affreux sourire .-Votre fils sortira bientôt.
Le lendemain, au point du jour, Lacombe recevait un billet ainsi conçu :
t On vous demande un quart d'heure d'entretien secret, c Indiquez l'heure précise à la personne qui vous remettra c ces deux lignes. »
Le président reconnut l'écriture. Il était déjà informé, depuis plusieurs jours, de la présence d'Adeline à Bordeaux; il n'avait même jamais entièrement perdu ses traces, et sa passion pour elle, jointe à sa haine contre Grmganeuve, n'avait pas peu contribué à lui faire choisir, parmi plusieurs autres emplois, la présidence du tribunal révolutionnaire de Bordeaux.
— Petite, dit-il à Quenotte, qui était l'intermédiaire et l'ambassadeur de cette mission délicate...
Car cette fille, toujours dévouée, était accourue de Paris à la première instance que lui avait faite Adeline, résolue qu'elle était de se consacrer en ce moment à la servir avec plus de zèle que jamais.
— ... Vous direz qu'on vienne sans délai, car cette matinée n'est pas à perdre! Après mon déjeuner, j'aurai des décisions à prendre.
Sur la réponse apportée par sa compagne, Adeline, après des conventions bien concertées et arrêtées entre elles deux, passa, sans avoir dit quelle était son intention, une demi-heure au domicile de l'abbé Blondel, puis elle se rendit de là chez le juge, ce terrible et insolent proconsul qui, investi d'un pouvoir illimité, tenait dans ses moins la vie de Grang.'neuve et tout Bordeaux sous le joug.
— Que voulez-vous donc de nous, ma chère? dit-il à la jeune femme en affectant une froideur et une distraction hypocrites.
— La vie d'un innocent.
— Voulez - vous prendre une tasse de chocolat avec moi t
Adeline eut quelque peine à se retenir pour ne pas lui cracher à la face.
Lacombe, étendu sur un sofa, otoit dans un négligé magnifique. Il avait copié, sur Fabre-d'Églantine et Tallien, le goût récent d'un luxe dans le genre espagnol. C'étaient des bas de soie, des souliers de satin, une chevelure parfumée, et, sans s'embarrasser des contrastes, le bonnet rouge pardessus et l'ignoble rouppe des cor'deliers, richement doublée de taffetas bleu et de peluche chatoyante.
Il fit, sans se déranger, signe à Adcline de prendre place à côté de lui.
Adeline, sans s'arrêter à s'apercevoir de tant de barbarie et de lâcheté, resta debout, et demanda avec instance la liberté du prisonnier.
— Vous pouvez et vous devez faire celte action, dit elle. Il a été dans une constante opposition avec vous : celte conduite de votre part est digne de votre générosité. Manuel et Danton ont sauvé leurs ennemis personnels, et se sont honorés. Celui pour lequel je réclame n'est pas pour la Montagne un ennemi dangereux. Une retraite profonde sous un nom supposé, ou son départ pour l'Amérique, voilà tout ce que ses amis demandent. Et, pour moi, je vous en aur.ii une reconnaissance sans limite.
Le maître d'école ne daigna pas répondre tout de suite. Il découpait avec beaucoup de soin un ananas, et paraissait absorbé par cette occupation sérieuse. Enfin, il laissa tomber avec lenteur et un détachement absolu ces paroles :
— Il y a eu un temps, ma pauvre Adeline, où je n'avais rien à refuser à vos beaux yeux; mais je suis devenu autre au milieu des grandeurs. Le temps calme les idées; les caprices passent, et l'on est tout étonné de revoir sans émotion une femme qui vous a fait tourner la tête. Vous me retrouverez impartial et incorruptible.
— Je n'en doute pas, dit Adeline; mais les temps peuvent changer encore. Votre parti pourrait être vaincu à son tour; et, en révolution, il est noble et prudent de ménager ses adversaires.
— J'ai promis à Robespierre de boire avec lui la ciguë. Nous ne survivrions pas à cette république que voulaient diviser, fédéraliser vos Girondins. Nos vaisseaux sont brûlés : point de lendemain pour nous! Mais je vous connais, enfant. Il n'y a pas ici de pacte à faire; car, si je me confiais à vous, vous trahiriez vos promesses.
— Quand je me suis conduite autrement que vous ne l'espériez, dit Adeline, que vous avais-je promis?
— Rien de bouche; mais pourquoi aviez-vous alors, et pourquoi avez-vous toujours des yeux si doux?
— Est-il juste de me reprocher un ancien moment de dépit devenu, comme vous l'avez reconnu vous-même, l'origine d'une haute fortune?
Lacombe la contempla avec idolâtrie.
— Je serais fîère, ajouta-t-elle, si je pouvais, comme vous, exercer la toute-puissance, dispenser d'un mot la vie et l'espoir, répandre autour de moi le bonheur I
— Vous le pouvez mieux que personne, répondit Lacombe, avec une chaleur contenue et s'approchant de la cheminée où madame Gravier s'appuyait légèrement. Ne vous souvenez-vous plus de ce qu'implorait d'Adeline « l'épouvantai!, le tentateur? >
En répétant ces mots lui-même, l'amertume avait remplacé sur ses lèvres un sourire ébauché. Il se détourna brusquement de la solliciteuse et lui fît partager un découragement qui s'emparait de lui.
— Vous avez bien, eut-elle le courage de dire, modifié vos sentiments envers moi; d'où vient donc que le même événement ne se serait pas deux fois accompli? Est-ce toujours la sincérité qu'on récompense? et n'attend-on pas trop souvent, pour accorder le bon vouloir d'un retour, que l'objet qui le demandait s'en soit rendu indigne?
Lacombe, étonné, enivré d'orgueil, d'espoir, de luxure, laissa gonfler ses narines et étinccler ses yeux.
— Citoyen président! on t'attend à la commune, interrompit une espèce d'huissier qui servait de garde au maraiiste, et l'escortait d'ordinaire, un gourdin énorme à la main.
— C'est boni dit Lacombe impatienté : je sonnerai, si j'ai besoin de toi. — L'heure presse, ajoutait-il en se tournant vers la postulante, confuse et rouge : vous le voyez, ma belle Adeline.
— Eh bien t... dit-elle.
— Eh bien? dit-il. Ne ferez-vous rien de bonne grâce pour vos amis? pour en favoriser deux à la fois? Voulezvous couronner ma faiblesse? Je me sacrifie à vous.
— Que feriez- vous?
— Tout, si vous m'appartenez!
— Je le promets, dit-elle. Délivrez Grangeneuve, et je vous abandonne ma vie pour la sienne.
Adeline était venue dans cette résolution extrême;; elle portait des armes, elle avait tout avoué à l'abbé Blondeî.
— Votre vie? reprit Lacombe en haussant les épaules et grimaçant un riro moitié de bourreau et moitié' d'homme à bonnes fortunes. Qui est-ce qui parle de la vie? Qui est-ce qui demande si peu de cbose! 11 s'agit bien de cela! mais si j'avais une fois sauvé le Girondin, vous ne voudriez plus peut-être reconnaître le contrat.
— Je suis honnête homme ! dit la jeune femme avec dignité.
— Eh bien ! venez me lier par l'accomplissement de cette promesse. Enchainez-moi d'avance à l'impossibilité de me dédire. Venez, ange du ciel!
Et il avançait, les bras ouverts, l'œil émérillonné. Adeline eut la force de déguiser encore le dégoût que la brutalité inspire; et prenant, par un dernier effort, un air presque caressant de doute et de finesse :
— Mais vous, qui vous déliez de moi, dit-elle, me donnezvous l'exemple d'un entier abandon ? Si j'avais consenti à écouter vos vœux, qui me répondrait aussi de l'exécution de vos promesses ? et comment les réaliseriez-vous ? Par quels moyens sauriez-vous arriver là sans vous perdre?
— Est-ce que je ne puis pas tout ce que je veux? dit le proconsul arrogant; est-ce qu'il n'y a plus de geôliers infidèles, plus d'échelles de corde, de murs franchissables? Mais vous avez raison, Madame, il y a trop de défiance entre nous; tout rapprochement est impossible. Garde/ votre vertu et laissez à la république sa vengeance. Sortons I sortons! ajouta-t-il avec un dépit sanguinaire; je crois avoir entendu qu'on m'appelle encore, et j'ai promis de donner, pour ce soir, des ordres irrévocables.
— Écoutez cria Adeline à demi morte et respirant fortement des sels cachés sous son mouchoir : je vais vous offrir un arrangement tout à votre avantage. Je consens à demeurer en votre pouvoir. Je ne céderai point à vos instances avant la délivrance du prisonnier; mais, une fois en liberté, uni; fois la preuve acquise qu'il a échappé à tous les périls, qu'il est parvenu en lieu de sûreté, et sain et sauf, disposez
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de la pauvre Adeline. Je n'attendrai qu'une certitude écrite de sa main.
— Quoi ! dit Lacombe, vous seriez mon otage? Vous consentiriez...
— A être enfermée dons votre demeure, dit-elle; à n'en sortir qu'avec le nom qu'il vous plaira de me laisser.
— Eh bien donc 1 dit Lacombe, vous qui croyez en Dieu, jurez.
Adeline posa la main sur sa poitrine. Elle toucha, comme pour pactiser avec lui, le fer aigu qu'elle y cachait, cl qui lui répondait d'elle à elle-même.
Lacombe se flotta qu'elle atlestait son cœur: ce sermon de Volupté n'était fait que sur un poignard, et, si In malheureuse devait se livrer au monstre pour racheter une vie plus chère que la sienne, elle ne lui abandonnerait qu'un cadavre.