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AU MILIEU DU XVI» SIÈCLE

Avec honneur sans fin ne bout,

Tant bien sa morsure elle touche.

Là les grans villes on y voit

Au vif pour un grand tems empraintes l. »

Nous sommes tenté de ne rien dire à ce sujet de Corneille, ce Corneille fils de Corneille, qui avait pris le nom de sa ville natale et qui fut peintre de Henri JI 8. Son œuvre gravé, si l'on n'oubliait pas la suite des figures des rois de France, ne répondrait pas à la haute opinion qu'on se fait de lui d'après son œuvre peint, autant qu'on peut juger de celui-ci par les portraits si vivants et si charmants que le duc d'Aumale avait réunis au château de Chantilly. Cependant le maître au double C, le graveur de Y Incrédulité de saint Thomas et du Jugement dernier, s'impose à l'attention ; il avait comme graveur de l'originalité, quelque puissance et le sentiment de la grande ordonnance.

Nous sommes revenu plusieurs fois sur les artistes et les ouvriers du livre et de l'estampe, du meuble, de l'étoffe et du bijou, nous efforçant de reconstituer leur histoire si longtemps négligée. Nous allons faire de

1 Ode de Vantiquitè et excellence de la ville de Lyon, 1557, p. 16 et 17.

Nous avons fait connaître Corneille de La Haye, il y a dix ans, dans notre livre sur les Peintres de Lyon du xive au xvine siècle (1888, p. 99 à 103). Nous avons suivi ce maître dans les documents originaux depuis 1540 jusqu'en 1574. Nous avons parlé de nouveau de Corneille dans l'étude que nous avons faite en 1891 sur la condition de la population protestante à Lyon au xvne siècle (les Protestants à Lyon au xvne siècle, p. 13 et 14, xvme siècle). Corneille est mort à Lyon en 1574 ou en 1575.

nouveau mention d'artisans du livre. Le jour n'est pas éloigné où Ton verra se succéder, pour le xvie siècle, les inventions si diverses de la décoration du livre, et où Ton apprendra à connaître par leurs ouvrages des hommes inconnus aujourd'hui et qui ajouteront au renom de notre peuple *.

L'essai qui va suivre est consacré en grande partie à un seul homme, dessinateur et graveur sur bois à Lyon, à Pierre Eskrich dit Cruche.

Quelle qu'ait été l'étendue de nos recherches et quelque soin que nous y ayons apporté, nous n'avons pu ni déterminer exactement dans son ensemble la personnalité de cet artiste ni connaître ce qui forme véritablement son œuvre gravé. Dans cette incertitude, nous avons pris le parti de réunir tous les faits que nous avons découverts et qui peuvent se rapporter à lui, sans les présenter sous une forme définitive. Nous avons cru pouvoir cependant tirer des conclusions de ces faits, mais nous ne les avons produites que sous toutes réserves.

1 Nous voulons parler de la Bibliographie lyonnaise du xvie siècle, œuvre collective du président Baudrier et de son fils, M. Julien Baudrier, entreprise considérable qui a son originalité, qui témoigne non seulement de l'exactitude scrupuleuse, mais de Térudition et de la sagacité de ses auteurs et qui présentera, d'après le plan qu'ils ont formé, plus de deux mille reproductions de gravures sur bois lyonnaises.

LES GRAVEURS SUR BOIS A LYON DANS LA SECONDE MOITIÉ DU XVIe SIÈCLE

La décoration du livre au moyen de la gravure sur bois à Lyon peut être considérée comme ayant présenté au cours du xvie siècle trois périodes distinctes.

Dans la première période, dans les œuvres de laquelle on n'observe pas d'originalité dans la conception et le mode d'exécution, on retrouve souvent le travail grossier de tailleurs de la fin du xve siècle, ou bien l'on constate soit l'influence dominante de l'école bâloise soit le fréquent emploi de bois loués à des imprimeurs allemands ou bâlois. Quoique plusieurs graveurs sortis d'ateliers de Paris soient venus à Lyon, nous n'avons pas observé alors dans nos ouvrages le goût des Parisiens.

Bernard Salomon a marqué la deuxième période de son empreinte personnelle et a imprimé à cette période un caractère saisissant en bien des cas.

Enfin les imitateurs de ce maître ont continué en quelque sorte son œuvre, et ces imitateurs ont montré une

habileté technique très diverse. A la fin du xvie siècle, il y a eu plus de largeur et de hardiesse dans la gravure ; les scènes ont pris plus d'ampleur. Toutefois la noblesse, l'élégance et le charme ont disparu.

La première période s'est étendue depuis le commencement du xvie siècle jusque vers 1546; la deuxième a pris fin vers 1566, et la troisième vers 1610.

Nous avons dit dans une notice précédente comme on connaît peu les graveurs sur bois du xvie siècle *. Nous n'avons recueilli les noms, pour Lyon, que de quatrevingts graveurs environ, qui ont formé trois groupes à peu près égaux en nombre.

Le dernier de ces groupes est le moins connu. Il comprend des dessinateurs et des graveurs pour la plupart ignorés; quelques-uns d'entre eux ont une valeur artistique inégale sans doute, mais cette valeur est très réelle et il y a eu dans le talent de ces hommes des différences vraiment singulières.

Ces hommes, artistes, artisans ou ouvriers, car, en ce temps -là, l'une ou l'autre qualité pouvait leur être appliquée, ces hommes, disons-nous, ne sont pas sortis de leur obscurité.

Un seul, Pierre Woeiriot2, qui a dessiné et gravé sur bois une vingtaine au moins de vignettes des Antiquités judaïques de Flavius Josèphe 3, a son nom inscrit à juste

1 Bernard Salomon, peintre et tailleur d'histoires à Lyon au xvie siècle.

2 Le nom primitif était Wiriot.

3 F, Iosephi antiquitatum iudaicarum libri XX. Apud haeredes Iacobi Iunctae, 1566, in-folio.

titre dans l'histoire de Fart. Il a travaillé, à son arrivée à Lyon, à des ouvrages d'orfèvrerie, comme fondeur, ciseleur, graveur ; il a même fait des médailles modelées, on cite de lui la Catherine de Médicis de 1555. Woeiriot a gravé en taille-douce, en 1555 et en 1556, le Pinax iconicus (« certaines figures des sépultures antiques », ainsi qu'il est dit au privilège), et plusieurs portraits, entre autres celui de Louise Labé, dont le regard clair, tranquille et pénétrant a « la magesté douce » que Pontus de Tyard a célébrée. Notre orfèvre était jeune alors (il était né en 1532) ; il prenait dans le Pinax la qualité de iconon artificiosissimus delineator idemque exarator, delineator et exculptor. Les suites de bijoux, de poignées et de garnitures d'épée datées de 1555, le ravissant Libro d'anella d'orefici daté de 1561 *, montrent avec quel amour et quel goût il s'attachait aux choses de son premier métier. Il a dit lui-même comme il s'était plu « à développer son intelligence... par la pratique de toutes les sortes de sculpture : celle en relief, celle plate ou en creux ». Sa part dans l'illustration du Flavius Josèphe faite avant 1562 serait très intéressante à étudier. Ce travail, la gravure sur bois, qui est une exception dans son œuvre, lui fait honneur. Le dessin n'est pas toujours correct, il n'a pas la finesse de celui de Bernard Salomon, il a dans le style un peu de la grandeur de celui de Jean Cousin ; faiblement ombré, il est presque

1 Woeiriot est inscrit en 1561 sur les rôles des Establyes en cas d'effroy sous le nom de Pierre le graveur. (Archives de Lyon, EE.)

sans relief; la gravure a le trait net et léger, et dans l'ensemble il y a quelque confusion quand des foules s'agitent dans là scène. Woeiriot a, comme le petit Bernard, gravé lui-même plus d'un de ses dessins; il l'a fait avec moins d'élégance, mais son habileté est bien marquée.

Le graveur lorrain a fait à Lyon plusieurs séjours prolongés de 1560 à 1562, en 1564, en 1571 et en 1573; il a signé en 1564 les portraits des gouverneurs de Lyon, du comte de Sault et du maréchal de Vieilleville. Artiste d'une trempe d'esprit assez rare, il s'était plu aux études du lettré, sachant le grec, le latin et l'italien. Il garda toujours de sa première profession et de ce qu'il avait appris en Italie dans sa jeunesse le goût de l'ornementation, y apportant beaucoup de verve, mais peu de mesure. Il était propre aux tâches les plus diverses, il était même peintre. On lit dans une épigramme de Charles Fontaine:

« A Pierre Woériot, lors qu'il pourtroyoit l'auteur.

« De ma plume le petit trait, Amy, si tu me pourtrais bien, Te rendra encor mieux pourtrait Que ce doux trait du pinceau tien Ne va trassant ce pourtrait mien *. »

Corneille de Septgranges travaillait encore à Lyon quand Woeiriot produisait ces ouvrages. Imprimeur,

1 Odes, énigmes et épigrammes, adresses pour étreines au Roy, à la Royne, à madame Marguerite, etc., 1557, p. 103.

libraire et tailleur de lettres, de Septgranges était aussi tailleur d'histoires, c'est-à-dire graveur sur bois1 (..1523- 1557). Ce maître, encore ignoré de nos jours, était un artiste de haut mérite. On peut en juger par un de ses ouvrages, le titre du Graduel de l'église de Vienne de 1534 \

Bernard Salomon était mort en 1560 ou 1561 et Jean de Tournes n'était pas éloigné du terme de sa vie. Guillaume Roville 3, dont la rivalité avec Jean de Tournes avait été si vive pendant une quinzaine d'années et avait tant contribué aux progrès de l'art de l'ornementation du livre et de la gravure sur bois, Guillaume Roville était arrivé au point culminant de son

1 On a même donné à Corneille de Septgranges, dans des rôles d'impôt, la qualité de peintre, de tailleur d'images, d'imagier. La qualité de peintre était appliquée parfois aux dessinateurs ou pourtrayeurs ; celle de tailleur d'images ou d'imagier est quelquefois, à cette époque, synonyme de tailleur d'histoires, car rien n'indique que de Septgranges ait été sculpteur. Du reste on lit dans une pièce de 1556 : « Maistre Corneille le tailleur d'histoires » (N. Rondot, les Peintres de Lyon, 1888, p. 82). Georges Reverdy, qui certainement n'a jamais été que graveur, était inscrit aussi sur les rôles des tailles, en 1529, comme tailleur d'images.

* M. J. Baudrier a assigné à Corneille de Septgranges le rang élevé auquel il convient de le placer (Bibliographie lyonnaise, 2« série, 1896, p. 371 à 381).

3 Nous avons conservé au nom du célèbre libraire la forme Roville sous laquelle il est le plus connu et qui est, suivant nous, la forme la plus correcte, mais il paraît certain que le nom se prononçait Rouville, surtout à la fin du xvie siècle et depuis lors. Roville, quoiqu'il ait pris quelquefois à la fin de sa vie la qualité d'imprimeur, était libraire, — éditeur de livres et libraire.

heureuse carrière. A cette époque, de 1558 à 1566 ou environ, celui-ci publia quelques-unes de ses meilleures éditions. Il eut à son service des graveurs sur bois habiles, mais qui l'étaient beaucoup moins que ceux de l'atelier de Jean de Tournes et qui étaient plus abandonnés à euxmêmes.

Pendant ce temps, Guillaume Roville et Jean de Tournes (celui-ci pour un ou deux livres) ont employé un homme, dessinateur, peintre et graveur, dont les ouvrages tranchent par leur supériorité avec les autres pièces auprès desquelles ces ouvrages sont placés. Un érudit lyonnais, M. A. Steyert, qui a affirmé le premier l'existence de ce maître, duquel, à vrai dire, on ne sait rien1, l'a désigné sous le nom de maître à la capeline; il l'a fait, dit-il, à raison de l'habitude de ce dessinateur de vêtir ses personnages de petites capes2. M. Steyert est persuadé que c'est le même personnage que ce maître Thomas, le peintre qui fut chargé par le consulat de la direction des travaux de décoration de l'entrée de Charles IX en 1564. Quoique cet anonyme paraisse avoir peu produit (on limite la période de son existence à huit années), il serait possible de définir son style et sa manière, mais, si l'on entrait dans cette étude, nous pensons qu'on serait conduit à reconnaître dans

1 Note sur Perrissin, Tortorel et quelques autres artistes du xvi* siècle (Revue du Lyonnais, 3e série, t. VI, 1868, p. 185 et 186) ; Notes critiques sur quelques artistes lyonnais du xvie siècle (Revue du Lyonnais, 3e série, t. XIX, 1875, p. 142 à 160).

2 La justesse de ce signalement ne nous a pas frappé ; les personnages aux petites capes sont assez rares dans les vignettes qu'on attribue à ce maître.

les pièces qu'on suppose sorties de sa main, des différences assez grandes pour qu'on incline à distinguer en lui deux maîtres. Il suffira de dire qu'il s'est inspiré des exemples de Bernard Salomon et qu'il a pris quelque chose de la grâce sévère de Jean Cousin; il s'est montré plus soigneux, plus varié, plus mesuré, plus fort et plus noble que le petit Bernard. Il fut, dans l'opinion de M. Steyert, « un des plus habiles maîtres de l'école française du xvi° siècle ». Tout ouvrage dont la distinction, la correction et le charme arrêtent le regard, lui est attribué : la Pallas, cette marque élégante du libraire Barthélemi Molin, les vignettes des mois du Calendrier historial, les portraits de Simeoni, l'Abraham prosterné devant Dieu et l'implorant en faveur des Sodomites, du Flavius Josèphe, une partie des petites histoires de la bible de Roville.

Georges Reverdy, le Reperdius de Nicolas Bourbon, que ce poète célébrait comme l'égal d'Holbein (les lettrés ne ménageaient pas alors l'éloge aux peintres : Jean Le Maire estimait Jean Perréal « un second Appelles en peinture »), Georges Reverdy vivait encore, disons-nous , quand ce ou ces graveurs étaient en pleine production. Il compte aujourd'hui parmi les ignorés et les oubliés, et cependant « c'est lui qui a gravé (lisons-nous dans la Bibliothèque françoise de La Croix du Maine l) les portraicts et effigies du Prom'ptuaire des Médailles », dont Roville a donné la première édition en 1553 2; quelques-uns de ces

1 Édition de 1772, t. I, p. 265.

2 La seconde édition est de 1577; c'est dans celle-ci qu'est le

petits médaillons sont, pour le dessin et la taille, des chefs-d'œuvre. Il n'y a qu'obscurité en ce qui touche à Reverdy, le maître Georges, qui a travaillé à Lyon de 1529 à 1561 au moins. Quel rapport y a-t-il entre lui et ce graveur au burin et à la pointe qui a signé, de 1531 à 1564, du nom de Ge Reverdinus ou du monogramme Ge R., une cinquantaine de pièces? Reverdy n'aurait-il pas gravé aussi les figures qui décorent le grand plan de Lyon exécuté dans l'intervalle des années 1545 à 1553 et qui est un monument historique de tant de prix ; les figures de ce plan rappellent les inventions dans le goût italien de Reverdinus.

Le maître P. V. a été aussi contemporain de Bernard Salomon. Il a fait usage de procédés de décoration différents, assez étranges, tantôt empruntés aux Italiens et tantôt dans le goût allemand. Le travail de la taille est souvent négligé; les Heures à l'usage de Rome que Macé Bonhomme a imprimées en 1549, en 1550 et 1551 1 pour Roville, montrent le mieux sa manière. Le nom de ce maître/ dessinateur et graveur, est resté inconnu ; c'est déjà beaucoup que d'avoir ses initiales. Nous dirons plus loin la supposition que nous nous sommes laissé entraîner à faire.

Les ouvrages du deuxième tiers du xvi" siècle ont un autre caractère.

charmant médaillon de Marguerite de Valois, sœur de Henri II, qui reproduit certainement un tableau de Corneille de La Haye.

1 Ces Heures de 1551 portent pour titre": las Horas de Nuestra Senora segù el uso romano.

Ceux de Georges Mathieu1 (..1554-1572) et d'Antoine Volant2 (..1552-1581) ne méritent guère d'être mentionnés. Jean Le Maistre, dessinateur et tailleur d'histoires, « en rue Mercière, devant Saint- Antoine », n'a pas seulement publié plusieurs recueils de dessins d'ornements destinés aux orfèvres, aux damasquineurs, aux peintres, aux sculpteurs, aux brodeurs, aux tissutiers, etc. ; il a fait, en 1562, un livre grand infolio présentant les Cinq Ordres Des Colomnes De L'Architecture... nouvellement porlraictes et mises en lumière 3... D'autres tailleurs ne furent pas moins occupés : l'école lyonnaise était alors en réputation. Nous nous arrêterons à l'œuvre de Jacques Le Ghaleux , « natif de Normandie » , calviniste ardent, qui fut, à Lyon, une des victimes lors de la Saint- Barthélemi (..1556-1572). Le Ghaleux, qui a habité successivement Rouen, Genève et Lyon, s'était engagé en 1569 à c< tailler sur tablettes de bois » les quarante histoires touchant les troubles survenus au temps des guerres de religion, que Jean Perrissin avait promis de pourtraire*; il n'en a gravé qu'une partie, mais on a

1 Papillon a fait mention de plusieurs estampes de ce graveur qui était Allemand, et avait travaillé à Augsbourg.

2 Antoine Volant ou Voulant, libraire, peintre, tailleur d'histoires et dominotier.

3 Copie des planches du livre des Ordres de Hans Blum, 1550. — L'ouvrage de Le Maistre est dans la Bibliothek des Kunstgewerbe Muséums, à Berlin, n° 1128.

4 Archives de Genève, minutes de Santeur, notaire à Genève, vol. III, f° 248. — Voir la Notice sur Jean Perrissin et Jacques Tortorel, par Théophile Dufour, 1885.

de lui d'autres estampes, entre autres des estampes contre le pape, inspirées par la passion religieuse *• Jean Arnoullet, parent des célèbres imprimeurs, a gravé sur bois, en 1566, le « Pourlraict de la ville de Bourges » qu'il a signé 10. AR. FA 2 (H. 229 mill , L. 642 mill.). L'Œuvre de la diversité des termes, de la composition et du dessin d'Hugues Sambin (1571 et 1572), nous paraît exécutée par un tailleur d'histoires lyonnais 3. Michel Brunand, d'une famille d'imprimeurs qui n'ont eu qu'un faible renom 4, a laissé un portrait en pied de Henri IV, daté de 1595, d'un faire vigoureux. On a de lui de grands placards avec images gravées sur bois (..1582-1599). Le Maître d'école à figure de singe de Jean-François Matheis, un Allemand, est un spécimen des grossières images populaires qui furent s répandues à la fin du xvie siècle 5. Léonard Odet,

1 Nous citerons un placard de 425 millimètres de haut sur 305 millimètres de large, qui a pour titre : celvy qvi en satan se

FIE. IAMES NE A QVE TRONPERIE. — LARBRE QVI NE PORTERA BON FRVICT SERA COVPE ET MIS AV FEV.

(Cabinet des estampes de Berlin.)

2 Nous avons vu un exemplaire de cette gravure imprimé en camaïeu.

3 Hugues Sambin, alors maître menuisier à Dijon, est célèbre par ses travaux comme architecte et sculpteur. Que son livre soit de sa composition, cela est certain, mais il peut n'avoir pas dessiné sur le bois tous les termes. Le dessin de plusieurs planches est plutôt dans le goût lyonnais.

4 « Michel Brunan, dominotier, de Lacheis près Ghatillon de Michaille. » (Archives de Lyon, rôles des pennonages). Il figure aussi comme peintre et tailleur d'histoires dans les chartreaux.

5 A. Lyon. a. lecusson. daugsspurg. p. i frg. matheis.

DANS LA SECONDE MOITIE DU XVl« SIECLE ?i

tailleur d'histoires, imprimeur et libraire, a produit, au temps de la Ligue, do nombreuses estampes, souvent satiriques ; une des plus hardies est le « Pourtraict de la Ligue infernalle * » . Odet a été un très médiocre ouvrier 2, et son illustration du livre ne mérite pas qu'on s'y arrête. Léonard Odet a donné, en 1603, une édition curieuse des « Singuliers et nouveaux pourtraicts du seigneur Fédéric Vinciolo, Vénitien, pour toutes sortes d'ouvrages de Lingerie ». Il a gravé « le Pourtraict de la Ville et Ghasteau de Mont-Mellian en Savoye », qui présente quelque intérêt.

Combien d'autres graveurs ont travaillé à Lyon dans les quarante dernières années du xvf siècle, lesquels ont pris part à la décoration du livre et ont produit des estampes isolées ! C'est en premier lieu l'auteur inconnu de ces « effigies des Roys de France » que nous connaissons sous le nom de « Raullant de Neufchastel », qui n'en a été peut-être que l'imprimeur, portraits datés de 1567, qui se font remarquer, au milieu des ouvrages de ce temps, par la fermeté du dessin et la largeur du style 3. Nous citerons ensuite

1 Hauteur, 495 millimètres; largeur, 310 millimètres. Avec une pièce de trente cinq vers au-dessous du portrait de la Ligue.

2 Le dernier placard que nous connaissons d'Odet, colorié grossièrement, publié en 1610 (490 millimètres de haut et 390 millimètres de large), porte en titre : « La grande et merveilleuse Bataille, d'entre les Chats, et les Rats : qui est la figure d'entre les gros larrons, et les petits ». Il est accompagné d'une complainte de cent huit vers.

3 Nous n'avons vu aucune gravure lyonnaise du xvie siècle dont l'exécution présentât ce caractère.

Louis Angel *, Claude Guillermet 2, Mathieu de La Forest 3, Jean Le Fèvre 4, Guillaume Nicolas 5, Otton Vendegrin6, etc. Un au moins de ceux-ci a dû travailler pour Benoist Rigaud, libraire intelligent et entreprenant, qui a exercé de 1555 à 1597 et qui a introduit dans ses éditions des bois dont plusieurs ont été taillés par une main habile 7.

Pierre de La Maison heufve 8 a gravé et a imprimé des placards dont le dessin et la taille doivent être remarqués. Une de ces estampes est intitulée : Familière description du très vinoporratimalvoisé et très envitaillegoulmenté Royaume Pannigonnois, mystiquement interprété Clsle de Crèvepance (H. 755 mill., L. 540 mill.).

1 Louis Angel, « maistre tallieur d'istoires », demeurant en Bourg Chanin, « au Parroquet » (.. 1592-1598).

2 Claude Guillermet, peintre et tailleur d'histoires (.. 1568-1576).

3 Mathieu de La Forest, « tallieur d'istoires, demeurant en rue Tomassin, chez (Antoine) Griffius » (.. 1590-1598).

4 Jean Le Fèvre, graveur en taille-douce et graveur sur bois, demeurant « en rue Thomassin, à l'enseigne des troes croxant » (.. 1573-1596).

5 Guillaume Nicolas, peintre et « maistre tailleur d'histoires », était originaire d'Anvers (,. 1573-1613).

6 Otton Vendegrin, peintre et tailleur d'histoires (.. 1582-1588).

7 Benoist Rigaud, qui avait épousé la fille de Corneille de Septgranges, celui-ci un maître oublié aujourd'hui et dont M. J. Baudrier et nous-même nous avons déjà signalé le talent, savait tirer parti de la gravure sur bois pour donner quelque relief à ses éditions, au moins par ses marques si diverses.

8 Nous avons vu de La Maison neufve mentionné comme tailleur d'histoires, mais il n'est pas inscrit sur les rôles et dans les actes ; il est possible que ce nom de La Maison neufve soit un pseudonyme.

Le texte comprend 210 vers.

Des graveurs dont nous avons donné les noms précédemment, il y en a un, aussi ignoré jusqu'à présent, qui nous a le plus intéressé. C'est de Pierre Eskrich que nous allons parler. Il était à la fois dessinateur et graveur. Nous nous occuperons le plus du dessinateur; il n'a gravé qu'une partie de son œuvre. Eskrich a commencé par être un imitateur de Bernard Salomon ; il en a été quelquefois le copiste. Il avait une véritable valeur personnelle, et nous attribuons à l'inhabileté des graveurs ses auxiliaires, les incorrections et les négligences qu'on observe dans plusieurs de ses ouvrages. Son œuvre est considérable, mais il serait difficile d'en déterminer exactement le caractère et l'étendue.

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