SIÈCLE DE SOLON
La période des archontes décennaux qui se succédèrent de 752 à 682, n’oftre aucun événement remarquable : Us descendaient de la famille de Codrus.
Les neuf archontes annuels jusqu’à Solon, de 682 a 592. — On ne connaît pas les motifs du changement qui abrégea le temps de la magistrature des archontes, et porta à neuf le nombre de leurs membres. Il convient, pour éclairer la marche de l’histoire, de remonter aux causes des événements dont on va parler.
Dans une recherche de cette importance, la science du gouvernement et de la législation tient la première
Jilace ; et mal^ la distance des temps , e lecteur appréciera l’influence des lois d’Athènes , incorporées dans la jurisprudence romaine, vers le milieu du V siècle avant notre ère , et qui servirent, après un intervalle d’environ seize cents ans, à introduire la justice et la civilisation dans l’Europe.
La forme du gouvernement établi par Thésée avait éprouvé des altérations sensibles : le peuple avait encore le droit de s’assembler; mais c’était entre les mains des riches, qui l’opprimaient, que résidait le souverain pouvoir.
Les magistrats , suivant Démosthène , pillaient le tr^or et les temples; le riche tyrannisait le pauvre ; le pauvre alarmait continuellement la sûreté du riche. La rapacité des créanciers ne connaissait aucunes bornes.
Ils contraignaient les débiteurs insolvables à cultiver les terres qu’ils possédaient, à faire le service des animaux domestiques, à livrer leurs fils et leurs filles pour les exporter et les vendre à l’étranger. La population réduites l’indigence, tirant son courage de son désespoir, avait pris la résolution desuivre un chef guerner, pour attaquer et massacrer ses oppresseurs, établir une répartition émie des terres , et instituer une nouvelle forme de gouvernement.
L’origine des calamités sociales dé- V livraison. (Grèce.)
rivait d’une aristocratie oppressive, dont les membres étaient pris dans les familles nobles.
Ln très-petit nombre d’ordonnances, connues sous le nom de lois royales, ne suffisaient pas, depuis que les connaissances ayant augmenté, de nouvelles sources d'industrie, de besoins et de vices, s’étaient répandues dans la société. La licence restait sans punition, on n’infligeait que des peines arbitraires ; la vie et la fortune des particuliers étaient confiées à des magistrats qui, n’ayant aucune règle fixe, n’étaient que trop disposés à écouter leurs préventions ou leurs intérêts.
Dracon, vers 622 AV. J.-C.— Dans cette confusion, Dracon fut choisi pour organiser la législation dans son ensemble. Il rédigea un code de lois et de morale. Il prit le citoyen au moment de sa naissance, prescrivit la manière de le nourrir et de l’élever , le suivit dans les différentes époques de la vie. Il se flattait de pouvoir former des hommes libres et des citoyens vertueux , mais il ne fit que des mécontents ; et ses règlements sanguinaires excitèrent tant de murmures, qu’il fut obligé de se retirer dans l’Iled'Égine, où n mourut.
Cylon , 598 AVANT J.-C. — Comme Dracon n’avait pas touché à la forme du gouvernement, les divisions intestines augmentèrent rapidement. Un des principaux citoyens, nommé Cylon, forma le projet de s'emparer de l’autorité : on t’assiégea dans la citadelle, et se voyant sans vivres, il évita par la fuite le supplice qu’on lui destinait. Ses complices se rét'iigièrent dans le temple de Minerve; ils furent tirés de cet asile et massacrés aussitôt; quelques-uns même de ces infortunés furent égorgés sur l’autel des redoutables Euménides.
L’indignation fut générale, et toute la ville restait dans l'attente des maux
Î|ue méditait la vengeance céleste, orsqii’on reçut la noiivèlle de la prise du port >isée et de l’île de Salamine, dont les Mégariens s’étaient eiiinarés.
Peste. — A cette triste nouvelle succéda bientôt une maladie épidémique.
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L’UNivr.us
La multitude , saisie de terreurs paniques , était livrée à l'illusion de mille spectres elfrayants. I.es devins, les oracles consultés déclarèrent qu’Athènes, souillée par la profanation des lieux saints, devait être puriUée par les cérémonies de l'expiation.
l'.PIMÉNinK, ÜU3 AVANT J.-C. — On lit venir de Crète, Épiinénide, renommé par son coininerce avec les dieux , et qui lisait dans l’avenir. On racontait que, jeune encore, il avait été saisi d’un Süinineil profond , qui dura quarante ans. Il était parvenu à une teUe réputation de sagesse, que, dans les calamités publiques, les peuples mendiaient auprès de lui le bonheur d’être puriliés, suivant les rites que ses mains, disait-on, rendaient plus agréables à 1a divinité.
Athènes le reçut avec les transports de l’esjiérance et de la crainte. Il ordonna de construire de nouveaux temples et de nouveaux autels, d’immoler des victimes qu’il avait choisies, et d’accompagner les sacrilices de certains cantiques composés pour les expiations. Comme, en parlant, il paraissait agité d’une fureur divine, tout était entraîné par son éloquence impétueuse, et on |)eut le regarder comme un des législateurs moraux d’Athènes.
Ca conl’iance qu’il avait inspirée, et le temps qu’il fallut pour ex^ter ses ordres , calmèrent insensiblement les esprits; les fantômes disparurent:
lîpimenide partit couvert de gloire, honoré des regrets d’un peuple entier:
il refusa des présents considérables , et ne demanda pour lui qu’un rameau de l’olivier, consacré à Mi:ierve, et pour Cnosse, sa patrie, l’amitié des Athéniens.
Peu de temps après son départ, les factions se réveillèrent avec une nouvelle fureur; et leurs excès furent portés si loin , qu’on se vit bientôt réduit à cette extrémité où il ne reste d'autre alternative à un état que de périr ou de s’abandonner au génie d’un grand homme.
Solon, 594 avant J.-C. Solon fut, d’une voix unanime, élevé à la dignité de premier magistrat , de législateur
et d’arbitre souverain : il prit le titre d’archonte.
Cet homme , digne non seulement de la reconnaissance d’Athènes, mais de l’humanité tout entière, fut celui qui sauva sa patrie de l’anarchie, en jetant les bases de sa prospérité future. On a déjà prononcé le nom de Solon, lorsqu’il était député d’Athènes dans le conseil des amphictyons; et ce qu’il lit alors annonçait ce qu'on devait attendre de la maturité de ses Jugements.
^lon descendait des anciens rois d’Athènes. Il s’appliqua dans sa jeunesse au commerce , et , après y avoir gagné assez de bien pour se mettre à Pabri du besoin et des offres généreuses de ses amis , il ne voyagea plus que pour augmenter ses connaissances. Dans ce Dut, il fréquenta Tbalès de Milet, Pittacos de Hlitylène, Bios de Priène, Cléobule de Lindos, Myson de Chen , et Cbilon de Sparte, il cultivait la poésie, qui ût ses délices jusqu’à son e.xtrême vieillesse: enfin son caractère doux et facile semblait ne le destiner qu’à mener une vie paisible dans le sein des arts et des plaisirs honnêtes : les dieux en décidèrent autrement.
Les pauvres, résolus à tout entreprendre pour sortir de leur position, demandaient le partage des terres, précédé de l’abolition des dettes. Les riches s’opposaient à des prétentions qui les auraient confondus avec la multitude et qui ne pouvaient manquer de bouleverser l’état. Dans cette extrémité , Solon abolit les dettes des particuliers, annula tous les actes qui engageaient la liberté des citoyens, fixa le taux de l’intérêt à douze pour cent, et refusa la répartition des terres.
Les riches et les pauvres crurent avoir tout perdu, parce qu’ils n’avaient pas tout obtenu : mais quand les premiers furent rassurés sur la possession des biens qu’ils avaient reçus de leurs pères ; quand les seconds, délivrés de la crainte de l’esclavage , virent leurs faibles héritages affranchis de toute servitude, l’industrie renaître, la confiance se rétablir, et revenir
GRÈCE. 51
tant de citoyens we la dureté de leurs créanciers avait Forcés de s’expatrier, alors le peuple , frappé de la sagesse de son législateur, ajouta de nou'. eaux pouvoirs à ceux dont il l’avait déjà revêtu.
Solon en profita pour réviser les lois de Dracon, dont les Atliéniens demandaient l'abolition. Celles qui concernaient l’homicide furent conservées en entier, et les autres moditiérâ ou abolies.
Enhardi par le succès, Solon voulut abolir l’aristocratie, sans tomber dans une pure démocratie. Il s’occupa en cons^uence de trois objets essentiels :
de l’assemblée de la nation , du choix des magistrats, et des tribunaux de justice.
Solon posa en principe que: « le « petit nombre n’était pas fait pour « commander, et le plus grand pour « obéir; mais que c’était au peuple, a réuni en convention nationale, à « décider les alternatives de la paix « ou de la guerre; à statuer sur les « alliances , sur les lois , sur l’impôt, « sur la responsabilité des ministres « chargés de l’autorité exécutive, et O sur tous les grands intérêts de l’é- « tat. Tous les citoyens devaient être « de pur sang athénien , en ligne di- « recte du côté paternel et maternel , « et rassemblée n’était regardée « comme complète que lorsqu’elle se « composait de six mille votants. »
Ce nombre et l’impétuosité d’une ^eille multitude furent tempérés par deux forts contre-poids , le sénat et l’aréopage, dont les menabres ne pouvaient être choisis que dans certaines classes de citoyens.
Solon divisa les Athéniens en quatre catégories , conformément au produit de leurs immeubles. La première comprenait les pentacosimédinines , ou citoyens dont les terres rapportaient annuellement cinq cents mesures de denrées sèdies ou liquides, blé et huile, dont le revenu peut être comparé à quinze mille francs de notre monnaie. La seconde série était composée des cheoakers, qui jouissaient de onze mille francs de revenu ; la troisième.
de zeogites, dont les biens de même nature produisaient un revenu de cinq mille cinq cents francs; et la quatrième , de Ùiètea ou nou propriéteires , et par consémient la plus nombreuse. Ces derniers furent éloignés des emplois, qu'ils respectèrent d'autant plus qu’ils ne pouvaient y arriver: s’ils y étaient parvenus en effet, qu'auraitou pu en espérer?
Tous les citoyens avaient le droit de suffrage dans lès assemblées publiques et dans les cours de justice ; mais les trois premières classes avaient le privilège exclusif de siéger dans le sénat, dans l’aréopage, ou d^occuper tout autre office de magistrature, sans prétendre à aucun émolument pour des charges qn’ils se faisaient un devoir religieux de remplir avec la plus grande exactitude
Le sénat , composé de quatre cents membres ( il fut, quatre-vingt-six ans après son institution , augmenté de cent sénateurs par Clisthène), jouissait de la faculté de convoquer l’assemblée nationale , d'examiner et de rejeter préliminairement toutes les matières avant qu’elles fussent soumises à la sanction du peuple, et de rendre des ordonnances qui avaient force de loi pendant le cours d’une année , sans avoir besoin du consentement de la nation.
Outre cette autorité, le sénat pouvait seul faire construire des vaisseaux, guiper des flottes, lever des armées, saisir et renfermer les criminels d’état, examiner et punir plusieurs délits qui n’étaient point expressément prevus par une loi positive.
Le président du sénat, qui s’assemblait tous les jours, excepté pendlint les fêtes , avait la garde des archives et du trésor public.
Ce contre-poids aristocratique fut encore augmenté par l’autorité de l’aréopage et des arcliorites.
Ces derniers magistrats étaient au nombre de neuf. Le premier, désigné sous le. titre d’éponyme, donnait son nom à l’année , et présidait aux cours de justice civile, composées de citoyens choisis au sort , qui siégeaient comme
VUMVERS.
juges; mais il n’appartenait qu’à l’arclionte et à ses assesseurs de prendre une connaissance provisoire des affaires, de prescrire la forme de la procédure, de distribuer le ballottage, de recevoir et de déclarer le rapport et la sentence de la cour.
L’arcbonte-roi , qui était le second en dignité, présidait aux causes relatives à la religion , brandie importante et dangereuse de la législation athénienne.
Le troisième archonte, réuni aux généraux, était à la tête du comité (le la guerre, sous le nom de polémarque : les six autres, appelés tbesmotbètes, dirigeaient les six cours de justice où les (Muses criminelles étaient examinées et jugées. Ces magistrats étaient annuels, et Mmptables, envers les quatre tribus du peuple, de leur administration publique.
D’après le plan de Solon , l’aréopage, qui n’avait été qu’un instrument dans’ les mains de raristocratie , devint l'appui de la constitution. Comiiosé des magistrats sortant de charge, il restait le tribunal suprême dans Tes causes capitales et il ledevenait en même temps pour l’inspection des moeurs. Au reste, si ce mélange d’aristocratie et de démocratie prouve dans le législateur une profonde connaissance de ce qui constitue l’e,ssence du gouvernement républicain, les efforts de Solon, pour remettre les rênes de l’état dans les mains des citoyens les plus éclairés et les mieux faronnés au maniement des affaires, lui rontencore plus d’honneur. Il en est de même de ses lois concernant la vie privée : il n’y avait pas , comme Lycurgue , subordonné la' morale à la politique , mais au contraire la politique à la morale.
Les lois de Solon ne devaient conserver leur force que pendant un siècle. Après que les sénateurs, les archontes, le peuple se furent engagés, par serment, à les maintenir, on les inscrivit sur des cyrbes, ou rouleaux de bois, qu’on plaija dans la citadelle. Ils s’élevaient du sol jus- (lu’à line certaine hauteur, et, tournant au moindre effort sur eux-mêmes, ces
cyrbes plantaient successivement le code entier des lois aux yeux des lecteurs.
Quand on les eut méditées à loisir, Solon fut assiégé d’une foule d’importuns qui l’accablaient de questions, de conseils , de louanges ou de reproches. Il les écouta avec douceur, mais il comprit bientôt que le temps seul pouvait consolider son ouvrage : U partit , après avoir demandé la permission de s’absenter pendant dix ans et engagé les Athéniens , par un serment solennel, à ne point toucher a ses lois jus(pi’à son retour.
Arrivé en Egypte, il fréquenta les prêtres, qui croyaient possécler les annales du monde. En Crète , il eut l’honneur d’instruire , dans l’art de régner, le souverain d’un petit canton, et de donner son nom à une ville dont il fit le bonheur.
A son retour, il trouva les Athéniens prêts à retomber dans Tanarchie. ^ législation n’avait pu faire cesser les divisions intérieures : elle eut cela de commun avec toutes les réformes politiques. Il se crut d’abord puissamment secondé par Pisistrate , (jui se trouvait à la tête de la faction populaire; mais il ne tarda pas à s’apercevoir que ce profond politique cachait, sous un faux-semblant d’égalité , une ambition démesurée.
PiSISTHATE, 561 AVANT J.-C.
— Jamais homme ne réunit plus de qualités p(>ur captiver les esprits : une naissance illustre, des richesses considérables, une valeur brillante et souvent éprouvée, une figure imposante, une éloquence persuasive à la- (pielle le son de la voix prêtait de nouveaux charmes, un esprit enrichi des agréments que la nature donne , et des connaissances que l’étude procure ; jamais homme a’ailleurs ne fut plus maître de ses passions, et ne sut mieux faire valoir les ver^ qn’il possédait en effet, et celles dont il n’avait que les apparences.
Avec de si grands avantages , Pisistrate, doué de douceur et d’une grande flexibilité de caractère, était accessible aux moindres citoyens : il
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GRECE
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leur prodiguait les consolations et Mort dr Pisistrate, ,S28 avant les secours qui tarissent la source des J.-C. — Trente-trois années s’écouniaux, ou qui en corrigent l’amertunne. lèrent depuis la révolution iusqu’à la Solon, attentif à ses démarches, mort de Pisistrate; mais il ne fut à pénétra ses intentions; mais tandis la tête des affaires que pendant dixqu’il s’occupait à eu prévenir les sui- sept ans. Accablé par l’iniluence de tes, Pisistrate parut dans la place ses adversaires, deux fois obligé de publique couvert de blessures qu’il quitter l’Attique, deux fois il reprit s’était faites, implorant la protection son autorité, et avant de mourir, il de ce Muple qu’il avait si souvent eut la satisfaction de l’affermir dans prot^ lui-méme. On convoqué l’as- sa famille.
semblée : il accuse le sénat et les Ses jours furent marqués par des chefs des autres factions d’avoir at- bienfaits et par des vertus. Ses lois ,
tenté à ses jours; et montrant ses en bannissant l’oisiveté, encouragèplaies encore spglantes : « Voilà , rent l’apiculture et l’industrie. 11
« s’écrie-t-ii , citoyens, le prix de ranima la valeur des troupes, en as-
« mon amour pour la démocratie, et signant aux soldats invalides une sub-
« du zèle avec lequel j’ai défendu vos sistam^ assurée pour le reste de leurs
< droits. » jours. Aux diamps, dans la place pu-
A ces mots, des cris menaçants clique, dans ses jardins ouverts à
éclatent de toutes parts ; les princi- tout le monde, il paraissait comme paux citoyens étonnés gardent le si- un père au milieu de ses enfants ,
lence ou prennent la fuite. Solon, toujours prêt à écouter les plaintes
indigné de leur lâcheté et de l’aveu- des malheureux, faisant des remises glement du peuple , tâche vainement aux uns , des avances aux autres , et de ranimer le courage des uns , de des offres à tous, dissiper l’illusion des autres ; sa voix. En même temps , dans la vue de que les années ont affaiblie, est fa- concilier son goût pour la magnifl-
cilement étouffée par les clameurs cence avec la nécessité d’occuper un
qu’excitent la pitié, la fureur et la peuple indocile et désœuvré, il em-
crainte. L’assemblée se termine par bellissait Athènes de temples, de gvm-
accorder à Pisistrate un corps de nases , de fontaines ; et comme Yl ne
satellites, chargés d’accompagner ses craignait pas le progrès des lumières,
pas et de veiller à sa conservation, il publia une nouvelle édition des
Dès ce moment, tous ses projets poésies d’Homère; enOn il forma pour
furent remplis : il employa ces for- le public une bibliothèque com(K)sée
ces à occuper la citauelle; et après des meilleurs livres qu’on connaissait
avoir désarmé la multitude , il se re- alors.
vêtit de l’autorité suprême. Son ame élevée ne conçut jamais
Solon ne survécut pas long-temps l’idée de se venger des insultes qu’il
à l’asservissement de sa patrie. Il pouvait facilement punir. Sa fille as-
s’était opposé autant qu’il l’avait pu sistait à une cérémonie religieuse ,
aux entrcmrises de Pisistrate. On l’a- un jeune homme qui l’aimait eperdû-
vait vu , les armes à la main , se ren- ment courut l’embrasser , et quelque
dre à la place publique et cliercher à temps après entreprit de l’enlever,
soulever le peuple ; mais son exem- Pisistrate répondit à sa famille , qui
pie et ses di^urs ne faisaient plus l’engageait à sévir ; » Si nous haïs-
aucune impression : ses amis seuls , « sons ceux qui nous aiment , que
effrayés de son courage , lui repré- « ferons-nous à ceux qui nous haïs-
sentaient que le tyran avait résolu sa « sent ?» Et sans différer davan-
perte : « Et après tout, ajoutaient- tage, il choisit ce jeune homme pour
• ils, qui peut vous inspirer une telle son gendre.
« fermeté i^..— Ma vieillesse, répon- Des gens ivres insultèrent publi- « d/t-il. » quement sa femme ; le lendemain ils
L’UNIVERS
Tinrent, fondant en larmes, solliciter un pardon qu’ils n’osaient es^rer.
« Vous vous trompez, leur dit Pisis- « trate, ma femme ne sortit point « hier de la journée. »
Enfin, quelques-uns de ses amis, résolus de se soustraire à sa domincition, se retirèrent dans une place forte. Il les suivit aussitôt avec des esclaves qui portaient son bagaee; et comme ces fugitifs lui demanuèrent quel était son dessein : << U faut , « leur dit-il , que vous me persuadiez « de rester avecvous, ou que je vous « persuade de revenir avec moi. a
Os actes de modération , multipliés pendant sa vie et rehaussés par l'éclat de son administration , adoucissaient insensiblement l’humeur intraitable des Athéniens, et faisaient que plusieurs d’entre eux préféraient une servitude si douce à leur ancienne et tumultueuse liberté.
Hl PPI A.S ET H 1 PP ARQUE SUCCÈDENT A PiSISTRATE, 528- .5 14 AVANT J. -G.
— Os lils de Pisistrate lui succédèrent : avec moins de talent, ils gouvernèrent avec la même sagesse. Hippnrqiie aimait les lettres. Anacréon et Sinionide , attirés auprès de lui , en reçurent l’accueil le plus flatteur :
mais, ainsi que son frere Hippias, il était adonné aux plaisirs , et il en fut la première victime.
Deux jeunes Athéniens , Harmodios et Aristogiton, liés entre eux de l’amitié la plus tendre, ayant essuyé de la part d’Hipparque un affront qu’il était impossible d’oublier , conjurèrent sa perte et celle de son frère. Quelques-uns de leurs amis entrèrent dans ce complot, et l’exécution en fut remise è la solennité des Panathénées, ou fêtes de Minerve, pendant lesquelles le port d’armes était permis aux Athéniens.
Dans cette vue, Harmodios et Aristogiton , qui avaient caché leurs poignards sous des branches de myrte , se rendent aux lieux où les princes mettaient en ordre une théorie ou procession qu’ils devaient conduire au temple de Minerve. Ils arrivent, ils voient un des conjurés s’entretenir fa-
milièrement arec Hippias, iissecroient trahis. Résolus de vendre chèrement leur vie , ils s’écartent et rencontrent Hipparque , auquel ils plongent leurs poignards dans le sein. Harmodios tombe aussitôt sous les coups redoublés des satellites du prince. Ari.stogiton, qu’on saisit, est appliqué à la question : il accuse les plus fidèles partisans d’Hippias , qui les fait aussitôt mettre à mort. « As-tu d’autres » scélérats à dénoncer? s’écrie le tyran « transporté de fureur. — Il ne reste <1 plus que toi j répond l’Athénien :
» je meurs et j’emporte en mourant « la satisfaction de t’avoir privé de » tes meilleurs amis. »
Dès lors Hippias ne se signala plus que par des injustices, et trois ans après il fut chassé d’Athènes.
Archontat de Gi.isthène , 510 AVANT J. -G. — Clisthène, chef des Alcméonides, famille puissante d’Athènes, de tout temps ennemie des Pisistratides , qui l’avaient exilée en Macédoine , songea à renverser Hippias. Clisthène , aidé d’une foule de mécontents qui l’avaient suivi , ayant obtenu le secours des Spartiates, par le moyen de la pytnie de Delphes, qu’il avait mise dans ses intérêts, marcha contre Hippias et le força d’abdiquer la tyrannie, sans pouvoir lui ôter l’espérance de la reconquérir un jour.
Les Athéniens n’eurent pas plus tôt reconquis leur liberté, qu’ils rendirent les plus grands honneurs à Harmodios et à Aristogiton. On leur éleva des statues sur la place publique et les poètes éternisèrent leur mémoire.
Clisthène , qui avait renversé le dernier des Pisistratides , eut encore à lutter pendant quelques années contre une faction puissante. Mais avant enfin obtenu le crédit que ses tafents méritaient , il crut raffermir, en formant dix tribus au lieu de quatre , l.a constitution que Solon avait établie et que les Pisistratides ne songèrent jamais à détruire.
Alors la démocratie, pareille au débordement d’un fleuve, n’eut plus de limites. Le peuple ne voulut désor-
GRECE
mais obéir qn’à des démagoraes qui l’égarèrent, et il recula si loin tes bornes de son autorité, que, cessant de les apercevoir lui-méme, il crut qu’elles avaient cessé d’exister.
GlOlKB D’ATflÈHBS.
DB TBlvirrOCLB BT D’ABUmB.
Les guerres commencent CO général par l’ambition des princes, et finissent par le malheur des peuples. Cette vérité devrait servir de règle aux historiens, pour mettre au rang des cannibales ces héros trop vantâ qui ne sont connus que pour avoir ensanglanté et ravagé la terre. Au contraire , l’exemple d’une nation qui préfère la mort à l’esclavage , est trop grand et trop instructif, pour n’étre
as offert comme modèle aux peuples
e tous les âges, en leur rappelant que le glaive a étié donné aux hommes pour défendre la liberté , la patrie et ies lois contre l’étranger.
CAUSES FEEIUÈBES DE LA GUBRRE MéOlQUS.
C0U)I«IES GRECQUES DE L’AsIS- Mireure.— Les Grec» n’ouMièreot jamais leur commune origine. Les colonies qu’ils avaient fondées dans l’Orient plus de sept siècles avant notre ère, remportaient sur leurs métropoles d’Europe en splendeur et en prospérité. Milet, Colopimn, Phocée, F.phcse, Smyrne, avaient perfectionné les arts d’utilité et d’agrément, qu’ils avaient trouvés en usage chez les Phrygiens et les Lydiens. Leur poésie surpassait tout ce que l’antiquité offrait de plus sublime, car les sons de la harpe de David ne s’étaient pas enccre fait entendre au-delà des plages de Tyr et de Sidon. Les Grecs de la douce Ionie excellaient à mouler l’argile, à j^r le bronze en fonte, à sculpter en marbre les premières statues qui parurent dans les temples des dieux , ennoblis par raroliitectiire de leurs artistes. Plus tard, elle donna naissance à l’histoire et à la philosophie qui se répandit dans la Hellade , en Italie et dans la Sicile.
Le bonheur des colonies qu’on vient de citer ^it menacé par des voisins
qui tendaient à subjugner l’ABie-Mineure : c’étaient les Lydiens. Ils habitaient cette belle contrée qui s’étend depuis le fleuve Halys jusqu’à la mer Égée , et du pont Euxin à ta Méditerranée. Le Pactole y roulait avec son onde des sables mélés d’or, et le Caystre ses eaux limpides , couvertes de cymes , qui ont fourni une des plus bel- Ifô comparaisons de l’Iliade au divin Homère, né sur les bords du Mêlés.
L’Ionie, TÉolie et la Doride pos.sédaient sur les mêmes rivages une lisière de terrain de dix-sept cents stades (64 lieues) en longueur, sur quatre cent soixante ( 17 lieues -î) de largeur, non compris Rhodes, Cos, Samos, Chios et Lesims, qui taisaient partie des colonies helléniques.
Lydiens. 718 — 607 avant J.-C.
Les limites de cet ouvrage ne permettent pas de faire en detail mention des Alyatides, ni des descendants d’Hercule , jusqu’à Candaule et à Gygès. Ardys, héritier de ce prince, après s’être emparé de Colophon et de Priène, envaliit le territoire des Milésiens. Sadyates son fils, héritier de sa haine contre les colonies grecques, fut son successeur : Alyates continua les projets de ses devanciers.
Alyates, 607 avant J.-C. — Ce prince, qualifié A' heureux, ravageait périodiquement le territoire de Milet.
Il en était à sa douzième incursion annuelle, lorsque le feu qu’il avait fait mettre aux moissons atteignit le temple de Minerve Assésienne, qui fut entièrement dévoré par les flammes.
Alyates , entouré , comme tous les princes asiatiques , de joueurs de harpes et de hautbois, de ditrurs d’hommes et de femmes , étourdi par le tumulte des réjouissances et par l’appareil du triomphe, ne tarda pas à sortir de son enivrement.
A peine de retour à Sardes, une main invisible semblel’avoir frappé. Il comprend , à l’inutilité des soins qu’on lui prodigue, qu’il est mortel, et que Minerve châtie son impiété. Il prie, il conjure la divinité de l’épargner, et il se hâte d’envoyer une députation solennelle à Delphes. Arrivée au sanc-
iZeo :
oogle
L’UNIVERS
tuaire de l’oracle , Apollon refuse d’entendre le suppliant, si, avant tout, il ne réédilie le temple de la déesse, lille de Jupiter, maître de l’Olympe.
Cette condition nécessitait une treve avec Thrasybule , qui était alors ^ran ou roi de Milet. Les ambassadeurs d’Alyates envoyés pour la négocier, ui croyaient voir cette ville dans la étresse, la trouvèrent parfaitement approvisionnée, grâce à un stratagème de Thrasybule, qui avait fait transporter sur la place publique les approvisionnements rentermés dans les magasins ; ils déridèrent leur maître à convertir 1a trêve en un traité honorable avec les Milésiens. Alyates ordonna ensuite d’élever deux temples à Minerve, et vécut, dit-on, cinquantedeux ans après avoir accompli cet acte expiatoire.
Régne beCrésds, 562avant J.-C.
La splendeur de Crésus, successeur d’Alyates, fut celle d’un météore passager qui, après avoir brillé un instant, disparaît pour jamais. Il fut le plus grand conquérant des rois de la Lydie, en même temps que le dernier roi de cette contrée, et le dernier souverain de sa dynastie. Il attaqua, sous différents prétextes injustes , les villes grecujues, déchirées par des dissensions civiles. Toute la péninsule, à l’exception de la Lycie et de la Cilicie j fut soumise à sa volonté: il vit ainsi a ses pieds trois nations originaires de la Grèce et onze d’extraction barbare.
Enivré de tant de prospérités, Crésuss’occupaitde créer une marine, dans le dessein d’étendre ses conquêtes, lorsqu’il fut détourné de ce projet par nias de Priène, d’autres disent par Pittacos de Mytilène , qui se trouvait à sa cour. Le roi lui ayant demandé ce ^u’il y avait de nouveau en Grèce, le philosophe lui répondit « que les ■> Hellènes des îles réunissaient une « cavalerie nombreuse pour envahir « la Lydie ! — PIdt aux dieux , s’écria « Crésus, que les Grecs, inhabilesdans « l’art équestre, vinssent attaquer la « cavalerie lydienne! la guerre serait « bientôt terminée. — C’est , repartit « Bias, comme si les Lydiens, iiiexpé-
o rimentés dans la marine, attaquaient « les Grecs par mer. » Le roi, flairé par cette réponse , se détermina à jouir paisiblement de la grandeur à l;iquelle il était parvenu.
CoDft de Crésds. La cour de Crésus était la plus brillante et la plus magnilique de son siècle. Les Grecs, soumis a sa puissance, n’avaient perdu que le droit de se nuire entre eux. Ils vivaient sous le despotisme d’un monarque faible et vain , mais libéral et magnifique , qui était prévenu en leur faveur. Ils reconnaissaient son droit de conquérant par un léger tribut, mais ils étaient régis par leurs lois , ils conservaient leur nationalité et les formes de leur administration publique. Le roi , qui parlait leur langue , admirait leurs poètes , leurs artistes : l’Ionie enfin ne fut jamais plus heureuse que sous le règne de ce maître indulgent.
Solon a la cour de Crésus. Ce fut alors que fleurirent Thalès de Milet , Bias de Priène , Cléobule de Lindos, et un grand nombre de sages nés pour le bonheur des hommes : Ésope et Solon vécurent dans l’intimité de Crésus.
Il avait reçu ce dernier dans sa familiarité, sans lui faire aucune question. Content de lui montrer ses trésors et la magnificence de son palais , il complimentait le philosophe sur son oût pour les voyages, lorsqu'il se
écida à l’interroger Existe-t-il,
« Solon, un homme plus heureux que « moi? — Tellos d’Athènes.» Crésus, qui confondait le bonheur avec les richesses, repartit: « Pourquoi cette « préférence donnée à Tellos? — Teln los , répliqua Solon , n’était pas illusa tre par des trésors. Simple citoyen a d’Athènes , il descendait de parents <1 qui méritaient les premiers hon- « neurs de la république. Heureux « dans ses enfants, il eut le bonheur « d'* mourir en combattant pour la « patrie , après avoir décidé la victoire « en sa faveur. Les Athéniens l’ense- « velirent au lieu même où il était « tombé, et lui rendirent les honneurs « que la reconnaissance publique rn-
GRÈCE. 67
« serve au mérite le plus éclatant. » connaître la volonté des dieux. Il recette réponse ne devait pas encoura- courut aux oracles de Branchis en ger Crésus à demander à Solon, qui, Ionie, à celui d’Hamraon en Libye, après Tellos, il croyait le plus heureux ; et à celui de Delphes, qui était le cependant il le fit : l’Athenien répliqua plus accrédité. Dans le but de se avec franchise : « Les ftéres Cléobis et rendre favorables Apollon , ses pré- « Bitonde lavilled’Argos, qui furent très et la pythie, le roi offrit un sa- « couronnés plusieurs fois aux jeux criiice de trente hécatombes narfai- « olympiques. Cydippe leur mère, pré- tes. Il orna en même temps le tem- « tresse de Junon, n’ayant pas de pie du fils de Latone d’offrandes les n bœufs pour la conduire à l’autel plus précieuses : c’étaient des vases « dans une cérémonie qu'on célébrait, d’argent richement ciselés , des ai- « ilss’attaciièrentàson char et la traî- guières d’acier émaillées , un lion d’or a nèrent l’espace de 40 stades (2 lieues du poids de huit talents , et une figure « moins un quart) jusqu’au lieu où le de lëmme du même métal, haute de « temple était placé. Cydippe arriva trois coudées.
« au milieu des cris et des applaudis- L’oracle , pour reconnaître ces pré- " sements ; et , dans les transmets de sents magnifiques , répondit aux en- « sa joie, elle supplia la déesse d’ao- voyés de Crésus, en les chargeant « corder à ses fils le plus grand des d’annoncer à leur maître « la vio « bonheurs. Ses voeux furent exaucés; « toire, un règne heureux, une lon- <• un doux sommeil les saisit dans le « gue vie ; en lui conseillant de faire « temple même , et les fit passer tran- n alliance avec les plus puissants états « quillement de la vie a la mort; « de la Grèce. •
« comme si les dieux n’avaient pas de Ambassades de Cbésds , 558 ans « plus grand bien à nous accorder que avant J.jG. — Crésus . informé de « d’abréger nos jours. » cette réponse, se hâta n’envoyer des
« Et le bonheur d’un roi, dit vivement plénipotentiaires aux Spartiates et aux « Crésus, est donc si peu de chose, 6 Athéniens, qui avaient alors la préémi- « Grec, que tu lui préférés la condition nence dans la Hellade : ils firent d’abord n obscure d’un citoyen d’Athènes ou voile vers la Laconie. Admis en pré- « d’Argos. J La réponse de Solon ne sence des rois , du sénat et de l’assemdémentit ps la réputation de sagesse blée générale du peuple , ils exposèrent qu'il s’était faite. « La vie de l’homme, en ces termes l’objet de leur mission : « dit-il, est ordinairement composée « Spartiates, nous sommes envoyés « de soixante-dix ans , qui font vingt- « vers vous pàr Crésus, roi des Ly- « cinq mille sept cent vingt jours, « diens et de plusieurs autres nations , « et les événements d’un jour ne res- « à qui l’oracle d’Apollon a prescrit de « semblent pas à ceux d’un autre. Ce- « rechercher l’alliance du plus puis- « lui qui a joui sans interruption d’un « sant peuple delà Grèce. Ce prince, « bonheur constant, peut être appelé « fort de l’autorité du dieu de Del- « fortuné, mais il ne peut, avant sa « phes, réclame en son nom votre « mort, prétendre au titre d’heureux. > « alliance. »
Crésus se prépare a la guerre La proposition d’un roi conquérant CONTRE LES Perses. — Crésus, jus- fut adoptée sans délai. Les Sparqu’alors fortuné , avait entrevu le tiates joignirent aux obligations d^une terme possible de ses prospérités, qui ligue offensive et défensive les noeuds semblaient menacées par les Perses, plus respectés encore d’une sainte peuple de la Haute-Asie. Cyrus se hospitalité. Ils n’avaient point oumontrait à leur tête; il fallait s’op- blié qu’ayant envoyé chercher de l’or poser à ce torrent qui s’était d^a dé- à Sardes pour fondre une statue d’Ahordé jusqu’aux mers de la Grece. pollon, Crésus leur en avait fourni Oracle d’Apollon.— Avant d’exé- gratuitement. Ils chargèrent à leur cuter cette résolution , Crésus voulut tour ses ambassadeurs de lui re-
iZoo : oogle
L’UNIVERS
mettre an navire en airain , orné de bas-reliefs, du port de douze cents amphores.
Tou^ prospérait à Crésus , qui , indépeadammrnt de son alliance avec les Spartiates, était lié par d'autres traités avec Amadis, roi d'E^'pte, et Labynétos, roi de Babylone. Rempli de l’idée de sa fortune, il voulut attaquer les Perses avant d’avoir réuni les forces de ses alliés.
Premièbb csMPAGifE. — La Cappadoce, qui formait la frontière dès états de la Lydie, fut le premier théAtre des dévastations plutôt que des exploits de Crésus, car il ne trouva que peu de résistance dans cette province et dans les ports du Pont-Kuxin.
Encouragé par ce succès, il était résolu, si Cyrus faisait quelque mouvement, d'aller à sa rencontre jusqu’aux montagnes de la Perse : il n’eut pas cet embarras.
Cyrus monté au trôite, 660. — Mort 529 avant J.-C. — Cyrus, informé de ce qui était arrivé , avait ris la résolution de venger les maleurs de la Cappadoce. Aimé des princes ses tributaires, ils s’étaient empressés de renforcer son armée, dont le but était de protéger les peuples tout en soutenant la dignité du trône : la rapidité de ses mouvements fut telle, qu’il arriva des bords de la mer Caspienne à ceux du Pont- Euxin avant que Crésus eût achevé les préparatifs pour la campame qu’il méaitait contre la Perse : les deux rois se trouvèrent en présence dans les plaines de Ptérie.
Une bataille générale, où le succès fut balancé, mcwifla l’opinion de Crésus à l'égard des Perses, qu’il cessa de mépriser , et il se détermina à retourner à Sardes. Il comptait y passer l’hiver au sein des plaisirs, et rentrer en campagne au printemps avec des forces suffisantes pour accabler ses ennemis : dans son aveuglement, il licencia les mercenaires qu’il tenait à son service.
Cyrus, informé de ce oui se passait , crut devoir profiter oe la swurité présomptueuse de son ennemi :
il fit tant de diligence qu’il apporta lui-méme les premières nouvelles de son apparition dans les plaines sardes.
Bataille de Tbymbrée, 544 avant J.-C. — Crésus , dont un danger aussi imprévu aurait pu ébranler la fermeté, ne manqua pas à ce u'il devait à sa réputation. Malgré éloignement des mercenaires qu'il avait congédiés, son peuple, accoutumé à la victoire, soutenu par l'honneur national, résolut de faire les
{ilus grands efforts pour réprimer 'audace t^éraire des étrangers : comme les Lydiens avaient une cavalerie formidable, ils comptèrent sur elle pour écraser l’infanterie persane.
Cyrus, par le conseil d'un Mode, opposa des chameaux montés d'hommes armés à la cavalerie lydienne, dont les chevaux , dès qu’ils les eurent sentis, prirent la fiiite. Crésus, témoin de ce désordre imprévu, désespérait de sa fortune, lorsque les Lydiens reparurent à pied pour atequer l'ennemi. Leur courage méritait un meilleur sort, car ils furent battus par l’expérience de l’infanterie persane , et obligée de se réfugier dans l’enceinte de Sardes , que Cvrus investit.
Prise de Sardes, 644 avant J.-C. — Cette ville , regardée comme inexpugnable , était approvisionnée pour ^usieurs années ; mais la fortune avait abandonné Crésus. Avant quel’Egjrpte, Sparte et Babylone, pussent le secourir , la superbe Sardes , surprise sans coup férir , fut livrée à la fureur d’un vainqueur barbare.
Crésus , échappé au massacre , fut pris et traîné devant l’implacable Cyrus, qui condamna ce prince infortuné à être brûlé vif avec tous les officiers de sa maison. Il voulut même présider à son supplice, afin, disaitil, de voir si Crésus, qui avait enrichi les temples des dieux par ses libéralités , serait secouru par les protecteurs célestes qu’il avait tant de fois invoqués.
Crésus touchait à son heure suprême , lorsqu’il laissa échapper, avec
GRECF,.
un grand cri, le nom deSokm. Cyrus lui avant fait demander quel nom il invoquait. « Celui dont lea paroles de* vraient toujours être gravées dans la mémoire des rois. » Pressé de s expliquer, Crésus rapporta l’entretien qu’il avait eu avec le philosophe athénien, dont la maxime était :
Qu'on ne pouvait appeler un homme heureux qu'après sa mort.
Cyrus ordonne à ces mots de suspendre le supplice : et l’on dit qu Apollon envoya une pluie abondMte qui éteignit les flamines du bûchw.
Ainsi, la fortune n’avait pas entièrement abandonné Crésus... Il obtint de son vainqueur d’envoyer ses chanes au dieu de Delphes , dont les oracles mensongers I avaient encouragé à entreprendre la guerre contre les Perses. « Voyez , faisait-il dire a « la pythie , les trophées que vous « nous aviez promis ; voyez les mo- « numents de la véracité et de l in- « -faillibilité du dieu qui vous in- « spire. »
l.a pvthie , ayant écouté les reproches ou roi de Lydie avec un sourire dédaigneux , répondit, en affectant une gravité imposante : » Les dieux sont « soumis au Destin, ils ont retardé la « chute du roi de Lydie. Crésiw a «- « pié le régicide de son ancêtre Gygès,
M qui chargé de veiller sur les jours « de Candaule, le dernier prince de « la race d’Hercule , se laissa séduire B par la femme impie de ce monar- « que, qu’il assassina, dont il souilla « la couche et usurpa le trône. » I,a pythie entreprit ensuite d’expliquer le double sens de ses réponses, et Crésus , ayant entendu avec rfeignation le rapport de ses envoyés , reconnut la justesse de l’oracle d Apol- Ion , qui conserva et accrut encore le lustre de son antique réputation.
AlxRHES des C0I.0!VIES grecqdes DE l’ASEE - MISEDRE , 547 AVANT
J.-C. — Les succès de Cyrus avalent répandu l’alarme dans les colonies grecques de l’Ionie , qui avaient refusé de partager la gloire de ses armes. Dès qu’elles le virent maître de Sardes, elles envoyèrent des ambas-
sadeurs chargés de lui demander son alliance, ou pour le prier, s’il la refuMit, de leur accorder sa protection, aux mêmes conditions qu’efles avaient obtenues de Crésus.
Cyrus leur répondit, suivant l’usaee oriental , par l’apologue suivant , qirHérodote nous a conservé. « Un « joueur de flûte , voyant une quan- « tité de poissons dans la mer , com- « mença a jouer aûn de les attirer
■> sur lesable de la plage; mais cornme
« ils faisaient peu u attention à sa B musique, il se servit d’un filet qui B lui réussit beaucoup mieux. Les « poissons étant pris, sautaient dans B le filet; alors il leur dit : Il est « inutile de danser maintenant, puis- B que le musicien a cessé de jouer. »
Les Grecs comprirent par cette allégorie que s’ils échappaient à l’esclavage, ils ne le devraient pas à la générosité de Cyrus. Alors les habifcmts de rionie , r^lus , s’ils devaient subir un joug étranger , de ne pas succomber sans gloire, convoquèrent une assemblée générale dans le bocage Panionien, pour aviser ou salut de la patrie. .
Ce lieu qui, avec le promontoire deMycale, était consacré à Neptune, formait le centre de la côte ionienne.
Au nord s’étendait la baie spacieu.se d’Éphèse, au-delà de laquelle la presqu’île de Clazomène s’avance a la distance de cent milles dans la mer Égée.
Au midi , le territoire de Milet occupait un rivage sinueux de soixantedeu.x milles d’étendue. Mais les Milésiens n’envoyèrent point de députes au Panionion , car, ayant etc les confédérés et non les sujets de Gre- 8U8, ils étaient admis de plein droit à l’alliance des Perses, sur le pied d éaalité et d’indépendance.
L’intérêt des Ioniens se trouvant compromis de la sorte, fut soutenu par toutes les petites communautés CTecques de l’Asie avec une aixleur extraordinaire. On vit accourir au Panionion les députés de Ulyos et de Priène, villes situées, ainsi que Milet, sur la côte de la Carye; ceux
izsa Dy 'wOOgle
L’UNIVKRS.
d’Éphèse, de Colophon, de Lébédos, de Téos, de Clazomène, d'F.r)tlirée, de Phocée , de Smyrne , appartenant a la partie maritime de ja Lydie ; ainsi que ceux des Iles de Chios et de Samos, qui complétaient le nombre entier des colonies ioniennes.
Les Koliens inquiets , voulant parer aux mêmes dangers, s’assemblèrent à Cymé , qui était leur ancienne r.apitale. Les villes autonomes de leur confédération, qui étaient Larisse, Néonticbos, Ténos, Cvlla, ^otion, Kgynesse, Myrine et Greneia, y furent représentées par autant de députations.
Il paraîtra sans doute extraordinaire (lue les Doriens , et notamment c*ux (le la presqu’île de Carye, qui devaient redouter le despotisme des Perses , ne se soient pas reunis aux autres colonies grecques pour la défense de leurs libertés communes. Pour expliquer ce défaut d’unanimité, il convient de dire que des six républiques doriennes qui s’assemblaient annuellement à Triopion pour célébrer la fête d’Apollon, quatre pouvaient braver la puissance de Cyrus ; c’étaient Cos, Lindos, Jalissos et Camiros. Cnide esjiérait jouir des mêmes avantages
3ue ces villes tenaient de la nature e leur position. Quant à Halicarnasse, qui était le sixième état dorien , il avait été récemment exclu des fêtes triopiennes. Cette disgrâce était la suite de l’avarice d’A^asiclès , citoyen de cette ville, qui, ayant été vainqueur aux jeux triopiens, avait emporté le trépied qu’on lui décerna comme prix, au lieu de le consacrer dans le temple d’Apollon.
AXIBXSSA.OES DE COLONIES IONIEN- NES. — Les Grecs , assemblés au cap Mycale et à Cymé, résolurent unanimement d’envoyer des ambassades dans la Hellade pour faire connaître les dangers auxquels les colonies ioniennes et éoliennes étaient exposées, et pour demander un prompt et puissant secours.
11 semblait que les députés devaient se rendre d’abord dans l’Attique , qui était le berceau de leurs colonies ;
mais Athènes était alors gouvernée par le tyran Pisistrate, qu’on supposait peu disposé à prendre les armes contre un autre tyran; on se dirigea donc vers la Laconie.
Sparte avait peu de sympathie avec les Grecs asiatiques, et leurs députés y furent accueillis froidement. Mais comme, en pareille occasion, on devait prendre l’avis du peuple, l’assemblée générale des Lacédémoniens fut convoquée.
Pytbermos de Phocée y parut vêtu de^urpre, en signe de la considération dont il jouissait dans l’Ionie.
Il parla au nom des colonies; mais les beautés du dialecte ionien ne purent émouvoir les Spartiates. Accoutumés à n’oublier que les bienfaits , les Lacédémoniens se rappelaient les anciennes haines entre les Doriens et les Ioniens, et ils refusèrent d’envoyer des secours pour s’opposer aux enn%prises de Cyrus.
Néanmoins dans leur prudence cauteleuse, les Spartiates firent partir quelques émissaires chargés d’observer tes événements qui allaient se passer. Lacrynes, qui était un de ces agents secrets, se rendit, à la faveur de cette mission particulière , jusqu’à Sardes. Il avait ordre de déclarer confidentiellement à Cyrus que , X s’il commettait des hostilités con- « tre quelques villes grecx]ues , Sparte « se verrait dans la nécessité de ré- « primer son agression. «
Étonné d’une pareille déclaration , le grand roi s’étant informé du nombre d’hommes que les Spartiates pouvaient mettre sous les armes, répondit à Lacrynes « qu’il ne craindrait « jamais des hommes qui avaient au « milieu de leur ville une Agora ou X place publique sur laquelle on dé- X libérait, et qu’il espérait donner « aux Lacédémoniens aes raisons de « se plaindre de lui plus directes que X celles des préparatifs qu’il faisait « contre les Grecs d’Asie. »
Harpagos fut chargé par Cyrus de réduire les principales villes grecques de l’Asie -Âlineure : ce qu’il fit en massacrant les habitants, ou en les
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GRECE. 61
réduisant en esclavage : tel était alors l’horrible droit de la guerre.
La première place contre laquelle le satrape dirigea ses efforts fut la noble Phocée , métropole de Marseille , ui était la ville la plus septentrionale e l’Ionie. Ses citoyens, sommés de se rendre , demandèrent un seul jour de trêve. Il est probable qu’ils avaient ris d’avance leur parti et les moyens e l’exécuter. Pendant ce court délai , leurs vaisseaux se trouvèrent en état d’appareiller, leurs richesses furent portées à bord v leurs familles embarquées, et la population entière flottait sur l’onde , lorsque les Perses se présentèrent pour occuper Phocée (*).
L’escadre, ex)nsistant en plus dedeux cents voiles, sans savoir ou diriger sa course, porta le capversniedeChios.
Arrivée à son atterrage, les Phocéens demandent qu’on leur accorde les îles OKnusses pour s’y fixer; mais les Chiotes, jaloux de l’industrie dfô exilés, rejettent leur demande. Alors ils prennent la résolution de se rendre dans l’tle de Cyrnos (la Corse), où une colonie de leurs compatriotes s’éteit établie depuis vingt ans. On remit à la voile; et comme la Hotte côtoyait pendant la nuit la rive solitaire de Phocée , quelques hommes entreprenants abordèrent au port , surprirent la garnison persane qui était endormie , et la passèrent au lij de l’éjiée.
Après avoir terminé cet acte mémoraÜede vengeance, on s’engagea, par des serments mutuels, à ne retourner à Phocée que lorsqu’un boulet de fer rougi à blanc , qu’on jeta à la mer , en sortirait sans s’éteindre.
Cependant , tel est l’attrait puissant du sol natal, que plus de la moitié de
(*) Il existe près l’une de l’autre deux Phocées, l'une nommée Phokia~Nea, 1 autre, Phokia-Palcea. On croit que Phokia-Nea, dont nous donnons la vue , fut construite sur les ruines de l’antique Phocée. L’autre Phocée, fondée sous le Bas-Empire, n’a pris son nom de Phokia-Palœa que par opposition à la nouvelle ville de Phokia-Nea, construite sur l'emplacement de l’antique métropole de Marseille,
l’armée navale revint au port et se soumit au ioug qu’on voulut lui imposer , tandis que la plus brave partie des Phocéens alla s’établir dans l’île de Cyrnos.
Les habitants de Téos suivirent l’exemple de Phocée : ils abandonnèrent une ville dans laquelle ils ne pouvaient plus être libres , pour se réfugier à Abdère, place située sur la côte de Thrace, qui était une ancienne colonie de Clazomène. louant à (Uazoniène, place çontinentale , ses habitants se réfuièrent sur huit petites îles voisines e la terre ferme, où ils bâtirent une ville nouvelle. Les Cnidiens essayèrent de couper par un fossé la langue de terre qui les joignait au continent; mais le temps et. des circonstances superstitieuses ne leur permirent pas d'exécuter ce projet. Ainsi Cnide et toutes les autres cités de la côte asiatique , à l’exception de Milet , furent subjuguées par tes Perses dans une seule campagne.
Taudis que ces désastres s’accoinplissaient, Cyrus parcourait en vainqueur les contrées qui s’étendent depuis la Méditerranée jusqu’au Tigre et à l’Euphrate. Babylone, capitale de l’Assyrie, après deux ans de siège (520 avant J.-C.), dut céder aux efforts de sa puissance. Ses habitants désarmés furent inhumainement massacrés, leur roi Balthazar et ses infâmes courtisans punis, et la plus grande ville du monde soumise a Pempire des Mèdes.
Ca.MBYSE, 528 AVANT J.-C. — Cambyse, qui succéda à Cyrus, s’empara (le Tyr , de Cypre et de l’Egj’pte, où il trouva des colonies grecques qui y étaient établies depuis trois siècles. Les outrages et les cruautés de ce conquérant faisaient trembler les peuples à son approche, et les Grecs établis dans la Cyrénaïque s’empressèrent de se reconnaître ses tributaires. La mort vint heureusement arrêter le cours de tant de cruautés , et Darius Ilystaspes , surnommé le Fripier de l’Empire , monta au trône de Perse, dans la 64” olympiade , 521, ans avant l’cre vulgaire.