‹ Grèce par m. PouquevilleChapitre 13 sur 115 · INCENDIE DE SARDES · texte numérisé non relu

INCENDIE DE SARDES

Le gouverneur du grand roi, qui commandait cette ville, pris au aé- Murvu , n’eut que le temps de se retirer dans la citadelle , tandis que les Grecs, maîtres de la place, s'abandonnaient au pillage. Au milieu de la confusion . un soldat , furieux d'avoir

manqué sa proie , met le feu à la maison d’un Lydien. Les flammes se communiquent de cette maison à d’autres, et Sardes n’offre bientôt qu’un vaste incendie.

Les Perses qui n’avaient pu gagner la citadelle s’étaient retiré sur la place publique pour éviter l’action du feu : ils s’a]>erçoivent que leurs forces sont plus que suffisantes pour résister à l’ennemi : ils chargent les Grecs, qui sont repoussés , forcés de prendre la fuite, d’abandonner leur butin et de se réfugier avec peine à Éphèse , d’où bientôt ils retournèrent dans la Grèce.

En apprenant l’incendie de Sardes, Darius jura de tirer une vengeance éclatante des Athéniens , et il chargea un de ses officiers de lui rappeler tous les jours l’outrage qu’il en avait reçu ; mais il fallait auparavant terminer la guerre que les Lydiens lui avaient suscitée. L’Ionie, au bout de deux ans, rentra sous son obéissance, à l’exception de Milet.

On pourrait s’attendre, dans cette occasion , à retrouver Aristagoras ; mais avant que cette ville fût attaquée, il avait cessé d’exister. Le perfide, qui n’était dominé que par ims vues ambitieuses, voyant Cymé et Clazomène tombas au pouvoir des Perses , n’avait plus songé qu’à sa sûreté personnelle. Réfugié dans un coin obscur de la Thrace, où il voulait fonder un établissement, il y fut tué par les naturels du pays, qui vengèrent ainsi la cause de la Grèce et de la Perse, llistiée, oncle d’ Aristagoras, méritait un sort pareil. Chargé d’une commission de Darius son bienfaiteur, Artaphernes découvrit sa perfidie ; mais il ne put le saisir. Repoussé par les Milésiens, qui se souvenaient de sa tyrannie et de la lâche conduite de son neveu , ils lui fermèrent les portés de leur ville. Il se présenta également sans succès devant Chios.

Enfin les Lesbiens lui ayant prêté huit vaisseaux destinés à croiser dans le Pont-Euxin , il fut pris par les Perses et conduit à Sardes, où il subit le supplice de la croix.

GRÈCE

' Siège et prise de Mii.et. 494 ANS AVANT J.-C. — Cependant la flotte et l’armée de terré du grand roi environnaient les murs et le port de Milet. On ignore quel était le nombre des trouues, mais Hérodote nous a transmis le compte des vaisseaux, qu’il porte à six ceiTts, indépendamment de la marine de Cypre, qui était entrée au service de Darius.

En présence d’un appareil aussi formidable, les Milésiens , réunis en conseil panionien , sous la présidence de I^hagoras, résolurent de défendre leurs murailles jusqu’à la dernière extrémité. Leur flotte, mouillée à la petite île de Ladé, était chargée, tandis qu’on défendrait la place, de livrer bataille à l’ennemi : elle était composée de trois cent cinç^uante-trois vaisseaux, dont chacun était monté par environ deux cents hommes d’équipage. La victoire leur était assurée, a moins de quelque désunion :

c’était l’opinion des Perses, qui désespéraient ae l’emporter sur les Grecs à lorce ouverte.

Dans cette persuasion, les Barbares , ayant réuni les tyrans chassés de leurs royauîhes par Aristagoras, dirent à ces princes bannis, que l'occasion était venue de montrer leur attachement au service du grand roi.

Dans cette intention, ils devaient promettre à 'eurs anciens sujets, s’ils consentaient à se soumettre, qu’ils recouvreraient et conserveraient leurs maisons , leurs temples , et seraient traités avec douceur : dans le cas contraire , on les menaçait de la servitude la plus dure, de voir leurs fils faits eunuques, et leurs filles vendues pour être transportées dans la Bactriane, qui était la Sibérie de la Perse.

Ces menaces ne produisirent pas un effet immédiat. On tint même un conseil sur les moyens propres , non à apaiser la colère du grand roi, mais à résister h ses armées.

Chaque individu ayant la liberté de proposer son opinion, celle de Denys le Phocéen reçut l’approbation de toute rassembla : o Nous devons ,

5* Livraison. (Grèce.)

n dit-il, venger notre liberté ou su- « bir la punition réservée aux escla- « ves fugitifs : les fatigues de quel- « ques jours seront compensées par « une vie glorieuse et fortunée. Met- « tez-vous sous ma conduite, et je <i réponds sur ma tête, à moins que « les dieux ne se déclarent contre « nous, que l’ennemi sera honteuse- « ment défait. »

Les Grecs ayant consenti à se soumettre à la discipline de Denys, il distribua la flotte en trois escadres , que le prudent Phocéen commença à exercer aux manœuvres. ~ll voulait que les matelots s’accoutumassent à la rame qui, dans les temps anciens, était, avec l’adresse des pilotes, le principal moyen de succès dans les combats de mer.

Les équipages obéirent avec joie pendant sept jours; mais les maladies, ■ointes à la clialeur de la saison, ralentirent bientôt le zèle des marins.

Les Grecs, qui redoutaient jusqu’à l’ombre d’une autorité absolue, se plaignirent , d'abord par des murmures sourds et ensuite par des clameurs licencieuses, des fatigues que leur faisait éprouver un insolent Phocéen. Bientôt ils se mutinèrent, descendirent sur le rivage de l'île de Ladé, v dressèrent un camp, et assis à l’ombre de leurs tentes, ils dédaignèrent toute espèce d'exercices.

Les Sa miens, redoutant et prévoyant la suite de ces désordres, acceptèrent les propositions qui leur étaient faites au nom des Perses. Les Lesbiens suivirent leur exemple, et la défection eut lieu au moment où les Barbares présentaient la bataille.

Dans cet instant solennel, les transfuges hissèrent leurs voiles pour passer du côté de l’ennemi ; onze capitaines samiens, qu’une semblable trahison pénétrait d’horreur , méprisèrent le signal de leurs amiraux. Mais de tous les Ioniens , ce furent les Chiotes qui acquirent le plus de gloire dans cette triste et mémorable journée : malgré l’infériorité de leurs forces J ils firent payer cher aux Perses la victoire qu’ils remportèrent.

Cet événement fut suivi de la prise do Milct, qui se rendit la sixième année apres le commencement de l’insurrection des colonies grecques de l’Asie-.Mineure.

I<es Barbares exécutèrent à la rigueur les menaces qu'ils avaient faites aux Grecs. Ceux qui se dérobèrent à leur vengeance s'embarquèrent , soit pour la llellade , soit pour l'Italie ou pour les colonies d'Atrique : les plus entreprenants s'adonnèrent à la piraterie. l'armi ces derniers, riiistoire a conservé le souvenir de üenys le Phocéen : il désola le commerce des Toscans, et surtout celui des Carthaginois, ui étaient regardés connue les alliés U grand roi.

La Hotte persane , qui passa l’hiver à Milet, cotu|uit au printemps suivant les îles de l.csbos et de Ténédos. Ainsi pour la troisième fois, les Grecs d'Asie turent subjugués : ils l’avaient été d’abord par les Lydiens, et deux fois par les Perses.

UÜEIUIB h6dii}üb.

4^3 ou» «Tint Jé«as-Cbri>t>

Expédition de Mardonios. — « La tragédie mémorable, pour nous « servir de l'expression de Plutarque , « qui linit par l’opprobre éternel du « nom persan , allait commencer. »

Mardonios, gendre de Darius, après avoir acbevé de pacilier l'Ionie, se rendit en iMacédoine; et Là, soit qu’il prévint l’ordre de son maître, ou qu’il se bornât à le suivre, il fit embarquer les troupes qu’il commandait. Sa Hotte soumit d'aliord l’île de Tliasos , dont les mines d'or rapportaient un revenu

annuel de trois cents talents Iæ

prétexte do son entreprise était de punir les Athéniens et les Krythréens; son vèritalile but de rendre la Hellade tributaire ; mais une violente tempête ayant brisé une partie de ses vaisseaux contre les rochers du mont Alltos , U reprit le chemin de la Macédoine , et bientôt après celui de Suze.

Expédition ob Datis et d’Ae-

TAPHESNES. 490 AVANT J.-C. — Ce désastre n’était pas capable de détourner l’orage qui menaçait la Grèce.

Mardonios avait échappe au chôtiment qui suit ordinairement les revers dans les gouvernements despotiques; mais son commandement fut donné à Datis, Mcde d’origine , et à Artaphemes , fils du dernier gouverneur de Sardes.

Darius mit sous les ordres de ces deux

f;énéraux une armée de cinq cent mille lomines , et une flotte de six cents voiles.

Les deux satrapes avaient pour instructions d’étendre leurs conquêtes du côté de l’Europe , de soumettre les républiques de la Grèce, de châtier d’une manière exemplaire les Érytliréens et les Athéniens qui avaient contribué à incendier la ville de Sardes. Darius, certain du succès, ordonna en même temps à ses satrapes de se munir de chaînes pour attacher les prisonniers : présomption impie d’un mortel qui se croyait supérieur à la fortune!

Cependant , avant d’en venir à une rupture ouverte , Darius envoya partout des hérauts pour demander en son nom la terre et l’eau : c’était la formule que les Perses employaient pour exiger l'hommage des nations. La majeure partie des lies et des peuples du continent se soumirent sans hésitation à ses ordres. Les Athéniens et les Lacédémoniens refusèrent non seulement d'accéder à cette sommation , mais, par une violation manifeste du droit des gens, ces derniers jetèrent dans une fosse profonde les ambassadeurs du grand roi. Les Athéniens condamnèrent à mort l'interprète qui avait , disaient-ils , souillé la langue grecque, en traduisant le commandement d’un roi barbare.

Datis, qui était général en clief de l'armée persane, pour éviter le désastre arrivé a Mardonios, se détermina à avancer par une ligne oblique à travers les Cyclades , et vint fondre sur l’ile d’Euiiee avec une flotte de six cents vaisseaux. Après une suite de ooinhats qui durèrent pendant six jours , le nombre des BarWes, aidés

GRÈCE

de deux trattres , l’emporta sur la valeur obstinée des Éiythréens : leur ville fut prise et détruite de fond en comble.

BATAII.I.B DE Marathon. 29 septembre 490 AVANT J.-C. — Jusquelà tout avait réussi aux Barbares ; mais il restait à tirer une vengeance terrible des Athéniens. Pour atteindre ce but, Datis avait adopté les plus sages mesures. C’était de distribuer dans les fies soumises à l’autorité du roi des rois, la plus grande partie de son armée, et de transporter sur les côtes de l’Asie une foule de valets qui l’embarrassaient. Alors, avec cent mille fantassins d'élite , et un nombre pro|>ortionné de cavalerie , il débarqua sur la plage de Marathon : son armée y établit ses positions, d'après les indications d'Hippias, ancien roi d’Athènes, qui connaissait parfaitement les localités.

Athènes était plongée dans la consternation. Elle avait blessé profondément l’orgueil de Darius, et, en ajoutant l'outrage à l'injure, elle ne lui avait laissé que le choix de la vengeance ou du pardon ; on n'avait nul secours à attendre des Phocidiens', des Thébains et de leurs voisins septentrionaux.

Une armée fut levée, et on nomma dix généraux pris dans les dix tribus de l'Attique. I.es Spartiates promettaient des soldats; mais une ancienne superstition les empêchait d’entrer en canipagneavant la pleine lune. Athènes était abandonnée à ses forces seules lorsqu’on vit arriver un corps d'élite de mille Platéens, qui venaient s’immoler pour le salut de la Grèce.

MlLTlADE, ARISrinE ET ThF.MIS- TOCEE. — Datis présentait d’une main aux Grecs les fers dont il devait les enchaîner, de l’autre, Hippias, dont les sollicitations et les intrigues avaient amené les Perses ou Mènes dans les champs de Marathon. Trois hommes , destinés à donner un nouvel essor aux Grecs , se mirent à la tête d’un Deuple décidé à périr les armes à a ma/n pour la d«ense de la patrie :

c'étaient Miltiade , Aristide et Thémistoclc.

1 L’exemple et les discours de ces trois illustres citoyens achevèrent d’cnllanimer les esprits. On fit des levées qui fournirent dix mille hommes libres et autant d’esclaves armés.

On aurait pu en réunir un plus grand nombre, mais, parleconseilde Miltiade, on avait eu soin de laisser des garnisons à Athènes et dans quelques autres places de l’Attique.

Les Grecs, consmandés par dix généraux , étaient peu nombreux , maïs c'étaient des hommes choisis. Accoutumés aux exercices de la gv'mnastique, leurs mancruvres continuelles les avaient endurcis aux fatigues : ils étaient rompus à la discipline et familiarisés avec les évolutions savantes qui décident souvent du sort des batailles. Le mot de liberté électrisait les Athéniens, que la présence d’Hippias transportait de fureur.

Les différentes nations réunies sous le commandement de Datis ne manquaient pas d’un extérieur martial et elles n’étaient même pas dépourvues de valeur. Cependant cette année, comparée à la tenue des bataillons grecs, ne pouvait être regardée que comme une multitude confuse. Les soldats perses n’avaient pour armes offensives que des dards et des flèches; leurs armes défensives consistaient en boucliers d’osier ou de jonc qu'ils portaient au bras gauche, et en cuirasses composées de lames de métal, travaillées en forme d’écailles, qui étaient loin de valoir les corselets solides, les cuissarts et les boucliers d’airain massif des Athéniens.

L’infériorité des Perses , sous le rapport de l’arniure , était beaucoup plus marquée par le défaut d’ardeur qui était indispensable pour animer le soldat obligé de se battre corps à corps contre un ennemi. Pour les Barbares, le nom de patrie était un non sens, et n’existait même pas dans leur langue Cependant, loin de les mépriser et d’avoir trop de confiance dans ses soldats, Miltiade ne négligea rien pour s’assurer la victoire.

A peine les Grecs furent-ils arrivés en présence des Perses , que Miltiade

ly y-i)0^1c

L’UNIVERS

proposa de les attaquer. Aristide et enfoncèrent le centre des Athéniens, quelq'ies-uns des autres chefs étaient Pendant ce temps, les deux ailes de du méiiie avis : les autres, effrayés de l’année grecque commençaient à fixer l’extrême disproportion des deux ar- la victoire. La droite dispersait les mées, voulaient qu'on attendit les se- ennemis dans la plaine; la gauche cours des Lacédémoniens. les repliait vers un marais qui offrait

l.es avis étant partagés, il restait à l’aspect d’une prairie, et dans lequel prendre celui du poléiiiarque ou chef ils s’engagèrent et restèrent ensevelis, de la milice. Miltiade s'adressa à lui; Toutes deux volent au secours d’A-

et avec l'ardeur d’une ame fortement ristide et de Thémistocle , près de

pénétrée : « Athènes,. lui dit-il , est sur succomber sous les meilleures troupes « le point d'éprouver la plus grande que Datis avait placées au corps de « des vicissitudes. Elle va devenir la bataille. Elles sont repoussées, la dé- « première puissance de la Grèce ou route devient générale, et les Perses ne

« le tliédtre des fureurs d’Hippias; trouvent de refuge que sur leur flotte « c’est de vousseul,Callimaque, qu'elle qui s’était rapproché du rivage.

« attend sa destinée. Si nous laissons L’armée persane perdit environ six « refroidir l'ardeur des troupes, elles mille quatre cents hommes; celle

« se courberont honteusement sous des Athéniens quatre-vingt-douze lié-

« le joug des Perses ; si nous les me- ros : car il n’y en eut pas un qui , « nous au combat, nous aurons pour dans cette bataille, ne méritât ce ti- « nous les dieux et la victoire : un tre. Miltiade y fut blessé ; Hippias y « mot de votre bouche va précipiter périt, ainsi que Stésilée et Callimaque, « la patrie dans la servitude ou lui deux des généraux d’Athènes, n conserver sa liberté. • Le con^t finissait à peine ; on

Callimaque donna son suffrage, etia soldat, excédé de fatigue, forme le bataille fut résolue. Pour en assurer projet de porter la première nouvelle le succès J Aristide et les autres gé- d’un si grand succès aux magistrats néraux , a son exemple, cédèrent d’Athènes, et, sans quitter ses armes, Miltiade l’honneur du commandement,' il court, vole, arrive, annonce la vicqu'ils avaient chacun à leur tour : mais toire et tombe in«rt à leurs pieds, ^ur les mettre eux-mêmes à l’abri Cependant la victoire allait devenir de tout reproche, il attendit le jour qui funeste aux Grecs sans l’activité de le pluqait de droit à la tête de Parinee. Miltiade. Datis, en se retirant, avait Ce jour arrivé, Miltiade rangea ses concu l’espoir de surprendre Athènes troupes au pied d'une colline, dans un qu’il croyait sans défense; et déjà sa lieu parsemé d'arbres , qui devaient flotte doublait le cap Sunion. Miftiade arrêter la cavalerie persane. Les Pla- n’en fut pas plus têt instruit, qu’il se téens furent placés à l’aile gauche; mit en marche et déconcerta les pro- Caliiinaque commandait la droite ; jets de l'ennemi qu'il obligea de se Aristide et Thémistode étaient au retirer sur les côtes de l’Asie, corps de bataille, et Miltiade partout. Le lendemain de la bataille, on vit Un intervalle de huit stades (7C0 toi- arriver deux mille Spartiates : ils ses environ) séparait l’armée grecque avaient fait en trois jours et trois de celle des Perses. nuits douze cents stades de chemin

Au premier signal, les Grecs fran- ( 46 lieues 4 ). Quoique instruits de la chireiit en courant cet espace. l.es fiiite des Perses , ils continuèrent leur Perses , étonnés d’un genre d’attaque route jusqu’à Marathon. Ils y virent si nouveau, restèrent un moment les tentes des Barbares encore dressées, immobiles; mais bientôt ils opposèrent la plaine jonchée de morte et couverte à la fureur impétueuse une fureur plus de riches dépouilles ; ils y trouvèrent tranquille et non moins redoutable. Aristide qui veillait avec sa tribu à Les cavaliers perses avec leurs cime- la conservation des prisonniers et du terres et les Scythes, armés de haches, butin , et ne se retirèrent qu’après

GRECE

avoir donné de justes éloges aux vainqueurs (*).

Darius n’apprit qu’avec indignation la défaite de son armée. On tremblait sur le sort des Érythréens que Datis amenait à ses pieos. Cependant, dès qu’il les vit , la pitié étouffa dans son cœur ses ressentiments : il leur distribua des terres à quelque distance de Suze; et pour se venger des Grecs d’une maniéré noble et digne de lui , il ordonna de nouvelles levées de troupes , et Gt des préparatifs immenses pour une troisième expédition.

Condamnation et mort de Mid- TIADE, 489 ANS AVANT J.-C. — LeS Athéniens eux-mémes ne tardèrent pas à venger le grand roi ; ils avaient élevé Miltiade si haut, qu’ils commencèrent à le craindre. Il était du sang des rois deThrace, redouté des chen des nations étrangères, adoré du peuple ; il était temps de veiller sur ses vertus ainsi que sur sa gloire. Le mauvais succès d’une entreprise contre nie de Paros fit que Xantippos ,

(*) La plaine de Marathon , resaeirée entre le mont Penlélique et la mer, petit avoir deux lieues et demie de long sur trois quarts de lieue de largeur moyenne; sur le rivage, qui se eourbe en forme de croissant , paraissent des dunes, là sont des bas-fonds; et, parmi ces bas-fonds, un marais couvert de roseaux , inondé en hiver , mais offrant en été l'aspect d’une prairie couronnée par un tertre que l'on prendrait au loin pour une île. Ce tertre, de 70 pieds de circonférence et de 3o pieds de haut, est le tombeau commun élevé par Miltiade aux Athéniens qui sucromlièrent sons les coups des Perses dans la liaiaille de Maratlion. Il était couronné de rippes que l’on a retrouvés de nos jours. C’étaient de petites colonnes de terre cuite , d’environ un pied de haut , avec une iuscription qui indiquait la place et le nom de chaque guerrier. On a fouulé la surface de ce tertre , et on y a trouvé des fragments de poterie et des balles de plomb de forme amygdaloïde , que les anciens lanqaieiit avec des frondes. A une petite distance du tertre, on voit encore les ruines d'un piédestal carré, en marbre blanc, qui portait peut-être le trophée élevé par Milliade sur le champ de bataille.

père de Périclès, se porta son accusateur, comme s’étant laissé corrompre par les Perses. On oublia ses services, et il fut condamné à être précipité dans la fosse où l'on faisait périr les malfaiteurs. Le magistrat s’étant opposé h l'exécution de cet infante dœret, la peine de Miltiade fut commuée en une amende de cinquante tiilcnts ( 270,000 fr. ). Comme il n’était pas en état de payer, on vit le vainqueur de Darius expirer dans les fers par suite des blessures qu’il avait reçues au service de l’état.

Exil d'AniSTiDE. — Cet exemple d'injustice et d’ingratitude ne fut pas capable d’arrêter l’ambition des rivaux de celui qui venait de périr dans l’abjection d’un cachot. Themistocle, tourmenté jour et nuit par le souvenir des trophées de Miltiade, ne cessait de flatter, par scs décrets, l’orgueil d'un peuple enivré de gloire et de prospérité. Aristide ne s’occupait, de son côté, qu'à maintenir les lois et les mœurs qui avaient préparé la victoire.

Tous deux, opposes dans leurs principes, remplissaient tellement la place publique de leurs divisions, qu'un jour Aristide, après avoir, contre toute raison , remporté un avantage sur son adversaire, ne put s’empêcher de dire que c’en était rail de In patrie si on ne les jetait lui et Tbénnstocle dans la ^/osse profonde ( Barathron ) où l’on précipitait les criminels.

Comme Aristide se portait souvent pour arbitre dans les différends des particuliers, le bruitde son équité faisait déserter les tribunaux. Alors la faction de Tliémistocle l’accusa de se créer une royauté, d’autant plus dangereuse qu'elle était fondée sur l’amour du peuple, et il conclut à l’exil.

Les trious s’étant assemblées pour prononcer sur l’accusation, Aristide assista au jugement. Un citoyen obscur, assis auprès de lui, le pria d'inscrire le nom de l’accusé , contre lequel il votait, sur une petite ci^uille qu’il lui présenta. « Vous a-t-il fait « quelque tort? lui demanda Aristide.

« — Non, répondit l’inconnu ; mais je « suis ennuyé de l’entendre partout

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