ARMÉE DE XERXÈS
Le dénombrement qu’il en fit prouva qu’elle se composait de dix-sept cent mille hommes de pied et de quatrevingt mille chevaux ; vingt mille Arabes ou Libyens conduisaient les chameaux et les cliariots. Xerxès, monté sur un char magnifique, en parcourut les rangs; il passa ensuite sur sa flotte, qui s étaitapprochéedu rivage. Elleétait forte de douze cent sept galères à trois rangs de rames : chacune avait uncdiioiirme de deux cents hommes, et toutes ensemble portaient deux cent quaranteun mille quatre cents officiers et ma-
L’UNIVERS
tclots : les Mtiments de charge, au nombre de trois mille, pouvaient avoir de leur côté deux cent quarante mille hommes d'éfpiipage.
Telles étaient les forces de terre et de mer que le grand roi avait amenées de l’Asie; elles furent bientôt augmentées de trois cent mille combattants tirés de la Tlirace, de la Macédoine , de la Péonie et de plusieurs autres rovaumes tributaires de la Perse.
Les îles conquisTS par les Perses et celles qui avaient accordé la terre et l’eott h leur maître fournirent de leur côté plus de cent vingt galères, montées par vingt -guatre mille matelots. Si on joint a cette foule de soldats un nombre pre.sque égal de gens nécessaires ou inutiles qui marchaient à la suite de rarméc, on trouvera que cinq millions de bras avaient été arrachés à leur pays , pour aller détruire des nations entières.
Parmi tant de milliers d'hommes, aucun n’était comparable à Xerxès pour la force, la majesté de la taille et la beauté , que la nature lui avait départies. Cependant, au milieu de tant de splendeurs , le roi des rois se trouva malbeureux. Monté sur une éminence , d’où il planait sur son camp et sur sa flotte, il s’affligea en pensant que dans cent ans il ne resterait pas un seul individu de toute cette armée; et il ne put retenir ses larmes.
Les réflexions d’Artabane, son parent et son conseiller, n’étaient pas de nature à calmer la mélancolie de Xerxès. Ce respectable vieillard, dont la sagesse avait souvent modéré la fougue du roi , lui dit : « Dans l’es- « pace de temps accordé aux humains « pour exister sur la terre, est -il • un seul de ceux que vous voyez , « est-il un seul homme dans l’univers, « qui n’ait désiré plus souvent de « mourir que de vivre? Le tumulte <i des passions trouble les plus beaux «de nos jours; les maladies et les « infirmités accompagnent la vieillesse, « et la mort qu’on redoute est l’asile < sûr et tranquille des malheureux « mortels. »
-A.U lieu de dire: Retournons à Suze,
Xerxès chercha à dissiper les tristes réflexions qui le poursuivaient par des distractions et des plaisirs que ses courtisans savaient varier au-delà de ses désirs.
Dans les intervalles de ses amusements, il aimait quelquefois à s’entretenir avec Demarate, roi de Sparte, banni de son pays, qui s’était réfugié à la cour de Suze.
« Pensez -vous, lui dit un jour « Xerxès, que les Grecs osent me ré- « sister? » Demarate ayant obtenu la permission de dire la vérité : «
« Grecs, répondit-il, sont à craindre, « parce qu’ils sont pauvres et vertueux. « Sans faire l’éloge de chacun d’eux ,
0 je ne vous parlerai que des Lacé- « démoniens : l'idée de l'esclavage les « révoltera. Quand toute la Grèce se « soumettrait à vos armes, ils n’en « seraient que plus ardents à défendre « leur liberté. Ne vous informez pas < du nombre de leurs troupes : ne ■ fussent- ils que inille, fussent-ils « moins encore , ils se présenteront « au combat. — Quelle puissance peut « les contraindre à braver le danger, « eux qui ne sont exposés ni aux me- « naces, ni aux coups, comme mes sol- « dats? — La loi, répliqua Demarate, « cette loi qui a plus ae pouvoir sur « eux que vous n'en avez sur vos su- « jets ; cette loi qui leur dit : Voilà « vos ennemis, il ne s’agit pas de les « compter, il faut vaincre ou mourir. »
Cet entretien amusa plutôt Xerxès qu’il ne l’instruisit. Ses espérances augmentaient. Chaq,ie jour, des courriers lui annonçaient la soumission de quelque nation grecque. Les habitants des montagnes ce la Doride, plusieurs tribus de la Thessalie, celles qui habitaient le Pinde, l’OIynipe,
1 Ossa et le Pélion , vinrent lui offrir Veau et la terre. Mais ce qui le charma surtout fut de voir les Thébains et les Béotiens, excepté les citoyens de Thespie et de Platée , lui envoyer séparétnent des députés pour solliciter sa protection tutelaire.
. Préparatifs des Grecs. Cependant le congrès des Grecs se réunissait à l’istlime de Corinthe, pour
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GRÈCE
délibérer sur les intérêts communs de la patrie. Il était composé des représentants des différents états du Péloponèse et des républiques delà Hcllade.
On suspendit d'un accord unanime les récriminations publiques; on amnistia les fugitifs, et les oracles furent consultés. On décréta d’envoyer des ambassadeurs, pour demander des secours aux Iles de Crète , de Cypre , de Cor- »Te, ainsi qu’aux colonies helléniques de Sicile et d’Italie.
Avant de connaître la volonté des dieux , il arriva des députés de plusieurs tribus de la Thessalie qui étaient restées fidèles à la patrie. C’étaient les habitants de la vallee du Tempé , dédié qui offre un passage commode entre la Macédoine et la Thessalie : ils demandaient un nombre suflisant de troupes, afln de garder la position importante du Tem^.
Leur demande fut acceptée, on prépara des vaisseaux à l’isthme, et un corps de dix mille hommes fut embarque sous le commandement du Spartiate Évenète et de Thémistocle, avec ordre de rester à la garde du Tempé.
Il y. avait peu de jours que ce corps d’armée était arrivé à sa destination , lorsque Alexandre, dis d’Amyntas, roi de Macédoine, qui était tributaire des Perses, dt avertir Thémistocle de quitter sa position, à moins qu’il ne voulût être écrasé sous les pieds de la cavalerie persane. Il est probable que ce danger n’aurait pas changé sa résolution; mais il apprit qu’il y avait du côté de Gonnos un autre dédié qui donnait entrée dans la vallée du Pénée. L’armée grecque remonta donc sur ses vaisseaux; et les Thessaliens, abandonnés de leurs alliés, furent obligés de se soumettre aux Barbares.
Les Grecs, qui continuaient à siéger à l’isthme , avaient été informés que Gelon, roi de Sicile, ne pouvait leur fournir aucun secours, à cause d’une invasion formidable dont il était menacé par les Carthaginois, devenus les alliés des Perses. Enfin la pythie n’arait donné d’autre espérance aux Spartiates qu’en leur déclarant qu’il fallait la mort volontaire cTm» roi de la
dynastie d’Hercide pour sauver la Grèce, et en prescrivant aux Athéniens de se retirer dans des murs de bois.
Thémistocle trouva ses concitoyens divisés sur le sens de l’oracle qui les concernait; il l’expliqua en disant:
« qu’ils devaient abandonner Athènes « ^ur se retirer sur leurs vaisseaux. » Il appuya cette opinion de toute la force de son éloquence Contre les menées du démagogue Épicides, qu’il ne réduisit au silence qu’en le corrompant à prix d’argent : l’évacuation d’Athènes fut décrétée dans l’assemblée du peuple.
Ün prépara aussitôt les galères athéniennes, qui, réunies aux forces navales de l’Eubiée , d’Égine , de Corinthe et des puissances maritimes du Péloponèse, formèrent une flotte de trois cents voiles. Les Athéniens, qui avaient armé cent vingt-sept vaisseaux, prétendaient avoir plus de droit au commandement que les Lacédémoniens , qui n’en fournissaient que dix. Mais voyant que les alliés menaçaient de se retirer s’ils n’obéissaient pas à un Spartiate, ils se désistèrent de leur prétention. Eurybiade fut élu général ; il eut sous ses ordres Thémistocle et les chefs des autres nations.
La flotte grecque ayant complété son armement vint se réunir sur la côte septentrionale de l’île d’Eubée, auprès du cap Artémision, où elle laissa tomber l’ancre.
Les Grecs avaient calculé qu’ils pouvaient oppqsdtaux Perses un corps de soixante mille hommes libres ; et comme ils ne connaissaient qu’un seul passage par où l’ennemi pouvait arriver de la Thessalie dans l’Attique, ils crurent qu’un corps de huit nulle hommes suflirait pour défendre ce point, resserré entre les montâmes et la mer.
Ce défilé étroit s’appelait le Pas des Thermopyles, à cause des sources chaudes qu’on y trouve; il était regardé comme la porte de la Grèce.
{Yoy.pl. 18. ) Les Phocidiens l’avaient autrefois fortifié par un mur qu’on releva à la hâte.
On avait résolu, dans la diète de
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L’UNIVERS
l’isthme, qu’un corps de troupes sous la conduite deLéonidas, roi deSparte, occuperait le défilé des Tliermopyles, et que l'armée navale des Grecs attenarait aux atterrages voisins celle des Perses , qui était mouillée au cap Artémision.
Dkpart oe LÉOîvinAS pour les Thf.hmopyles. — Léonidas, informé du choix de la diète et de la réponse de l'oracle d'Apollon, prévit sa destinée , et s’y soumit avec la grandeur d’ame d'un héros désigné par les dieux pour sauver sa patrie : il ne prit avec lui que trois cents Spartiates, qui l’égalaient en courage. Les éphores lui ayant représenté qu’un si petit nombre de soldats ne pouvait lui suffire:
« Ils sont bien peu, répondit-il, mais « ils ne sont que trop pour l’objet « qu’ils se proposent. — Et quel est « donc cet objet ? demandèrent les « éphores. — ^otre devoir, répliqua- • t-il , est de défendre le passage , « notre résolution d’y périr : trois cents « victimes suffisent a l’honneur de « Sparte; elle serait perdue sans res- « source si elle me confiait tous ses <> guerriers, car je ne présume pas « qu’un seul d’entre eux osât prendre « la fuite. »
Quelques jours après, on vit 5 Lacédémone un spectacle qu’on ne peut se rappeler sans émotion. Les compagnons de Léonidas honorèrent d’avance son trépas et le leur par un combat funèbre, auquel leurs pères, leurs mères et leurs femmes assistèrent. Cette cérémonie achevée , ils sortirent de la ville, suivis de leurs familles et de leurs amis, dont ils reçurent les adieux éternels.
Léonidas pressa sa marche; il voulait , par son exemple , retenir dans le devoir plusieurs villes prêtes à se déclarer pour les Perses. Il passa par les terres des Thébains, dont la foi était suspecte, et qui lui donnèrent néanmoins quatre cents hommes, avec lesquels il alla camper aux Thermopyles.
Bientdt arrivèrent successivement mille soldats de Tégée et de Mantinée, cent vingt d’Orchomène , mille des
autres villes d’Arcadie, quatre cents de Corinthe, deux cents de Phlionte, uatre-vingts de Mycènes, sept cents e Thespie , mille ce la Phocide. La petite nation des Locriens se rendit au camp avec toutes ses forces.
Cette avant-garde, qui montait à sept mille hommes environ, devait être suivie de l’armée des Grecs. Les Lacédémoniens étaient retenus chez eux pour une fête; les autres alliés se préparaient aux jeux olympiques ; les uns et les autres croyaient que Xerxès était encore loin des Tliermopyles.
Marche ns l’arsiée de Xerxès.
— L’armée des Perses, partie de Doriscos, s’avançait en trois vastes colonnes,.pareilles à des trombes de terre ui ne lai.ssent après elles que des traces e dévastation. L’une suivait le rivage de la mer; les deux autres marchaient à de grandes distances dans l’intérieur du pays; les vivres amassés de longue main et ceux de la flotte fournissaient les«approvisionnements de bouche, tandis que des prairies artificielles (car ce furent les Mèdes qui ajiportèrent alors en Europe le sainfoin et la luzerne) offraient des fourrages aux chevaux et aux bétes de charge. La colonne de ^uche mit à contribution les villes du littoral. Tout était dévoré par les Barbares et par le roi des rois, qui exigeait des festins tels, que Mégacréon félicitait les Abdéréditains de ce que Xerxès ne faisait qu’un repas par jour; car s’ils avaient dû lui donner à dîner et à souper, leur ville aurait été ruinée sans retour.
La flotte , commandée par Achémènes et par Arcabignes , fils de Darius, après avoir traversé la presqu’île du mont Athos au moyen (Tun canal que, par ordre de Xerx&, on y fit creuser , et dont on voit encore les traces, vintmouilleràl’embouchure de l’Axios et du Lydias , qui se déchargent dans le golfe Thermaîque. (Duittant ensuite ces parages , elle em^ova onze jours pour se rendre au cap Sépias.
Xerxès, qui séjourna pendant ce temps à Thermos (Tliessalonique) et à Pella , avait fait camper son armée
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GRECE. rt
dans les riches TaHées de TAxios et du Lydias-, il reprit ensuite son ordre de murdie pour pénétrer dans le midi de la Hellaoe: La division qui suivit le littoral de la mer. était commandée par Mardonios et Massistès. Serdis, néral expérimenté, conduisait la colonne qui traversait la partie montueuse du pays ; et le grand roi , accompagné ae Sinerdones et de Mégabyse, choisit le passage du milieu' comme étant le plus commode et le plus sdr.
Pendant une marche de douze mois, Xerxès n’avait pas rencontré un seul ennemi. Toutes les provinces jusqu’au Trachis (défilé) de Thessalie reconnaissaient sa puissance, et la Grèce n’était plus qu'un point à conquérir.
Cependant il n’apprit pas sans émotion que le roi de Sparte était campé aux Tiiermopyles pour lui en disputer le passage : ce fut alors qu’il demeura persuade de ce que D^marate lui avait dit du caractère et des principes de ce peuple de héros.
Topoghaphib DBS Thermoptlbs.
— Ce défilé est le principal passage qui conduit de la 'Thessalie ^nsla Hellade méridionale. (Voy. p/. 18. )
En partant de la Phocide pour se rendre dans la Thessalie, dès qu’on avait quitté le pays des Locriens ^ on arrivait au bourg d’Alpenos, bâti au bord de la mer. A partir de cet endroit , le chemin n’offrait que la largeur nécessaire pour le passage d’un chariot. Il se prolongeait ensuite entre des marais formés par les eaux de la mer et par des rochers escarpés qui terminentW vastes contre-forts du mont Œta. (Aujourd’hui tout ce pawage a presque partout six cents toises de large; mais comme il est marécageux, il serait encore très-facile à défendre.)
En sortant d’Alpenos , on trouvait à puche un rocher en forme d’autel, consacré à Hercule Mélampyge, en mémoire de son ascension glorieuse ^ns l’Olympe; c’est là qu’aboutit un sentier qui conduit au haut de la montagne. Plus loin on traverse un courant d’eaux chaudes sortant des sources thermales qui ont, fait donner
le nom de Thtrmopyles h cet endroit.
Tout auprès était le bourg d’Anthela; on distinguai! aux environs un monticule et un temple de Gérés, où les amphictyons tenaient tous les ans une de leurs assemblées.
Au sortir de cet espace, on arrivait à un chemin en forme de cliaussée , de sept à huit pieds de large ; c’était là que les Phocidiens avaient autrefois bâti un mur pour arrêter les incursions des Tliessaliens.
Au-delà on traversait le Phénix, faible ruisseau qui mêle ses eaux avec celles de l’Asope , et ensuite on rencontrait un dernier défilé d’un demiplètlire de large ( 7 à 8 toises ).
La voie, qui s’élargissait à partirdecet endroit jusqu’à laTracliinie, présentait ensuite de grandes plaines arrosées
Sar leSperchios (aujourd'hui Ilellada), euve qui descend de la r^ion montueuse qui borne la Thessalie au midi.
Tout le détroit, depuis Âlpenos jusqu’à celui qui est au-delà du Phénix , peut avoir quarante-huit stades de développement (environ deux lieues).
xraxfcs AMtlVB AUX TnERHOPTLES.
Léonidas avait pourvu à la défense du sentier qui aboutissait au bourg d’Alpenos , en y envoyant mille Phocidiens , lorsqu’on vit l’armée de Xerxès couvrir la pente des montagnes d’une multitude de tentes. A cet aspect, les Grecs délibérèrent sur le parti qu’ils avaient à prendre. La plupart des chefs proposaient de se retirer à l’isthme; mais Léonidas ayant rejeté cet avis, on se contenta de faire partir des courriers pour presser les secours des nations alliées.
Combats bntrb iæs Grecs et les Perses. — Alors parut un cavalier perse . envoyé par Xerxès , pour reconnaître les ennemis. Le MSte avancé des Grecs était, cejour-Ia, composé des Spartiates : les uns s'exerçaient à la lutte, les autres peignaient leurs chevelures. Leur premier soin , à l’approche du combat, était de parer leurs têtes. Le cavalier eut le loisir d’en approcher , de les compter, de se retirer, sans qu^on daignât prendre garde à
ly yjoogic
L’UNIVERS
lui. Conune le mur lui dérobait la rue du reste de l'armée, il ne rendit compte à Xenès oue des trois cents Spartiates postés a l'entrée du délilé.
Le roi, étonné de la trannuillité des Lanédémon iens, attend i t quelciues jours Mur leur laisser le temps de là réflexion. Le cinquième , il écrivit à Léonidas : o Si tu veux te soumettre , « je te donnerai l’empire de la Grèce.» Léonidas répondit : » J'aime mieux <> mourir pour ma patrie que de l'as- « servir. » Une seconde lettre de Xerxès ne contenait que ces mots : Rends-
n moi les armes. » Léonidas écrivit auKlessous : « Viens les prendre. »
Le roi , outré de colère , fait marcher les Mèdcs et les Cissiens , avec ordre de prendre les Spartiates en vieet de les lui amener sur-le-champ. Quelques soldats courent à Léonidas et lui disent ; « Les Perses sont près de <1 nous.» Il répond froidement: « Dites « plutôt fjue nous sommes près d'eux.»
Aussitôt il sort du retranchement •avec l’élite de ses troupes et donne le signal du combat. Les Mèdcs s’avancent avec fureur : leurs premiers rangs tombent percés de coups ; ceux qui les remplacent éprouvent le même sort.
Les Grecs , pressés les uns contre les autres et couverts de leurs grands boucliers , présentent un front hérissé de
nues , et Tainement de nouvelles upes se succèdent pour les rompre.
Après plusieurs attaques infructueu%s, les Saces, armés de haches, ayant été repoussés, la troupe des Immortels , commandés par Ilydarnès , s’avança, et l’action devint alors plus meurtrière. Cependant ils durent céder, et Xerxès, témoin de leur fuite, s’élança plusieurs fois de son trône , convaincu qu’il avait beaucoup d’hommes et peu de soldats dans son armée.
Le lendemain , le combat recommença , mais avec si peu de succès de la part des Perses , que Xerxès désespérait de forcer le passage , lorsqu’un habitant de ces cantons , nommé F.nialtès, vint lui découvrir le sentier latal par lequel on pouvait tourner la position des Grecs.
Xerxès, transporté de joie, détacha
aussitôt Hydamès avec le corps des Immortels. Épialtès leur sert de guide.
Ils pénètrentà travers les bois de ciiénes dont les flancs de ces montagnes sont couverts, et parviennent vers les lieux où Léonidas avait placé un détachement de son armée.
Hydarnès le prit pour un cçrps de Spartiates; mais, rassuré par Epialtès qui reconnut les Phocidiens, il se préparait au combat, lorsqu’il vit ces derniers , après une légère défense , se réfugier sur les hauteurs voisines.
Pendant la nuit, Léonidas avait été instruit du projet des Perses par des transfuges échappé du camp ae Xerxès , et le lendemain, il le fut de leurs succès.
A cette terrible nouvelle , les cheft des Grecs s’assemblèrent : les uns étaient d'avis de s’éloigner des Thermopyles, les autres d’y rester. Depuis quelques jours, des présages confus annonçaient de la part des dieux quelues grandes calomités aux défenseurs es Thermopyles. Les entrailles des victimes, interrogées avec attention par le devin Magystias, annonçaient la mort des Spartiates.
Pénétré de ces idées surnaturelles , Léonidas conjura les Grecs de se conserver pour des temps plus heureux, et déclara que pour lui et ses compagnons , il ne leur était pas permis de quitter un poste que Sparte leur avait confié. Les Thespiens protestèrent qu’ils n’abandonneraient Jpoint Léonidas ; les quatre cents Thébains , de gré ou de force , prirent le iméme parti : le reste de l’armée eut le temps de sortir du déGlé.
Cependant Léonidas se disposait à la plus hardie des entreprises : « Ce « n’est point ici , dit-il à ses compa- « enons, que nous devons combattre:
< il faut marcher à la tente de Xerxès, » l'immoler ou périr au milieu de son O camp. » Ses soldats ne lui répondent que par un cri de joie. Il leur ^t prendre un repas frugal , en disant : « Nous en prendrons bientôt un autre « chez Plutnn. » Toutes ses paroles laissaient une impression profonde dans les esprits.
GRÈCE
Les trois cents Spartiates de Léonidas avaient été choisis parmi les hommes mariés qui avaient des enfants :
il l’était lui-même. Près d’attaquer l’ennemi , il est ému sur le sort de deux Spartiates qui lui étaient unis rar les liens du sang et de l’amitié : il donne au premier une lettre, au second une commission secrète pour les magistrats de Lacédémone. « Nous « ne soiniiies pas ici , lui dirent-ils , « pour porter des ordres , mais pour « combattre; » et sans attendre sa réponse , ils vont se placer dans les rangs qu’on leur avait assignés.
Au milieu de la nuit, les Grecs, Léonidas à leur tête, sortent du délilé, marchent à pas redoublés dans la
F laine, renversent les postes avancés de ennemi et pénètrent dans le pavillon de Xerxès qui avait déjà pris la fuite: ils entrent dans les tentes voisines , se répandent dans le camp et se rassasient de carnage. La terreur qu’ils inspirent se reproduit à chaque pas, à chaque instant, avec des circonstances plus effrayantes.
Des bruits sourds, des cris affreux annoncent que les troupes d’Hydarnès sont détruites; que toute l’armée le sera bientôt par les forces réunies de la Grece. Les plus courageux des Perses ne peuvent entendre la voix de leurs généraux; ne sachant où porter leurs pas, où diriger leurs coups, ils se jetaient au hasard dans la mélée, et périssaient par les mains les uns des autres, lorsque les premiers rayons du soleil offrirent à leurs yeux le petit nombre des vainqueurs. Les Barbares se réunissent et attaquent aussitôt les Grecs: Léonidas tombe sous une grêle de traits. L’honneur d’enlever son corps engage un combat entre ses compagnons et les ennemis : deux frères de Xerxès , quantité de Perses et plusieurs Spartiates y perdirent la vie. A la lin, les Grecs, quoique affaiblis par leurs pertes, enlèvent leur général , repoussent quatre fois les Barbares dans leur retraite , et après avoir gagné le délilé, franchissent le retranchenîent et vont se placer sur la petite colline qui est près d’ Anthela :
ils s’y défendirent encore quelques moments et contre les troupes qui les suivaient et contre celles qmUydarnès amenait de l’autre côté du délilé.
Avant que l’action fût terminée, on prétend que les Thébains se rendirent aux Perses. Les Thespiens partagèrent les exploits et la destinée des Spartiates; et cependant la gloire des Spartiates a presque éclipse celle des Thespiens , qui ne s’élevèrent au - dessus des autres hommes que parce que les Spartiates s’étaient élevés au-dessus doux-mêmes.
Si on en croit le rapport unanime de quelques Thessaliens et de ceux qui survécurent au combat, le Spartiate Dionèces mérita le prix de la valeur.
n’un lui ayant dit que les llèches irses étaient si nombreuses, qu’elles interceptaient la lumière du soleil : — « Eh bien , reprit-il , nous « combattrons à l’ombre 1 >> Ces paroles sont les dernières des Spartiates qui succombèrent en cet enilroit , où on leur éleva une colonne portant leur nom , avec cette inscription :
Pansant, va dire à Sparte (fue nous sommes morts ici pour obéir à ses saintes lois !
Le dévouement de Léonidas et de ses compagnons produisit plus d’effet que la victoire la plus brillante : il apprit aux Grecs le secret de leurs forces , aux Perses celui de leur faiblesse , aux tyrans, que ce n’est pas le temps des révolutions qu’il faut choisir pour donner des fers a un peuple.
Combats db mer dans l’Euripe.
Tandis que Xerxès était aux Therniopyles, sa Hotte éprouva les calamités prédites par le sage Artabane, qui lui avait parlé de deux ennemis redoutables, la terre et la mer.
La première escadre de l’armée persane était abritée par la côte de la Thessalie; les autres divisions, au nombre de sept, avaient jeté l’ancre, les proues tournées vers la pleine mer.
Quand leurs amiraux adoptèrent cette disposition , l’onde était tranquille , le ciel clair, le temps calme; mais le matin du second jour de leur arrivée, la flotte fut assaillie d’une violente tem-
L’UNIVERS
I^te excitée par l’aquilon , qui souflle dans ces parages avec une violence extraordinaire. La bourrasque, qui dura pendant trois jours, fit périr quatre cents galères et un grand nombre de bdtinients de transport.
Les Grecs, à la vue de ce désastre, sacrifièrent avec joie à Neptune libérateur; mais l'approche de ce qui restait de la Hotte ennemie réprima bientôt leurs transports et fit cesser leurs fêtes religieuses. Un était même disposé à sortir de l’Euripe, pour se réfugier à l'isthme de Corinthe; mais Thémistocle sut faire prévaloir le dessein qu'il avait pris d’attendre les Perses au mouillage où l'on se trouvait.
Les Barbares, revenus de la terreur causée par la tempête , songeaient à envelopper les Grecs dans le canal où ils étaient mouillés. Certains de la victoire, ils ne voulurent commencer l'attaque qu'après avoir détaclié deux cents de leurs plus fins voiliers pour intercepter la fuite des Grecs.
Les Hellènes, informés de ce projet parScyllias, un de leurs concitoyens, détachèrent quelques bateaux légers pour observer la marche des ennemis :
ils revinrent le soir sans avoir apei^u aucun vaisseau ; œ rapport détermina Thémistocle à risquer la bataille. Les Grecs, qui connaissaient leur supériorité dans la manoeuvre, s'étant réunis au point du jour, se mirent en ligne , et présentèrent le combat aux Perses , qui l’acceptèrent.
Quoique resserrés dans un canal où ils étaient débordés par l’ennemi , les Grecs prirent rapidement trente vaisseaux perses et en coulèrent à fond un plus grand nombre. I>a nuit, qui mit fin au combat, survint accompagnée d’un orage mêlé de pluie et de tonnerre : les Grecs trouvèrent moyen de se réfugier au port d’Artémision , tandis que les batiments des Perses furent jetés à la côte de la Thessalie.
Dans cette circonstance, les Barbares éprouvèrent des pertes considérables : celles de l’escadre qu’ils avaient envoyée pour tourner l’ile d’Eubée furent épouvantables. Ils devaient.
suivant leurs instructions, s’élever en mer, afin de dérober la connaissance de leur marclie aux Grecs , lorsqu’ils furent assaillis par un ouragan qui les fit tous périr misérablement. Le lendemain, l’escadre cilicienne fut complètement battue par les Grecs.
Les Perses essayèrent, le troisième jour, de prendre leur revanche ; la bataille fut plus longue et plus douteuse que les précédentes. Plusieurs galères grecques furent détruites, et les Egyptiens , qui combattaient pour le grand roi, en prirent cinq; cependant la valeur des Athéniens l’emporta à la lin , et les Barbares se retirèrent-
Ces avantages meurtriers n’étaient pas décisifs, et on pensait à se rendre à l’isthme, lorsque Abronichos d’Athènes, chargé de croiser dans le golfe Mahaque avec une galère de trente rames , vint annoncer l’événement des Thermopyles, avec la nouvelle de la mort glorieuse de Léonidas : on convint de faire voile pour Salamine.
Dans sa retraite, Thémistocle visita les rivages où des sources d'eau pouvaient attirer les équipages des vaisseaux ennemis. Il y laissa des écrits adressés aux Ioniens qui se trouvaient dans l'armée de Xerxès : il leur rappelait qu’ils descendaient de ces Grecs contre lesquels ils portaient actuellement les armes. Son projet était de les engager à abandonner la cause du grand roi , ou du moins de les lui rendre suspects.
Entrée de Xxrxes dans la Grèce MÉRIDIONALE. — XerxM , informé que la flotte grecque avait abandonné le mouillage d’Artémision, regarda cette retraite comme une victoire. Il ordonna aussitôt que son armée navale appareillât pour aller occuper les ports de l'Attique, tandis que, à la tête Je ses soldats, il s’emparerait d’Athènes.
L’armée contédérée des Grecs était enfin arrivée à l’isthme de Corinthe, et ne songeait qu’à disputer l’entrée du Péloponèse. Ce projet déconcertait les vues des Athéniens , qui s’étaient flattés que la fiéotie, et non l’Attique , deviendrait le tliéâtre de la guerre. Abandonnés de leurs alliés.
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iis se seraient peut-4tre abandonnés eux-mêmes : mais Thémistode, qui prévoyait tout sans rien craindre, comme il prévenait tout sans rien hasarder, avait pris de si justes mesures, que cet événement ne servit qu’à prouver la bonté du système de défense u’il avait conçu dès le commencement e la guerre médique.
DÉVS.STAT10N DE I.À. PhOCIDE ET DE LA. fiÉOTiE. L’armée persane ayant pénétré dans la Phocide, se partagea en deux divisions, alin de subsister plus commodément et de détruire le plus complètement possible les possessions des Hellènes. Ln de ces corps d’armée vint camper autour du lac Copaïs, où florissaient les villes de Cliaradra , Méon , Élatée et Abé.
Cette dernière place était singulièrement respectée à cause d'un temple d’Apollon, mais rien ne fut sacré pour les Barbares: l’oracle, qui passait pour infaillible, fut renversé ; hommes, femmes, enfants, devinrent les victimes de la fureur et de la brutalité des ennemis.
L’autre division de l’armée persane saccagea la Béotie et le pays qui s'étend jusqu’au Mont-Parnasse.
On tremblait pour Deiplies. Ses richesses immenses étaient, dit -on, aussi exactement, connues de Xerxès, que celles de son propre trésor. Alors on eut recours à Poracle pour savoir si on les transporterait dans ouelque contrée voisine. La pythie répondit > que les armes d’ApôlIon seraient « suffisantes pour la défense de son « temple. »
D'après cette réponse, les Delphiens ne songèrent plus qu’à mettre leur vie en sûreté, les uns, en se réfugiant dans l’Achaïe, et les autres en se dispersant dans les escarpements du Parnasse et du mont Lycorée.
On croit que la réponse de la pythie servit à donner le change au public, et que les trésors et les objets les plus précieux du temple d’Apollon furent secrètement envoyés au temple de Dodone en Épire. Par là s’expliquerait le peu d’insistance que les Perses mirent à s’emparer de Delphes , sans
avoir besoin de recourir à un miracle, afin d’expliquer leur retraite.
Évacuation et incendie d’Athènes. — Tandis que ces choses se passaient , Thémistoi'le ne cessait de représenter aux Athéniens qu’il était temps de quitter des lieux que la colère céleste livrait à la fureur des Perses ; que la flotte leur offrait un a.sile assure ; qu’ils trouveraient une nouvelle patrie partout où ils pourraient conserver leur liberté. Il appuyait ces remontrances par des oracles qu'il avait obtenus de la pythie ; et lorsque le peuple fut assemblé, un incident, adroitement ménagé, acheva de déterminer la multitude.
Les prêtres vinrent annoncer que le serpent sacré , qu’on nourrissait dans le temple de Minerve , venait de disparaître. « La déesse abandonne ce « séjour, s’écrièrent-ils; quetardons- « nous à la suivre.’ »
Aussitôt le peuple confirma le décret suivant, proposé par Thémistocle : « Qu’Athènes serait mise sous la » protection de Minerve; que tous les « nabitonts en état de porter les armes « passeraient sur les vaisseaux ; que « chaqueparticulier pourvoirait à la sû- « reté de sa femme, de ses enfantsetde « ses esclaves. » Le peuple était tellement animé, qu’au sortir de l’assemblée il lapida Cyrsilos et sa femme , parce que cet orateur avait proposé de se soumettre aux Perses.
L’exécution du décret qu’on venait de rendre offrit un spectacle déchirant. Les habitants de fAttique, obligés de quitter les temples des dieux , leurs foyers , leurs campagnes et les tombeaux de leurs pères, taisaient retentir les plaines de leurs cris lugubres. « Et si y avoit ne sçay quoi de « pitoyablequiattendrissoit lescueurs, « quand on voyoit les bestes domestio ques et privfe, qui couroiept çà et « la avec nurlements et signifiance de « regret après leurs maîtres et ceulx « qui les avoient nourries. ■> A mesure qu’on arrivait au bord de la mer, les vieillards , les femme? et les enfants , étaient embarqués pour Egine; Trézène et Salamine , tandis que les
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L’UNIVERS
hommes passaient sur la flotte , accablés d’une douleur qui n’attendait que le moment propice pour se venger.
Les Athéniens capables de porter les armes ou de manier la rame devinrent ainsi matelots ou soidats. Les vaisseaux qu’ils avaient équipés sur-
f)assaient en nombre ceux de leurs allés, quoique la flotte grecque combinée eût été considérablement augmentée par les forces navales de l’Epire et ae l’Acarnanie, qui s’étaient déclarées pour les Athéniens après les combats d'Artémision : tout l’armement grec montait en ce moment à trois cent quatre-vingts galères.
La flotte des Perses ou Mèdes, qui s’étalent emparés des ports de l’Attlque, avait de son côté reçu de puissants renforts. On n’en connaît pas précisément l’importance, mais on présume qu’ils pouvaient compenser les pertes occasionées par les orages et par les combats, et compléter le nombre de douze cents voiles dont l’armée navale des Perses se composait à l’ouverture de la campagne.
La Béotie s’était soumise aux Barba'res; Platée et Thespie, qui furent détruite de fond en comble , avaient seules résisté à Xerxès, lorsqu’il entra dans Athènes. Il n’^ trouva que quelues malheureux vieillards qui attenaient la mort, et un petit nombre de citoyens décidés, sur la foi de quelues oracles mal interiirétés, à défenre l’acropole ou citadelle. Ils repoussèrent pendant plusieurs jours les attaques redoublées des Barbares; mais à la fin , les uns se précipitèrent du haut des remparts, et les autres furent massacrés dans les temples où ils avaient vainement cherché un asile :
on montre encore de nos jours l’endroit par lequel les Perses escaladèrent le rocher de l’acropole.
La ville fut livrée au pillage , et les flammesde l’incendie d’Athènes, qu’on apercevait de Phalère, excitèrent des transports de joie parmi les Mèdes. II en était bien autrement chez les Grecs ui apercevaient de Salamine le reflet e l’embrasement de leur ville. Dans leur profond accablement, la plupart
résolurent de se rapprocher de l’isthme de Corinthe, où l'armée de terre s’était retranchée : le départ fut fixé au lendemain.
Bataille navale de Salamine.