OCTOBRE. 480 ANS AVANT J.-C
— Pendant la nuit, Thémistocle se rendit auprès d’Kurybiade, généralissime de la flotte; il lui représenta vivement que si , dans la consternation qui s’était emparée des soldats grecs, il les conduisait dans des lieux propres à favoriser la désertion , son autorité ne pouvant plus les retenir sur les vaisseaux , il se trouverait bientôt san^ armée et la patrie sans défense.
Avant de faire cette démarche , et eraignant qu’elle demeurât sans succès, Thémistocle avait envoyé vers le grand roi Siccinos, Perse d’origine, pour prévenir ce prince que Thémistorle, qui voulait mériter sa faveur, l’avertissait du dessein que les Grecs avaient de se retirer à l’isthme, et u’il pouvait d’un seul coup se défaire e leur armée de mer.
Eurybiade, qui ignorait le stratagème de Thémistocle , frappé de son observation , appelle les généraux au conseil ; tous se soulèvent contre la proposition qu’il leur fait d’attendre l’ennemi dans le canal de Salamine.
On crie, on s’emporte, en s’injurie, on se menace: Thémistocle repousse avec fureur ses adversaires, lorsque le général lacédémonien s’avance vers lui le bôton levé : il le regarde sans s’émouvoir et lui dit : « Frappe , mais « écoute. ■
Ce calme étonne le Spartiate, fait régner le silence.
Thémistocle, reprenant sa supériorité , dit : » Ici , placés dans un canal n étroit, nous opposerons un front » égal à celui des Mèdes. Ailleurs , la a flotte innombrable des Perses, ayant « assez d’espace pour se déployer, « nous enveloppera de tous côtés. En « combattant aux atterrages de la din vine Salamine, nous conserverons B cette île où nous avons déposé nos B femmes et nos enfants ; nous con- B serverons l’île d’Égine et la ville de B Mégare , dont les habitants sont
GRÈCE
€ entrés dans la confédération : si « nous nous retirons à l’isthme, nous « perdrons ces positions importantes, « et vous aurez à vous reprocher, Eu- « rybiade , d’avoir attiré les Barbares « sur les côtes du Péloponèse. »
A ces mots, Adymante, chef des Corinthiens, qui était opposé au sentiment de Théinistocle, s'exhale en injures. « Est-ce à un homme , dit-il , « qui n’a ni feu ni lieu qu’il appar- « tientdedonnerdesordresàlaCrece?
« Que Théinistocle réserve ses conseils « pour le temps où il pourra se flatter « d’avoir une patrie. — Eh ! quoi , « s’écrie Thémistocle , on oserait, en « présence des Grecs, nous foire un « crime d'avoir abandonné un vil n amas de pierres pour éviter l’escla- « vage. Maflieureux Adymante ! Athè- « nés est détruite, mais les Athéniens « existent; ils ont une patrie mille « fois plus florissante que la vôtre. Ce
■ sont deux cents vaisseaux qui leur a appartiennent et que je commande ; « je les offre encore, mais ils restea ront en ces lieux : si on refuse leur n secours, tel Grec qui m'écoute apn prendra bientôt que les Atl-.éniens <i possèdent une ville plus opulente et « des campagnes plus fertiles que
■ celles qu'ils ont perdues. »
Et s’adressant à Êuiybiade : « C’est
■ à vous de choisir mâintenint entre < l’honneur d’avoir sauvé la Grèce et « la honte d’avoir causé sa ruine. Je « vous déclare qu’après votre départ, « nous embarquerons nos femmes et « nos enfants, et nous irons en Ita- « lie fonder une puissance qui nous « fut autrefois annoncée par les ora-
■ des. Quand vous aurez perdu des « alliés tels que les Athéniens , vous « vous souviendrez peut-être des pa- « rôles de Théinistocle. «
On délibérait en même temps , mais avec plus de calme, au quartier impérial des Alèdes. Xerxès avait réuni un conseil de guerre pour consulter ceux de ses sujets ou de ses vassaux qui étaient les plus expérimentés dans la marine.
Les rois tributaires de Cypre et de Sidon, les chefs des Égyptiens, des Çypriens et des Ciliciens, toujours
fi* Livraison. fGHBCB.)
prêts à flatter les passions de leur souverain , alléguèrent plusieurs raisons frivoles en faveur de son opinion, lorsque Artémise , reine d'Halicariiasse, qui avait suivi volontairement Xerxès et conservé le privilège de lui dire la vérité sans l’offenser, s’adres- Mnt à Mardonios, président du conseil, lui parla en ces termes:
« Rapportez , seigneur, à Xerxès ce « que vadire Artémise. Le but principal « de votre expédition n’est-il pas rem- « pli ? Vous êtes maître d’Athènes ; « vous le serez bientôt du reste de la « Grèce. En tenant votre flotte dans « l’inaction , celle de vos ennemis, qui « n’a que pour quelques jours de vi- « vres, se dispersera d’elle- même. Vou- « lez- vous hâter ce moment.'* envoyez « vos vaisseaux sur les côtes du Pâo- « ponèse ; conduisez vos troupes de « terre vers l’isthme de Corinthe, et « vous verrez celles des Grecs courir au « secours de leur patrie. Je crains une « bataille , parce que, loin de procurer « ces avantages , elle compromettrait « vos deux années; je la crains, parce « quej’e connais la supériorité de la « marine grecque. Vous êtes, seigneur, « le meilleur des maîtres , mais vous « avez de fort mauvais serviteurs. Et « quelle confiance, après tout, pourrait « vous insjiirer cette foule d’Égyptiens, « de Cyprieiis, de Ciliciens et de Pam- « phyhens , qui remplissent la plus « grande partie de vos vaisseaux. »
Blardomos, ayant recueilli les voix , fit son rapport à Xerxès , gui , après avoir comblé d’éloges la reine d’Halicarnasse , tâcha ce concilier l’avis de cette princesse avec celui du plus grand nombre, qui était le sien. Sa flotte eut l’ordre de se porter vers l’île de Salamine ; il fit jeter quatre cents hommes sur la petite île de Psytalie; deux cents vaisseaux furent détachés pour empêcher les Grecs de sortir du canal où ils se trouvaient , et son armée de terre se mit en marche du côté de l’isthme de Corinthe.
Dans ce moment, Aristide, que Thémistocle avait quelque temps auparavant foit rappeler de l’exil, et qui avait eu connaissance de la manoeuvre des
L’UNIVERS
Perses, en passant d’ftgine àSalnmine, se rendit au lieu où les chefs étaient réunis. Il Et apjieler Thémistocle et lui dit : « Il est tenins de renoncer à « nos vaines et puwiles dissensions.
« Un seul intérêt unit nons animer au- « jourd'liui . celui de sauver la patrie, « vous, en donnant des ordres, moi, en « les eiécutant. Dites aux Grecs qu’il « n'est plus question de délibérer, et
< que rennemi vient de s'emparer des « passages qui pouvaient favoriser leur
• retrare. »
lliémistocle, toucliédu procédé d’Aristide, lui découvrit le stratagème qu'il avait employé pour attirer les Perses dans le piège qu’il leur avait tendu , et le pria d entrer au conseil.
Le récit d’Aristide fut aussitôt confiriTté par le capitaine d’une galère de Ténédos, nommé Panetios, qui avait déserté le camp des Ilarbares, pour aiiiumcer que les détroits étaient complètement fermés. Ainsi la néçessilé, fc (ksjiU, portèrent &s Grecs à essayer le hasard de la bataille.
Thémistocle, suivant l’usage du général en chef, qui se levait avant l’amie pour invoquer les dieux, leur offrait un sacritice sur la poupe de la galère amirale , lorsqu’on lui amena trois prisonniers » fort beaqlx de visage € et richement parés *de vestemeuts et « de joyaux d or, Icsquclz on disoit « estre enfants de Saiâlace, sœur du « roy, et d’un prince nommé Auta- « ractos. Dés que le devin Kuuhran- « tides les eut apperçus, ayant aussi « observé qu’il esloit à leur arrivée
< saillydusacrilice une grande et claire «llamme, et qu’au même instant, « qiieli|u'un des assistants à main « droite avoit éternué , il prit Tlié- ■ mistode par la main, et lui com- « manda de sarrilier tous ces trois pri- « scimiers au dieu Ilacchus surnommé « OmesteSy c’e.st-fi-dire, cruel; pour « ce que en ce faisant , non seulement « les G recs se sauveroient , mais rem- « porteroient la victoire : Thémistocle € dut consentir à cet holocauste abomi-
• nable. » (Plut., trad. d’Ainyot. )
Avant l’aurore^ les vaisseaux grecs,
au nombre de trois cent quatre- viof^
étaient rangés en ordre de bataille. Les Perses, dont la flotte montait à douze cent sept voiles, surpris de ce que les Grec-s n’avaient pas essayé de prendre la fuite pendant la nuit, le furent encore davantage, quand ils aperçurent leur disposition serrée et régulière.
Les Grecs avaiept commencé, au lever du soleil, leurs hymnes et leurs cantiques sacrés, lorsque mille et mille voix entonnèrent des cliants de triomphe accompagnés du son belliqueux des trompettes. Leur contenance annonçait un courage et une intrépidité extraordinaires. Mais leur valeur était tempérée par la sagesse de l’amiral.
Ttiéinistocle avait ordonné de différer l'attaque jusqu’au moment où devait s’élever un vent réglé , non moins favorable à la flotte grecque que dangereux pour les vaisseaux des Perses , qui pr&entaient des bords élevés à raction des vagues et à l’attaque des assaillants.
Xerxés, voulant animer son armée pr sa présence, vint se placer sur une nnuteur appelée les Cornes { aujourd’hui mont K-ératas, vpy. pl. I9)(*), voisine du détroit , entouré de ses secrétaires qui devaient décrire toutes les circonstances du combat. Dès qu’il parut assis sur un trône d'or qu’il avait fait élever, la (lotte se mit en mouvement et s'avança jusqu’au-dclâ de l’IIe de Psytalie, qu’on voit à l’orient de Salainine.
Le vent désiré par TTiémistocle commençait à souffler, lorsqu’il lit signal à la ligne des Athéniens d’attaquer celle des Phéniciens, tandis que les Pélopooésiens s’avapçaient coptre la division de la flotte ennemie qui était rangée dq côté du Pirée.
(*) n’est sur le cap du nont (^rydalos qo’il dut s'uistalior, car le non! Kéraiaa est trop élui^iMc. U est possil>le que Xeraés K soit place Hir l'uue des deux emiaeiiret que l'on aperqoit vers le idnd de U plaiiclie iQi et qui peiil-itre parlaient alors le nom att Cornes. C'est au pied de ces collines que l’on voit s'eufoncer U détroit de Salaniioei dont cette bataille a rendu lenomii oéUto(.
GBtCE.
Les Perses, se fiant sur letrr nombre, semblaient assurés de la victoire. On distinguait sur le front de leur ligne principale une galère phénicienne d'ùnc grandeur et d’une force extraordinaires, parée de toute la pompe navale.
Dans l’impatience d’engager le combat, elle devançait tous les autres bâtiments de son escadre, lorsqu’elle fut wrétée par une galère athénienne nui était allée à sa rencontre : le premier dioc endommagea la proue du bâtiment phénicien , le second l’ensevelit dans les flots.
Les Athéniens , encouragés par ce premier succès, s’avancent avec toutes leurs forces en s’animent au combat par ce chant guerrier qu’Esclivle nous a conservé : « Allons, enfants d'Athènes,
« sauvons notre pays, défendons nos «femmes et nos enfants! Délivrons « les temples de nos dieu.x, reconqué- « rons les tombeaux sacrés de nos « ancêtres! La Grèce en ce jour ré- « clame le secours de votre valeur. » Ces chants excitent des transports dans l’aile droite des Athéniens, qui était opposée à celle des Phéniciens, commandée par Ariabignès, un dus frères de Xerxès. Thémistocle était ent en tous lieu.x et à tous les ers, -lorsqu’une galère athénienne it avec impétuosité sur l’amiral phénicien qui , s’étant élancé à l’abordage sur ce bâtiment, fut aussitôt percé de coups.
La mort d’Ariabignès répandit la consternation parmi les Phéniciens, et la multiplicité des chefs y Jeta une confusion qui accéléra leur perte.
Vainement les Cypriotes et les autres nations de l’Orient voulurent létablir le combat , les Athéniens les resserrèrent dans un espace circonscrit, où ils se trouvèrent hors d’étet d’açir, et, suivant l’expression d’Eschyle, ils furent pris et détruits comme te poisson dans le flet.
Victorieux de ce côté, ’i’hérnistocle s’empressa de voler au secours des Lacédémoniens et des autres alliés qui se défendaient contre les Ioniens.
« Pendant j dit Plutarque , que la « bataille étoit à ce point, on dit qu’il
« apparut en l’air vers la ville d’É- «leusis une grande flamme, et que « l’on entendit une voix éclatante et « de grandes clameurs par toute la «plaine Thriasienne jusqu’à la mer, « comme s’il y eût eu une multitude « d’hommes qui eussent chanté en- « semble le sacré cantique de lacchos; « et il semhloit que de la multitude de « ceux qui chantoient, il se levât pe- « tit à petit une nuée en l’air, qui, «partant de la terre, venoit fondre et « tomber sur les galères ennemies. Les « autres affirmoient avoir vu des ligu- « res et des images d'hommes armes, « qui de l’ile d f.gine tendoient les « mains au-devant des galères grec- « ques: et on pensoit que c’étoient les « Kacides , lesquelz on avoit invoqués « dans les prières solennelles avant la « bataille. » (Trad. d’Amyot. ) Thémistocle s’étant dirigé du côté où les Ioniens combattaient avec acharnement, on prétend que plusieurs d’entre eux, qui avaient lu les pamphlets par lesquels il les exhortait à quitter le service des Barbares, passèrent du côté des Hellènes. Enlin, ce fut au moment de la défaite générale qu’Artémisc, entourée d’ennemis, leur échappa par un stratagème dont ils furent dupes.
Elle avait brillé par sa vaillance :
ce qui lit dire à Xerxès que dans cette journée « les hommes avaient corn- « battu comme des femmes, et les « femmes comme des hommes. »
RETIUITB DES PERSES.
Retraite de Xerxès. — L’armée navaje des Perses sc retira au port Phalère : deux cents de leurs vaisseaux avaient péri ; quantité d’autres étaient pris. Les Grecs n’avaient perdu que quarante galères.
Xerxès déplorait la perte desa flotte, lorsqu’il vit les Grecs, dans l’enfliousiasme de la victoire, tourner la proue de leurs vaisseaux vers l’île de Psvtalie, V débarquer et tailler en pièces les soldats qu’il y avait fait passer.
Transporté de fureur, il se précipite de son trône, déchire ses vêlements,
L’ÜNIVERS.
et se livre au plus violent désespoir.
Dans la nuit, un avis secret de Tliéinistocle apprend à Xerxès que les Grecs ont résolu d’aller incendier le uont qu'il avait fait construire sur rilellespont,et le roi des rois ne songe plus qu'à retourner en Asie.
Mardonios avait prévu cette résolution. Dans sa première entrevue avec Xerxès, il l’exhorta à ne pas trop s’afiliger de la défaite de sa (lotte , en lui représentant qu’il était venu pour comoattre les Grecs, non pas avec des radeaux de bois, mais avec des soldats et des chevaux; qu’il était niaîfre d’Athènes , le premier objet de son ambition ; qu’il était temns que Sa Hautesse abandonnât les fatigues de la guerre pour se livrer aux soins du gouvernement de ses peuples ; que lui, avec trois cent mille hommes choisis , se chargerait de poursuivre ses desseins et de ramener la victoire sous ses drapeaux.
Les courtisans confirmèrent par leurs suffrages l’avis de IWardonios; et Xerxès, tout en cédant aux suggestions de sa pusillanimité, sembla ne quitter la Hellade qu’à regret et par condescendance pour la pieuse sollicitude qu’il avait ue ses sujets. Les débris de la Hotte persane retoùrnèrent dans les mirts de l’Asie-Mineure. Mardonios distribua les trois cent mille hommes qu’on lui avait accordés en j]uartiers d’hiver.
Allégresse, fêtes, ofpranoes
RELI GI EUSES DES G RECS V ICTOR lEUX.
— Tandis que Xerxès fugitif, qui ne trouva plus le |iont, qu’ïine tempête avait brisé, traversait sur une barque le bras de mer de l’Hellespont pour se rendre en Plirygie, les Grecs victorieux envoyaient à Delphes les prémices des dépouilles qu’ils s'étaient partagées.
Les généraux se rendirent en même temps a l'isthme de Corinthe. Réunis autour de l’autel de Neptune , ils voulaient décerner des couronnes à ceux qui avaient le plus contribué à la victoire remportée sur les Barbares.
Le jugement ne put être prononcé, chacun s’étant décerné le premier prix.
en même temps que la plupart d’entre eux avaient accordé le second à Thémistocle.
Les présents que les Grecs consacrèrent aux dieux étaient magnifiques ; les récompenses accordées à leurs généraux ii’étaient au contraire que de simples marques d’estime publique :
c’étaient des couronnes de laurier, de pin ou d’olivier. Ce qui fit dire à Tigrane, témoin d’une si auguste simplicité : « Grands dieux ! à quels hom- < mes avons-nous affaire! insensibles « à l’intérêt, ils ne combattent que « pour la gloire. »
Cette passion dominante pour la gloire qui survit au tombeau, détermina Thémistocle à se rendre à Sparte avec F.urybiade. Une couronne d’olivier fut la récompense de ces deux chefs. On combla Thémistocle d’éloges; à son départ on lui fit présent du plus beau char qu’on put trouver dans la ville; et, par une uistinction aussi nouvelle qu’éclatante, trois cents jeunes cavaliers, tirés des premières familles de Sparte, eurent ordre de l’accompagner jusqu’aux frontières de la Laconie.
Négociations de Mardonios avec LES Athéniens. — Les Grecs auraient dû se préparer à de nouveaux combats aussitôt que Xerxès fut rentré en Asie, quoiqu’il passât son temps à bâtir des palais .somptueux, quS'l avait soin de fortifier. Mais occupés à rendre les derniers devoirs à leurs guerriers morts dans les combats, à célébrer des fêtes nationales, à manifester, tant par leurs prières particulières que par la magnificence de leurs offrandes, la plus vive reconnaissance à leurs divinités particulières, ils ne songeaient qu’au présent.
Cependant Mardonios se disposait à réparer les affronts que Xerxès avait reçus : son armée s’augmentait, ou plutôt elle s’affaiblissait, par le concours d’une multitude indisciplinée; il consultait les oracles, lorsqu’il pensa à détacher les Athéniens oe la ligue hellénique. Il fit en conséquence partir pour Athènes Alexandre , roi de Macédoine, qui était vassal de la Perse.
GRÈCE. 85
( O prince, nm aux citoyens d’A- « niens, apprenez à Sparte que tout thènes jdm les liens de l'hospitalité, « l’or qui circule sur la terre, ou qui ayant été admis dans l’assemblée du « est encore caché dans ses entrailles,
peuple en même temps que les am- « n’est rien à nos yeux au prix de la
bassadeurs de Lacédémone chargés de « liberté !... Et vous, Alexandre, en rompre sa négociation, paria en cette • lui montrant le soleil, dites à iMarmanière : « Voici ce qüe Mardonios « donioa : Tant que cet astre suivra « m’a chargé de vous annoncer, ci- «la route qui lui est prescrite, les « toyens d'Athènes : « J’ai reçu un « Athéniens poursuivront sur le roi
« ordre du roi conçu en ces termes : « de Perse la vengeance qu’exigent
« Mardonios, exécutez mes volontés: «leurs campagnes désolées et leurs
« rendez à ce peuple ses terres; don- « temjiles réduits en cendres. »
« nez-lui-en d’autres, s’il en désire ; Afin de rendre cet engagement en- « conservez-lui ses lois, et rétablissez core plus solennel, Aristide lit aussi- « les temples que j’ai brûlés. » tôt passer un décret en vertu duquel
AJ^.xandre, aorès avoir rapporté ces les ministres des dieux dévouaient paroles , tâcha de convaincre les Athé- aux divinités infernales tons ceux qui niens qu’ils n’étaient pas en état de auraient des rapports avec les Perses, lutter contre la puissance des Perses, et qui se détacheraient de la conféet les conjura de préférer à tout au- dération des Grecs, tre intérêt l’amitié de Xerxès. Seconde xnvasion de d’Attique
« N’écoutez pas les perfides conseils par des Perses. — Mardonios , in- « d’Alexandre, s’écrièrent les députés formé de la résolution des Athéniens, « de Sparte : c’est un tyran qui sert mit aussitôt en mouvement ses troun un autre tyran. 11 a, par un in- pes, et entra dans l’Attique, dont les « digne artifice, altéré les instructions Iiabitants s’étaient une seconde fois « de Alardonios. Les offres qii’il vous réfugiés à Salamine. Il informa Xerxès « fait de sa part sont trop séduisantes de son succès, dont il tâcha de pro- « pour n’être pas suspectes. Vous ne üter pour renouer ses négociations R pouvez les accepter sans fouler aux avec les Athéniens : il en' reçut les « pieds les lois de la justice et de mêmes réponses; et Lycidas, qui avait « l’honneur. N’est- ce pas vous qui proposé d'écouter les offres du général « avez allumé la guerre actuelle? et persan, fut lapidé avec sa femme et « faudra-t-il que Tes Athéniens, qui ses enfants.
« ont été dans tous les temps les plus Cependant les alliés, et les Spartia- « zélés défenseurs de la liberté, soient tes surtout , qui avaient engagé les « les premiers auteurs de notre ser- Athéniens à rejeter les offres de ?lar- « vitude? Sparte, qui vous fait ces donios, semblèrent oublier ceux qu’ils « représentations par notre bouche , avaient compromis. Au lieu de voler «est touchée de l’mt funeste où vous au secours cle l’Attique, ils demeurè- « réduisent vos maisons incendiées et rent au-delà de l’isthme, qu’ils avaient « vos campagnes ravagées : elle vous fortifié.
« propose , en son nom et au nom de Les Athéniens envoyèrent alors des « ses alliés, de garder en dépôt, pen- ambassadeurs à Lacédémone, où l'on
« dant le reste de la guerre, vos fein- célébrait des fêtes qui devaient durer
« mes, vos enfants et vos esclaves. » plusieurs jours : ils firent entendre Les ambassadeurs de Sparte et le leurs plaintes. On différait d'y réponro/Alexandre, qui s’étaient tenus éloi- dre , lorsqu’ils se présentèrent aux gnés pendant fa délibération, ayant éphores , auxquels ils déclarèrent
été rappelés dans le sein de l’assein- qu’Athènes, délaissée par les Laaidé-
blée, Ari.stide fit lire en leur pré- moniens et par ses autres alliés , était
seuce le décret qui repoussait les pro- résolue de tourner ses armes contre
positions de Mardonios , et soudain eux en faisant la paix avec les Perses, élevant la voix : « Députés lacédémo- Les épborts répondirent que la nuit
L’UNIVERS
précédente ils avaient fait partir, sous le comiiinndeineiit de Pausanias , tuteur et parent de Plcistarque, fils de Léonidas , cinq mille Spartiates et trente-cinq tnille llilütes. Les Péloponésiens avaient de leur côté envoyé leur contin^;ent, qui se montait à vingt mille lioniiiies.
Cette armée , forte de soixante mille comliatlants, ayant traversé risthnie, fut jointe par Aristide, qui commandait huit mille Athéniens et un nombre supérieur de soldats tirés de Mégare, de Thespie, de Platée , de Salamine, des îles d’Kuliée et d'f.pine, Lue quantité proporliomiéc d’esclaves était attachée aux différentes divisions des troupes confédérées.
llüTIlAITli llü Mauoo.vios, — Rlatdonios, informé secrètement de ce qui se passait parles A rgiens, avait opéré sa retraite vers la Béotie. Cette province lui offrait de grandes plaines pour faire mouvoir sa cavalerie, un pays fertile, et en cas de revers, des villes pour retirer les débris de son armée. Il avait établi son canin le long du fleuve Asope, depuis Érytlirée jusqu'aux confins du pays des Plateens.
Journal de la bataille de PlaTEE. 19 SEPTE.MDRE 479 ANS AVANT J.-C. — Au terme de leur marehe, les Grecs vinrent camper en face des Perses, au pied et sur le penchant du mont Cithéron. Aristide commandait les Athéniens; Pausanias toute l’armée. Dans un conseil composé des chefs , on dressa la formule d’un serment que les soldats se hâtèrent de prononcer. Le voici :
« Je ne préférerai point la vie à la a liberté; je n’ahandonnerai mes chefs « ni pendant leur vie , ni après leur « mort ; je rendrai les honneurs de la « sépulture à ceux des alliés qui mour- « rontdans la bataille ; apres la victoire, « je ne renverserai jamais aucune des B vi les qui auront combattu pour la B Grèce, et je décimerai toutes celles B qui SC seront jointes à l’ennemi: loin B de rétablir les temples qu’il a brûlés B ou détruits, je veux que leurs rui- ■ nés subsistent, pour rappeler sans
B cesse a lios neveui la Antitar impie B des Barbares. >
Les deux armées restèrent onze jours dans leurs retranchements. Plusieurs incidents marquèrent la durée de ce temps.
De toutes les républiques situées au nord de la Grèce , celle des Pliocidiens était la moins disposée à etnbrasscr la cause des Mèdes. Mais , comme leur pays se trouvait occupé par Mardoniôs, ils se virent contraints de lui envoyer mille soldats, commandés par llarmocydes, qui avait beaucoup d’autorité parmi eux. Quclt|ues jours après qii’ils eurent joint rarniée des Pfrses, olardonios envoya ordre aux Plioeidiens de camper* dans la plaine, en un corps séparé.
Ils n’eurent pas plus tôt obéi à ce commandement , que toute la cavalerie persane se forma en ordre de bataille. llarmocydes cria aussitôt à ses comp.ignons : « Vous voyez ces hom- B mes qtii viennent avec une intention B évidénté de nous détruire : mou- B rons en Grecs, et défendons-nous B avec toute la fureur du désespoir , B plutôt que de nous soumettre lâche- B ment à une destinée déshonorante.»
En même temps ils présentent de tous côtés aux Barbares un cercle immobile hériesé de piques menaçantes.
Cette attitude frappa* de terreur la multitude des cavaliers mèdes, qui se reti rèrent dans leurcamp. Mardomos se dépêcha d’envoyer un héraut chargé de dire aux Pliocidiens que lecüuragcqu’ils venaient de montrer démentait l’impression qu’on lui avait donnée de leur valeur, et que s’ils la déployaient en faveur des Perses, ils éprouveraient la générosité de Xerxès et la sienne.
Dans cette situation, de fréquentes escarmouches devaient nécessairement avoir lieu entre les deux armées.
Trois mille soldats mégariens étaient campés du côté le plus exposé à la cavalerie de l’ennemi , dont les incursions les avaient tellement ftitigués, qu’ils demandèrent à être relevés du poste qu’ils occupaient. Pausanias s’adressa successivement aux différents corps de l’armée, pour savoir si quel-
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qu’un d’eux voulait remplacer les guerriers de Mégare. Les Athéniens seuls s’empressèrent d’offrir leurs services dans cette qircohstance critique.
A peine avaient-ils pris possession de ce poste important , que la cavalerie persane vint fondre sur eux ; ils repoussèrent l'attaque avec vigueur, et Aladstios, lieutenant général de Mardonios, hit tué dans l'action : son corps resta au pouvoir des Hellènes.
Malgré cet avantage, les Grecs, qui ne pouvaient s’approcher des rives de l’Asope sans être exposés aux tiédies des ennemis, se virent obligés de changer (te position. Ils entrèrent dans le pa^s des Platéens, et les Spartiates s’établirent auprès de la fontaine Oar- ^aphie , qui pouvdit fournir de l’eau a toute l’arraee. Cet endroit était parsemé ds plusieurs monticules agréables, orne d’un bosquei et d'un temple consacré au génie du lieu.
Dans la distribution des postes qu’occasiona ce mouvement de l’armce , il s’éleva une contestation assez vive entre les Atliénieiis et les Tégéates, nui prétendaient également coinmamier l’aile gauche de l'armée. Les deux partis cédaient la droite aux Spartiates , comme étant la place d’honneur.
Aristide termina heureusement ce différent. « Nous ne sommes pas ici, « dit-il, pour contestér avec nos allies, « mais pour combattre nos ennemis.
« Nous déclarons que ce n’est pas le « poste qui donne ou qui ôte la valeur: « c’est à VOUS) Spartiates, que nous « nous en rapportons. Quel(]ue rang ■ que vous nous assigniez, nous l’e- « lèverons si haut, qu’il deviendra > peut - être Ib plus honorable de « tous? » Les Lacédémoniens opinèrent par acclamation en faveur des Athéniens.
Mardonios, informé du mouvement des Grecs qui remontaient la vallée de l’Asope, vint camper une seconde fois en face de l’ennemi. Son armée était composée de trois cent mille Asiatiques et d'environ cinquante mille Béotiens, Thessaliens et autres auxiliaires. Celle des Hellènes confédérés était d’environ cent dix mille, dont soixante-neuf
mille cinq cents n’étalent armés qu’à la légère. On v comptait dix mille Spartiates et Lacédémoniens , huit mille Atliéniens. cinq mille Corinthiens , trois mille Megarieiis et plusieurs coiitiiifrents fournis par divers cantons ou villes de la llellade : il en venait chaijne jour de nouveaux ; les Éiéens et les ÎMantinéens n’arrivcrtnf qu’après la bataille.
479 A.\S AVA.NT J.-C. l/-l!) septembre. — Les deux armce.s .se trouvaient en présence depuis plusieurs jours, lorsqu’un déiaehemei.t de cavalerie persane, avant pas.sé l’Asope pendant lu nuit, s’enqiara d'un coiivoi venant du rèlo|iünèse, mii descendait du mont Cithéron. Les i’erses se rendirent maîtres de ce délilé , et les Grecs ne reçurent plus d'approvisicnliements. Le’tir canip lut pendant deux jours souvent insulté par la cavalerie ennemie.
Le onzième jour depuis qu’on était en présence, Mardonios assembla son conseil de guerre. Artahaze, un des officiers supérieurs , proposa de se retirer sous Iesmur.sde1 lièhes, sans courir les thances d’iine bataille, et d’aviser enisuite aux niovens de corrompre à force (l’argent les principaux citoyens des villes alliées. Il était prouvé qu'il y avait même parmi les Athéniens des chefs prêts à se vendre. Mardonios rejeta cette proposition avec im'-pris.
20-21 SEPTEMBRE. — La nuit (lu 19 au 20 septcinlirc , un cavalier sorti du camp (les Perses, s’étant avancé du côté des Atliéniens, lit annoncer au général (|u’il avait un secret important à lui révéler. Dès qu’.Aristide se fut présenté, l'inconnu lui dit : « Mar- « donios fatigue inutilement les dieux « pourobtemrdes auspices favoralilcs.
« Leur silence a fait jusqu’ici différer « le combat; mais les devins ne font « plus que d’inutiles efforts pour le « retarder. Il vous attaquera demain « au point du jour. J’espère qu’après n votre victoire, vous vous souvien- « drez que j'ai risqué ma vie pour <1 vous garantir d’une surprise : Je s:ils <■ Alexandre , roi de Macédoine. »
En achevant ces mots, il reprit à toute
L’UNIVERS
bride le chemin du camp des Barbares.
Aristide s’étant aussitôt rendu au quartier des Lacédémoniens, on j concerta les mesures propres à repousser l'ennemi.
21-22 SEPTEMBRE. — La joumée suivante se passa en mouvements stra-
Sues. Le camp des Grecs fut levé ant la nuit avec la confusion qu'on devait attendre de tant de nations indépendantes, refroidies par leur inaction , par leurs différentes retraites et par la pénurie des vivres. Quelquesunes se rendirent à l'endroit désigné par le généralissime ; d'autres , égarées par leurs guides ou par une terreur banique, se réfugièrent auprès de la vifle de Platée.
Mardonios avait été instruit de la retraite des Hellènes , et , ne doutant pas que la crainte n’eût précipité ce mouvement , il ordonna de les poursuivre. Il chargea cin4uaiite mine de ses auxiliaires d'attaquer les Athéniens, et il se mit en personne à la tête de l’élite des Mèdes. Arrivés à portée des Hellènes, les Barbares poussent un cri immense et lancent une grêle de flèches, en chargeant l’ennemi.
Les picédemoniens supportent avec une imperturbable fermeté le clioc d’une masse dont la pesanteur et l’iinpulsion semblaient devoir les écraser.
Couverts de leurs larges boucliers , ils reçoivent sans bouger les innombrables traits des Perses : ils offraient alors des sacrifices et ils attendaient que les dieux se fussent expliqués. On leur annonce que les victimes sont propices... . aussitôt ils fondent sur les Barbares.
Perses, renforcés par lesSaces, nation scythique, présentent un front impénétrable. Manlonios, monté sur un cheval blanc d’une vigueur et d’une légèreté peu communes, se faisait distinguer sur tous les points de l’attaque par l'éclat de ses armes , et plus encore par sa valeur signalée.
Suivi de mille cavaliers choisis parmi la noblesse persane, il rendait la victoire incertaine , lorsque , atteint d’un coup mortel par te Spartiate Alcimnestos , il tomue au milieu des
braves qui ront immolés autour de son cadavre. Epouvantés à cette- vue, les Perses prennent la fuite, et la déroute devient générale dans l’armée, dont les débris se réfugient dans le camp retranché que Mardonios avait fait élever au bord de l’Asope.
Dès le commencement de l’action , Artabaze , qui s’y était opposé dans le conseil, abandonna le enamp de bataille avec quarante mille nommes.
Fuyant à marches forcées, il arriva au bord de l’Hellespont avant la nouvelle de la défaite de Mardonios et repassa sur la côte d’Asie avec les troupe qu’il commandait.
Aristide, vainqueur des Barbares qu’il avait en tête , vint se rallier aux Lacédémoniens , pour attaquer de concert les retranchements élevés par les ennemis : ils les forcèrent , et de tant de milliers de Perses qui avaient envahi la Uellade, il en échappa à peine deux mille au fer vengeur des Grecs.
Le butin qu’on trouva dans le camp retranché des Mèdes était considérable.
Xerxès, dans sa retraite précipitée, y avait déposé la majeure partie de ses richesses, après avoir distribué le surplus à ses favoris. Les tentes des nobles étaient abondamment fournies de meubles précieux ; on y trouva des caisses remplies de monnaies d'a^ gent frappées au coin des Perses, monnaies qui commencèrent et continuèrent pendant long-temps à avoir cours dans la Grèce.
Tout le butin étant rassemblé, on en consacra le dixième aux dieux ; un autre dixième fut donné au général.
On offrit des dons particuliers aux temples de Jupiter Olympien, de Neptune Isthmien, d’Apollon Delphien, et de Minerve, protertrice d’Athènes.
La victoire avait coûté peu de sang; mais on avait perdu les hommes les plus généreux de la Hellade. Dans ce nombre, on comptait quatre-vingt-onze Spartiates , cinquante-deux Athéniens et seize Tégéates.
Chaque nation éleva un tombeau à ses guerriers ; et, dans une assemblée des chefs , Aristide fit passer le dé-
cret rairant : « Que tous les ans les « Muples de la Grèce enverraient des « députés à Platée, aOn d’y renou- « veier, par des sacriflces augustes, « la mémoire de ceux qui avaient « perdu la vie dans le combat; que de « cinq ans en cinq ans on y cmébre- « rait des jeux solennels , qui seraient « nommés les Fêtes de la liberté ; et « que les Platéens , n’ayant désormais « d’autres soins que d’adresser des ■> vœux aux immortels pour le salut « de la Grèce , seraient regardés comme « une nation inviolable et consacrée « à la Divinité. »
La bataille de Platée fut donnée le 3 du mois de boedromion , dans la seconde année de la soixante-quinzième olympiade ( 22 septembre 479 avant J6us-Cbrist. ) {\oy. pl. 20) (*).
(‘) Le* tombeaux de* guerriers morts à Plalee étaient près des remparts , dit Strabon. Le Athéniens, les Lacédémoniens et le Platéens avaient de sépulture séparées. On élea un tombeau commun pour le autre Greo qui périrent dans œtte bataille. Le tombe antique que l'on voit encore ^intenant en grand nombre dans la plaine de Platée , indiquent l’empiaemenl de cette ville. Ses rempaiis, large de 8 pieds, encore assez bien cunservés , et dont il rete même quelque tours carrée , forment un triangle de 3,000 mètre de tour. Au sud s’élève le mont C}tfaéron, qui borne un de scs cdtés; il termine la vue que nous donnons de cette' pjaine célèbre, ou chaque année on venait célébrer l'anniversaire des béros morts aux champs de Platée pour la liberté des Grecs.
A.U point du jour, dit Plutarque, la procession partait précédée d’un trompette qui sonnait la chaige, suivi de chars remplis de couronnes et . de branches de myrte. On voyait ensuite un taureau noir accompagné de jeune* gens de condition libre , qui portaient des vases remplis de lait et de vin destinés aux libations , ainsi que des fioles d'huile et de parfums. Après eux, marcliait l’archonte seul, suivi du reste des citoyens. Ce chef, qui, le reste de l'année, était vêtu d’habits mânes, auquel il n’était permis de toucher neo oà il entrait du fer, paraissait ce jourlé en robe de pourpre, ceint d’un baudrier et armé d’une épée , tenant dans ses mains l’ome saoée qu’il prenait dans le lieu oh l’oD dépose les actes civils.
Le même jour, la flotte des Grecs, commandée par Léotychidas, roi de Sparte, et par Xantippos, d’Athènes, remporta une victoire signalée sur les Perses auprès du promontoire de Mycale, en Ionie. Telle fut l’issue de la perre de Xerxès, plus connue sous le nom de guerre médique; elle avait duré deux ans.
PREMIERS RAPPORTS ■irrai lks oaict n s,as cartsaoivou.
Le commencement du V* siècle avant notre ère forme l’époque la plus glorieuse de la Grèce. L’orgueil du grand roi semblait ne lui laisser rien à craindre du côté de l’Asie : les établissement helléniques du côté de l’Hellespont et de l’Adriatique tenaient en respect les Barbares septentrionaux, et la colonie de Cyrène refoulait les Libyens dans leurs solitudes brûlantes.
Le nord , le midi , l’orient reconnaissaient l’ascendant de la valeur et du génie des Grecs. Rome, à l'occident, n’était encore occupée qu’à dilater aux Voisques les miséranles cabanes du Latium ; mais Carthage , fondée 890 ans avant notre ère par une colonie de Phéniciens , excitait les sollicitudes politiques des Hellènes.
Les Carthaginois avaient profité en silence de la fertilité de leur territoire, de la commodité de leurs porte, de l’esprit entreprenant de leurs marins, de |a sagesse de leur gouvernement, qui fut telle, jusqu’au siècle d’ Aristote, qu’aucun tyran n’opprima
Arrivé au tombeau, il puisait de l'eau dans une fontaine voisine, lavait la cippa ou colonna sépulcrala , qu’il oignait et parfumail ensuite. Après avoir ^orgé la victime , dont il faisait couler le sang dans une fosse , et tandis qu’on la mettait sur le bêcher , il invoquait Jupiter et le Mercure infernal, en appelant par leurs noms la brava morts pour la patrie, qu’il invitait à se rassasier du sang qu’on avait répandu. Remplissant ensuite une coupe de vin , il la répandait dans la fosse , tandis qu’on y versait la cnicha de lait ; et il s’écriait : ^ la mémoire des héros qui se sont unmolés pour la liberté des Grecs.
so
L’UNIVERS
leur liberté , et qn’àheunè sédition n’altéra leur tranquillité.
Vers le milieu du VI* siècle , les Carthaginois sortirent de leur tran- «fllllite à l’occasion des Pliocéens éta- Blis dans l’Ile de C}Tnos (la Corse).
Le commerce est, de sa nature, intolérant. Les armateurs de Carthage et les Toscans, jaloux de la prospérité des colons ioniens, leur déclarèrent la guerre; et le plus ancien combat naval, historiquement connu, se donna dans les mers de la Sardaigne. Les Phocéens , avec soixante voiles de guerre , détruisirent quarante vaisseaux carthaginois, et mirent en déroute le surplus de la flotte ennemie.
Malgré ce succès, la colonie grecque de Cvrnos, entourée parles établissfr^ menis des Carthaginois qui occupaient la Sardaigne, les rives septentrionales de la Sicile. Malte, les îles Baléares, comprenant qu'elle ne pourrait se soutenir, lit voile pour les plages de la Gaule, où elle fonda Marseille, 699 ans avant J.-C.
L'ambition commerciale de Carthage avait pour but particulier de paralyser les progrès de tout peuple qui pouvait contrarier ses intérêts, en lui disputant les mo^’ens de s’élever par le commerce. Ainsi, vingt-huit ans avant la guerre médique, elle avait conclu avec Rome, debarrassée depuis peu des Tarquins, un traité par lequel la nouvelle république S'engageait a n’avoir aucuns rapports de négoce avec les établissements grecs.
Pendant une période de soixante ans, les colonies grecques établies dans la Basse-Italie étaient parvenues à un tel état de splendeur, qu’elles furent désignées sous le nom générique de Grande-Grèce. Aussi les Carthaginois, affligés d’une semblable prospérité, apprirent- ils avec des transports de ioie les préparatifs de Xerxès contre la ndlaae. Leur joie redoubla quand Xerxès, traitant d’égal à égal avec leur république, leur accorda des subsides pour concourir à la destruction complété des Hellènes.
Les Carthaginois, avant que Xerxès
sortît dé Sirtë, étélfent p&fVètibs, àn bout de trois années de préparatifs, à réunir deux mille galères et trois mill? batiments de charge, destinés, à transporter dans la Grande-Grèce une armée de trois cent mille hommes.
Une diversion aussi iiiiissante devait concourir, avec l’expedition du grand roi, à l’extermination de la race hellénique, partout où elle existait
En réfléchissant sur l’état actuel du royaume des Deu-x-Siciles , dont une poignée de Normands lit la conquête au moyen 3ge, on ne pourra entendre, sans un mélange de surprise et d’incrédulité, que, cinq siècles avant notre ère, cette contré renfermait vingt républiques belliqueuses , dont plusieurs pouvaient mettre cent mille combattants en campagne. Ces merveilles cependant ont existé : elles furent l’ouvrage d’un peuple actif, qui eut pour législateur moral PytJiagore.
PVxHAGbRB.
Cicéron dit que la Orandé-Grècc dut sa civilisation, ses institutions et ses arts à Pjthagore, flis de Mnésarque, né à Sambs, six siècles avant notre ère. Agé de dix-huit ans, il avait visité la Grèce et gagné le prix de la lutte aux Jeux olympiques. Il était allé de là en Égypte, où il apprit à lire l’écriture symbolique des prêtres, qui l’initièrent a leurs mystères, après l’avoir soumis à la circoncision : ce qui a porté quelques écrivains à croire qu’il connut la loi de Moïse.
Au retour de ses voyages, Pythagore trouvant sa patrie courbée BOUS le joug de l’artilicieux Polyérate, revint en Grèce; et après avoir, pour la seconde fois , assisté aux Jëux olympiques , il se rendit à Sparte. Pendant le séjour qu’il y fit, il étudié la constitution de Lycurgue, fondée sur un grand système d’éducation, et il en déduisit le plan d’une législation qui, du sein de Técole où il l’enseignait à quelques adeptes, sortit et fut reçue avec entliousiasine par Tltaiie et la Sicile. I
Pythagore, âgé de quarante ans.
GRÈCE
arriva à CHJtotlëj préMdé d’une putation acquise aux Jeu* olympique^ et dans ses voyages , où il avait fait connaissance avec plusieurs Grecs, qu’il avait rencontrés dans les temples et dans les gymnases, où les hommes de ce temps Se réunissaient. Aussi se montra-Vil d’abord Sur les places publiques, où il enleva tous les suffrages par son éloquence, far son adresse à lutter et ses succès dans leS joutes, oui faisaient les délices dés peuples de l’antiquité. Ses talents en musique et en médecine , ses connaissances en mathématiques et en physique , les arts et les sciences qu’on coinmen^it à cultiver et qu’il encouragea, lui acquirent une considération générale. »
F^thagore, qui avait observé leS habitudes des nations , au lieu de blâmer la vie voluptueuse des habitants de la Grande - Grèce, s’attacha à les réforiner par l’inlluence de la morale. 11 fonda en conséquence unè association, dans laquelle les Grecs et les Barbares étaient admis après avoir fait preuve d’intelligence et de bonnes dispositions : on s’y servait d’une écritnré symbolique; et 550 ans avant Jésus-ChnSt , trois cents pythagoriciens se trouvèrent à la tete du gouvernement de la république de Crotone.
L’esprit d’association est Une sorte d’instinct qui éhlane de la Divinité.
Les disciples du maître ( ils nommaient ainsi Pythagore), les prOfès, les initiés, ne taraèrent pas à étendre leur inlluence sür les états de Locres , de Rhégion, de Catahe, d’où la doctrine passa dans les Iles de la mer Égée. Alors parut une foule de pythagoriciens appelés à gouverner le monde par la parole, tandis qu’ils étaient eux - mêmes goUVethés pàr la sagesse et par la vénU.
PoLtTiQUx. — Pythâgbre prétendait que le bonheuh des nations dépendait deceuxqui les gouVerhent. Également ennemi de la turbulence démocratique et du pouvoir des tyrans, il leur préférait une aristocratie modérée : opinion qui fut celle de tous les grands
hommes de l’antiquité, n avait, en même temps , une aversion invincible pour le pouvoir arbitraire; de sorte
Sué^ pOüf prévenir l’oppression et la cen^, il Voulait opérer sa réforme par l’éducation, èt conduire ainsi le peuple à l’état le plus parfait dont une société politique soit susceptible.
MoB AtB. — Il faudrait composer un traité de morale, et de la morale la plus sublime, pour expliquer le système d’éducation de Pj’thagore. Il prétendait que Jamais les attraits du plaisir , l’activité et l’ambition n’oeeiipent as.«ez complètement l’esprit d’un satrape ou (Tüti démagogue, pour que son bonheur ou sa misère ne dépendent pas de ses réflexions sur le passé, de ses espérances ou de ses craintes dé l’avettir.
emploi Dtj TBMPS. Suivant la règle, dont personne ne pouvait s’écarter sans être exeju d’une société dont il se montrait indigne, on devait employer la majeure partie du jour en travaux appliqués au bien de la société. Les Pythagoriciens seuls se rendaient dès le matin aux temples, aux montagnes et dans les forêts les plus solitaires, où ils se livraient h la méditation. Ils se réunissaient ensuite pour converser : ils discutaient sur des sujets de philosophie ou de politique, pour se préparer au* agitations de la société et aux occupations de la vie active. I,e soir, ils se permettaient l’usage modéré des végétaux et du vin; et leurs exercices se terminaient par un examen de conscience , qui était le grand précepte de l’école. Le silence «ait prescrit aux adeptes pendant plusieurs années.
Quant âUx préceptes politiques, il faudrait répéter, pour les faire connaître, ce qu’on a dit relativement aux lois dé LycurgUe , dont ils n’étaient guère qu’üne copie.
Après Pythagore, qili moimit dans tihe extrême vieillesse à Métaponte en Lucanie, ses disciples se répandirent particulièrement dans la Sicile, qui , à l’époque de l’invasion des Carthaginois, alliés de Xerxès, se trouvait gouvernée par des hommes pénétrés de l’esprit de leur illustre maître.
L’UNIVERS
UTTASION DBS CARTHAO»OI5.
4>a iTun J.-C.
Gélon régnait depuis onze ans à Syracuse. Uni par les liens du sang avec Thfton son frère, dont il avait épousé la fille, ils faisaient le bonheur de leurs sujets , lorsqu’on aperçut au nord de la Sicile le formidable armement de (^rthage. Comment résister à une flotte de cinq mille vaisseaux.^ L’ennemi, commandé par Hamilcar,est en vue, il approche, il débarque sans obstacle dans la baie de Panorme ( Palerme), où il se fortifie.
Théron prend les mesures convenables à sa situation, et appelle à son secours l'intréjpide Gélon , qui part presque aussitôt à la tête de cinquante mille fantassins et de cinq mille cavaliers. Il s’avançait à marches forcées vers Himère, lorsqu'il tomba sur une division de l'armée carthaginoise, à laquelle il fit dix mille prisonniers.
Mais la capture la plus importante fut celle d’un messager qui portait une lettre adressée à Uamilcar. Le gouverneur de Sélinonte, ville voisine d’Agrigente, l’informait de l’arrivée de la cavalerie qu’il lui avait promise, au temps prescrit par le traité qui unissait sa république à celle de Carth^e.
Gélon conçut aussitôt un stratagème aussi téméraire qu’il devint décisif.
Il commande à un corps d’élite d’avancer pendant la nuit vers le camp des Carthaginois, et de se présenter au point du jour a Hamilrar, comme étant ses alliés venus de Sélinonte ; et quand , par cet artifice, ils seraient admis dans son camp , il leur prescrivit d’assassiner le général et de mettre le feu à la flotte carthaginoise.
Les Siciliens s’étant présentés à Hamilcar, qui sacrifiait dans ce moment des victimes humaines à Moloch, il est frappé d’un coup de poignard, et aussitôt ses vaisseaux sont embrasés.
Des vedettes placées sur les hauteurs donnent avis de ce qui se passe à Gélon : il précipite sa marche , fond sur les Barbares , les accable et couvre la terre de cinquante mille morts ou mou-
rants. Quelque temps après, ce ^ restaitde Carthacinois se rendit à discrétion, et, suivant l’expression d’un ancien historien , « l’Afrique sembla être captive en Sicile. » Ces prisonniera frirent employés à embellir les villes de cette lie , dont les ruines font encore l’admiration des voyageurs.
Dès que la nouvelle d’un désastre aussi complet fut cxmnue à Carthage, le sénat envoya des ambassadeurs chargés de négocier la paix à tout prix.
Gélon les reçut avec cette modération qui marquait la supériorité de son caractère. Il exigea que Carthage payât deux mille talents d'indemnité aux places qui avaient souffert de son invasion ; qu’elle s’abstînt à l’avenir de l’usage abominable d’insulter les dieux en leur offrant des sacrifices humains ; qu’on bâtît à ses frais deux temples, l’un à Carthage et l’autre à Syracuse , en mémoire de la guerre et de la paix qui venait de la terminer.
La guerre avait duré pendant deux ans.
GLOmE D'ATHÈNBS.
Les fastes de la Hellade ne fournissent aucune époque aussi brillante que celle du demi-siècle qui s’écoula depuis les batailles de Platée et de Mycale jusqu’à la guerre mémorable du Péloponese.
Une seule république, l’un des seize états de la Gtèce dont le territoire n’est qu’un point sur la carte du globe, Athènes, éleva dans ce court espace de temps l’édifice imposant d’un empire majestueux ; elle établit et affermit son autorité dans une étendue de trois cents lieues sur la côte d’Asie, depuis Cyprejusqu’au Bosphore de Tbrace; s’empara de quarante îles disséminées dans la mer Égée et des détroits qui joignent le Pont-Euxin à l’Archipel; remplit de ses colonies les rivages sinueux de la Thrace et de la MacMoine ; donna des lois à la plupart des peuples limitrophes du Pont- Euxin jusqu’à la Chersonèse Taurique, en protégeant les établissements lond^ par Miltiade et par les cités greo-
ques de l’Asid, à différentes époques.
{Voy. plancAes 21 et 22 ) (*).
Un honneur particulièrement réservé aux Athéniens , c’est que , pendant cette période, qui fut une suite rapide de victoires, ils cultivèrent avec le plus noble enthousiasme les arts utileS 'et agréables. Ce fut alors que la sculpture et la peinture s’élevèrent à toute la sublimité de l’art, et que la poésie , l’éloquence et la philosophie répandirent de si vives lumières , que le nom de Grec sembla s’étre perdu dans celui d’ Athénien. Essayons de faire connaître cette grande époque de l’histoire.