‹ Grèce par m. PouquevilleChapitre 22 sur 115 · PHILOSOPHIE · texte numérisé non relu

PHILOSOPHIE

C’est au commencement du VI* siècle avant notre ère que la philosophie grecque manifesta son auguste mission dans le monde. On la vit, dans l’espace de cent cinquante ans , atteindre le plus haut degré auquel l’intelligence humaine puisse l’élever, pour tomber dans le plus grand discr^it où la corruption des mœurs et l’abus de la raison pussent la conduire.

École des sept sages. Tbalès de Milet , Pittacos de A^tilène , Bias de Priène , Ciéobule de Lindos dans l’île de Rhodes, peuvent être considérés comme les fondateurs de la morale politique. Ce furent eux etquelquesautres sages qui donnèrent non seulement des conseils à leurs compatriotes , mais dont les lumières réprimèrent la barbarie par des lois salutaires, perfectionnèrent les mœurs par des leçons de sagesse , et étendirent les connaissances au moyen de découvertes importantes.

Les fables d’Ésope paraissent avoir été le premier pas vers la morale. Les

GREGE. lOfi

dieux étaient trop immoraux pour être proposés comme modèles au peuple. Auki , dans les premiers âges de la Grèce, on racontait, dans les assem- Mées publiques , des apologues à des espèces d'enfants auxquels il n’était pas plus difficile de donner créance à des animaux doués de la parole , qu’à des divinités chimériques.

Poètes gnomiques. Le second pas vers la science de la morale, telle quW l’enseigne encore dans l’Orient , consistait en proverbes détachés. Chaque philosophe avait ses maximes favorites, qu’on gravait dans les temples et dans les lieux publics.

THAiaÈs. 630 AVANT J.-C.— Thalès établit sa réputation sur une base plus étendue que celle des fables , des proverbes et des intérêts flottants des petites républiques de la Grèce. Il découvrit le premier plusieurs propositions élémentaires de géométrie :

elles furent - recueillies par Euclide, qui dirigea la sagacité de son esprit avec un égal succès vers l’astronomie.

Cest à lui qu’on dut la découverte des équinoxes et des solstices, le calcul des éclipses, car la division de l'année en 365 jours était depuis long-temps connue des Égyptiens.

Thalès fonda l’école ionique , dans laquelle il eut pour successeurs Anaximandre et Anaximènes, qui furent remplacés par Auaxagore, maître de Fériclès , et par Archelaos , dont Socrate fut l’éleve.

Cinquante ans après Thalès, sa doctrine fut enseignée par Xénophane de Colophon, Leucippe et Parménide d’Él& , et Uéraclite d’Éphèse. Ils s’accordaient à reconnaître dans la superstition des peuples une maladie de l'esprit, qui devait conduire à l’athéisme. Le système de Leucippe, combiné par Démocrite d’AMère, le

Srouva; car il devint celui d’Épicure , ont la pffilosophie, expliquée par Lucrèce, est le plus audacieux monument de littérature qui soit parvenu jusqu’à nous.

ANAXAGOBE, vers 500 AVANT J.-C.

Tandis que Démocrite détrônait les dieux de l’Olympe, Anaxagore de Cla-

zomène révélait une doctrine nouvelle , en annonçant un esprit divin , existantet vivifié par lui-même, comme la cause et le moteur unique du monde matériel. Suivant lui , l’intelligence créatrice et souveraine était particulièrement distinguée de ïame du monde , expression qu’il employait pour désigner les lois que l’Étemel a imprimées à ses ouvrages. Dieu n’animait pas la matière, il lui donnait l’impulsion ; il ne pouvait pas être renfermé dans lesentraves d’une substance qui s’altère et change de modifications ; sa nature était pure , spirituelle et incapable d’être souillée par aucun méla^e corporel.

Ce système , suivi de recherches sur les attributs de la Divinité , servait de prolégomènes aux devoirs de la morale, par laquelle Socrate et ses disciples auraient formé une révolution dans la Grèce , si les progrès de cette divine philosophie n’eussent pas été contrariés par les préjugés grossiers du vulgaire et par les subtilités des sophistes.

Sophistes. 440 avant J.-C. Alors arurent Hippias d’Élis , Protagoras ’Abdère, Prodicos de Céos, Gorgias de Léontion, et plusieurs autres sophistes. Les jeux olympiques et les panégyries ou fêtes publiques leur fournissaient l’occasion de dMoyer leurs talents devant une foule d'auditeurs. Ils fréquentaient Athènes et les grandes villes , où ils acquirent la faveur des riches et les applaudissements de la multitude.

Ils enseignaient, moyennant un certain salaire , toute espece de science?

et d’arts. Leur langage était vif et harmonieux , leurs maniérés élégantes et leur vie splendide. Uniquement occupés de plaire , leurs dogmes sapaient les principes de la morale , en bravant les lois cfe la décence, de la tempérance , de la justice et des vertus qui sanctiflent le fwer domestique.

Socrate. Les sophistes- triomphaient; mais leurs fraudes furent découvertes et leur caractère démasqué par Socrate. Le üls de Sophronisque était né à Athènes, quarante ans avant

L’UNIVERS

la guerre du PéioponiM, au mois de thargelion, 5 juin 469 avant J.-C.

Le capital de son patrimoine, qui montait à peine à sept mille francs de notre monnaie, l'avait décidé à embrasser l’art de la statuaire , gue le goilt du siecle et la munilicence ae Périclès encourageaient ; mais il ne tarda pa.s a V renoncer, pour suivre les leçons de physique d'Archélaos et celles de géométrie de Théodore.

Initié à la pitilosopliie , il reconnut avec Anaxagore une essence suprême dont la providence réglait les opérations de la nature et les événements de la vie humaine. Exact observateur de toutes les pratiques religieuses ^ on serait porté a croire qu’il n’avait pas échappé à l’influence de la superstition.

Il découvrit , dans les perfections de l'intelligence suprême , les lois générales par lesquelles une providence éternelle avait dispensé inégalement aux hommes le bien et le mal , les richesses et la misère. Il regardait ces conditions de la société comme la volonté d’un Dieu, à laquelle il était de notre devoir de nous soumettre. Les actions des hommes faisaient la matière de ses recherches , leur instruction en formait l’objet , et leur boniieur en était le but.

Ün le trouvait partout où ses leçons pouvaient être utiles. Le matin, il allait à l’académie, aux Innées et dans les gymnases; il se rendait vers midi sur {'Agora ou place du marché; le soir, il allait aux banquets de ses amis, ou aux promenades couvertes de platanes qui ombrageaient les bords de l’illissos.

THÉATHE.

Tragédie. L’influence de la philosophie de Socrate devint plus active , lorsqu’elle eut été embrassée par les écrivains dramatiques. Le théâtre était regardé en Grèce comme une chose de la première importance; il formait une partie essentielle du culte religieux : les dépenses qu’il occasionait excédaient celles de l’armée de terre et de la marine qu’on entretenait en temps de paix.

Ces spectacles forent portés à leur perfection, quand Euripide eut inventé le chœur. Le lieu de la scène était ordinairement le portique d’un temple, l’entrée d’un palais, ou la vaste étendue de la place du marché, Agora.

Le chœur, qui ne quittait pas le théâtre , constituait l’unité d’action et de lieu : les danses et les chants qu’il exécutait dans les entr’actes exprimaient les sensations causées par l’action ; il marquait la liaison de l’acte précédent avec celui qui suivait, et, par ce moyen , toutes les parties formaient un 'ensemble.

Le nrincipal avantage du chœur était de fournir au poète un moj^en d’agir par la puissance de l’imagination sur les spectatairs ^ en répandant l’instrucfion morale essayée par Eschyle et par Sophocle ; en exprimant tout ce qu’il y a de plus aimable et de plus touchant dans le cœur humain.

C’est une chose reconnue, qu’Euripide, quoique plus âgé de dix ans que Socrate , dut le caractère de ses ouvrages â la conversation et à l’amitié de ce sublime moraliste, que l’on vit bientôt attaqué par toutes les voix de la calomnie.

Comédie licencieuse. Avant le commencement de la guerre du Péloponèse , Athènes nourrissait dans son sein une classe d’hommes ennemis d^ clarés non seulement de Socrate et de ses disciples , mais de tout ordre et de toute décence. On comprend qu’il est question d’Aristophane: mais avant de parler de la comédie licencieuse , Il convient de montrer qu’elle prit son origine dans le drame antique.

La tragédie intitulée la cnanton du bouc, et la comédie qu’on nommait la chanson du village, furent inventées au milieu des fêtes de la vendange.

On les représentait sur des tréteaux ou sur des charrettes, lorsque le génie d’Eschyle s’empara du sujet du bouc, le convertit en un poème dramatique régulier, auquel il donna un caractère nouveau, en mettant en scène des personnages, an lien de donner, comme on le faisait, un simple récit.

Comme la tragédie fit inventée à

GRÈCE. . lOT

imitation de ce qu*fl j aritt d« plus sérieux dans les alonvaiaques , ta comédie, qui la suivit de près , fut calquée sur ce qu’il y avait de plus frivole et de plus burlesque dans cette solfflinité. Dès lors la comédie tourna en ridicule les dieux, les lois, les fflcmirs, et souvent la vertu.

La comédie grecque surpassait tout en licence : le caractère d’Aristophane, de Mnésiloque , de Caillas , d’Eupolis, de Cratinos , contribua sans (toute à cette difformité morale. C’est en vum que quelques admirateurs de l’antiquité ont voulu pallier tant d’obscénités, rendues plus immondes par le costume des acteurs et par les chansons phaiUquei qu’on mettait dans leur bouche impure. Cette dcCTadation littéraire , sortie de l'école des sophistes, continua durant la guerre du Péloponèse et pendant la peste dont le ciel frappa l’Attique. Ce genre de spectacles mit encouragé par Périclès , pour complaire à la Ue du peuple.

MOECaS DES FEMMES CRECQCES.

Les Athéniennes de ces jours d’opprobre restèrent pures au milieu de la corruption. Confinées dans les appartements les plus retirés de leurs maisons , employées aux plus bas offices de leur intérieur , elles ne communiquaient au dehors que pour suivre des processions, pour accompagner des funérailles, ou pour assister à (juelques cérémonies religieuses. Dans ces occasions mêmes, leur conduite était attentivement surveillée et souvent malicieusement interprétée. Leur éducation , au lieu de développer leur esprit, ne tendait qu’à le resserrer et à l’avilir, et les lois consacraient leur aba.ssement : leur principale vertu était la réserve , et leur point d’honneur, l’économie domestique,

Co0iiTiBA.i(K8. Sous M règne de Périclès, on vit s’introduire dans Athènes une classe de femmes qui, se dépouillant de leur modestie naturelle, et dédaignant les vertus forcées, vengèrent les droits de leur sexe avili. L’Asie avait produit ces courtisanes

dangereuses, qoi furent honorées à Corinthe du tifoe de prêtresses de la f'émis terrestre , à l'intercession desquelles on ne rougit pas d’attribuer le gain de la bataille de Marathon. Aspasie en forma une école. Ses adeptes servaient de modèles aux peintres et aux sculpteors , de sources d’inspirations aux poètes , d’ornement dans les banquets , de cercles où la jeunesse affluait, et Athènes devint la première école du plaisir et du vice, comme elle l’était de la littérature et de la philoaophie.

aomras kntke oosinthe Ef corcvrb.

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