‹ Grèce par m. PouquevilleChapitre 23 sur 115 · M 43s ÉVint J.-C · texte numérisé non relu

M 43s ÉVint J.-C

' La proposition de réunir les états de la Grèce à Athènes avait été regardée comme une insulte par les Spartiates. En apprenant cette nouvelle , Périclès s’écria « qu’il voyait a s’avancer du Pélopohèse la guerre X à paa précipités. » Elle existait par le fait; Car depuis plasieurs années, les communications n’uvnient plus lieu dans la Hellade sans l’intermédiaire d’un héraut; les hostilités étaient fréquentes , et la discorde éclata à l’oc- ' casion d’une rupture entre Corinthe et Corçyre,

Les t^rcyréens, orgueilleux de leurs richesses et de leur puissance navale, offensaient depuis long-temps Corinthe, leur ancienne métro|x)le. Aux jeux olympiques , ils n’avaient pas voulu céder le pas aux Corinthiens; ils avaient dédaigné de s’adresser à eux pour avoir un pontife et un chef char^ d’installer les colonies qu’ils formaient sur des côtes étrangères.

Corinthe dissimulait ses ressentiments, lorsque les habitants d'Épidamne (Dura/.zo)^ colonie de Corcyre , recoururent a la métropole primitive, pour lui demander des secours contre les lllyriens de la Taulantie, Les Corinthiens s’empressèrent aussitôt de leur envoyer a« troupes pour les protéger, et surtout pour les déta- (iier à jamais de la dépendance des Con^reens.

Des que ceux-ci furent informés de cet événement , ils mirent en mer une escadre de quarante galrires, qui parut

-gie

L’UNIVERS

devant Épidamne, pour la sommer de se rendre à discrétion. Cette demande fut rejetée avec mépris. La guerre allait s'engager, et Corinthe , après avoir réuni une foule d’aventuriers militaires répandus de tout temps dans la Grèce , vint avec une flotte de 75 voiles jeter l’ancre dans le golfe Ambracique. A cette nouvelle, les impétueux Corcyréens se hâtèrent de venir audevant de leurs ennemis , qu’ils battirent en s’emparant de cinquante vaisseaux. La prise d’Épidamne fut le résultat de ce combat, qui valut aux vainqueurs l’empire de la mer pendant les deux années suivantes.

Sur ces entrefaites , les Corcyréens, informés qu’un nouvel orage se formait contre eux , envoyèrent une ambassade solennelle à Athènes, et les Corinthiens en tirent partir une autre pour la même destination. On discuta ta question politique dans l’assemblée du peuple , et Périclès , afin de ne |>as rompre ouvertement la paix , détermina ses compatriotes à conclure avec les Corcyréens un traité en vertu duquel les deux états s’engageaient à se secourir en cas d’invasion.

Dès que ce pacte fut ratifié, dix vaisseaux athéniens renforcèrent la flotte de Corcyre, afin de s’opposer à celle de Corinthe , qui était mouillée sur la côte de l’Épire. Les deux flottes se rencontrèrent près des petites îles Sybota. On se battit avec le plus grand acharnement : vingt galères de CorcjTe, après avoir enfonce l’aile gauche de l’ennemi, qu’elles poursuivirentjusqu’à la côte d’Epire, débarquèrent pour pAler le camp des Corinthiens et causèrent I la défaite de la flotte de Corcyre. Les

i vainqueurs voulaient poursuivre le.s

Corcyréens , mais ils en furent empêj chés par la petite escodre athénienne,

I qui s^était abstenue de prendre part au

I combat.

1 Les Corinthiens, qui venaient de se

: radouber sur la côte d’Épire (au port

i de Mourtoux), s’avançaient vers l’île

de Corcyre, pour attaquer la flotte ennemie rangée en bataille près de la côte, lorsqu’ils aperçurent une flotte qui cinglait à pleines voiles de leur coté.

Les Corcyréens te repliaient vers leur ville; mais leur joie ne tarda pas à éclater, lorsqu’ils reconnurent que c’étaient vingt galères athéniennes envoyées à leur secours. Dès le lendemain, ils voulurent attaquer les Corinthiens.

Ceux-ci, résolus d’éviter le combat, dépêchèrent une harque aux Athéniens, avec un héraut chargé de dire : « Guer- « riers d’Athènes, vous agissez injus- « tement en violant la paix. Sur quel « prétexte empêchez-vous de tirer ven- « geance d’un peuple ingrat? Si vous « êtes déterminés a persister dans vos « projets, saisissez les hommes qui • vous portent ce message, et traitez- « les en ennemis. »

A ces mots, les CorcjTéens s’écrièrent ; » Qu’on les saisisse et qu’on les tue. » Mais les Athéniens répondirent avec modération: « Guerriers de Corinthe, < nous ne violons pas la paix. Nous « sommes ici pour aéfendre nos alliés; « voguez vers tel port qui vous con- « viendra , nous n’y mettrons aucun « obstacle ; mais si vous vous proposez « dedescendresurl’îlede Corcyre, nous « nous y opposerons. »

Les Corinthiens, prenant alors leur parti, firent voile ^ur Anactorion, où ils saisirent deux cents Corcyréens et huit cents esclaves. Ces prisonniers, joints à ceux qu’on avait faits dans le combat, montèrent à 1250. Leur capture eut , comme on le dira ailleurs , une influence funeste sur la destinée de Corcyre.

HÉVOLTE DE POTIDÊE.

43» atiDt J.'C.

Les Corinthiens, avertis que Périclès tirerait vengeance de leurs succès, excitèrent les colonies d’Athènes établies dans la Macédoine à se révolter.

Ce projet fut éventé, et Anchestrate, gouverneur de Potidée, commençait à faire démolir les fortifications de cette ville , quand les habitants le prièrent de suspendre les travaux jusqu’au retour d’une députation qu’ils allaient envoyer à Athènes , pour dissiper les soupçons qu’on avait élevés contre leur fiaélité.

(.îiiyle

La lé(^tion partit; mais les habitants, qui étaient depuis long-temps en négociation avec les ennemis d’Athènes , profitant de l'éloignement de sa flotte , reçurent un secours de deux mille hommes, commandés par le Corinthien Arist^ , général brave et entreprenant.

Les Athéniens, informés delà défection de Potidée, expédièrent aussitôt une flotte de quarante vaisseaux , avec des troupes de débarquement, sous les ordres de Callias qui , à son arrivée en Macédoine , trouva Anchestrate occupé au siège de Pydna. Il l’exhorta à réunir leurs forces , et à se porter contre la ville , qu’on devait attaquer par terre et par mer. Ce plan fut adopté ; mais au lieu d’attendre l’ennemi derrière ses remparts, la garnison de Potidée vint d’elle-méme présenter le combat. Le courace fut égal de part et d’autre ; Callias périt dans le conflit , et Phormion qui lui succéda, arrivant lavec de nouvelles troupes, après avoir désolé la Chalcidioue et la Piérie , vint mettre le siège devant Potidée.

DELIBÉBA.TION DES CONFÉDÉBÉS.

— Sur ces entrefaites ; les Corinthiens et leurs alliés du Péloponèse, unis aux députés de quelques états voisins , s’adressèrent au sénat de Sparte, dont la longanimité était l’ouvrage du roi Archidamos. Us s’exhalaient en récriminations contre l’injustice et la cruauté d’Athènes.LesMégariens se plaignaient d’avoir été exclus récemment des ports et des marchés de l’Attique , ce qui les privait de choses nécessaires à la vie ; les habitants d’Égine répandirent des larmes, en peignant la situation déplorable de leur patrie.

L’orateur de Corinthe s’étant levé , rappela les événements de Corcyre , le siège de Potidée, le système oppressif d’Attiènes qui tendait à la destruction de la liberté dans la Grèce. « Déjà,

• s’écria-t-il , les Athéniens ont sub- « jugué la moitié de la Hellade , leur

• ambition menace l’autre moitié.

• Sortez de votre léthargie, citoyens, « défendez vos alliés, envahissez l’At- « tique , soutenez la gloire du Pélo-

• ponèse , dont le dépôt vous a été

n confié par vos aïeux et que vous devez « transmettre à votre postérité. »

Quelques Athéniens qui se trouvaient a Sparte ayant témoigné le désir de piauler la cause de leur patrie, leur demande fut accueillie. Mais au lieu de s’exprimer avec l’indignation de l’innocence, ils parlèrent avec l’orgueil de la domination. Ils exaltèrent les mémorables exploits de leurs ancêtres en rabaissant ceux des Spartiates.

Enfin , ils conclurent en déclarant que si on voulait s’opposer aux desseins d’Athènes, elle saurait soutenir ses droits et conserver son empire avec la même valeur qu’elle mit a le fonder.

Après ces discours, l’assemblée se sépara sans adopter aucune résolution.

Mais le lendemain, l’opinion dominante fïit que la paix était déjà violée par l’arrogance et les usurpations d’Athènes, et qu’il ne convenait plus de différer les hostilités. Vainement le roi Archidamos persista à conseiller la paix et la modération ; vainement il demanda d’essayer la voie des négociations; vainement il parla de la nécessité de se préparer à la guerre avant de la déclarer, les suffrages furent entraînés par Sthénélaïdas , l’un des éphores , qui termina les débats au milieu des acclamations du peuple. I.a guerre fut déclarée.

ODEBRE DU PÉLOPONÈSE.

43t avant J.>C.

Sparte ayant déclaré la guerre, il se passa près d’une année avant qu’on eût réuni les moyens d’enwhir l’Attique. On avait agi avec plus d’enthousiasme que de réflexion. Cependant la jeunesse du Péloponèse demandait à marcher , et la Grèce était dans l’attente des plus graves événements.

On publiait des prédictions , des oracles ; on s’effrayait surtout d’un tremblement de terre éprouvé à Délos, ce qui , de mémoire d’homme , n’était pas arrivé.

La confédération de Sparte se composait de tous les états du Péloponèse situés en de^ de l’isthme , à l’exception des Argiens etdesAchéens, restés neutres : ces derniers adhérèrent plus tard

L’UKIVEES.

à la ooalItioD. En defaonduPéloponèse, Lacédëmrae avait pour alliés les Mésariens, les Locriens, les Béotiens, Tm Pbocidiens , les Ambraciotes , les Leucadiens et les Anactoriens. Ceux des états qui fournirent des vaisseaux furent les Corinthiens, les M^ariens , les Sicyoniens , les Pelléniens , les Éléens , les Ambraciotes et les LeucS' diens. Les Béotiens, les Pbocidiens , les Locriens, donnèrent de la cavalerie, les autres républiques de l’infanterie.

Athènes comptait au nombre de ses alliés les habitants de Chios, de Lesbos, de Platée, les Meeséniens de Naupacte , une partie des Acarnaniens, les Corc^réens , les Zacynthiens , les peuples de la Carie maritime , tes Doriens limitrophes de la Carie, l’Ionie, i’Hellespont , les villes de Thrace , toutes les Iles situées au levant entre le Péloponèse , la Crète et les Cyclades , excepté Melos et Thera.

Les représentants des alliés de Lacédémone s’étant réunis dans la principale ville de la confédération, les Corinthiens, qui connaissaient la détresse de Potidée, insistèrent pour opérer une diversion du côté de l’Attique. Ils faisaient observer que l’armee des confédérés était forte de plus de .soixante mille hommes; qu’elle surpassait de beaucoup celle des ennemis , sur qui elle avait des avantages bien plus importants que ceux du nombre , puisqu’die était entièrement nationale , tandis que celle des Athéniens se composait de mercenaires. Si on avait besoin de subsides , nul doute que les alliés ne Iw donnassent avec plus d’empressement que des tributaires mécontents n’en pueraient à Athènes pour servir à river leurs cliaînes. Si ces secours se trouvaient insuffisants, les temples de Delpiies et d’ülvmpie Mffsrmaient des trésors qui ne'pmuiiéelK jamais être mieux employmv^’à détendre la cause saerée te la justice et de la liberté.

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