AFFAIRE DE PLATÉE
Six mois après le combat de Potidée, les Thénains, alliés de Sparte, entreprirent de détruire la magnanime républiijue de Platée, qui avait conservé une fidélité inviolable à Athènes depuis la guerre médique. La discorde régnait parmi les citoyens , et N?’iclide, chef de la faction aristocratique,, s’engagea à ouvrir les portes de la ville aux Thébains, à condition qu’ils le mettraient en état de détruire la démocratie.
L’UNIVERS
D’accord sur ce fait, trois cents Thébains , commandés par les béotarques Pythangelos et Diemporos, entrèrent vers le premier sommeil à Platée. Ayant fait balte sur la place publique, au lieu de tomber sur les habitants, ils furent d'avis de les amener à un arrangement , en les engageant à déposer les armes et à entrer dans leur alliance.
Les Platéens , effrayés de l’occupation de leur ville , prêtèrent l’oreille à ces propositions , d’autant plus volontiers que les Tbébains ne commettaient aucune violence. On entra en pourparlers , et comme on s’aperçut avec une \oie mêlée de bonté que Fennemi n’était pas aussi nombreux qu’on l’avait imaginé, les Platéens expédièrent un courrier à Athènes, et en attendant les secours qu’ils demandaient, ils résolurent de mettre tout en œuvre pour opérer leur délivrance.
Le reste de la nuit se passa en conséquence dans une operation aussi bardie qu’extraordinaire. Comme iis ne pouvaient s’assemUer dehors, les citoyens percèrent les murs mitoyens de leurs maisons, afin de communiquer ensemble; ils formèrent en silence des barricades dans plusieurs rues. Aux premières clartés du jour, ils se trouvteent prêts au combat. Ils s’élancent contre Pennemi, excités par les cris des femmes et des enfants et favorisés par une pluie mêlée de tonnerre, qui augmenta l’horreur du combat. Repoussés à plusieurs reprises, les Platéens revenaient à la charge, lorsqu’un citoyen ayant fermé la porte par laquelle l’ennemi était entré dans la ville, on cria : La retraite est cov^e.
A ces mots, les Tbébains se dispersent , plusieurs sont égmrgés dans les rues , d’autres se tuent en se précipitant du haut des remparts , et le plus
frand noütoe, qui s’étaient réfugiés ans uim tour, allaient être brûlés vifs, quand les Platéens apprirent qu’un coins nombreux de Tbébains s’avançait au secours de leurs compatriotes.
Leur marche avait été hâtée par le rapport d’un fuyard qui les pimvint du mauvais succès de l’entreprise et
de la catastrophe à laquelle il avait eu le bonheur d'échap^r. La pluie delà nuit avait gonflé rAsope; on perdit beaucoup de temm à le passer, et à peine étaient-ils entrés sur le territoire de Platée, qu’un autre Thébain leur annonça la mort ou la captivité de tous leurs compatriotes. Alors on s’arrêta pour délibérer si , au lieu de pousser en avant, il ne conviendrait as mieux de se saisir des Platéens ispersés dans la campagne, afin de les garder comme étages.
Pendant qu’on hésitait, il survint un héraut de Platée qui enjoignit aux Thébains de se retirer , s’ils,vouiaient qu’on épargnât leurs compatriotes. Ils repassèrent aussitôt l’Asope, et les habitants des villages s’étant réfugiés à Platée , les malheureux prisonniers, au nombre de cent quatre-vingts, ftarent assassinés.
PaSHIÈRE AllXÉB
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L’ép^ était tirée.: mielques semaines après l’échec de Platée , le roi de Sparte, Archidamos, se^ trouva à la tête de soixante mille combattants, réunis à l’isthme de Corinthe. Après avoir représenté de nouveau aux généraux alliés l’importance de la guerre dans laquelle on allait s’engager il leur demanda de faire une derniere tentative auprès des Athéniens. Il leur envoya le Spartiate Mélésippos , mais on refusa de l’entendre, et les archontes lui firent signifier d’être hors de la frontière avant le coucher du soleil, qu’on ne pourrait traiter ar des ambassadeurs que si les Lacéémoniens consentaient à rentrer dans leur pays. On le fit accompagner, pour l’empêcher de communiquer avec personne : près de quitter ses conducteurs, il ne dit que ces paroles : « Ce, jour « verra commencer pour les Grecs « de grands malheurs » et il continua sa route.
L’Attiqus ravagée. — Archidamos étant entré en campagne , perdit un temps considérable a assiéger ÛEooé , qui était la plus forte place
GRECE
des Athéniens : ces délais sans résultats les mirent à même d’exécuter le plan proposé par Périclès. On vit, comme il le leur avait conseillé, les habitants de l’Attique détruire leurs métairies . leurs maisons de plaisance et les jardins délicieux qu’ils aimaient tant , transporter des champs dans la ville leurs femmes , leurs enfants, leur mobilier, et jusqu'à la charpente de leurs maisons. Après avoir envoyé dans l’Eubée et dans les îles adjacentes leurs troupeaux et leurs bétes de somme, la population entière se retira dans la ville, qui était pourvue des choses nécessaires à la vie, mais non pas de logements suffisants pour un aussi grand nombre de citoyens , de serviteurs et d’esclaves.
Arrivés dans Athènes, où peu de citoyens de la campagne avaient des mnikms ou des refuges chez quelques amis, la plupart s'établirent dans les endroits inhabités de la ville ( à l’exception de l’Acropole ), dans les tem-
Îiles dans les chapelles des héros, dans es tours des murailles , sur les places publiques-, car ce fut plus tard qu’on se partagea l’espace compris entre les longs murs et le terrain qui borde le Piree.
On était au fort de l’été et de la croissance des blés lorsque Archidamos leva le siège d’OEnoé : il vint camper dans la plaine de Thria , le plus nel ornement du territoire d’Athènes , mi fiit complètement ravagée ; de là il se rendit a Acharnes , bourg situé à deux lieues et demie d’Athènes :
l'ennemi à soixante stades de la capitale ! on n’avait vu rien de semblable depuis la guerre médique. La jeunesse impétueuse demandait qu’on la menât au combat: les devins chantaient des oracles.que chacun interprétpitsuivant ses dispositions particulières: des orateurs ambitieux s'emportaient contre les conseils timides du chef de l'état.
Périclès , persuadé de la justesse du plan qu’il avait conçu, ne convoqua pas d’assemblée, dans la crainte que le peuple ne l’entraînât dans quelque me- .sure intempestive ; il veillait à la sûreté de la place et au maintien de la tran-
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quillité : il ne cessait de faire sortir quelques détachements de cavalerie pour empêcher les coureurs ennemis de ravager les champs et les jardins voisins d'Athènes.
Tandis que ces choses se passaient, une flotte de eent cinquante voiles , sortie du Pirée, ravageait la côte voisine du Péloponèse. Une de ses escadres lit une descente sur le territoire des Locriens. Les habitants d’Egine, ui s’étaient révoltés, furent chassés e leur pays et remplacés par une colonie athénienne.
Dislocation de l’armée confédérée. — Les Péloponésiens , convaincus que les Athéniens n’accepteraient pas une bataille , levèrent leur camp d Acharnes : ils ravagèrent quelques démes situés entre les monts Parnès et llrilesos : tous lenrs vivres étant épuisés , ils se retirèrent à travers la Béotie, sans suivre le chemin u'ils avaient pris au printemps : et , e retour dans le Péloponese. chacun rentra dans le pays d’où il était sorti.
Périclès, apres “la retraite des ennemis , partit vers le commencement de l’automne à la tête de vingt mille Athéniens pour ravager la Megaride. Il ne fallait pasdes forces aussi considérables pour priver les industrieux habitantsde cette faible république d’une récolte achetée par de pénibles travaux dans leur petitet ingrat territoire. Les Athéniens n’y acquirent aucune gloire. La troisième escadre de leur flotte rentra presque en même temps au Pirée : elle avait attaqué , sans succès, Méthone, qui dut son salut à Brasidas, pillé les environs de Phia, en Élide, pris Solion et Astacos , villes de l’Acarnanie et ravagé Céphallénie.
L’hiver se passa, de part et d’autre, en solennités et en oraisons funèbres en l'honneur des braves morts aux champs de la gloire: à distribuer les prix aécernés a la valeur : à confirmer des traités d’alliance, et a fortilier les places frontières.
Il" ANNÉE DE LA GUERRE DU PÉLOPONÈSE.
43o arant i -C.
Peste d’Athènes. — Le printemps
L’UNIVERS
ramena dans l’Attique l’armée du Péioponese , qui ne tarda pas à être sui> vie d’un fléau bien plus terrible que la guerre.
Une peste meurtrière, sortie de l’Étliiopie , avait infesté l’Eg3-pte, d’où elle se propagea dans une partie considérable (les états du grand roi ; on disait qu’elle avait éclaté à Lemnos, lorsqu’el le se mani festa au Pirée. Quand les premiers accidents eurent lieu, les habitants prétendirent que l’ennemi avait empoisonné les puits; car dans les épidémies le soupçon égara toujours l’esprit de la multitude.
La maladie s’annonça sous diverses formes, suivant les différents tempéraments, mais ses caractères furent généralement les mêmes. <> On était « suliitemcnt saisi, en pleine santé, « d’une violente chaleur de tête, ac- « compagnée de rougeur et d’inllam- « ination des yeux : le gosier et la << langue devenaient sanguinolents, et « l’haleine fétide. Cette première pé- « riode était accompagnée d’éternu- » ments, d'enrouements, et bientôt « l’inflammation descendait dans la « poitrine avec une toux violente.
« Quand la douleur se fixait à la ré- « gion gastrique, elle était suivie de vo- « niissements de bile et de hoquets qui n causaient de fortes convulsions. Le « corps n’était ni brûlant, ni froid, mais « roiigeAtre, parsemé de pétéchies, « couvert de charbons et d’ulcères. »
Les pestiférés, continue, Thucydide, se plaignaient d’un feu qui leur brûlait les entrailles ; ils ne pouvaient supporter les vêtements les plus légers, n: les draps qui les couvraient; ils voulaient être nus, et trouvaient un grand plaisir à se plonger dans l’eau froide : plusieurs de ceux qu’on ne gardait pas se précipitèrent dans les puits. Il était indifférent de boire peu ou beaucoup : une agitation et une insomnie continuelies accablaient les malades, dont la prostration morale attaquait souvent l’esprit ainsi que la mémoire. Si qttelqu’un devait échapper à fa mort, la gangrène, qui était un des symptômes favorables, se manifestait aux pieds et aux moins , qui
tombaient en putréfaction: quelquesuns restaient privés des yeux ; d’autres, aussitôt qu’ils entraient en convalescence , perdaient le souvenir de toutes choses , et ne se reconnaissaient plus eux-mêmes , ni leurs amis.
Tous les secours, divins et humains, furent inutilement employés pour arrêter la contagion ; toute autre maladie se changeait en peste. Une quantité de malheureux périssaient en fouie dans les temples en offrant aux dieux d’inutiles prières. Point de spectacle plus horrible que colui du voisinage des fontaines sacrées, où l’on voyait une multitude de morts et d’agonisants qui expiraient dans des tourments affreux.
L’excès du mal l’emporta à la fin; les hommes , ne sachant plus que devenir, les secours de la médecine furent dédaignés, et les cérémonies religieuses abandonnées. Chacun célébrait les funérailles des siens comme il le pouvait; plusieurs manquant de tombeaux eurent recours à d’inconcevables sépultures ; ceux qui arrivaient le plus vite aux bûchers dressés par d'autres , y plaçaient leurs morts et y mettaient le feu; d’autres, pendant qu’on brûlait un cadavre , Jetaient ^r-dessus celui qu’ils avaient apporté et s’en allaient.
Alors, les Athéniens n’entrevirent plus d’avenir ; persuadés que les dieux ne s’intéressaient à rien de ce qui se passait sur la terre, toutes les lois lurent foulées aux pieds; on se livra publiquement aux plaisirs les plus obscènes : ceux qui ne possédaient rien s’adjugeaient l’néritage des riches; nul ne voulait se livrer au travail pour acipiérir , parce qu’on ignorait si , avant de posséder , on ne serait pas mort. On ne regardait comme honnête que ce qui était profitable : la crainte des dieux n’^it qu’une chimère. En voyant périr indistinctement les citoyens, on considéra du même oeil le rœpect divin et l’impiété ; on bravait la Justice des tribunaux , persuadé u’on n’existerait pas Jusqu’ à l’issue es procès , pour subir la peine de ses crimes; chacun regardait comme bien
GRÈCE
ur.
plus inunadiat l’arrêt du destin sus- Modu sur sa tête. Ainsi, Athènes éprouva les horreurs de la peste , jointes à la fureur plus destructive des passions les plus effrénées, et présenta tout à la fois ce qu’il y a de plus affligeant dans l’infortune et de plus méprisable dans le vice.
Dévastation de l’Attiqub. — Pendant que la ville se débattait au milieu de tant de fléaux , les Péloponésiens désolaient les campagnes ; iis s'avancèrent dans la Parolie jusqu’au Laurion, où ils détruisirent les travaux entrepris pour l’exploitation des mines d’argent , et ils rétrogradèrent vers Marathon.
Magnanimité de Périceès. — Si le sentiment intime de la vertu n’était pas supérieur à tous les assauts de la fortune , la grande ame de Périclès se serait atfais^e sous le poids de tant de maux. Mais son courage le soutint au milieu de ses afflictions domesti- ,
?ues ; il vit avec résignation le sort uneste de sa nombreuse et florissante famille , successivement moissonnée par la peste. Aux funérailles du dernier de ses enfants, il laissa , à la vérité , couler quelques larmes échap|)ées à la tendresse paternelle ; mais , revenu de cette faiblesse momentanée, il diriea bientôt toute son attention vers la éfense de la république.
Une flotte de cent galères athéniennes et de cinquante tirées de T.esbos et de Chios I attendait au Pirée , lorsqu’une éclipse de sole.l épouvanta l'esprit superstitieux des matelots. T.e pilote de la galère amirale montrait surtout le plus lôche abattement; Périclès, lui jetant son manteau devant les yeux, lui demanda si l’obscurité le surprenait. « Non, répondit le pilote.-- Il « en est de même d’une éclipse , ré- • pliqua le général , puisqu’elle n’est « occasionéè qiie par l'interposition « d’un objet qui intercepte la lumière > du soleil. »
La flotte appareilla. Arrivés dans le golfe d’Argos , les Atliéniens attaguprent , sans succès , la ville sacrée a’Epidaure , dont ils ravagèrent le territoire, ainsi que les campagnei
voisines deTrézène, d’Halia et d’Hermione. De là, s’étant embarqués, ils firent voile pour Prasiæ (aujourd’hui Prasto ) , ville de Laconie, qui fut prise et saccagée ; et lorsque la flotte rentra au Piree , les Péloponésiens avaient évacué l’Attique, après y avoir séjourné quarante jours.
Une autre expédition des Athéniens en Macédoine échoua complètement.
Agnon avait embarqué quatre mille hommes qui devaient coopérer avec Phormion au siège de Potidée. Il perdit. dans l’espace de six semaines, mille cinquante hommes par la peste, et il eut le malheur d’infecter l’armée de cette horrible contagion.
PÉRICLÈS ACCUSÉ. — Les Athéniens, au désespoir, demandaient la paix; on envoya des ambassadeurs à Lacédémone, mais ils ne furent pas reçus. Les orateurs renouvelèrent alors leurs déclamations, et Périclès fut traduit en justice.
Pareil à l’astre du jour qui jette ses derniers ravons sur le monde qu’il va cesser d’écfairer, Périclès ne rut jamais plus sublime et plus brillant que dans fa harangue à ses concitoyens , auxquels il partait pour la dernière fois. « Athéniéns, je m’attendais à votre co- « 1ère ; vos plaintes n’excitent point mon « ressentiment; se plaindre est le droit « des malheureux ; être haï tant qu’on <• est au pouvoir , est le partage de « quiconque a voulu commander aux « auti'es : moi , je vous ai convoqués , « non pour me justifler , mais pour « vous adresser des reproches. »
Entrant ensuite dans le détail des affaires de la république, il mit sous les yeux de rassembla la gloire d’Athènes , les efforts qu’il avait faits pour la soutenir, les dangers qu'il avait prédits , jusqu’au monaent ou la peste, dont aucune prévision humaine ne pouvait garantir personne, avait éclaté sur Athènes ; il leur montra que les maux qu’on souffrait étaient passagers. Maîtres de la mer , quelle ville, malgré ses souffrances , pouvait être comparée à Atliènes sous le rapport de sa puissance, de sa splendeur, de ses lois . de ses institutions ? < ^is s’il
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« faut, enfin, qu'elle périsse, puisque « toute grandeur humaine doit finir , « qu'au moins elle ne tombe pas par « notre pusillanimité; cette chute ren- « drail douteuse notre vertu première, « et détruirait à jamais rédilice qui « fut l'ouvrage de plusieurs siècles.
« Quand nos murs et nos ports ne se- « ront plus , quand notre marine aura « perdu sa prépondérance, quand notre « iniluenoe sera détruite au dehors, la « gloire d'Athènes doit encore briller « de l'éclat le plus pur. Voilà le trésor « que je vous ai exhortés et que je vous « exhorte encore à défendre, sans au- « cun égard pour les clameurs de la « paresse, les soupçons de la lâcheté n et les persécutions' de l'envie.» Fort d'une conscience tranquille, l'orateur dit au peuple qu'il croyait avoir autant de talent et d'haliileté que personne pour gouverner la république; qu'il ébiit inscnsibie aux conseils de l’égoïsme, aux séductions de l'esprit de parti et à la bassesse de l’avance.
Après ce discours, Périclès fut condamné à une amende, les uns disent de quinze talents (81,000 fr.), d'autres de cinquante talents (270,000 fr.), et cependant les Athéniens le choisirent de nouveau pour leur général.
Mort dk Périclès. — Le terme des destinées humaines de Périclès approchait; il fut, à son tour, attaqué de la peste , dont la marche assez lente lui permit de voir venir la mort.
Théophraste raconte qu’il montra à un de ses amis, qui l’était venu visiter, je ne sais quel amulette que les femmes lui avaient attaché au cou , lui donnant à entendre par là qu'il était fort mal, puisqu'il endurait une pareille extravagance.
Son lit de mort fut entouré de ses amis et de ses nombreux admirateurs, entièrement occupés à repasser, avec complaisance , les exploits mémorables de sa vie. Ils croyaient que son agonie lui avait fait perdre tout sentiment, lorsqu’il leur dit : « Vous ou- * liliez la seule Ixmne qualité de mon « caractère, c'est qu'aucun Atiiénien « n’a jamais été forcé, par un acte de « mon administration , à prendre un
« habit de deuil. » Il expira , aptés avoir administré l’état pendant quarante ans.
Périclès avait maîtrisé les Athéniens avec franchise-, mais il n'en fut pas de même de ses successeurs , qui , pour briguer les suffrages de la multitude , commencèrent à gouverner d'après le bon plaisir d'un peuple aussi inconstant que les Ilots de la mer.
Les Athéniens furent plongés dans la stupeur à la mort de Périclès.
Quelque temps après, Aspasie épousa un victimaire ou boucher d’Athenrs ; Potidée se rendit par capitulation ; Platée éprouva le même sort, aprè.
cinq années d’une longue et vigoureiis.
résistance.
RÉVOLTE ne LESBOS.
4iS ans avant J.*C.
Lesage Pittacos, contem(K>raiii de Solon , fut le premier législateur de Lesbos; il avait donné à ses compatriotes un code de lois composé de six cents vers qui réglaient leurs droits politiques , leur conduite et leurs mœurs. Les Lesbiens , délivrés du joug des Perses , étaient entrés dans l’alliance d'Athènes; mais, dégoûté.s de flatter scs démagogues , menacés de voir démanteler Mytilène, et de perdre leurs vaisseaux, qu’Athènes demandait , ils se préparèrent à secouer im joug devenu intolérable. ( \oy. planck.
L’année qui suivit l'invasion de la peste dans Athènes , les Lesbiens réparèrent les murs de Mytilène, forti-
(*) Le reste d’aquéduc que l’on voit sur cette planche est presque le seul nionumeii'. antique qui subsiste dans l'ile de Lesbos; il est situé à près de deux lieues de Mytilène, dans une belle vallée couverte de lauriers roses et de myrtes. Cet aquéduc est construit en marbre gris; il a près de cinquante pieds d'élévation, quoique le premier rang soit presque enterré dans le sol. Il avait trois étages , dont le dernier est construit en briques. A travers ses arceaux on aperçait un joli village au milieu des oliviers; le fond du tableau est terminé par la mer et par les côtes de l'Asie-Mineurc.
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fièrent leurs ports , augmentèrent leur flotte , tirèrent des troupes et des approvisionnements des bords du Pont- Euxin. Dans la quatrième année de la guerre du Pélomnèse, ces préparatifs iiirent révélés aux archontes , qui repoussèrent un avis que leur triste situation rendait alarmant , et ils se contentèrent d’envoyer des commissaires à Lesbos chargés de demander l’explication des bruits qui compromettaient la fidélité des habitants vis-à-vis de leur alliée.
Les délégués d’Athènes s’étant assurés des dispositions hostiles des Lesbiens, une flotte de quarante voiles rapides comme l’éclair sortit du Pirée : elle se flattait de surprendre les perfides pendant la célébration des fêtes d’A^ilon; mais ce dessein avorta par la diligence d’un Mytilénien, qui arriva en moins de trois jours à Lesbos. On courut aux armes, et Clinias, amiral athénien, s’étant présenté, on convint d’une suspension d’armes , jusqu’au retour d’une ambassade chargée de donner pleine satisfaction aux archontes.
Cette démarche des Lesbiens n’était qu’une feinte ; persuadés qu’ils n’avaient rien de favorable a espérer d’Athènes , ils envoyèrent secrètement des députés à Sparte , avec l’ordre de demander à être admis dans la confédération péloponésienne. On les renvoya à l’assemblée générale, qui devait se tenir à Olympie ; et dès que les jeux furent finis, ils repartirent porteurs d’un traité par lequel on leiur promettait un secours prompt et efficace.
I.es Athéniens , plus actifs ijue les Spartiates , les devancèrent : aidés de quelles renforts tirés de Lemnos et d^bros, Mytilene se trouva investie par terre et par mer vers la fin de l'automne. La flotte des confédérés ne put mettre en mer ; et cent vaisseaux sortis du Pirée ayant paru sur les côtes du Péloponèse, les milices do pays, impatientes de retourner dans leurs foyers, se débandèrent pour aller faire leurs vendanges et eosemencer leurs terres. Salethas,
général Spartiate qui parvint seul à entrer dans Mytilène , promit aux habitants des secours pour la campagne prochaine, au moyen d’une escadre qu’on leur enverrait et d’une diversion qu’on ferait dans l’Attique.
Prise de Lesbos, 427 avant J. -C.
—La dernière partie de cette promesse fut exécutée, car le milieu de l’été était passé lorsque les Péloponésiens firent sortir une escadre forte de quarante voiles, sous la conduite d *Alcidas, homme totalement dépourvu de talents comme amiral. Il le prouva en courant sur les vaisseaux de commerce , où il lit un grand nombre de prisonniers qu’il égorgea de sang froid, et Mytilène se rendit avant qu’il eût essayé de la secourir.
Dans cette circonstance, Pachès protégea les Mytiléniens qui s’étaient rendus à discrétion. Leur sort fut remis à la décision des citoyens d’Athènes, qui les jugèrent à mort, et condamnèrent leurs femmes et leurs enfants à une servitude perpétuelle. Le décret passa le jour meme qu’il fut propose par le démagogue Cléon , et le soir on expédia une galère chargée de notifier à Pachès cette cruelle resolution.
La nuit amena la réflexion : l’assemblée du peuple s’étant réunie au lever du soleil , chacun rougit de la férocité qui avait dicté cet arrêt sanguinaire , et la loi atroce fut remise en délibération.
Une éloquence turbulente et impétueuse avait élevé Cléon , du rang obscur de corroyeur , à une grande autorité dans l’assemblée du peuple d’Athènes : ce démagogue, dont l’arrogante présomption contrastait avec la magnanimité éclairée de Périclès , persista à soutenir le décret qu’il avait fait porter contre les Mytiléniens.
Diodotos , qui joignait à la modération la connaissance du coeur humain et la science du gouvernement, répondit à la harangue sanguinaire de Cléon... Il avait plaidé, dans l’assemblée de la veille , la cause du malheur et de l’humanité. Loin de regarder l’innocence ou le crime des Lesbiens
lis
L’ÜNIVERS.
comme une chose indifférente , U en tira la conséquence que la sévérité des lois ne peidiamais changer les mœurs d'un peuple. « Tant que la nature « humaine sera la même, Athéniens, • la faiblesse sera soupçonneuse , la « nécessité audacieuse , la pauvreté « excitera l’injustice , le pouvoir con- « duira à la rapine , la misère à la « bassesse, et la prospérité à la pré- « somption. L’imagination se fami- « liarise avec les châtiments ; et la « punition des Lesbiens aliénera l’af- « Tection de vos alliés, {jrovoquera le « ressentiment de la Grece, excitera i< l’indignation du genre humain, et « rendra la révolte plus fréquente et « plus dangereuse. »
La modération de Diodotos l’emporta; on lit partir en toute hâte une galère chargée de porter l’ordre de suspendre le premier décret ; elle arriva lorsqu’on venait de lire aux I.esbiens leur arrêt de mort. Les apprêts se faisaient, quand les gémissements et les sanglote de tout un peuple se changèrent en cris d’allégresse.
Le châtiment des Lesbiens fut cependant sévère : plusieurs prisonniers qu’on avait conduits h Athènes subirent la peine de mort, ainsi que le Spartiate Saléthas , dont les larmes ne purent lléchir ses bourreaux. Les murs de M\iilène furent démolis , sa marine conduite au Pirée , son territoire divisé en 3000 lots , dont 300 furent consacrés aux dieux , et le surplus distribué par la voie du sort au peuple d’.Athcncs.
L'activité de Pachès, qui venait d’étouffer la révolte de Lesbos, fui suivie d’avantages qu’il remporta sur la Ootte péloponésienne; mars 5 son retour à Athènes , il trouva le prix que devaient attendre les hommes d'un mérite supérieur d’un peuple frivole : on l’accusa d’inconduite ;et, voyant qu'on allait le condamner, il fut Liisi a’une telle indignation , qu’il se donna la mort en présence de ses juges.