ANARCHIE I)E CORCYRE
Nous avons parlé, dans le cours de cette histoire, de douze cents pri-
sonniers ffdts ft Anactorlon parles Corinthiens , qui appartenaient , la plupart , aux premières familles de Corcyre. Au heu de trouver à Corinthe les rigueurs de la captivité , ils y avaient été aa’ueillis avec tous les égards de l’hospitalité ; on s’appliqua à gagner leur amitié , et on les mit en linerté. De retour à Corepre, ils feignirent de s’occuper à réiinir la somme de huit cents talents ( environ 4,000,000 de francs ) destinés à leur rançon, tandis qu’ils travaillaient secrètement à détacher Corcyre du parti athénien.
Le premier moyen qu’ils mirent en œuvre fut de calomnier les magistrats de la faction athénienne ; alors le démagogue Peitin'as accusa cinq cbet's du parti aristocratique d’avoir détruit une palissade qui entourait le bois sacré de Jupiter. Traduits en justice, ils furent condamnés à l’amende d’un statère ( environ 34 fr. ) pour chaque pièce qu’ils avaient enlevée. Vainement les accusés nièrent le fait ; vainement ils se rendirent en suppliants au pied des autels , la sentence fut exécutée à la rigueur.
Alors le parti aristocratique, renforcé d’une foule de séditieux armés de poignards, se précipitent dans la salle du sénat, où ils assassinent Peithias avec soixante autres démagogues, et les débris de leur parti s’embarquèrent pour se réfugier à Athènes.
En cet instant, un vaisseau corinthien entrait au port ; informé de ce qui se pas.se, il anime le parti vainqueur:
l’acharnement redouble, les rues de Corcyre sont inondées de sang ; et c’est vers le déclin du jour que les citoyens,
Survenus à s’emparer du port Hvlléen, e la citadelle et des parties élevées de la ville, respirèrent en face du parti aristocratique, resté en possession de l’Agora , ou place du marché.
La guerre civile : l’incendie qui dévora Corcyre à plusieurs reprises; l’intervention de douze galères athéniennes , venues de Naupacte pour appuyer le parti démocratique avec cinq cents Messéniens pesamment armés; l’appui des Spartiates et de huit centi
Eptrotes appelés par la ÜKtion aristocratique , ne purent décider la rictoire en faveur d’aucun parti.
Au milieu de ce conflit, les escadres d’Athènes et de Lacédémone livrèrent un combat, dans lequel les Spartiates eurent l’avantage , dont ils ne profttèrent pas à cause de l'ineptie d’Alcidas. Cet amiral fut obligé de fuir à l’approche d’une seconde escadre athénienne, commandée par Eurymédon.
Le parti démocratique proUta de la circonstance pour égorger , à son tour, ses antagonistes. Les temples des dieux furent violés ; chaque maison vit couler le sang dans ses foyers. Pendant six jours entiers Eurymèdon resta témoin de cette sanglante tragédie : elle se termina par la fuite de cinq cents partisans de l’aristocratie qui se réfugièrent en Épire , et la flotte athénienne se retira. Enfin, après une nouvelle réaction , des assassinats sans nombre et des massacres dans les prisons, les partis s’arrêtèrent, ivres de sang sans être rassasiés de carnage.
CONTIHDATION
os LA GUERRE nü PÉLOPONèSB.
4j7* 4^6» 4^5 arant J.-C.
TRErtBLEMEîtTS DE TERRE.— Pendant la durée des révoltes et des séditions qu’on vient de faire connaître, la peste disparut insensiblement. Les tremblements de terre, gui accompagnèrent la période décroissante de ce fléau meurtrier, répandirent la terreur dans l’Attique et dans la Béotie; mais iis furent beaucoup plus destructeurs dans les îles voisines du continent. Les commotions souterraines étaient accompagnées d’une violente agitation de la mer : le reflux des vagues engloutit Orobia . ville située sur la cdte occidentale de l’Eubée; les petites îles d’Atalante et de Péparethos éprouvèrent de grands dommages ; PEtna vomit des torrents de lave enflammée ui détruisirent les dclies campagnes e Catane.
Expédition dr Démosthène en Étolib. —La hainequi divisait Athènes
et Sparte était si violente, qu’aucun événement n’était capable de les déterminer à un rapprochement. Démosthène, général liabile, qui commandait les forces athéniennes a Maupacte, aidé des Messéniens, des Zacynthiens,dcsCéplialléniens et d’une partie des, Acamaniens, entreprit de réduire l’hitolie, Anibracie et Leucade.
Les Messéniens, à qui les Athéniens avaient concédé Naupacte, liarcelés sans cesse par les naturels de rtUolic Épictète , persuadèrent à Démosthène d’envahir cette contrée agreste. Il s’avança sans trop de difficultés Juscju’à Égition (aujourd'hui Cravari), qu’il força après une vigoureuse résistance.
Vainqueur sur ce point , il poursuivit les Étoliens , qui s’enfuirent dans les escarpements du mont Corax, d'oii ils faisaient pleuvoir, à chaque halte, une grêle de traits, et rouler des avalanches de pierres sur les troupes de Démosthène : elles se maintinrent cependant en bon ordre ; mais lorsqu'il fallut songera la retraite, comme ôn avait perdu les guides, l’année disséminée ne put retrouver le chemin de la mer, et la déroute commença. Les soldats de Démosthène , harcelés par un ennemi qui combattait sur son terrain , tombaient dans des gouffres et au fond des torrents : un corps considérable, qui s’était égaré dans une forêt d’arbres résineux , auxquels les Étoliens mirent le feu , périt dans les flammes , et les débris de son armée regagnèrent INaupacte avec des fatigues extrêmes.
Ce désastre empêcha Démosthène de retourner à Athènes, Jusqii’è ce ue la fortune lui eût fourni l’occasion e rétablir l’honneur de ses armes.
Les Étoliens et les Ambraciens, qui avaient sollicité et obtenu des .secours de Lacédémone et de Corinthe, ne tardèrent pas à lui en offrir l’occasion. Les premiers , remplis de présomption, ayant osé attaquer INaupacte , furent complètement battus.
Libre de ce côté , Deniosthène se port.a contre les Ambraciens, dont il détruisit l’armée dans les défilés du mont Idoménée ( aujourd’hui Macrin-Oros. )
L’UNIVERS
Ces succès mirent Démosthène en les , les Spartiates ^uvantés ra[mlétat de reparaître avec honneur à lent leurs troupes de l’Attique et de Athènes, eu il s’emharqua comme Corcyre; les citoyens courent aux arvolontaire sur une flotte qui cinglait nies et marchent vers la place dont ils vers Corcyre. Les Messéniens qui s’é- avaient appris la restauration. Elle talent attachés à sa fortune avaient oh- n’était éloignée que de seize lieues de
tenu la permission de prendre passage Sparte Ils arrivent, et ils trouvent
avec lui pour faire quelque tentative une forteresse qui nécessite l’emploi sur la côte de Messénie, si l’occasion de tous leurs moyens pour s’en ems’en présentait. La (lotte voguait len- parer. Elle est aussitôt investie et alternent le long de la côte méridionale laquée ; Démosthène est aux prises du Péloponèse, les Messéniens con- avec le vaillant Srasidas, qui, pour templaient, avec une joie mêlée de pouvoir débarquer, ordonne a la (lutte douleur, les rivages toujours chéris déchouer et de briser les vaisseaux de leur douce patrie. Ils nommaient contre les rochers du rivage. Il tombe Ithorae, Pylos; et mille sentiments que blessé en donnant l’exemple du coule temps avait affaiblis reprirent une rage , et perd son bouclier, nouvelle énergie à l’aspect des lieux L’attaque de Pylos durait depuis qui furent le berceau de leur nation, troisjours, lorsque la flotteathénienne. Ils tirent part des sentiments qu’ils instruite de la position critique de Dééprouvaient à Démosthène , qui les mosthène , rentre au port. Les Lacéencouragea à prendre terre et à re- déinoniens sont vaincus , leur (lotte bâtir Pylos, que les Spartiates avaient est dispersée, etquatre cent vingt Sparabandonnée. (Voy. jot. 30) (*j. liâtes pesamment armés, avec un
Restauration DE Pylos. Démos- nombre supérieur d’Hilotes, restent thène proposa ce plan à Eurymédon et bloqués dans l’île de Sphactérie. ( Voy. à Sophocle , qui lerejetèrent avec inso- pl. 31 ) (*).
lence : il n’eut pas plus de succès au- Consternation dans Sparte. — près des capitaines de la flotte. Il Le mal parut sans remède , et ce corps avait lui-même renoncé à ce projet , de Spartiates était si important à l’élorsqu’une tempête poussa la flotte tat, qu’on reconnut la nécessité de
athénienne vers le port de Pylos (auj. demander une trêve, jusqu’à ce qu’on
Navarin ), où elle mouilla. Alors Dé- eut envoyé des ambassadeurs à Athènes
mosthène renouvela ses instances avec, pour traiter de la paix générale. Les
plus de force. Les soldats, retenus par Athéniens se chargèrent de transpor-
le mauvais temps, ennuyés de leur inac- ter les plénipotentiaires de Lacedé-
tion, travaillèrent d’un commun accord uione sur une trirème qui devait les
avec les Messéniens à rétablir leur ramener au terme de leur négociation,
ville, et en six jours de temps elle se On permit pendant ce temps aux Pé-
trouva complètement fortifiée. La
(lotte fit ensuite voile pour Corcyre , (*) Ceiie plaoclie offre la vue du port et
en laissant à Démosthène cinq vais- de la baie de Navarin, si célèbre de nos
seaux pour garder sa nouvelle acqui- jours par la victoire navale qui arracha la
sition. Grèce au joug des Turcs. Sur le devant est
Alarmes des Spartiates. — A la forteresse de Navarin , construite par les la nouvelle du rétablissement de Py- Français au commencement du treizième
^ siècle. On croit que l'antique ville de Nestor (*) La vue de Pylos, aujourd'hui vieux se trouvait à la prise d'eau del’aquéduc qui
Navarin (palœo Avarino), est prise de l'ile existe encore aujourd’hui, et dont on suit le
de Sphactérie. Cette forte position était contour sur notre planche. Dans le fond du
jointe à ]a terre ferme par un isthme, qui port s’élèvent deux rochers qui semblent eu
est aujourd'hui recouverte par un marais fermer l’entrée. Sur celui de droite est Pylos :
sur lequel passent les monoxylon, ou bar- dont on aperçoit la forteresse (voy. Pl. 3o);
ques faites d’un seul tronc d’arbre dont se en face est l’ile de Sphactérie, où les
servent les Grecs modernes. Spartiates furent bloqués .
GRÈCE. tJl
Joponésiens de fournir une certaine uantité de vivres à la garnison de phactérie, et les Spartiates consentirent à laisser dans le havre de Pylos leur flotte, composée de soixante vaisseaux, comme garantie de la sincérité de leurs intentions pacifiques.
Les Spartiates avaient touiours em-
eé un laconisme orgueilleux dans s négociations, mais cette fois ils exposèrent dans le plus grand détail les avantages d’une réconciliation qui terminerait les calamités de la Grèce.
Ils firent valoir les intérêts des deux républiques , les rivalités de gloire
filutôt que de haine qui avaient prooiigé la guerre, et ils conclurent en demandant une paix honorable.
Le mauvais génie d’Athènes , suscité par le caractère emporté de Cléon, fit proposer des conditions telles que les Spartiates ne purent les accepter. Ils virent qu’ils n’avaient rien à espérer de la modération de leurs ennemis; mais ils espéraient qu’on leur rendrait leur flotte. Les Athéniens la refusèrent sous divers prétextes , et chaque parti se prépara aux combats.
Le blocus de Sphactérie fut repris avec une nouvelle rigueur. Démostiiène, se rappelant ce qui lui était arrivé dans i’Etolie , refusait d'attaquer une lie escarpée et couverte de bois ; de son côté , la garnison de Pylos était vivement pressé par les Spartiates, qui étaient tout à la fois assiégés et assiégeants.
Cl-Éorf NOMMÉ GÉNÉRAL. — DeS que celte situation compliquée fut connue à Athènes , le peuple s’assembla tumultueusement. Le démagogue Cléon, qui s’était opposé à la paix , propo^ d’envoyer à Pylos des commissaires chargés de faire une enquête. La populace lui cria de remplir lui - même cette mission ; mais le fourbe craignit de devenir la dupe de son propre artifice. Alors il changea la question en disant que s’il avait l’honneur d’être général, il se rendrait à Sphactérie aveq un corps d’infanterie légère , et s’emparerait de cette île au premier assaut.
•Vicias , un des généraux d’Athènes
présents à l’assemblée , sentant que le trait de Cléon était dirigé contre lui , déclara qu'il résignait le commandement. Alors le peuple cria à Cléon , « que puisque renh'eprise était aussi « facile qu’il le prétendait, elle n’en « convenait que mieux à ses talents B et qu’il devait s'en charger! » Nicias ayant de nouveau renoncé au commandement f Cléon l’accepta, croyant que c’était une feinte; mais dès qu’il connut que la chose était sérieuse , il voulut s’en défendre en disant qu’il n’était pas général. Accablé de sarcasmes, le démagogue dut céder, mais son impudence ne l’abandonna pas.
B Eh bien ! s’écria-t-il en se levant au B milieu de l’assemblée, je réponds B dans vingt jours d’amener prison- « niers à Athènes les Spartiates qui se B trouvent à Sphactérie , ou de mou- B rir dans l’entreprise. » L’assemblée se mit à rire de 'cette forfanterie , et les gens sages s’en réjouirent en pensant qu’on serait débarrassé de Cléon ou que les Lacédémoniens succomberaient.