‹ Grèce par m. PouquevilleChapitre 28 sur 115 · PRISE DE SPHACTÉRIE · texte numérisé non relu

PRISE DE SPHACTÉRIE

4>3 tr. J.-C.

Cléon fut favorisé par un hasard inattendu; des soldats qui préparaient leurs aliments ayant mis le feu à la forêt de Sphactérie , l’incendie devint si violent qu’il menaçait d’embraser nie entière. Ce fut après cet événement qu’on vit à découvert la position des Spartiates, et que Cléon arriva avec sa troupe armée à la légère.

On convint d’attaquer Sphactérie pendant la nuit. Les Athéniens, portés par soixante-dix vaisseaux , opérèrent leur descente au point du jour, au nombre de huit cents archers et d’une quantité égale de peltastes et de Messéniens, que Démosthène divisa en compagnies de deux cents homnies.

Epitadas, général des Lacédémoniens. chargea d'abord les hoplites athéniens qui restèrent immobiles, tandis que les troupes légères de Cléon harcelaient l’ennemi. Les Spartiates tinrent ferme de leur côté, quoique accablés d’une grêle de traits et de

L’UNIVERS

f lierres; aveuglés par les cendres de a forêt qui continuait à brûler, ils ne pouvaient apercevoir l’ennemi, faction devint terrible pour eux, car leurs casses ne les garantissaient pas contre les projectiles, et les cris des voltigeurs les empêchaient d’entendre les ordres d’Épitadas. Cependant serrés en un seul corps, ils parvinrent à regagner leur camp retranché.

Le combat se ranimait, lorsque le chef des Messéniens offrit aux généraux Démosthène et Cléon de prendre l’ennemi à dos , si on voulait lui donner une partie des archers et des troupes legeres. Il réussit dans son projet, et les Spartiates commençaient a fléchir, (juand les généraux athéniens leur firent offrir la vie sauve , à la condition de se rendre : la plupart déposèrent leurs boucliers en levant les mains au ciel pour montrer qu’ils se rendaient.

Le combat cessa; Cléon et Démostliène s’abouchèrent avec Styphon , fils de Pharax , car Épitadas avait été tué, et son successeur Hippagretas gisait inanimé parmi les morts. On lui accorda la permission d’envoyer un héraut aux Lacédémoniens campés près de la rade, pour leur demander ce qu’ils devaient faire*. « Délibérez « vous-mêmes, et ne faites rien de dés- ° honorant. » Us livrèrent alors leurs armes et leurs personnes ; de quatre cent vingt hoplites qui se trouvaient sur rile de Sphactérie , deux cent quatre-vingt-douze se rendirent prisonniers; fl y avait parmi eux cent vingt Spartiates , les autres avaient succombé. La durée tgtale de leur résistance avait été de soixante-douze jours depuis le commencement du blocus.

Quant à Cléon , sa promesse fut remplie, puisque, dans l’espace de vingt jours , il amena , comme il s’en était vanté, les Lacédémoniens prisonniers à Athènes.

Les Athéniens retirèrent leur flotte en laissant à Pylos une garnison, qui fut bientôt renforcée par un corps de Messéniens venus de Naupacte : ceux-ci ne tardèrent pas à faire des incursions dans le pays , et cette

guerre de partisans prit un caractèn sérieux par la révolte des Hilotes.Dani cet état malheureux, les éphores envoyèrent à Athènes des araoassadeurs chargés de négocier un traité de p»i, mais ils furent renvoyés à l’instigation de Cléon.

Cléoit bafoué par Aristophane. — Au milieu de son triomphe, qui était celui d’un lâche notoirement connu, Aristophane immolait Cléon au ridicule sur le théâtre d’Athènes.

Ce poète , irrité de ce oue le démagogue avait contesté la légitimité de sa naissance afin de l’éloigner des élections, l’attaqua publiquement dans sa comédie des ChevaHers ; et comme il ne put trouver d’acteur pour jouer Cléon , ni de peintre pour dessiner son masque, il dut, à la première représentation, se charger du rôle principal et se peindre le visage.

Comédie des Chevaeiers. — Le peuple d’Athènes est représenté, dans cette pièce burlesque , sous les traits d’un vieillard radoteur, capricieux et crédule, abusé par un esclave nouvellement entré à son service, qui tourmente ses anciens domestiques. Démosthène se plaint d’avoir apporté, de Pylos, un morceau friand pour ragoûter le palais du Géronte, mais il lui a été dérobé par Cléon. Il délibère avec Kicias sur le malheur de leur condition : pour mettre fin à leurs disgrâces, il propose à son camarade, à l’exemple de Tbémistocle, d’avaler le sang d’un taureau ; Démosthène , plus courageux , est d’avis d’y substituer un verre de vin. Rencontrant Cléon endormi, ils profitent de cette occasion non-seulement pour dérober du vin , mais encore pour vider ses poches ; ils y trouvent de vieux oracles, qui annonçaient que le Dragon l’emporterait sur le yatdour. L’avarice et la rapacité de Cléon étaient figurées sous remblème du vautour, et le dragon représentait Agoracrite, fameux faiseur de boudins et de saucisses, emblèmes du serpent. Nicias et Démostliène le saluent comme le maître que les destins promettent à la république. Agora-

crttc i^épond qü’i! n’èntertd ri«n «uk affaires, qu'à peine II a appris à lirS; ils lui ttoondent en citant l’oracle, et ils lü! démontrent que son Ignorance le rend digne de gouverner Athènes : cette charge n’exige aucun talent ; il faut seulement marcher l’égal de Cléon , qu’il surpasse par la force des poumons. Le peuple d’Athènes applaudit la hardiesse d’Aristophane, mais sans se corriger ; on était habitué à la guerre , et on se prépara h la continuer avec une énergie nouvelle.

Au commencement de la campagne, Piicias s’empara de l’Ile de C^here.

Deraosthène et Hippocrate prirent le Nlsée, qui est le port de Mégare, et ravagèrent plusieurs places maritimes de la côte orientale du Péloponèse. Les Athéniens, heureux snrce point, éprouvèrent des revers du côté de la Beotie ; iis perdirent la bataille de Délion, dans laquelle ils eurent à regretter mille morts et leur général Hippocrate. Dans la liuitième année de la guerre du Pélo\Kjnèse , Olynthe se révolta : ce dernier événement fut le principe de la guerre de Macédoine , dont il sera question dans une autre partie de cette histoire.

BXPSOlTiON DB BRASIOAS EN THBACB, 4*4 avAnt J*‘C.

Sparte n’avait pas de finances ; mais le besoin s’en fit sentir à mesure qu’elle aspira à devenir puissance maritime, et qu’elle se livra à de grandes entreprises , au lieu do simples excursions auxquelles elle s’était jusqu’alors bornée.

Perdiccas, ïoi de Macédoine, avait fomente et secondé l’insurrection des Chalcidecns , qui demandèrent des secours aux Lacédémoniens, en désignant Brasidas pour commander l'armée. On lui donna sept cents Hiiotes et mille soldats péloponéslens : plusieurs Spartiates , qui l’admiraient, se réunirent soua ses drapeaux, et, vers le commencement de l'automne , il entra en campagne. Les Thermopyies, qu’il traversa dans sa marche, excitèrent l'enthousiasme des Spartiates : dès

qu’il eut atteint la ville de Dion , il joignit ses troupes h l’armée de Perdiccas; mais il aut bientôt renoncer à l’alliance d’un barbare qui n’avait en vue que son intérêt particulier.

Brasidaa, débarrassé du roi de Macédoine , se hâta de se réunir aux Chalcidéens , qui le reçurent avec des transports de joie. Dans la défection des villes de la Thrace , Acanthe et Stagyre étaient restées fidèles à Atliènes': Brasidas parvint à les détacher de cette alliance. L’hiver suivant , il dirigea avec suocèa ses opérations contre les villes de l’intérieur et du littoral jusqu’à Amphipolis, qui se déclara en sa faveur.

La nouvelle des succès de Brasidas parvint à Athènes vers la fin de l’iiiver. L’assemblée fut orarause, et les Athéniens agissant avec l’iniquité qui accompagne ordinairement les mécontentements populaires, bannirent leurs généraux, au nombre desquels se trouvait lîiucydide , historien d’une guerre dans laquelle il se comporta avec plus de sagesse que de bonlieur. On envoya une nouvelle armée en Macédoine, et on nomma d’autres chefs pour s’opposer à Brasidas.

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