‹ Grèce par m. PouquevilleChapitre 29 sur 115 · TRÊVE · texte numérisé non relu

TRÊVE

4a3 «Tant J.-C.

Athènes trouva dans la jalousie des magistrats de Sparte un moyen lus efficace que ses armes pour comattre Brasidas. L’orgueil de l’aristocratie était humilié de la gloire d’une expédition à laquelle elle n’avuit aucune part: la délivrance des nobles faits prisonniers à Spliactérie excitait toute sa sollicitude; on convint, en conséquence, d’une trêve d’un an, qui commença pendant l’été de la neuvième année de la guerre du Péloponèse.

Brasidas , qui ne s’attendait pas à Une pareille convention , venait de recevoir la soumission de Scioné et de Mende, places importantes situées dans la presqu’île de Pallène. La première se rendit avant qu’il connut la suspension d’armes; mais il en était informé lorsqu’il reçut |a capitulation de U dernière de ces villes.

lUiPIUSB DBS BOSTlUTfe,

4i3 avant J.*G.

Géon , qui sentait toute sa nullité pendant la paix, ne parlait que de guerre. La gloire d’Athènes était le texte continuel de ses harangues ; il ne parlait que de la perfidie des Spartiates et de sa bravoure : les Athéniens se laissèrent entraîner par ce démagogue. Au printemps , il fit voile pour la côte de Macédoine avec une escadre de trente galères et un corps d’armée composé de douze cents citoyens pesamment armés, de trois cents chevaux et d’une division puissante d’auxiliaires armés à la légère.

Il s’empara d'abord de Mende et de Torone , dont il traita les habitants avec cruauté; il marcha ensuite vers Amphipolis, comptant sur le secours de Perdiccas, qui était brouillé avec Brasidas.

L’armée de Cléon, qui s’était arrêtée à Rion, se composait de la plus brillante jeunesse d’Athènes. Dédaignant le secours précaire d’un roi barbare, elle se plaignait des temporisations d’un chef indigne de commander des hommes de cœur. Le caractère du démagogue fougueux n’était pas propre à endurer de semblables plaintes, il se porta aussitôt contre Ainpbipolis.

Brasidas avait pris ses mesures; et Cléaridas, qui commandait sous ses ordres , ayant fait une sortie au signal dont ils étaient convenus, l’ennemi fiit déconcerté au premier choc. Les Athéniens prirent la fuite en abandonnant leurs boucliers : six cents archers furent les victimes de l’extravagance de Cléon , qui tomba sous les coups d’un soldat de Myrcine. Brasidas , mortellement blessé, fut transporté encore vivant à Amphipolis , où il jouit , avant d’expirer, d’une victoire qui n’avait coûté que sept hommes aux Spartiates.

PAIX DE MCIAS,

4si avant /.*C.

Les faibles restes de l’armée de Cléon étant de retour à Athènes ,

Nicias, qui partageait les sentiramts de modération de Pleistonax, roi de Sparte , ouvrit des négociations pour terminer une guerre qui depuis trop long -temps atuigeait la Grèce. On tint plusieurs conférences, pendant le cours de l’hiver et vers le commencement du printemps suivant ; on conclut un traité de paix et d’alliance pour cinquante ans.

AliCIBIADB,

4ao avant Jëaoa-Chriat.

Les Corinthiens , mécontents du traité que Sparte et Athènes venaient de signer, s'étant unis aux Argiens, formèrent une association composée des Mantinéens, des Éléens, des Mégaréens , des Thébains et du parti démocratique d’Athènes. Cette opposition fut appuyée par les talents d'un homme dont les nistoriens ont célébré et flétri la mémoire sans qu’on puisse les accuser de partialité ou d’in-

iustice : nous voulons parler d’Alci- •iade. Une origine illustre, des richesses considérables, la beauté, les races les plus séduisantes, un esprit exible et étendu , l’honneur d’appartenir à Périclès, tels furent les avantages qui éblouirent les Athéniens et dont il fut ébloui le premier.

La jeunesse d’Alcibiade fut confiée aux soins intéressés de précepteurs mercenaires; et, dans un âge ou l’on a besoin de conseils , il eut une cour et des flatteurs : il étonna ses maîtres

fiar sa docilité , et les Athéniens par a licence de sa conduite. Socrate, qui prévit que ce jeune homme serait le plus dangereux citoyen d’Athènes, s’il n’en devenait le plus utile, rechercha son amitié, l’obtint et ne la perdit jamais : il entreprit de modérer cette vanité, qui ne pouvait souffrir dans le monde ni supérieur, ni égal; et tel était dans ces occasions le pouvoir de la vertu ou de la raison , que le disciple pleurait sur ses erreurs et se laissait humilier sans se plaindre.

A son entrée dans la carrière des honneurs, Alcibiade voulut paraître à la tribune avec les avantages de l’éloquence : un léger défaut de pronon-

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G RK CE.

dation prêtait à ses paroles la naïveté de l'enfance ; et quoiqu’il hésitât parfois à trouver le mot propre à la chose, il fut regardé comme un des plus grands orateurs d’Athènes. Son courage avait été connu dès ses premières campagnes : sa douceur, son afCahilité le rendaient le plus aiinahle des hommes ; mais il ne fallait pas chercher dans son ame l'élévation qu'inspire la vertu, on n'y trouvait que la hardiesse qui est donnée par l’instinct de In supériorité. Aucun obstacle, aucun malheur ne pouvait le surprendre, ni le décourager; il semblait persuadé que si les esprits d'un certain ordre ne font pas tout ce qu'ils veulent, c'est qu’ils n’osent pas tout ce qu’ils peuvent.

Alcibiade employait dans les négociations la ruse et la perlidie; et il SC serait montré le. plus vertueux des hommes s’il n’avait jamais eu l’exeinple du vice ; mais le vice l’entraînait sans l’asservir.

Alcibiade, mêlé aux affaires publiques, déclamait sans cesse contre la (wix , parce qu’elle était l’ouvrage d'un rival qu’il voulait perdre. Il haïssait les Spartiates parce qu’ils avaient témoigné les plus grands égards à Nicias, sans dissimuler le peu de considération qu’ils avaient pour lui : ils hésitaient sur la remise d’Amphipolis, et les .Vtliéniens, sur celle de Pvlos , qui étaient la conséquence et la sanction du dernier traite. Enfin, après beaucoup d’intrigues et de tergiversations, l’an 4 18 avant notre ère , la guerre fut au moment de recommencer.

ACIT.ATIONS POUTIQURS.

Les Spartiates avaient conféré le commandement de leur armée à Agis; les Lacédémoniens en âge de servir s’étaient enrôlés; on avait armé les H/lotes : les Thébains avaient fourni dix mille hommes de pied et mille cavaliers; les Corinthiens deux mille hoplites ; les Mégaréens presque autant. Les villes de Pallène et de Siçyone avaient mis sur pied des forces considérables; les Arcadiens'du mont Cyllène, qui donne naissance au Styx,

fleuve que la fabuleuse antiquité avait rendu lormidable aux dieux ( voy. />/.

22) (*), s’étaient joints à la ligue, dont le rendez-vous était à Phlioiite, qui se leva en masse avec tous ses habitants.

Les Argiens, qui se trouvaient en

firemière ligne, avaient pour auxiiaires les Kléens et les Mantinéens; et quoi(|ue les Athéniens, qui avaient promis de les secourir, n’eussenf pas ex|)édié leur contingent , ils entrèrent en campagne et prirent Orchomène, ville d'Arcadie; ifs se dirigèrent de la contre Tégée, malgré l'opposition des Éléens, qui voulaient, avant tout, se venger des I.épréates.

Les I.acédémoniens , témoins de la complication d'une confédération si incouérente , accusèrent Agis, qu'ils prétendaient condamner à une forte amende; il était même question de renverser sa dynastie. I.adresse et l’éloquence de ce prince calmèrent les clameurs de la multitude; et comme la fureur des assemblées populaires se change facilement en pitié, il reconquit la faveur publique. Kétahli dans le commandement de l’armée, il marcha incontinent au secours de Tégée, dont il fit lever le siège. Les Spartiates s'avancèrent de suite, au son des fifres, du côté de Mantinée, ville éloignée de quatre lieues , où ils remiwrtèrent une victoire importante sur leurs ennemis , qui perdirent onze cents hommes- et les vainqueurs trois cents : cet événement eut lieu à la fin de l'hiver de la quatorzième année de la guerre du Péloponèse.

(*) La cascade du Styx , qui tomI>c du plateau le plus élevé du mont Oylléne en formant deux rui.vseaiix isolés, est appelée par les Grecs modernes mavro iiero (eau noire^ Tout ce que les anciens ont dit des qualités malfaisantes du Styx est répété encore aujoiird'Iiiil par les paysans. Le lleuve infernal, qui a sou origine dans la région des nuages, est pour eux un objet de terreur, à cause de ses eaux, qui n'ont cependant rien de plus extraordinaire que celles de toutes les source* froides. La vallée qu’elles arrosent nourrit des troupeaux , produit du vin , et convient aux vignes, qui rcussLssent dans plusieurs da ses aspects méridionaux.

Gcoglc

IM L’UNIVERS

Pendant cette campagne, Scione, ville «ituée dans la presqu’île de Pallèue, subit le cliâiiment trop cruel de sa révolte; ses habitants furent p^sés au Ul de l'épée par les Athéniens, et remplacé par une colonie de Platéens exilés ; enfin la conquête de Mélos fut le dernier exploit d'un état que l’orgueil d’ Alcibiade allait précipiter dans un abîme de malheurs.

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