‹ Grèce par m. PouquevilleChapitre 31 sur 115 · TRAHISON D'ALCIBIADE · texte numérisé non relu

TRAHISON D'ALCIBIADE

4*> ■Tant J.*C.

Ces malheurs étaient grands; mais ceux qu’Alcibiade prépaiait à sa patrie devaient avoir des conséquences beaucoup plus funestes. II avait acquis la conliance des Spartiates en adoptant leurs mœurs austères : il était de tous leurs conseils. Au lieu de faire des inyasions périodiques au-delà deristbiiie, il leur persuada , pendant le cours de la campagne prochaine,de fortilier Décelie, d’où ils pourraient liarceler -sans cesse leurs ennemis et désoler l’Attique.

Ce plan fut mis à exécution au printemps de l’année 413 avant notre ère, lorsque le belliqueux Agis conduisit une armee dans l’Attique, Les contedérés construisirent upe forleiesse à Déplie , et Athènes se trouva dans un état continuel d’alarmes. LéS commuiiications par terre avec l'Euliée,.

d’ou i’oii tirait des vivres, furent interceptées, les esclaves désertèrent, et leur défection priva l’état de vingt mille artisans utiles : depuis les dernières années de Périclès, on ne s’ét'iit pas trouvé dans une situation aussi critique.

Efforts des Athénies*. — Cette position fâcheuse n’empécha pas les Athéniens de faire les plus vigoureux efforts pour se défendre, Vingt galères stationnées il INuupacte surveillaient les inouvenicnts des Pélopouésiens ;

trente étaient employées à réduire les rebelles d’AmphipoIis; une esesdre nombreuse recueillait des tributs et Jevait des soldats dans les colonies de l’A.sie; une autre plus considérable ravageait les cdtes de la Laconie.

ATTAOCB DK SYRACeSB .

4i3 avant J.*C.

I.es Athéniens, ré.solus à soutenir l’expédition de Sicile, envoyèrent en niéme temps des renforts , tels que JSicias les avait demandés. Le pavillon d’Athènes, signalé de loin, Dortu la joie parmi les assiégeants et la terreur dans l’ame des assiégés. La plupart dos vaisseaux pavoises s’avancaient vers les ports de Syracuse ; l’émulation des rameurs était excitee par les sons réunis des trompettes et des clairons : soixante-treize galères, commandées par Uémosthène et Eurymédon, coinpÂisaicnt cet armement formidable. Il y avait à bord cinq mille hoplites, autant d’infanterie légère, et, en y comprenant les rameurs, les ouvriers et les valets, l’expédition se composait de vingt mille hommes.

L’avis des généraux fut d’attaquer immédiatement Syracuse. Démosthène chuisit lu première heure de la nuit pour marcher à la clarté de la lune , avec l’élite de l’armée, contre l’Épipole, Les postes avancés surpris turent eulhutés, et trois camps séparés durent céder à l’impétuosité atliénienne.

La prévoyance de Cyllippos, qui avait concentré les forces de Syracuse, l’obligea de replier ses avant-postes, et les Athéniens s’étant fourvoyés dans les détours compliqués des remparts, se virent tout-à-coup arrêtés par gn bataillon thébain. I-a lueur trompeuse de la lune, qui donnait contre le front de oetta troupe , leur fit croire qu'elle était double en nombre, et ils lâchèrent pied. Dans ce mouvement, les derniers rangs, devenus les premiers , se trouvèrent en face des Argiens et des Corcyréens qui continuaient à marcher en avant , en chantant le Paean dans leur dialecte, et

L’UNIVERS

avecl’aocent dorique. Ceux-ci, croyant se trouver vis-à-vis de l’ennemi,' attaquent les Athéniens avec fureur....

Pour se reconnaître et pour éviter de semblables méprises, on se communique le mot du met : ce fut un autre malheur ; les bandes disséminées se le demandent à chaque instant, et il passe de leur bouche dans celle des ennemis.

Gyllippos, qui s’avanrait en bon ordre, tombe sur les Athéniens, et la déroute devient générale parmi les soldats de Démosthène. Les uns s’égarent dans leur fuite et sont massacré en détail , les autres abandonnent leurs armes aQn de se sauver à travers les rocliers de l’Épipole , et le matin , la plus grande partie des fuyards, coupés par la cavalerie syracusaine, sont faits prisonniers de guerre.

Ce désastre suspendit les travaux du siège, et rarmé",campéesur les bords insalubres de l'Anapqs, ne tarda pasà être en proie à une épidémie meurtrière.

Démosthène proposa alors d’abandonner la Sicile avant l’hiver, qui rendait la navigation dangereuse.Nicias s’y opposa en oisant qu’il n’évacuerait pas sans l’ordre d’Athènes , et qu’il aimait mieux mourir houorablement sur le champ de bataille que par une sentence injuste de ses compatriotes.

Secours ervotbs aux Sthrcu- SAiNs. — Gyllippos avait profité de sa victoire pour tirer des renforts de plusieurs villes de la Sicile, lorsqu’une flotte du Péloponèse, attendue depuis quelque temps , amena de nouveaux renforts à Sj racuse.

Un secours aussi important envoyé aux Syracusains et les ravages continuels de l’épidémie consternèrent les Athéniens. Psicias consentit à mettre à la voile, pour s’éloigner d’une plage funeste. On fit les piéparatifs nécessaires , et onconvintde partir de nuit; mais .une éclipse de lune parut de mauvais augure au général et a ses devins. Le départ fut remis jusqu’au nombre mystique de trois fins neuf jours; avant ce terme il devint impraticable.

Les Syracusains, informés de leur

projet de retraite , attaquèrent les Athéniens par terre et par mer : ijs échouèrent dans cette tentative dirigée {larticulièrement contre la flotte, qu’ils essayèrent de détruire en employant des brûlots. Dans un second combat les Athéniens perdirent l’escadre d’Eurymédon , et , le troisième jour, dix-huit galères avec leurs équipages ; enfin la retraite leur fut coupée au moyen d’une chaîne de vaisseaux que les Syracusains établirent à l’entrée du grand port.

Nicias ne s’aperçut de ce travail qu’après qu'il fut terminé. Ce chef vertueux, dont le courage s’élevait dans l’adversité, quoique tourmenté par la pierre, avait employé la plus grande diligence à faire réparer les galères endommagées dans les dernières affaires , et il réussit à en guiper cent dix , capables de risquer l’evraement d’une bataille. Il forma avec l’armée de terre une retraite fortifiée, où en cas de malheur les débris de la marine pourraient se réfu-

fier ; il ne doutait pas qu’on parvienrait à rompre la chaîne du grand port : après ce coup de main, on devait transporter les troupes dans les ports de lîaxos et de Cauine.

Derniers efforts des Athéniens. — Gyllippos et les généraux de Syracuse, informés des desseins de l’ennemi, se hâtèrent d’aller à la défense de la barre qu’ils avaient formée à l’entrée du port. On était décidé de part et d’autre à faire les plus ^ands efforts pour conquérir la victoire: discours, précautions , rien n’avait été omis. Gyllippos se mit à la tête des troupes , api^ avoir laissé le commandement de la flotte aux amiraux Sicanos, Âgatarchos et Pytlien.

Nicias de son côté était rentré au camp , accablé de fatigue et d’inquiétude , lorsqu’il eut confié sa dernière espérance de salut à la valeur da Démosthène, d’Eudémos et de Ménandre.

Défaite des Athéniens. — Le premier choc des Athéniens fut irrésistible ; bientôt on s’aborda , et deux cents galères offrirent le spectacle le

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s terrible ^’on eût jamais vu dans mer de Sicile. Les nombreux bataillons qui bordaient la plage, également intéressés à cette scène, exprimaient avec énergie les diverses émotions dont ils étaient agités. Toute l’espérance des Athéniens reposait sur le succès de leur flotte.... Ils avaient applaudi à l’impétuosité de sa première attMue , ils tremblèrent en la voyant faiblir ; et lorsqu’elle céda sur tous les points, les cns furent remplacés par un calme effrayant , qui annonçait l’étonnement et la terreur.

Plusieurs soldats se sauvèrent du camp; d’autres couraient sans savoir où porter leurs pas ; les plus braves s’avancèrent dans la mer pour protéger les vaisseaux. Les Athéniens avaient perdu cinquante galère, et les vainqueurs quarante ; ce fut ainsi , suivant la remarque de Cicéron, que la marine, la gloire et Cempire <t Athènes vinrent faire nai^rage dans le port de Syracuse.

Les Athéniens abandonnèrent les corps morts de leurs compatriotes aux insultes des Syracusains; et lorsque leurs généraux proposèrent de se préparer au combat pour le lendemain , l’armée refusa d’obéir. Abandonner un lieu fuueste, fuir, telle était l’irrévocable volonté des soldats et des matelots. Nicias eut peine à obtenir deux jours de répit pour prendre les mesures convenables à la sûreté de leur marche.

Rktraite DBS Athénibns. —Quarante mille hommes , accablés de fatigues, abattus par le malheur, dont plusieurs étaient blessés ou malades, offraient le spectacle d’une population chassée de ses foyers par la vengeance d’un conquérant inexorable ; vaisseaux, tentes , bagages , magasins , tout était abandonne à l’ennemi. Les blessés et les convalescents s’attachaient à leurs camarades , qu’ils suivaient autant que possible; et quand la force leur manquait, ils étaient abandonnés , malgré leurs gémissements et leurs imprécations. Les hoplites et les cavaliers portaient leurs vivres, parce qu’on ne pouvait les confier aux valets, qui dé-

sertaient : jamais une armée grecque n’avait éprouvé un semblable revers ; au lieu des chants guerriers qu’elle faisait entendre à son départ d’Athènes, ce n’étaient plus que des injures , des reproches et des cris sinistres qui retentissaient de toutes parts.

IVicias , malg^ l’état de faiblesse dans lequel ses infirmités l’avaient réduit , ne cessait de parcourir les rangs de l’armée, afin de relever le courage des soldats : « Esp^ns , leur disait- « il, que la Divinité nous traitera <> avec clémence, car nous sommes « plus dignes de la pitié des dieux que « de leur colère. »

Les actions de Nicias répondaient à ses paroles; il ne obligeait aucun des devoirs d’un grand général. La division qu’il commandait s’avançait, disposée en forme de carré long , et celle de Démosthène la suivait. Au lieu de se retirer directement vers Naxos et Catane , l’armée prit la route de Gela et de Camarine afin de se procurer des vivres, lorsque arrivée au gué de l’Anapos, elle trouva un détachement de Syracusains rangés en bataille sur la rive opposée; elle le battit et poussa en avant. La route, durant cette journée, fut de quarante stades ( environ 1 lieue f ) ; on bivouaqua sur une haute montagne.

Le lendemain on partit de bonne heure , et l’armée fit vingt stades pour camper dans une plaine, où elle se procura des vivres et de l’eau , dont elle fit provision , parce qu’on n’eu trouvait qu’en très-petite quantité jusqu’au défile qu’on devait franchir : c’était l’AcrsBon Lepas, que l’ennemi avait fermé au moyen d’un murj ce qui força les Athéniens de revenir à leur premier campement.

Résolus à forcer le défilé muré qui leur barrait le' chemin , les Athéniens l’attaquèrent le lendemain : ils échouèrent dans leur entreprise, et ils se virent au moment d’être Moqués par Gyllippos, qui essaya d’élever une redoute sur le diemin par lequel ils étaient entrés dans la plaine ; mais ce projet n’eut pas de suite. Le lendemain , les Améniens s’étant remis eu

■d dy’ u-!:>oglc

184 L’UNÏVKRS

route, se virent attaoiiés de tous rdtés par des troupes de frondeurs et de gens de trait, qui les’ harcelaient à dnique pas , fuvaient et revenaient sans cesse à la cliarge ; eu sorte qu’il y eut un giand nombre de blessés.

L’armée atliénienne était dans cette pénible situation, et les vivres lui manquaient presque totalement, lorsque Nldas et Démostliène se décidèrent à tenter une marche de nuit, alin de gagner le liord de la mer. On convint de la direction qu’il fallait suivre: mais à peine était-pn en chemin, que i obscurité du ciel et les sentiers c[u*on ne connaissait pas lirent que Demosthène, avec la moitié de sa division, s’égara, et quitta le reste de l’armée pour ne plus jamais 1a rejoindre.

Au point du jour, Nicias arriva au bord de la mer , et prit, avec son corps d'urniée, la voie ilélorienne, pour se porter sur le fleuve Cacyparis. Il dispersa un coi'ps ennemi qui se présenta pour lui en disputer le passage, et marcha vers le rteuve Érimos.^

tlAerrULATlON UKDÉMOSTIIKIVii. —

Gyllippo» s'étant aperi^u du départ de l’armée athénienne se mit à sa poursuite, et atteignit la division de î)éniosthène , .qui marchait eu dé.sordre. ' Llle résistait depuis un jour entier à une grêle de dards, de flèches et de javelots , lorsqu’il lit proclamer , au sou de la trompette, par lu voix d’un héraut , qu'on recevrait les Athéniens à com)HViition< Sur celte assurance, Démostliène souscrivit une capitulation, en vertu de laquelle les soldats durent remettre leur argent , qui remplit la capacité de quatee grands boucliers i a oondition de ne souffrir ni la faim, ni la prison, ni la mort:

malgré les déserteurs et les morts, le nombre des prisonniers se monta H six mille, qui turent, avec leur général , envoyesa Syracuse.

Dkfkixsu iiéskspbhéü de Nicias.

— Gyllippos et les Syracu.sains s’étant mis il la |ioursuitede la division atliénienne qui avait suivi la voie UéJorieiine, (’atteignirentsur les bords du fleuve Asinnros. On envova un héraut à Nicias, chargé de lui offrir les con-

ditions de la capltlililtléft ^1 8¥8ît glé le sort de Démostliène. Nièlas ré pondit il cette proposition en offrant de reiiihourser les frais de la ftUéfW aux Syracusains, et de leur livrer étt otage autant de citoyens qu’il y aliMit de talents stipulés , jusqtl’â ee que U dette fût acquittée.

Cette contre-proposition fut fejetée avec mépris par les Syfaetis.linS , et le combat , qui dura pêntlaiit toute la journée, se doOna avec toute l’énerale du désespoir. Dès que la nuit fut devenue profonde, trois cents Athéniens, d’un courage éprouvé , jiarvinvenl a gagner les bords de l’Asinaros; mais us durent bientdt rétrograder , et les soldats, convaincus de riiiipossihilité de passer le fleuve , laissèrent toiilbet leurs armes avec un désespoir morne et silencieux.

Nicias se hBNO A oiscnÉTlOW.

Le retour de la lumière , qui devait décider du sort des Athéniens, ranime leur courage , ils marchent vers le Oeuve ; la soif qui les dévore leur fait braver la mort; ils se précipitent dans ses eaux ; la profondeur de son lit et la rapidité du courant les entratiieiit; quoique accablés d’une grêle de traits que les Syracusains font tomber sur eux , ils se précipitent pour Iwire une eau mêlée oe houe et de sang , qu'ils se disputent à la pointe de l’e|)ée.

A cette vue, Nicias sent briser son aine généreuse ; il se rend h Gyllippos, non pour sauver ses jours, ràr il savait qu'ii ii’avait rieii à espérer des Syracusains , niais il conservait peutêtre quelque idée d’être utile à sa malheureuse armée.

Tbaitemest atroce des prisoh- NiEHs. — Les soldats capitiilés et ceux qui s’étaient rendus ti discrétion furent condamnés aux travaux des carrières et renfermés dans les latomies de Syracuse, où un grand nombre mourut de misère et dè faim; les citoyens d’Athènes et les Siciliens qui avaient suivi les drapeaux de Nicias furent livrés au bourreau f Voy. pl- 3-1 ) (*j ; Nieiiuset Démostbene recu-

(*) Le temps, par ses ravàgis, à reAbti

6k!5CB.

I«iit la AtbèHrâ MaUhi Démostbène ; et la poiftéi'lté déplorera à jamais te deafin de Itidait, homme pieux, vertueux , et lé plus infortuné de son siècle.

An milieu de CéS scènes atrdèes , les ^U-acusains, qui avaient Souvent versé fies larmes à la représentation des traies d’Eüripidë, voulurent en ententes choeurs chantés par les voix flexibles et harmonieuses des Athéniens. Les captifs obéirent; et en

Sisant les infortunes de leurs héros uleux et de leurs anciens rois , ils exprimèrent si bien leurs propres misères, que les SyràcusainS brisèrent leurs fbrs et les rendirent aux vœux de leur patrie*

Arrives à Athènes , lëS Captifs Se redirent solennellement, et accompagnés de chœurs de tUuSique , au cénotaphe d’Euripide , qu’ilS saluèrent Comme un libérateur qui les avait arrachés à l’esclavage et a la mort.

SlTUATIOK ITATlrintES,

4is «Tant l.-C.

I.es gouvernements libres ont des ressources qui se montrent surtout avec éclat dans les calamités publiques. Dès que les Athéniens connurent les funestes m énements de la Sicile, ils résolurent unanimement de faire tête aux rigueurs de la fortune, et on prit les mesures uéce.ssaires pour résister aux plus sinistres événements. On régla l’état des finances ; l’administration supérieure fut confiée à l’expérience des vieillards, et on équipa ce qui restait de vaisseaux en état de tehir la mer. On craignait la révolte des colonies asiatiques, la confédération des Péloponésiens et les intrigues de la

encore plue pittoraquet ees vastei excavatione. Les aquéducs qui y apportaient les eaux pour le service des prisons tombent maialenant eu cascades au milieu de roches renversées et d’une riche végétation. Le taioindre bruit retentit au loin dans ces cavernes , dont les plafonds sont soutenus par des piliers ménagés dans la roche vive : le temps, qui les a roi^és, leur a donné la fonde ditnmenaes atattethea.

Perse; mais te génie d* Alcibiade, qui avait plongé sa patrie dans un abîme de maux, allait entreprendre sa défense.

Un an après l’expédition de Sicile , les Pélc^nfeiens éouipèrcnt une flotte de cent voiles , destinée à encourager et à soutenir, au besoin, la révolte des colonies atliéniennes dans j’Asie-Mineure. Le satrape Pharnabaze secondait le projet des Spartiates qui, à la suite de plusieurs conseils, 60 déterminèrent à transporter le théâtre de la guerre en Orient, sans renoncer à leurs excursions périodiques dans l’Attlque.

11 est râre qu’une coalition agisse d’un accord unanime : l’automne était sur son déclin, et avant de mettre en mer , les Corinthiens , soit orgueil ou superstition, voulurent célébrer les jeux isthmiques. Les Athéniens, quoique eri guerre, y ftlreiit admis, et ce fut au milieu des fêtes qu’ils

Îiarvinrent à découvrir les plans de eurs ennemis , et à SC mettre en mecure de les entraver. Ainsi, au moment où les habitants de Chios allaient s’insurger , ils leur demandèrent sept vaisseaux, comme garantie de leur fidélité envers Athènes. L’escadre qui escortait cesliâtiments intercepta une division UaVale de Corirttlie dans le golfe Saronique, et bloqua dans scs ports ceux ÿie lé hasard déroba à ia poursuite des Atliéniens.

Cependant les Péloponésiens étaient

Parvenus à envoyer vers les côtes de Ionie trois escaares , commandées par Alcibiade, Chalcidéos et Astvorlios.

La première détermina les insulaires de Chios, qui possédaient encore quarante galères , a entrer dans la confié dération pélotonésienne. Cet exemple filt suivi parMilet, Erythrée et Clazomènes, qui se rendirent à Chalcidéos ; plusieurs autres places, de moindre importance, se soumirent à AstyoehoS.

A la nouvelle de réè événements , les Athéniens résolurent de faire usage de mille talents qui avaient été dép es dans la citadelle au teinps de leur prospérité, à condition de ne s’en servir qu’à

IW

L’UNIVERS

la dernière extrémité. Cette ressource les mit en état d’augmenter leur flotte, qui , sous le commandement de Phiynicos, appareilla pour Lesbos, qu’efle maintint dans le devoir. Phij’nicos fit ensuite voile vers Milet, ou il livra bataille aux Spartiates, assistés des troupes du satrape Tissapbemes; il les défit, quoique supérieurs en nombre. Les vainqueurs se préparaient à donner l’assaut à Milet , lorsque leurs vigies signalèrent une armee de cinquante-cinq voiles , commandée par Harmocrate et par le Spartiate Tnéramène. L’amiral athébien jugea à propos d’éviter le combat. Sa retraite annonçait la supériorité de l’ennemi sur mer; mais, dans cette crise,' la fortune sembla respecter la situation malbeureuse d’ Athènes.

OÉFBCnON D’&LCIBUOB.

Pendant son long séjour à Sparte , Alcibiade avait affecté la rigidité austère des enfants de Lycurgue, sans réformer son caractère et ses mœurs.

Une intrigue galante au’il entretenait avec Tiinw , femme du roi Agis, tut découverte par la légèreté de cette princesse : et son amant, qui était embarqué sur la flotte péloponésienne , voulant se dérober aux poignards des assassins apostés pour le tuer, dut se réfugier chez les Perses.

Intrigues d’ Alcibiade. — Banni d’Athènes , persécuté à outrance par Agis , Alcibiade eut recours à Tissaphernes, qui admirait ses qualités et ses talents. Le fils de Clinias , qui connaissait le caractère du satrape , commença à flatter son avarice , afin de s’assurer de sa protection. Il lui prouva qu’en donnant aux matelots péloponésiens soudoyés par la Perse une drachme par jour, c’était les traiter ■avec une libéralité inutile, et même dangereuse, en ce qu’elle favorisait leur débauche et leur paresse. Les Athéniens , lui disait-il , au temps de leur plus grande opulence , avaient réglé a trois oboles le salaire de leurs équioages . qui n’avait jamais changé.

Il ajouta, d’une manière conlidentielle, que si les marins des confédérés étaient

mécontents de cette mesure, on préviendrait leur mutinerie en s’assurant, au moyen de quelques cadeaux , de la voix de certains orateurs mercenaires, et même du suffrage de l’amiral , qui connaissait la vcUeur de Cor.

Ces insinuations artificieuses produisirent presque une rupture ouverte entre Tissaphernes et ses alliés. Dans cette conjoncture, Alcibiade s’adressa secrètement à Pisandre, à Théramène et à d’autres personnes de distinction d’Athènes. 11 déplorait l’état malheureux de la patrie, vantait le crédit

Îiu’il avait auprès de Tissaphernes, et eur faisait entendre qu’il pouvait empêcher une flotte phénicienne de 150 voiles, mouillée à Aspendos, de rallier celle des 1 ..acédémoniens : » Mais, « moutait-il . pour détruire la confé- « dération péloponésienne, il fautabo- « lir la turbulente démocratie d’A- « thènes , si odieuse aux Perses , et « confier l’administration publique à < des hommes dignes de négocier avec « le grand roi : enfin une alliance avec « la Perse n’était pas impossible, car « les Spartiates avaient déjà coûté Cl cinq mille talents ( environ 23 mille lions de francs) à Tissaphernes, qui « était ennuyé de payer. »

Les esprits étaient disposés à la réforme que demandait Alcibiade, pv les excfe de la démocratie qui pesait sur Athènes : Pisandre, Théramène et les autres chefs du parti aristocratique approuvèrent ses vues, mais elles ne furent pas partagées par Phrynicos, son ennemi personnel.

Voyant ses collègues sourds à toutes les omections qu’il faisait contre le rappel d’Alcibiade, il informa secrètement l’amiral Spartiate Astyochos de ce qui se tramait au désavantage de son pays ; mais il s’adressait à un criminel non moins perfide que lui :

Astyochos était devenu le pensionnaire et la créature de Tissaphernes, auquel il communiqua ce qui se tramait. Le satrape en fit part à Alcibiade, qui se plaignit vivement aux généraux athéniens de la bassesse et de la félonie de Phrynicos.

Ce dermer se disculpa avec beau-

GRÈCE. 187

coup d’adresse ; mais comme le rappel d’Alcibiade l’inquiétait, il écrivit une seconde fois à Astyochos : il lui expliquait comment il pourrait surprenne la flotte athénienne stationnée a Samos ( voy. pl- 36 ) (*) , exploit qui le couvrirait de gloire et le comblerait de richesses. Ce secret, transmis à Tissaphemes , fut éventé par des contreintrigues qui mirent la conduite de Phrynicos au ^and jour, sans qu’il fut pour cela ni recherché, ni puni.

PISAMDIŒ.

aEVTRanmrr »o qovtsavxiuvt BlaocmATigoi.

Pisandre et ses complices s’occupaient cependant des mesures qu’il fallait prendre pour abolir la démocratie. On séduisit facilement l’armfe; mais il fallait ravir aux Athéniens une liberté dont ils jouissaient depuis l’expulsion des Pisistratides , et la chose n’était pas facile.

Pisandre se mit à la tête de la députation qui fut envoyée du camp de Samos à Athènes pour changer la forme de son gouvernement. Les juntes , ou factions, étaient organisées pour s’emparer des sièges de judicature et des grands offices de l’ètat avant de convoquer Je peuple dans le théâtre de Bacchus, où la démocratie fut abolie. On rendit immédiatement un décret par lequel on nommait dix ambassadeurs munis de pleins pouvoirs pour traiter avec le satrape persan.

Les généraux Spartiates avaient devancé 1^ Athéniens en signant, avec le satrape, un traité en vertu duquel ils s’engageaient à conquérir les colonies ioniennes dépendantes d’Athè-

(*) L’ile de Samos conserve peu de restes de son ancienne splendeur. Quelques monceaux de pierre indiquent la situation de la ville ; et il ne reste du célèbre temple de Junon (i'Héraeum) que la seule colonne dorique que l’on voit sur la planche, et dont les Turcs ont dérangé les assises à coup de canon. Ce temple , détruit d’abord par les Perses, qui l’incendièrent après l’avoir pillé , fut reconstruit sur un plan plus ma- Çnifique. Hérodote en a vanté rarchitecture: >1 fut pillé par Verrès.

nés , et à les remettre sous l’autorité du grand roi. Ainsi , Alcibiade étant retourné à Magnésie , lieu de la résidence de Tissaphemes , ne put obtenir une audience pour ses compatriotes qu’à forcede sollicitations et de prières.

Les Athéniens s’aperçurent que le crédit d’Alcibiade chez les Perses n’était pas tel qu’il avait voulu le faire croire. Cependant la faction aristocratique persistait dans le projet d’étouffer la liberté ; et comme les moyens de persuasion étaient insuffisants, elle eut recours à la violence. Androclès et Hyperboles, qui avilit l’ostracisme par l’application qu’on lui en fît, ainsi que d’autres démagogues, furent lâchement assassinés : ce fut avec eux que finit la démocratie athénienne, qui avait subsisté pendant cent ans avec une gloire sans exemple.

Pisandre, homme actif, aidé de l’élo<][uence de Théramène , de l’intréidite de Phrynicos et de la sagesse ’Antiphon, se mit à la tête de la république. Antiphon était un de ces idéologues qu’on trouve dans toutes les perturbations politiques : son caractère , tel que le trace Thucydide , était celui d’un homme de bien, doué d’une grande vigueur de pens^, et d’un choix toujours heureux d’expressions.

Il ne se montrait ni dans les cours de justice , ni aux assemblées ; mais ses harangues et ses plaidoyers , remlis d’art et de goût , quoique lus par ’autres, y avaient sauvé la vie à plusieurs de ses amis ; il avait formé la conrairation aristocratique, et réglé l’ordre de l’attaque suivi paæ les conjurés.

Pisandre, dirigé par les conseils d’Antiphon, proposa d’élire dix personnes chargées de préparer les résolutions qu’on soumettrait à l’assemblée du peuple. Ces commissaires n’en eurent qu’une seule à présenter; c’était : I que chaque citoyen serait libre « de donner son opinion, quoique con- « traire aux lois rtablies , sans crainte « d’être accusé, ni traduit en justice. «

En conséquence de ce décret , Pisandre et ses partisans déclarèrent hardiment : < que ni les formes , ni

• lfi«

L’ÜWyERS.

• l’fliprlt de la eonititutioti étabife

• deiHiis un siècle ne conTenaletlt plus i à la sitüatioh critique de l’état ; qu’il

• était nécessaire de reconstruire l’é- « ditice social sur un nouveau plan; « qu’il cet effet. Cinq personnes, dont <t il lut les noms , devaient être char- « 'gées , par le peuple « de choisit cent X citoyens, dont chacun ferait choix « de trois associés ; et me ces quatre « cents élus , pris parmi les gens ri- « ches et les capacités qui Voudraient « servir la patrie sans indemnité, ni X salaire , seraient immédiatement Ce- « vêtus de la maiesté de grands dignl- « taires de la république. »

(iette proposition fut acceptée sans opposition , parce que l’assassinat, qui exista toujours dans les itueurs grecques, aurait mis les récalcitrants â la raison.

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