‹ Grèce par m. PouquevilleChapitre 33 sur 115 · CAMPAGNES O’ ALCIBIADE · texte numérisé non relu

CAMPAGNES O’ ALCIBIADE

Les Athéniens, animés par les conseils de Thrasybule et de Thrasylles , ayant remis en mer pendant le'vingt et unième hiver de la guerre du Péloponèse, triomphèrent dans trois batailles navales successives. La première se donna aü détroit dé Sestos et Abydos, par Thrasybule, qui prit vingt vaisseaux lacédélnoniens avec perte de quinze des siens. Peu de temps après Cfct événement, les Athéniens interceptèrent une division de quatorze vaisseaux rliodiens, à la hauteur du promontoire Hhégion. Mvndaros, apercevant le combat qui se donnait a deux lieues a(i lai^e, au moment oû il présentait des offrandes dans un tempfe de Minerve , à Ilion, courut aü rivage, fit lancer ses galères à la mer pour secourir ses alliés, il rétablit le combat qui durait depuil le matin , lorsqu’au cOUClICr du soleil une escadre de dix-huit bâtiments de guerre, commandée par Alcibiade, décida la victoire en faveur des Atliéniens. C’en était fait des Péloponéaiena sam l’assistuuce de Pharnabaze,

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gui se déciara ostensiblement en leur de ce satrape les secours nécessaires faveur. Tbrasylles porta la nouvelle pour équiper une nouvelle flotte, de cette victoire à Athènes , es[)éraiit Mais, comme si la fortune eût pris y faire des recrues, et qu’on lui pro- plaisir à se jouer des Grecs, le gio^ curerait quelque* argent. reux Hermocrate et ses collées ap-

Dbpàite complète des Lacédb- prirent qu’ils avaient été destitués par MOifiENS.— Les Spartiates, forcés d’a- les Svracusains. A cette nouvelle, les bandonner la mer , se retii^ent à Cy> matelots et les capitaines, indignés , zique , où Alcibiade résolut de les déclarèrent gue leurs chefs resteraient attaquer sans délai. Il appreilla en au commanaement. Hermocrate conconsequence avec quatre-vingts galè- jura les mécontents de respecter les res , en faisant route vers la petite lie ordres de Syracuse : il leur fit obserde Proconèse ( aujourd’hui Marmara) , ver que lorsqu’ils rentreraient en Sisituée à 3 lieues | du mouillage ou cile, ils auraient une belle occasion la flotte péloponésienne se trouvait à de rendre justice à leurs officiers , en l’ancre. La matinée était obscure et racontant les batailles qu’ils leur pluvieuse : Alcibiade, voulant en pro- avaient fait gagner. Pressé par les liter pour surprendre soixante vais- plus vives sollicitations , Hermocrate seaux ennemis qui manoeuvraient au dut néanmoins consentir , ainsi que large, on en vint à une bataille géné- ses collègues, à garder le pouvoir jusraie , qui eut pour résultat la prise de qu’à l’arrivée de leurs successeurs, toute la flotte péloponésienne et la 23' année de la gderhb dv destruction de l'escadre syracusaine, Péloponèse. — Xénophon nous apgu’Hermocrate brûla en présence de prend que Thrasylle avant obtenu les l’ennemi victorieux. secours qu’il était allé solliciter à

Xénophon nous a oonsa^é la lettre Athènes , fit voile pour Samos avec par laquelle Hippocrate , commandant mille hoplites , cent chevaux et cinen second de la flotte péloponésienne, quante galères montées par cinq mille annonça cette nouvelle à Sparte : matelots expérimentés , qu’on avait

■ Tout est perdu , vos vaisseaux sont pourvus de légers boucliers , de dards, « pris ou brûlés, Myndaros est tué, d’épées et de javelots, afin de pouvoir « l’armée manque dé vivres, nous ne faire le service de terre en cas de be- « savons gue faire. » François I" , soin. Il espérait rendre la vingt-troiplus laconique encore , écrivit dans sième campagne des Athéniens aussi une circonstance plus fâcheuse ; Tout glorieuse que la précédente. est perdu, fors l’honneur. Thrasylle, sans perdre de temps,

s’empara de Colophon : maître de cette SUCCÈS DES ATHÉNIENS, placc, dont il fit le pivot de ses opéra-

4io — 4<>s iTut j.-c tions, il pénétra dans l’intérieur de la

Lydie, d’où il revint vers la côte.

Les événements se pressent dans chargé de butin et chassant devant cette période : c’est l’éclat du soleil à lui une foule d’esclaves. Encouragé son d^in, lorsque ses rayons percent par ce succès , ainsi que par l’inaction les nuages orageux qui enveloppent de Tissaphernes et des Péloponésiens, l’horizon. Les Lacédémoniens ne pou- il marcha contre Ephèse. Il croyait vant plus tenir la mer , Alcibiade emporter cette place d’assaut , mais il s’empara de Périnthe , de Sélvmbrie, fut repoussé avec perte de trois cents et de Chrysopolis qu’il fortifia; il y hommes, et les Athéniens, se voyant établit en même temps un péage du obligés de se réfugier à bord de leurs dixième de la cargaison des vaisseaux vaisseaux , firent aussitôt voile pour qui se rendaient au Pont-Euxin ou qui l’IIellespont, où ils trouvèrent Alcien revenaient. biade, mouillé à Lampsague et occupé

Cependant les Péloponésiens , que dos préparatifs d’une expâition contre Pharnaboze avait accueillis, recevaient Abydos.

M* CAMPAGNE DBS ATHÉNIENS.

RRTOOft »*A1«CIB1A»B A AnèvB*.

Une invasion dans la Sicile par les Carthaginois n’avait pas permis aux Syracusains d’envoyer des secours à leurs alliés du Péloponèse, et des révoltes survenues en Perse avaient de leur côté paralysé les efforts dePharnabaze, lorsque les Athéniens reprirent l’offensive en délogeant les ennemis de toutes les Msitions qu’ils occupaient dans l’Hellespont. Dans ces circonstances Alcibiade déploya toutes les ressources de son génie j il se rendit maître de Byzance, prit ou détruisit 200 galères ennemies, et se trouva en mesure de lever dans l’Euxin et dans la Méditerranée des eontributions suffisantes pour pourvoir aux besoins de la flotte et de l’armée.

Au milieu de tant de gloire, l’ Attire était dévastée par Ads , roi de Lacédémone, campé à Decélie. C’était pour mettre un terme à ce fléau périodique qu’ Alcibiade avait souhaité revoir Athènes , après un si long exil : on était dans la 35^ année de la guerre du Péloponèse.

Malgré ses victoires récentes, le fils de Clinias , que l’adversité avait rendu circonspect, refusa d’entrer au Pirée avant qu’on eût confirmé son rappel et prolongé le terme de son commandement. Les décrets qu’il sollicitait passèrent sans opposition. Malgré leur garantie , il hésitait encore à prendre ferre, et il ne le fit qu’en voyant ses p^nts et ses amis oans la foule, qui l’invitaient du geste et de la voix à accoster le rivage. Il dâiarqua au milieu des acclamations des spectateurs qui n’avaient les yeux fixés que sur Alcibiade, dont le nom était dans toutes les bouches : « C’est lui , c’est < le fils de Clinias , le héros d’Athè- ■ nés , le victorieux , le sauveur de la • patrie^ »

magistrats convoquèrent une assemblée pour entendre la justificatioii d’Alcibiade : il l’avait demandé.

Le public prévint son apologie, et la

Sarfie la plus difficile de son rôle fut e modérer les transports des Athéniens. Il reçut avec la plus grande effusion de cœur les couronnes et les fleurs qu’on lui offrit; mais il refusa avec respect sceptre de la royauté, en exprimant la ferme résolution de maintenir la liberté héréditaire de la patrie: « Athènes, répon- « dit-il, ma pas besoin d’un roi, « mais d’un général. » On décréta l’équipement (Tune flotte de cent galères, avec un nombre proportionné de bâtiments de transport pour embarquer 1,500 hoplites et un corps peu considérable de cavalerie.

FÊTES D’ÉLEDSIS.

Quatorze siècles avant l’ère chrétienne , Cérès avait enseigné les mystères à Eumolpe et Céryx , qui lui avaient accordéVhospitalité,lorsqu’elle cherchait Proserpine , enlevée à sa tendresse maternelle par le dieu des enfers. Ainsi parlait le vulgaire. Les ministres d’Éleusis assuraient de leur côté, que l’initiation procurait aux frères sacrés du Secos une place distinguée dans les Champs-Élyseens , et le iMnheur de vivre à jamais dans le sein de la divinité. On faisait consacrer les enfants dès l’âge le plus tendre; et ceux qui n’avaieiit pas reçu l’initiation , la demandaient avant de mourir. Cependant quelques hommes

Sieux et éclairés , tels que Socrate, déaignèrent cette régénération, et ce refus laissa parmi les dévots quelques doutes sur la religion du fils de Sophronique.

Depuis l’occupation de Décelie par les Spartiates , les théories ou processions n’avaient pu avoir lieu par terre, et, contre l’usage, elles étaient obligées de s’embarquer pour se rendre à ^eusis ( 4 lieues d’Athènes ). Alcibiade , charmé de trouver l’occasion d’effacer la tache d’impiété dont on l’avait accusé, entreprit de rendre son lustre antique à la vénérable célébration des thesmophories. Il fit les dispositions convenables pour protéger les paisibles cauéphores ou vierges chargées de porter

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les) cprbofflfl» sflcréeJi m| irewfennaipnt l’en%i;, IQ lerpent d oï, le van mystiqnp, 1^ gâteaux et leS rituels dij cg^ secret de la bonne dresse. Ces c(gi^éganlstes ainsi que les pélerius furent avertis 4e se tenir prêts à Jour Hxe.

Ce jour, de très-grand matin, la cavalerie parcourut les environs d’Athènes; Alcibiade ht occuper les hauteurs du mont Corydalos par l'infanterie légère et les ^Itastes; la ville, les forts et les longs murs reçurent de fortes garnisons. Le corps des troupes pesamment armées, qui escortait les fidèles, sortit, suivant l'usage, par la porte qui conduit à la voie Sacrée. Après avoir parcouru un espace couvert d'oliviers , et franchi une colline couverte de m)'rtes , on entra dans la plaine de Tliriase, De là on lit une station auprès des Rlieïti, qui sont deux ruisseauif consacrés à Cérès et à Proserpine; le.s prêtres seuls y jouissent du droit de pédie , et on fa(t usage de leur eau dans les de l'initiation.

En avançant, on arriva au pont du Céphiae éleustnien , où des femmes , montées sur des charrettes . étaient dans l’iisage de lancer des orocards oqittre les dévots les plus distingués leurs fonctions dans l'étal, en iliefnoire des injures que Cérès y reçut de la part d’une vieille femme nommée lambé . C’est de là qu’on découvrait le temple et le bourg d’Eleusis, qui étaient entourés d’une foule de chapelles et de maisons de plaisance.

Le temple, construit en marbre du Pentélique sur un rocher qu'on avait wlani , était desservi par une foule de prêtres. Les quatre principaux étaient : l’hiérophante, qui initiait les néophvtes aux mystères : il paraissait vêtu d’une robe parsemée d’étoiles en or, le front ceint du diadème, et les cheveux llottants sur les épaules. Son sacerdoce était à vie; et dès qn’il en était revêtu, il était astreint au célibat. On prétend que des frictions de ciguë le mettaient en état d’observer cette règle : on avait soin d’ailleurs le le clioisir d’un âge mûr.

Le second des ministres était le Dadouchos, ou porte-ltamhcau , chargé de purifier ceux qui se présentaient aux initiations : il avait ainsi que l'hiérophante le droit de se couronner du diadème. Les deux autres grandsprêtres étaient le Héraut sacré et l’ Assistant ou Diacre de l’autel.

Après qvpir rempli pendant une >e< maineqqe duraient lestliesmophories, les fonctions d’un général vigilant, Alcibiade ramena la tnéorie aux chants des litanies d'Iacchos, jusqu’à Athènes, en réunissant, dans sa marche, la pompe de la guerre à celle d’une cérémonie religieuse,

L'histoire nous apprend que les mystères, qui commençaient à dégénérer, devinrent bientôt un objet de trafic pour les ministres, qui vendaient les initiations à prix d’argent; mais, quoimie avilis , ils ne furent jamais révé|œ. L'empereur Julien essaya vainement de les réhabiliter en taisant venir l’hiérophante dans son palais des Thermes à Paris, ou il célébra les mystères. Ils ne furent abolis qu’au bout de dix-huit siècles par un édit de Théodose , et les hordes. d’AIaric renversèrent le temple d’Eleusis , 'qu’ils réduisirent dans l’état où on le voit de nos jours. ( Voy. pi. 86 ) (*).

SBCOMOB BXeéOlTIOK D'AUlIBUPa

Alcibiade était prêt à faire voile pour TAsie-Mineure: on se flattait de reconquérir Clijos , Éphèse , Milet et les ties rebelles qui avaient abandonné le parti d’Athènes. Au milieu de l’enthousiasme public, on se souvint que le fils de Ciinias était débarqué au

Au milUu dei ruiuea d'Éleuiis, lituéN sur une émioance, s'élève le villagn de «IM. En detosnclsat vers la plaine , on rail Templanemant 4« trois grauds édifioei onM* de colonnes renversées aulonrdeleur enoeoiM dolahrée. Ose restes d'aquéduc , qui an)ouaient à ^eysis les sources des montagiw* iii dépendent d» Çythéron, existent encore sus celte plaine, où l’on rencontre une foule d'inscriptions et de tombeaux ; on y s b-piivé, en 1778, plusieurs anciens silos. Les cétes qu'on aperçoit dana le fond sont oeiks de Salanune.

frIVPftE- Ï43

Pirée le jour néfaste de la Plintheriet endant lequel on voilait la statue de linerve au Partiiénon, et on en tira l'augure des inallieurs qui ne tardèrent pas à fondre sur la république.

LYSANDHE,

4#9 aiu aruit 4é808>Chri*l.

Les hommes sensés d’Athènes redoutaient l'activité et la valeur de Lysandre , plus que les sinistres présages tirés de la Plintherie. Il avait pris le cominandement des forces du PéloMnese qui se trouvaient en Orient , pendant le séjour d’Alcibiade à Athènes. Descendant des Hé;aclides,Lysandre avait été élevé dans l’austérité de la discipline Spartiate; après avoir passé la maturité de son âge dans des emplois honorables, il avait été appelé au commandement en chef de l’armée lacédémonienne , par la supériorité de son mérite. Les années avaient ajouté l’expérience à sa valeur. Il avait appris dans ses négociations à pgner par la ruse ce qu’il ne pouvait ootenir par la force, et, comme il le disait, à coudre la peau du renard à celle du lion. Ce caractère mixte convenait parfaitement au rôle que Lysandre allait remplir.

Depuis la bataille navale de Cyzique, les Peloponésiens avaient construit des vaisseaux à Rhodes, à Miiet et à Éphèse ; ce hit dans le dernier de ces ports que Lysandre les réuuit au nombre de quatre-vingt-dix voiles.

Comme il s’agissait d'assurer la solde des écmipages , il se rendit immédiatement à Sardes , accompagné de quelques députés , pour complimenter Cyrus , Jeune prince âgé de dix-sept ans, à qui son pere avait conllé le gouvernement des provinces centrales de l'Asie-Mineure. I.vsandre lui adressa ses félicitations et lui porta des plaintes contre Tissaphernes , en exaltant le mérite de Pharnaba^e, qui venait de violer le droit des gens dans la personne des ambassadeurs d’Athènes :

il demanda que la paie de ses équipages, réduite à trois oboles (45 centimes), fdt portée à une drachme gtti-

que (90 centimes), comme elle était nxée primitivement.

Cyrus répondit qu’il avait des ordres de son père, et que les Peloponésiens recevraient trente iiiiiies par mois ( la mine évaluée à tM) fr. ) ; d où on peut calculer, a raison de trois oboles par jour, que l’équipage complet d’un vaisseau était de i240 hommes , de sorte qu’une flotte de Dû voiles employait 21COO marins.

AlCIBIAUE COMDAMHÉ PRENn FUITE. — Sur ces entrefaites , Alcibiade attaquait l’Ile d’Audros. La résistance fut plus vive qu’il ne s’y était attendu ; pressé par la nécessite du se procurer des vivres et de l’argent , il partit pour se rendre dans rlonie, en laissant le commandement de la flotte athénienne à Antiochos, lipiiime d’une incapacité connue, auquel il enjoignit de ne risquer aucun combat, mais de se tenir dans le port de Saines sans en sortir. Il en fut autrement; le présomptueux vice-amiral, lier de sou commandement , ciierclia la flotte de Lysandre, lui présenta la bataille , perdit quinze vaisseaux , et revint honteusement au port d'ou il n’aurait pas dû sortir. Ce fût en vain qu’ Alcibiade, de retour, voulut prendre sa revanclie; Lysandre évita une seconde bataille, et le lils de Clinias ne put rendre à la flotte d’Atliènes l’édat que l’^ec éprouvé par Antioclios âvâit tcmi

Les Atliéniens, informées dece revers, furent humiliés , et ne pouvant douter de riiubiletc d'Alcibiade, ils soupi^onnèrent sa lidélité. Tlirasybule se porta son accusateur, non par patriotisme, mais par inimitié ; et celui qu’on proclamait quelques mois auparavant le sauveur de la patrie, fut condamné.

On nomma pour le remplacer dix généraux, au nombre dcsuuels ou cite Tlirasylle, Léon, Diomédon ..Conoii, personnage encore peu connû;i dès , héritier du nom , du mérite et de la mauvaise fortune de son père.

Les nou,vcaux d'cfs partirent iinmédiatrment pour Samos, et Alcibiade s’enfuit à Ryzante (auj. Rodosto), dans Ifl Thrflçc i qo’il avait eu soin de

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faire fortifier, comme une place de sûreté pour sa personne.

oÉnéfiALAT DE cALucRÀTinaa ,

4^ avant i.«C.

L’année du commandement de Lysandre venait d’expirer, lorsque le Spartiate Callicratidas se présenta pour lui succéder. Quand le nouveau général déploya sa commission dans le conseil des alliés, les chefs s’écrièrent qu’il était injuste de sacrifier à l’observation minutieuse des lois de Sparte, les intérêts de la confédération péloponésienne. Lysandre se contenta de faire observer qu’il remettait à son successeur une flotte maUresse de la mer ; l’assembl»: confirma cette assertion par des acclamations tumultueuses.

Callicratidas , inaccessible à la crainte, répondit: «qu’il ne pouvait « croire à cette supénorité maritime ,

« tant que I^sanare n’osait pas , en « sortant d’Ephèse, côtoyer l’Ile de

< Samos où se trouvaient les Athé- « niens, et conduire la flotte vicfo- « rieuse de Sparte dans le port de « Milet. » L’orgueil de Lysandre filt froissé ; mais il eut la préence d’esprit de répondre : « qu^il n’était plus « amiral. »

Callicratidas s’adressa alors à l’assemblée avec la sinmlidté mâle d’un coeur honnête: « I^cédéraoniens et

< alliés, je serais resté avec joie à • Sparte qui m’envoie pour commander « la flotte , mais mon principal objet « est d’exécuter ses ordres et de rem-

< plir mon devoir. Mon désir le plus « vif est de soutenir dignement l’hon- « neur national : c’est a vous de me « faire connaître si je dois rester ici ,

« ou retourner à Lacédémone. » Les partisans de Lysandre demeurèrent, confondus , l’assemblée n’osa faire aucune objection , et après un long silence, tous conclurent qu’ils devaient (diéir aux ordres de Sparte , comme l’avait fait Callicratidas.

Lysandre , résolu de rendre difficile la position de son successeur, passa aussitôt à la cour de Cyrus, auquel il remit une somme considé-

rable d’argent qu’il n’avait pas trouvé l’occasion d’employer au service de la flotte lacédemonienne. Il représenta au jeune prince la franchise et les vertus sèvres de Callicratidas comme des preuves de rusticité et d’ignorance, de façon que l’amiral s’étant rendu à Sardes pour renouveler la demande de la solde convenue, il ne put obtenir audience du vice -roi. La première fois qu’il se présenta au palais, on lui dit que Cyrus était à table. « C’est bien , ré- « pondit le Spartiate, j’attendrai qu’il « ait dîné. » Cette honnête candeur, qui fut taxée de mauvaise éducation , devint la risée des courtisans. Il se présenta une seconde fois sans voir Cyrus. Une telle conduite méritait sa colère, elle n’excita que son mépris.

Il versa des larmes sur les dissensions civiles des Grecs, qui les obligeaient à mendier les insolentes faveurs des Barbares.

Cependant Callicratidas ne pouvait rentrer à Éphèse sans argent pour subvenir aux besoins de sa flotte. Il se rendit en conséquence à Milet et dans les autres villes alliées, auxquelles il fit connaître la basse jalousie de Lysandre et l’arrogance de Cyrus. « cW , leur dit-il , ce qui me « force de m’adresser à vous ; prouvez « au monde que les Grecs, sans re- « courir au trésor des Barbares , peu- « vent poursuivre leurs entreprises et « tirer vengeance de leurs ennemis. »

Callicratidas, ayant obtenu plus qu’il ne demandait, revint avec honneur à Éphèse, satisfit aux demandes importunes de ses matelots, et se prépara à mettre en mer.

Ses premiers efforts furent dirigés contre l’île de Lesbos; il emporta d’assaut Méthymne : la garnison et les esclaves firent partie du butin; mais comme on voulut vendre les habitants à l’encan, Callicratidas s’y opposa , en déclarant que tant qu’il jomraitdu commandement, aucun citoyen grec ne serait jamais réduit en servitude , à moins qu’il n’eût pris les armes contre la liMrté publique.

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