‹ Grèce par m. PouquevilleChapitre 36 sur 115 · LA CYRÉNAÏQUE ET LA SICILE DEVIENNENT ÉTRANGÈRES A LA GRÈCE · texte numérisé non relu

LA CYRÉNAÏQUE ET LA SICILE DEVIENNENT ÉTRANGÈRES A LA GRÈCE

Depuis l’époquede cette émigration, la Cyrénaïque et la Sicile ne ngurent plus qu’accidentellement dans l’histoire de la Grèce, qui perdit de vue une côte et une lie également importante pour ses vues politiques et commerciales.

Cyrénaïque. — Après avoir soutenu plusieurs guerres contre les Libyens et les Carthaginois, la Cyrénaïque fut opprimée par Ariston. Afirancliie du joug de ce tyran , elle se trouva souvent réduite à combattre

(*) La petite ville de PauliUa occupe maintenant une faible poriion de remplacement de Phigalie , dont les remparts exislent encore. On en peut voir le plan dans le magnifique ouvrage de VExpidition des Français en Marée. Cette ville , dont il n’est prevue pas fait mention dans l’histoire, occupait cependant un vaste emplacement. Près d’elle, au milieu des précipices et des roches, s’élèvent les ruines du temple d’Apollon Epicoiiros, l’un des mieux conservés de la Grèce , et des plus importants sous le rapport de l’architecture et des sculpiures découvertes en iSia, et transportées maintenant au musée de Londres.

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pour son indépendance nationale ; ce* pendant elle ne fut jamais subjujmée |)ar aucun barbare. Sa liberté meme eut plus de durée que celle des républiques de la Hcllade ,^et ses habitants ne tirent d'actes de sujétion qu’en faveur de Ptolémée , qui, réunit la Pentapole au royaume d’Égypte.

SiciLü. — Pendant Tes dernièrea années de la guerre du Péloponèse, les Lacédémoniens avaient cessé de recevoir des secours de la Sicile , réduite à se défendre contre les Carthaginois appelés par Ségeste, et par quelques autres villes subalternes jalouses de la splendeur de Syracuse.

Cartilage avait à venger la mort d’Hamilcar et son déshonneur au siège d'Himère.

Hannibal , petit-llls d’Hamilcar, commença la nouvelle guerre de Sicile, qui dura depuis 410 Jusqu’à l’an 404 avant notre ère , avec une armée de cent mille hommes. Son projet était de se rendre maître des petites villes, et de celles qui étaient le moins susceptibles de détense , avant d’attaquer Syracuse. Dans sa première campagne (409 avant J.-C.), il s’empara de Sélinonte et d’Himère: il sacrilia dans un seul jour, sur les autels de Müloch, trois mille habitants de cette dernière ville aux mânes de son aïeul.

Dans sa seconde campagne , il fit démolir Agrigente , ville d’une splendeur incroyable , où l’on avait vu Hexénilas, vainqueur aux jeux olympiques, rentrer en triomphe, précédé de trois cents chars traînés par deux chevaux blancs de race sicilienne. Sa troisième campagne (Ut signalée par la réduction deOeia : les villes de Sola , d’Égeste , de Motya, d’Ancyre, d’Entelle, de Panorme, appelèrent les Carthaj^ois dans leurs murs.

Hsuhnibal allait attaquer Syracuse, Ipuque la peste, mêlant ses coups à ceux de la guerre , frappa les vaincus, ks vainqueurs, et le général qui commandait ces derniers. Hamilcar, qui succéda à la place d’Hannibal , ayant laissé garnison dans les villes conquises , repassa en Afrique, et apporta la contagion à Carthage, où eUa fit

pendant long-temps de grands ravagea.

Dents , tyran de Syracuse. — Bermocrate , dont on a souvent parlé dans le cours de la guerre du Pélomnèse , avait été dédaigné par les Sjracusains, auxquels il était venu proposer son épée et le secours de son expérience ; mais un autre chef était appelé à venger leur cause et à châtier leur ingratitude. Denys, âgé de 23 ans , né dans une condition ordinaire, dépourvu de vertus et doué de les talents, destiné à briller au milieu de la guerre étrangère et des troubles civils qui sont toujours propres à l'élévation des hommes supérieurs, était le chef réservé à soutenir Syracuse.

Renommé pour sa valeur, doué de la plus rare éloquence , persévérant dans ses vues, adroit dans sa conduite, l’apparence d’un patriotisme ardent le rendit cher à la multitude , et il sut en profiter pour faire rappeler ses partisans de Vexil.

La reconnaissance des proscrits et l’admiration publique mirent Denys en état d’obtenir le commandement des troupes mercenaires et la direction des affaires de la guerre. On le vit alors moins occupé du soin de vaincre les Carthaginois que de refréner ses concitoyens , que leur turbulence factieuse rendait indignes de la liberté. 11 se fit donner des gardes, et , aidé de l’influence et des richesses de l’historien Phiiistos , que Cicéron surnomme le Thucydide sicilien , Denys , âgé de vingt-neuf ans, se trouva en état d’usurper le gouvernement de Syracuse , qu’il conserva pendant trente-huit ans , laissant à sou fils le

Saisible héritage de la majeure partie e la Sicile.

XNABASE DE YÉKOPBON.

4i4 — 4oo /--G.

Cyrus le jeune. — Tandis que la marche du temps détachait Cyrene et la Sicile des intérêts de leurs métropoles, une série d’événements politiques continuait à lier Thistoire de la Grèce à celle de l’empire persan. La dernière année de la guerre du Pélo-

GRÈCE. 189

pooèse avait été îe terme du règne

S're de Darius Nothus. Ce prince lommé pour son successeur Artaxenès Mnémon, à l’exclusion de son jeune frère Cyrug : le même décret qui l'écartait du trône rendait Cpis satrape héréditaire de la Lydie, de la Phrygie et de la Cappâdooe, provinces' qu’il gouvernait (comme on l’a dit précédemment) depuis I’IIk de dix-sept ans.

Cvrus, qui se trouvait à Suze au moment du décès de son père , s’apprêtait à retourner dans l’Asie-Mineure, avec son escorte accoutumée, qui consistait entrois cents Grecs, pesamment armés, commandés par l’Arcadien Xénias , lorsqu’il fut enveloppé dans une conspiration de sérail , que le perGde Tissaphernes avait ourdie.

Arrêté par ordre d’Artaxerxès, il est probable qu’il aurait succombé, sans l’appui de Parysatis, sa mère , cjui défendit sa vie , et le ût rétablir dans son gouvernement.

Le danger qu’il venait de courir ne put affecter l’ame généreuse de Cyrus; mais l’affront fait à sa dignité le détermina à venger une injure qu’on ne pouvait dissimuler. Comme dans les gouvernements despotiques de l’Orient il n’y a pas d’intervalle entre le inaitre et ses esclaves , ni d’autre alternative que celle de la domination ou de la servitude, un sujet mécontent ou rebelle doit étouffer son ressend’ment, livrer sa tête, ou aspirer au Irène : C3rrus préféra la carrière de la gloire et du danger. Il se prépara à punir l’injustice d’Artaxerxès , et à usuqier sa couronne, défendue par un million d’hommes armés.

XénophoQ , Plutarque et Cicéron prétendent que Cynis était appelé à régner pour l’honneur et la dignité du genre humain. Dès l’âge de sept ans , il se trouvait au nombre des jeunes Mèdes nourris à la porte du grand roi, élevés à tirer de l’arc, à manier un cheval, et à dire la vérité. Il exoeliait et surpassait ses compagnons dans tou les exercices, par son adresse, son activité et mn courage, sans panttie donner une grande importance

à ces avantages superficiels. Il n’eti était pas ainsi de la droiture, qu’il regardait comme la base d’un caractère élevé. Sa probité était uniforme, sa proie sacrée, son amitié inviolable.

Ni la richesse , ni la naissance , ni le rang ne le séduisaient-, mais la vertu et l’Age furent constamment les objets de sa considération et de son respect.

Les Asiatiques, accoutumés au gouvernement spoliateur de leurs satrapes, furent étonnés de trouver dans Cvrus un prince qui préférait leur intérêt au sien , qui aiminuait les impôts pour encourager l’industrie , dont les mains donnaient l’exemple des travaux champêtres, et dont toutes les décisions réunissaient la justice à la clémence.

Sa gratitude dépassait sans cesse les services qu’on lui rendait , et sa libéralité éclairée était rehaussée par les manières affectueuses qu’il joignait à ses bienfaits. S’il découvrait un homme digne de sa confiance, il ne se contentait pas de lui donner une part dans son affection, il lui donnait son cœur tout entier; et la grâce qu’il demandait aux dieux dans ses prières habituelles , c’était de vivre assez long-temps pour faire un grand nombre d’heureux.

• Les provinces soumises à l’autorité de Cyrus pouvaient lui fournir cent mille combattants peu belliqueux , mais qui surpassaient en bravoure les troupes efféminées de la Haute-Asie.

Il comptait particulièrement sur la coopération des Lacédémoniens , qui , grâce à son assistance particulière, étaient devenus les maîtres de la Hellade et de la- mer ; et Sparte ne fut pas ingrate.

A la première demande de Cyrus , les Lacédémoniens firent passer en Asie huit cents hommes pesamment armés , sous la conduite de Cheirisophos ; ils chargèrent en même temps leur amiral Sainios , qui avait succédé à Lysandre , d’agir de concert avec leur allié , en mettant leur puissante flotte à sa disposition. Indépendamment de cette faveur signalée , ils autorisèrent Cyrus à lever des recrues dans toutes les provinces de leur do-

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L’UNIVERS

Diination. Ainsi, Cléar^e de Sparte; le Thessalien Ménon: Inoxénos, Béotien, qui lit connaître Xénophon à Cyrus; Agias l’Arcadien, et l’Achéen Socrate, enrôlèrent environ dix mille hoplites, trois mille archers et gens de Doucliers, ou peltastes.

Ces préparatifs ne furent pas aperce par l’indolence présomptueuse des Perses ; mais ils n’avaient point échappé à la pénétration d’Alcibiade , que Lysandre et Phamabaze firent assassiner , surtout afin d’effacer le révélateur. Cependant les avis de ce qui se passait, transmis à la cour de Suze, ne purent faire sortir Artaxerxès de la sécurité profonde dans laquelle 11 était plonge. Cyrus compléta ses levées, et il se trouva prêt, au commencement de l’année 400 avant notre ère , à marcher des côtes de l’Ionie dans la Haute-Asie, à la tête de 100,000 barbares et d’environ 13,000 Grecs.

Anabase. — La marche de Cyrus vers Babylone , sa défaite et sa m^ dans la plaine de Cunaxa , la dispersion de ses troupes , et le retour mémorable de dix mille Grecs dans leur pays, ont été rapportés par Xénophon, avec une connaissance si profonde de la guerre et des hommes ,

?|u’il n’y a que son ouvrage qui puisse aire connaître les détails de cette exp<idition. Ce serait donc une entreprise présomptueuse de revenir sur • un objet traité par un écrivain su{)érieur, et que notre cadre historique ne nous permet pas d’embrasser. Nous dirons seulement que cette célèbre retraite , en tout temps l’objet de l’admiration des militaires , s’etïectua dans l’espace de 16 mois, après une marche d'environ 600 lieues, a travers les déserts, les montagnes , les lleuves, et en combattant toujours des armées et des peuples ennemis. Xénophon, qui prit le commandement des troupes greex]ues, dont les chefs avaient été Klehement assassinés par Tissapliernes, ramena à Pergaine 6,000 hommes, des 10,000 qui, apres la perte de la bataille de Cunaxa, livrée à 25 lieues de Babylone , osèrent entreprendre cette mémorable retraite.

RÈGNE lyAaÉsnAS.

Artaxerxès nourrissait depuis longtemps une haine héréditaire contre les Hellènes ; il voulait surtout se venger de Xénophon. Treize mille Grecs avaient pénétré dans la Haute- Asie; dix mille avaient opéré leur retraite, en se couvrant d’une gloire immortelle ; et lui , malheureux au sein des candeurs , n’avait pour trophée que la tête d’un frère, la tête de l’infortuné Cyrus.

Xénophon, chargé de lauriers, retiré dans une petite ville de l’Arcadie, cultivait les muses, lorsqu’un Syracusain, Hérodas, vint annoncer aux magistrats de Sparte les nouveaux projets d’ Artaxerxès.

Les Lacédémoniens venaient de perdre leur roi Agis, qui , avant de mourir, avait reconnu pour son fils , Léotychidès, dont la légitimité était suspecte , à cause de la légèreté de sa mère Timée, compromise par Alcibiade. Malgré la déclaration royale qui déclarait Léotychidès héritier du sceptre , les Laciklémoniens appelèrent au trône Agésilas, frère d’Agis, et issu du sang d’Hercule.

Ce prince, qui était de petite stature, cachait sous des formes peu gracieuses un esprit vigoureux, un caractère élevé, et toute la noblesse d’un esprit mâle joint aux vertus de l’homme privé. Ainsi, Lysandre , son partisan déclaré, n’eut pas de Mine a faire écarter Ltotychidtô, qu’il apelait publiquement le bâtard d'Alciiade. Agésilas fut proclamé roi et, deux ans après, généralissime des forces de la Grèce en Asie.

On connaissait à Sparte les préparatifs formidables d’ Artaxerxès Mnémon. Tissaphernes était à la. tête des Perses , lorsqu’on décida de lui opposer Agésilas. C’était le premier roi rec, depuis Agamemnon, qui conuisait les forces réunies de la Hellade en Asie. 11 partit de Lacédémone, au printemps de l’année 396 avant Jésus-Christ, avec trois mille affranchis et six mille hommes de troupes

GRECE. 1«1

étrangères. Lysandre, gui raccompa-

fnait , ne tarda pas à éprouver que , ans les catastrophes politiques, ceux ui font des rois sont toujours victimes U dévouement qu’ils leur ont témoigné. Le rusé Spartiate , trompé , humilié , disgracie, revint à Sparte, méditant des vengeances contre Yingratitude cruelle de son ami coieronné.

Agésilas avait établi ses quartiers à Éphœe. lorsqu’il reçut une ambassade de Tissaphernes , qui s’informait de la cause de ses mouvements. On s’écrivit de part et d’autre; on donna des réponses évasives; on négocia, c’est-à-dire qu’on se trompa mutuellement , jusqu’à ce que le satrape, ayant reçu les renforts qu’il attendait depuis long-temps , somma Agésilas de quitter Ephèse, et d’évacuer Ta côte d’Asie, qu’il occupait.

Au lieu de déférer à cette arrogante injonction, Agésilas flt annoncer que son intention était d’envahir la Carie, province chérie de Tissaphernes, qu’il avait ornée de parcs, de palais voluptueux, et où if avait fait bâtir une forteresse qui renfermait ses trésors. Le satrape s’empressa de venir camper dans les plaines du Méandre, afin de couper le passage à l’ennemi; mais Agésilas, tournant au nord , s’avança par une marche forcée en Phrygie , et le riche butin qu’il fit dans cette province récompensa l’activité de ses soldats. Vers la fin de la eampagne , l’armée lacédémonienne revint passer l’hiver à Éphèse.

La saison inactive de l’année fut employée utilement, et l’argent des Phrymens servit à alimenter l’industne publique. Les boutiques et les magasins étaient remplis de boucliers, de casques, de lances et d’épées. Les habitants des campagnes amenaient leurs meilleurs chevaux aux marchés ; les citoyens aisés obtenaient l’exemption du service militaire , en fournissant un cavalier équipé. Les troupes s’exerçaient aux manœuvres, dans lesquelles Agésilas disputa plusieurs fois le prix de la dextérité :

chaque fois qu’il l’obtenait , il présentait des offrandes à Diane éphraienne.

11* Livraison. (Grèce.)

On pouvait ainsi attendre les résultats les plus brillants d’une armée qui faisait ses amusements des exercices militaires, chérissait son général et révérait les dieux.

Mort de Tissaphernes. — Dans sa seconde campagne , Agésilas se dirigea du côté de Sardes : il défit les Perses sur les bords du Pactole, et prit leur camp, dans lequel il trouva 70 talents d^argent monnayé et de raudes richesses. Artaxerxès, informé ecet événement, nomma au gouvernement de r Asie-Mi neureTitliraustes, qu’il chargea de lui envoyer la tête de Tissaphernes.

Tithraustes , devenu satrape de l’Asie - Mineure , s’empressa d’expédier une ambassade à Agésilas pour lui annoncer « que l’auteur de la guerre « qui existait entre la Perse et la « Grèce, Tissaphernes, avait subi une « Juste mort; que le grand roi était « prêt à reconnaître l’indépendance « des colonies grecques , à condition « qu’Agésilas retirerait son armée de « rAsie. » Agésilas n’avait pas le pouvoir d’accepter ces conditions, mais il reçut une forte somme d’argent pour évacuer la Lydie , qu’il quitta afin de se porter dans la Phrygie.

Tandis qu’Agésilas exécutait ce mouvement, un courrier lui apporta la nouvelle de la prolongation de son commandement, auquel on ajoutait celui de la flotte, composée de 90 galères, qui était au:; ordres de Pharax.

Il eut la coupable faiblesse de remplacer cet amiral par Pisandre, qui était son parent.

Agésilas, étant entré en Phrygie, attaqua, vainquit et poursuivit Pharnabaze , qu’il chassa ae sa satrapie. Cotys, tyran de la Paphlagonie, qui dédaignait l’amitié d’ Artaxerxès, envoya demander au général Spartiate la permission de joindre sa nombreuse cavalerie à celle des Lacédémoniens. On vit ensuite accourir , sous les drapeaux de Sparte, les Asiatiques opprimés, les satrapes subalternes , une foule de mécontents; et l’Égypte révoltée put faire concevoir à Agésilas l’espérance de renverser le trône d’ Artaxerxès :

1,'UNIVERS

Xénophon , qui servait soua ses ordres, connaissait le chemin de BabyJone.

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