‹ Grèce par m. PouquevilleChapitre 38 sur 115 · RAPPEL D’AGÉSILAS · texte numérisé non relu

RAPPEL D’AGÉSILAS

3g4 av. J.-C.

La puissance de Sparte , cimentée par une guerre de vingt-sept ans , venait de recevoir un échec considérable; Lysandre n’était plus; Agis, Pausaniasetd'autres chefs illustres étaient descendus dans la tombe ; enfin , il ne restait d’autre ressource que de rappeler Agésilas. Il reçut le scytale au moment où il allait entrer dans la Haute- Asie et il rétrograda, aussitôt vers ÏHellesport , qu’il traversa pour rentrer en Europe.

A son arrivée dans la CJiersonèse de Tlirace, son armée se montait à dix mille combattants : il prit, pour retourner dans la Hellade, la route que Xenès avait tenue cent ans auparavant ; mais son activité fit en un mois le cliemin que les Perses avaient mis un an à parcourir. Il trouva les Barbares de la Thrace et de la Macédoine aussi indisciplinés et aussi désunis qu’ils l’étaient au temps de la guerre médique; il eut à surmonter quelques obstacles que lui opposa la cavawrie tbessalienne, et il ne tarda pas à pénétrer dans la Béotie. LesThebains l’attfodaient de pied ferme : la plaine de Coronée, ville située à dix lieues de Thè^ , allait donner srwi nom ù une ba^le sanglante, quand les deux ar- 2^^rent épouvantées par une écüpse

Conon — La sagesse d'Agésilas ftit biM plus épouvantée par les dépdchœ

3u’il reçut dans cet instant. Les escares persanes, ou plutôt phéniciennes, se trouvaient réunies sous le comman-

dement de Conon, qui avait su mériter lu confiance et l'amitié d’Évagoras, roi de Cypre. Ce prince, qui avait admiré Athènes dans son deuil , aspirait BU bonheur de la voir renaître dans son état de prééminence et de gloire ; il avait souvent entretenu dans sa correspondance, Artaxerxès Mnémon, son suzerain, des talents de Gonun , et de ses compatriotes lliéronymos et Nicodémos, en lui remontrant qu’eux seuls pouvaient ôter le domaine de la mer aux Spartiates.

Les ronseils d' b'ivagoras avaient reçu la sanction d’Artaxerxes. Conon n’âvait pas tardé à joindre Pisandre , qui commandait une flotte Incédémonienne de cent voiles de guerre ; il le battit pès de Cnide, lui prit cinquante galères, et ôta ainsi aux Lacédémoniens la thalassocrarie , ou empire de la mer, dont ils étaient en posse.ssion depuis la bataille navale d’Égos-Potamos.

C’était la nouvelle de cette défaite qui affligeait Agésilas : il assembla les troupes, auxquelles il fit part de la mort de Pisandre , en leur annonçant que son trépas avait été suivi d'une victoire complète, pour laquelle on devait rendre des actions de graees aux immortels, et il se couronna de fleurs.

Ce stratagème eut son effet. Dans une, affaire d’avant-garde, les Lacédémoniens ol)tinrent quelques avantages , tandis qite les masses des deux armées s’avançaient en silence dans la plaine, de ('.OTonée. Le soleil , un moment enveloppé dans l’ombre de la terre, avait repris son éclat, lorsque les trompettes donnèrent le signal de l’attaque.

L’impétuosité des Thébains renverse tout ce qui se trouve devant eux :

Agésilas culbute , de son côté , les Argiens et les Athéniens, ses soldats le proclament vainqueur; mais il apprend que l’ennemi est an nionient de le tourner du côté de l’Héliron , il vole à sa rencontre. I.e choc devient terrible; les boucliers se heurtent; on donne et on reçoit la mort; pas un cri, pas une plainte ne se fait entendre; le bruit sourd de la fureur

L’UNIVERS

et le cliquetis des armes font seuls

Î'émir les échos. Les Thébains gagnent es montagnes , et les Spartiates restent maîtres d’un champ de bataille ui ne retentit point des acclamations e la victoire.

Agésilas, couvert, de blessures, informé que quatre-vingts Thébains sont réfugiés dans un temple voisin consacré a Minerve., envoie un détachement de cavalerie chargé de les conduire en lieu de sûreté. Le lendemain, on se décide à élever un trophée, et les Thébains avouent leur défaite en envoyant demander les corps inanimés de leurs soldats.

Après avoir mis tout en ordre dans l’armée , Agésilas se fit transporter à Delphes pour y offrir une portion des dépouilles de l’Asie , estimée à plus de cent talents , qu’il consacra à Apollon. Ses blessures l'obligèrent de s’embarquer au port de Crissa pour passer à Sparte. Il y arriva pendapt la célébration de la Hyacintnie ; et ses soldats, de retour dans la Laconie, se rendirent aux champs pour faire la moisson. La durée de la guerre avait été de huit ans.

Événements divers. — Les Corinthiens , divisés en factions de Sparte et d’Argos, choisirent le moment de la fête Encléienne pour s’assassiner mutuellement dans les leschés, ou bourses , sur les places publiques , et jusque dans les temples. Il y eut des escarmouches sans résultats entre les Athéniens et les Lacédémoniens : ces derniers ne tirèrent aucun profit de leur victoire de Coronée , et l’histoire n’a conservé que le souvenir de la défense d’Abydos par leur général Dercyllidas.

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