PÉLOPIDAS
37! avant Jén»*Ckrt9t.
Parmi les Thébains réfugiés à Athènes, se trouvait Pélopidas, fils d’Hippoclès ; ses q^ualités personnelles le distinguaient indépendamment de sa naissance , et , avant les malheurs de sa patrie, il était un de ses plus riches , de ses plus braves citoyens.
Pélopidas avait souvent conféré avec les Thébains réfugiés à Athènes sur les moyens de rentrer dans leur pays ; il leur citait comme modèle Thrasyhule qui , avec une poignée de proscrits , avait chassé les tyrans. La délibération continuait, lorsqu’un des bannis, Mello, introduisit dans une de leurs conférences nocturnes son ami Phyllidas : il arrivaitdeThèbes. Ses talents et la confiance dont il jouissait auprès de Léontidas l’avaient fait appeler aux fonctions de secrétaire du conseil des tyrans. Il raj conta aux vertueux conspirateurs, qu’il , devait , à son retour à Thèbes , don- ^ ner, un jour qu’il indiqua, à Léontin das et à ses complices une fête pary ticulière dans laquelle il s’était engagé r, à leur procurer la compagnie des plus belles femmes de Thèbes.
f Comme il engagea les conjurés à , profiter de cette circonstance pour exécuter leur projet , les Thébains s’asj semblèrent dans la plaine thriasienne , et sept ou douze jeunes gens s’offrirent volontairement pour coopérer avec Pélopidas à la destruction des frraus. La distance entre Athènes et Thèbes est i peu près de onze lieues. Les jeunes libérateurs , déguisés en paysans, entrèrent à Thèbes vers le soir sans être aperçus, et se rendirent à la maison du démocrate Charon jusqu’au moment favorable pour agir.
Phyllidas avait préparé le. festin qu’il devait donner aux tyrans avec tout ce
otI pouvait flatter le godt et engoutflir les sens , lorsqu’un hmif sourd répandu dans la ville vint troubler les convives. On racontaitque quelnnes inconnus avaient été reçus dans la maison du démocrate Charon Les con-
jurés préparaient leurs armes, lorsqu’un ordre du magistrat somma leur hôte de paraître en sa présence. Tout est découvert, tous vont périr ensemble... Après un moment de réllexion, ils exhortent Charon à obéir a la sommation qu’on vient de lut notifier. Il remet entre leurs mains son fll.s unique comme gage de sa fidélité , quoiqu’ils le refusent en l’assurant qu’ils ont en lui une pleine confiance. Il adresse une courte prière aux dieux , embrasse ses amis et s’éloigne.
Chemin faisant, Charon rencontre deux des tyrans , Archias et Phyllidas, qui l’accompagnent ju.sqn’au lieu où il était appelé. Le premier lui demande en présence des magistrats, que l’inquietude avait fait sortir de table , uels sont les étrangers qn'on dit tre dans sa maison. La réponse de Charon fut si naïve , qu’elle calma les craintes des tvrans, surtout lorsque Phyllidas eut dit à l’oreille d’Archias, que ce bruit absurde n’avait été probablement répandu que pour troubler leurs plaisirs.
A peine étaient-ils rentrés dans la salle (lu festin, qu’un courrier, venant d’Athènes , demanda à être introduit auprès d’Archias. Il lui remet une lettre dont il ignorait le contenu , en l’invitant à la lire. Il insiste (elle renfermait les détails de la conspiration).
Letyran répond en souriant : 4 demain les affaires. Il demandequ’iin fasse entrer les courtisanes. Phyllidas introduit les conjurés la tête couverte de chapeaux de fleurs, vêtus d’habillements de femmes sous lesquels ils cachaient des armes, et il les présente aux magistrats ivres de vin. Au signal donné, ils tirent leurs poignards et ac(X)mplissent leur projet; ils se transportent sans délai au domicile des autres tyrans, qui sont immolés, et Pélopidas eut l’honneur de faire tomber sous ses coups Léontiadas, le prin-
L’UNIVERS
cipal auteur des calamités de Thèbes.
Avant que l’alarme se répande dans la ville, les libérateurs se rendent aux prisons, qui étaient remplies des victimes de l’arbitraire. Les portes s’ouvrent à la voix de Phyllidas, et les détenus rendus à la liberté courent aux arsenaux, où ils se munissent d’armes. La voix des hérauts qui commande le silence fait entendre ces paroles : Mort aux tyrans! aux armes! A ce cri solennel, Épaminondas, fils de Polymnis, que les principes de la philosophie pythagoricienne qu’il professait avaient jusqu’alors empéché de verser le sang humain , tire le glaive , et son exem^e est suivi par tous ceux qui supportaient avec indication le joug de la tyrannie étrangère et domestique.
Au point du jour on vit arriver en armes les Thébains proscrits qui s’étalent rassemblés dans la campagne thriasienne. La république est proclamée. On demande des secours aux Athéniens, qui arrivent plus vite qu’on ne pouvait respérer. La Cadmée est investie par quatorze mille hommes ; les Lacédémoniens qui l’occupaient demandent à capituler, ils sortent avec armes et bagages et sont reconduits dans le Péloponese.
TBiTTATIVBS
vsa LAciDlMoiriavg eovTia TaàsM,
378 avant J.>C.
Dès que la nouvelle de ce qui s’était passé à Thèbes fiit connue à Lacédémone, Cléombrote, collègue d’Agésilas, entra dans la Béotie au milieu d’un hiver rigoureux, avec une armée parfaitement disciplinée. Il obtint Uniques avantages , mais il revint à Sj^rte au bout d’une campagne de deux mois, après avoir laissé a Inespies une nombreuse garnison commandée par Sphodrias, général plus hardi que prudent.
En e^et, sa conduite ralluma la guerre entre AÎttiénes et Lacédémone, à cause d’une tentative qu’il fit contre le Piri^. (Voy. pi. 4t ) (*).
(*) Cette vue d’Athènes est prise de Colonne, où Œdipe vint s’asseoir auprès du
Campagne de 377, 376avant J.-C — Agésilas envahit à son tour la Béotie à la tête de dix-huit mille hommes d’infenterie et de quinze cents chevaux. Repoussé par Chabrias à l’attaque d’une position défendue par les Athéniens, il retourna à Lacéuémone, où il assa Thiver à se faire guérir de ses lessures. Ce fut alors qu’Antalcidas lui reprocha « d’avoir appris l’art de « vaincre aux Thébains. «
L’année suivante , les Lacédémoniens éprouvèrent un échec considérable à Tégire , et Phæbidas , le premier auteur de la guerre , fut tue par Pélopidas, à l’affaire de TanaCTe. Pendant la même année, la flotte Spartiate, composée de soixante voiles, fut battue aux atterrages de Naxos par la valeur expérimentée de Chabrias ; enfin , dans la mer Ionienne , Timothée et Iphicrate détruisirent ce qui restait de la marine péloponésienne , et levèrent des contributions considérables sur les alliés de Sparte.
A la suite de ces succès, qui embrassent une période de quatre années, les Thébains renversèrent de fond en comble Platée , que les Hellènes avaient déclarée inviolable et sacrée après la guerre médique. Athènes reçut dans son sein les habitants malheureux d’une ville que leur, intervention n’avait pu sauver. L’orgueil de Thèbes allait amener une rupture avec les Athéniens, elle était imminente, lorsqu’on entama des négociations basées sur les principes du traité d’Antalcidas.
CONORèS DE SPARTS,
371 «Tint J.'C.
Pélopidas avait été nommé pendant six années consécutives à la première magistrature de Thèbes ; mais lorsqu’il fut question d’envoyer un ambassadeur à la conférence de Sparte , on lui préféra Épaminondas. Tous les offices
temple des Euménides. Elle donne une idée de Is plaine d'Athènes et de ses porls ; dans le fond on aperçoit les montagnes de la Laconie.
GRÈCE
ciTÜs ou militaires qu’il remplissait tiraient un nouvel éclat de sa dignité personnelle. Ami de Pélopidas, homme de naissance et d’une grande fortuné, mais, avant tout , pythagoricien forme à l’école de Lysis , Épaminondas préférait le mérite à la réputation , et les récompenses de la vertu aux dons de la fortune. Né pauvre, il voulut rester pauvre ; occupe à fuir les dangereux honneurs qu’on lui offrait, son dédain pour la gloire était tel , que s’il eût vécu dans d’autres temps, son nom serait resté ignoré parmi ses contemporains et inconnu a la postérité.
Tel était l’homme que les Thébains chargèrent de les représenter dans le congrès de Sparte. Les Athéniens y envoyèrent Antoclès et Callistrate ; le premier rhéteur subtil, et le second orateur emphatique. Agésilas y représentait seul son pays. Les choses s’arrangèrent facilement entre Athènes et Sparte , qui étaient également indignées du sort malheureux de Platée et de Tliespies. On déplora les calamités de la guerre ; on parla du besoin de guérir les maux de la patrie ; on invoqua le traité d’Antalcidas , fondé sur la liberté et VégcMé auxquelles toutes les communautés de la Grèce avaient un droit commun. Ces conditions furent acceptées par les deux principales républiques et' par leurs confédérés respectifs.
>1 Épaminondas déclara qu’il était prêt i à signer le traité , pourvu que ce fût au nom de Tbèbes et de ses alliés.
Agésilas, au lieu de répondre à une proposition que la politique de Sparte ne pouvait accorder avec honneur, ni refuser avec justice, demanda si, aux termes du traité , « les villes de la ' « Laconie devaient être libres , et si
' « celles de la Béotie le seraient. — Sans
• doute, repartit Épaminondas , si « vous émancipez les Messéniens et « les autres communautés du Pélopo- « nèse que vous opprimez sous le nom « d’allitô. Ainsi , par l’arrangement
• qu’on propose maintenant, Athènes « et Sparte seraient à la tête d’une
• confraération , tandis que Thèbes > resterait isolée au milieu des villes