‹ Grèce par m. PouquevilleChapitre 42 sur 115 · IG · texte numérisé non relu

IG

« et des bourgades indépendantes de « la Béotie. »

A ces justes observations d’Épaminondas , Agésilas répondit par des paralogismes verbeux, déclama, pria, menaça, et les membres du congrès cédèrent à la terreur que leur inspiraient les armées lacédémoniennes prêtes à entrer en campagne. Épaminondas se retira avec plusieurs motifs d’encouragement qui le portaient à risquer une guerre si inégale en apparence.

SmiATION DE SPARTE ET DE THÈBES , 371 tfaot J.'C*

Sparte, affaiblie par les guerres qu’elle avait soutenues , privée des ressources qu’elle tirait de l’Asie-Mineure , avait oublié les ma.\imes héréditaires de sa politique et les lois vénérables qui firent sa splendeur. Celles qui défendaient tout commerce et toute fréquentation avec les peuples voisins, et a l’étranger d’aspirer au rang de citoyen, étaient tombées en désuétude.

Était-ce le résultat du progrès de la civilisation? Dans ce cas, Sparte, oubliant une prééminence orgueilleuse , aurait dû s^associer les belliqueux habitants du Féloponèse ; elle les aurait intéressés à ses victoires et à ses succès , en les faisant participer aux droits de cité. Il parait que cette erreur politique n’avait pas échappé à l’esprit observateur d’Epaminondas , qui comprit que Lacédémone penchait vers son déclin.

Jusqu’alors les Béotiens avaient été regarda comme une race méprisable, et leur alliance avec les Barbares , au temps de la guerre médique , les avait rendus odieux aux Grecs: la renommée de Pindare ne les avait pas réhabilités dans l’opinion publique, leur stupidité était passée en proverbe.

Mais que ne peut le génie d’un grand homme ? Une révolution favorabje s’était opérée parmi ce peuple à la voix de Pélopidas : une association magnanime , le bataillon sacré des Hétaïres ou Hétéristes, qu’il avait institué, formait le noyau de l’armée , et marchait à sa tête , lorsque les Béotiens se trou-

iro

L’UNIVERS

vèrent en présence des Spartiates dans la plaine ae Leuctres.

VICTOU^ DE LEDCTEES.

Le village de Leuctres (auj. Livadostro), situé sur la frontière de la Réotie, à trois lieues environ de la mer et de Platée , avait donné son nom <à un territoire circonscrit par l’Hélicon , le Cithéron et le mont Skédasos. C’était sur ce terrain que se trouvaient réunies les forces militaires de Sparte et de ïhèbes. L’armée pélopon^ienne , commandée par Cléombrote, se composait de vingt-quatre mille hommes d’infanterie, et de seize cents chevaux ; celle de Tlièbes comptait cà peine douze mille fantassins; niais sa cavalerie, presque égale à celle des Spartiates pour le nombre , la suniassait en valeur et en discipline.

Epaminondas, quoique informé de la supériorité numérique des Lacédémoniens , était déterminé à livrer bataille ; mais ses soldats furent saisis de crainte lorsqu’ilsdécouvrirent l’étendue du camp ennemi. Plusieurs de.s collègues d’Épaminondas (il en avait six) cberchèrent à le détourner deson projet : on exagérait le nombre des ennemis, on pariait d’ailleurs de présages et de prodiges effrayants. Le chef magnanime des Thébains répondit aux hommes découragés par ce vers d’Homère :

L’homme pieux qui défend sa patrie est toujours sûr de la faneur des dieux,... Il fit ensuite répandre dans l’armée : « que les temples de Thèbes « s’étaient ouverts d’eux-mêmes ; que O les prêtresses avaient annoncé une « victoire, et que l’armure d’Hercule, « déposée dans la Cadmée , avait dis- « paru, comme si ce héros eût dû « combattre à la tête des Thébains. »

Avant de conduire l’armée à l’ennemi , Épaminondas fit annoncer par les hérauts, que ceux qui répugnaient de partager les dangers , pouvaient se retirer. Les Thespiens profitèrent de la permission, ainsi que les valets ou goujats; mais bientôt, craignant d’être coupés par les coureurs ennemis, ils revinrent tous se rallier au gros de l’armée , décidés à défendre la pa-

trie, ou à mourir dans leur entreprise.

Pélopidas commandait le bataillon sacré. Lne charge de la cavalerie thébaine, faite à propos contre celle des lücédémoniens , d’après une inspiration d’Épaminondas , la {K>rta jusqu’à l’endroit où se trouvait Cléombrote , qui tomba percé de coups. Dès ce moment, les Spartiates ne combattirent plus que pour s’emparer du oorps de leur roi , et le succès couronna leurs héroïques efforts. Les confédérés, gui désapprouvaient une guerre contraire à leurs intérêts , se nattirent mollement , et les Théhai ns restèrent maîtres du champ de bataille. I^.paniinondas empêcha de poursuivre les vaincus jusqu’àleur camp, qui était soigneusement fortifié.

Les l.acédémoniens , réunis derrière leurs retranchements , virent avec douleur les résultats de leur défaite ; jamais ils n’avaient éprouvé une perte plus considérable. Le conseil des chefs mit en délibération si on reprendrait les morts, en risquant une seconde bataille? Cette proposition fut rejetée par les officiers les plus expérimentés : ils firent observer que de sept cents Spartiates engagés dans l’action, quatre cents avaient péri ; que les Lacédémoniens avaient perdu mille hommes , les alliés deux mille six cents , et que les confédérés étaient entièrement désaffectionnés. Cédant à la nécessité, les Spartiates envoyèrent un héraut pour demander leurs 'morts et reconnaître la victoire des Thébains.

Mouvesient héroïque a Sparte.

— I.e messager qui portait la nouvelle de la perte die la bataille de Leuctres arriva à Sparte du moment où les habitants étaient occupés à célébrer des fêtes gymnastiques et musicales , pour demander aux dieux la conservation des fruits de la terre. Les magistrats qui

firésidaient ordonnèrent de continuer es fêtes : ils envoyèrent en même temps à chaque famille une liste des guerriers qu’elle avait perdus * avec injonction aux femmes de s'abstenir de lamentations superflues.

Le lendemain , les parents de Ceux qui étaient morts pour la patrie pa-

GRECE. 171

rurent sur les places publiques avec leurs habits de fête, se saluant et se félicttaut du trépas glorieux de leurs eufauts; tandis que les familles de ceux qui avaient évité la mort par une fuite iMnteuse restaient dans leurs maisons, dévorant en silence leur affliction. Elles attendaient, avec une humble résignation, la sentei^ d'ignomime éternelle qu’on devait prononcer contre les coupables. Hélas 1 ils étaient trop nombreux et trop puissants ! Agésilas le sentait : « Suppo- « sons, (Ut-il, que les institutions de « Lycurgue ont dormi pendant la maj- « heureuse journée de Leuctres, mais « qu’à compter de cet instant elles < reprennent force de loi. »

Générosité d’Athènes. — Quand la Grèce apprit que les Thébains , sans avoir perdu plus de trois cents hommes, avaient triomphé des Lacédémoniens, les Éléens,les Arcadiens, les Argiens et tous les confédérés de Sparte aspirèrent ouvertement à l’indépendance. Au milieu de cette fermentation , les Athéniens, dirigés par la magnaoiroité ou plutôt par la sagesse de Timothée et (flphicrate, se déterminèrent à s’opposer à la des^uction de Sparte , et les Thébains, qui les sollicitaient d’entrer dans leurs vues d'extermination , dirigèrent leur politique ambitieuse du côté de la Thessiuie.

JA90K, ROI DB THESSAtlB,

570 avilit J--C.

La Thessalie, long-temps affaiblie par des divisions intestines, était presque réunie sous le sceptre de Jason^ homme dont les talents et l'ambition semblaient destinés à opérer de gran^ changements dans la Hellade. sa famille puisait son origine dans les dynastie des siècles héroïques ; c’était la maison la plus opulente dePhérès. Jason s’étant, à force d’artifices, approprié la fortune de ses frères et celle de sa famille, avait levé un corps de troupes mercenaires , et il s’apprêtajt à s’emparer de la Thessalie entière , quand ses empiétements furent arrêtés par Polydamas.

Après Phérès et Larisse (voy. pL 42) (•>,PbarSale était la ville la plus importante de la Thessalie ; ses habitants, fatigués de dissensions, étaient convenus de remettre le soin de leurs intérêts à la sagesse de Polydamas. Ils lui avaient permis d’occuper la citadelle , et il gouvernait depuis plusieurs années avec tant d’équité et de modération qu’il avait mérité le surnom de Père de la patrie. Opposé aux projets de Jason, il avait su le contenir, lorsque celui-ci, seul et sans escorte, vint le trouver à Pharsale, où il lui avait deitiandé une entrevue. Jason, après avoir exposé en détail à Polydamas ses ressources et ses projets, lui offrit le second rang dans ses états , s’il consentait à lui remettre la citadelle qu’il occupait. « Nos ef- « forts réunis, ajouta-t-il, nous don- « lieront s.'uls nul doute l’empire de O la Grèce. »

Polydamas répondit qu’il lui était impossible de trahir la confiance de ses concitoyens. Jason loua son intégrité et le patriotisme qui 'lui inspiraient, dit-il, « le désir d’obtenir I a- « mifié d’un homme d’un si beau

V Câl*cict6r6 ^

Polydamas s’étant adressé aux I.acédémoniens, qui comptaient les habitants de Plwrsale au nombre de leurs alliés , et n’en ayant pu obtenir aucun secours, consentit à traiter avec Jason,

auquel fl remit la citadelle, du consentement des citoyens. Ce prince fut bientôt après déclaré capitaine général de la Thessalie ; titre modeste sous lequel il posséda l’étendue du pouvoir

royal. *

L’autorité souveraine ne pouvait tomber en des mains plus habiles. Les nouvelles levées que fit Jason, ajoutées à son corps de mercenaires , portèrent bientôt son armée à huit inijje hommes de cavalerie et à vingt mme hoplites ou gens pesamment armés, auxquels il joignit un jégiment de soldats pourvus de bouchers iinpéne-

(*) Larisse, qui a conservé son nom jusqu’à présent , est en grande partie occn|)ée par les Turcs ; elle est arrosée par le Pente, et dominée par le mont Ossa.

trahies aux traits. Avec ces moyens , Jason soumit les Dryopes , les Dolopes, ainsi aue les tribus belliqueuses répandues dans le mont Oëta et dans le Pinde: il jeta la terreur dans la Macédoine , subjugua l’Epire , et il étendit sa domination depuis le golfe Thermaïqiie Jusqu’à l’entrée de l’Adriatioue, en enveloppant dans une espèce de réseau toutes les républiques de la Helinde continentale.

Jason aspirait au titre de généralissime des armées grecques; mais Sparte était un obstacle à son ambition : aussi ne voyaçea-t-il que trèspeu dans le Péloponese. Il venait au contraire fréquemment à Thèbes , où il forma des liaisons avec les personnages les plus distingués, tels que Pélopidas et Timothée. Il y parut en habit de suppliant , pour solliciter les juges à l’occasion d’un procès intenté a ce dernier. Il tâcha de gagner l’amitié d’Épaminondas par des présents et des promesses; mais l’illustre général , fier de son honorable pauvreté, rejeta avec dédain l’insolente générosité d’un étranger. Cependant il contracta un engagement d’hospitalité aveclesThébains,qui le déterminèrent à accéder à leur alliance: ils étaient dans ce moment menacés par les Lacédémoniens.

L’avenir de Jason n’était pas encore fixé; il se trouvait engagé dans une guerre contre les Phocidiens, pour obtenir la surintendance de l’oracle d’Apollon et l’administration du trésor sacré de Delphes. Tandis qu’il semblait poursuivre ce projet, une expédition maritime , préparée dans les ports de la Béotie qui avoisinent le golfe des Alcyons , arrive avec la rapidité des vents sur les plages de la Phocide , y débarque deux mille hommes decavâlerie, qui rejoignent l’armée thébaine réunie près de Leuctres. Les Spartiates, campés à peu de distance , voulaient tenter le sort d’une seconde bataille et réparer la défaite qu’ils avaient éprouvée au même endroit.

Jason , au lieu de se ranger du côté des Thébains , se porta comme médiateur entre eux et les Lacédémo-

niens. Les hostilités furent suspendues, des conditions de paix proposées et acceptées avec défiance sans doute , car les Spartiates décampèrent la nuit suivante et regagnèrent a mar^ ches forcées la Laconie. Jason , qui ne souhaitait pas une paix sincère et durable , avait réussi dans le dessein qu’il se proposait: c’était d’obtenir la réputation d’un médiateur paci^ue; rôle qu’il se proposait de continuer pour arriver à ses fins ultérieures.

De retour dans la Thessalie, Jason demanda la possession d’Héraclée, ville qui commandait l’entrée des Thermopyles. Ce fut de cet endroit qu’il écrivjt aux amphictyons pour réclamer le privilège de présider les jeux pythiens , comme un honneur dû à sa piété et à sa puissance.

Afin de se préparer à cette importante solennité , il ordonna aux habitants de la Thessalie d’engraisser des bœufs, des moutons, des chèvres et des porcs , en promettant des indemnités et des récompenses aux cantons qui fourniraient les meilleures victimes destinées aux autels d’Apollon ; il rassembla ainsi mille bœufs et dix mille têtes de menu bétail. Il prépara en même temps toutes ses forces militaires, afin d’appuyer plus efficacement que par des hécatombes parfaites , ses prétentions à la surintendance des eux , à la tutelle de l’oracle, et à ’administration du trésor sacré , qui devaient lui assurer l’empire de la Grèce et la conquête de Babylone, dont la route lui avait été tracée par Xénophoii.

Jason se repaissait de ces idées, lorsque passant la revue de son armée, il fut poignardé par sept jeunes gens que les Grecs honorèrent du titre de libérateurs. L’empire du tyran périt avec sa personne; mais ses grands dessins devinrent dans la suite la pensée de Philippe et l’héritage de son fils Alexandre-le-Grand.

xharchie,

La condition d’un peuple'qui ne doit sa liberté qu’au bras d’un assassin est

GRÈCE

éphémère : il s’écoula trente-trois ans de calamités depuis la mort de Jason jusqu’au temps où la Hellade perdit sa liberté dans la plaine de Chéronée.

Deux ans après la bataille de Leuctres , la confâiération péloponésienhe se trouva entièrement dissoute. Les villes, délivrées du joug des Spartiates, furent soumises à une tyrannie bien plus destructive, celle de leurs passions indomptables. Quatorze cents citoyens furent bannis de la seule ville de Tégée ; deux mille furent égorgés dans Ai]gos , « et il était , dit Isocrate , plus U facile alors de former une arrnM de « proscrits , que de citoyens avoués « par l’état. •

Thèbes , qui avait des destinées particulières à remplir, avait au contraire reçu dans son alliance les Acarnaniens , les Locriens , les Phocidiens et une foule de petites républiques.

Les Mantinéens , ses partisans secrets , avaient profité des troubles pu- Uics pour relever les murs de leur viUe, sans égard pour les enfants de Lycurgue , qui ne semblaient plus songer qu’à défendre les bords de l’Eurotas.

Informés des préparatifs de Thèbes, les Spartiates, qui croyaient déjà voir l'ennemi aux portes de leur capitale, venaient d'armer les vieillards, les infirmes, les ministres des dieux, les magistrats : ils parlaient d'enrôler les Hilotes, lorsque les proscrits d’Argos, de l’Achaïe et de P Arcadie, vinrent leur offrir le secours de leurs bras.

lirVASIOH

PV fiLOmwiSM »A& liM TSitJUVS»

LesThébains et leurs alliés, renforcés d’une foule de partisans, levèrent une armée de cinquante , ou , suivant quelues historiens, de soixante-dix mille ommes. Épaminondas et Pélopidas , i la commandaient, étant entrés ns le Péloponèse , Agésilas s’empressa d’évacuer l’Arcadie, avant que ses soldats eussent vu les feux du camp des Thébains.

Dévouement d’Ischiles. — Les Thébains, maîtres dans leurs mouve-

ments, se décidèrent à pénétrer dans la Laconie. Leur armée se partagea en quatre divisions, qui prirent des routes différentes pour se rwnir à Sellasie, d'où elles devaient se porter en masse contre Sparte. Cen était fait de la ville des héros , lorsque l’esprit de Léonidas sembla renaître dans le cœur d’Ischilas, qui gardait le défilé de Skyritis. Trois corps ennemis avaient exécuté leurs opérations, lorsque Ischilas se lève à l’approche des Arcadiens. La mort est l’unique récompense que son courage ambitionne. U ordonna de se retirer aux jeunes gens , dont la vie était trop précieuse pour la sacrifier dans une entreprise désespérée. Ils obéirent ; pour lui , accompagné de ses vieux soldats, il saisit l’occasion

Î;lorieuse de mourir pour la patrie , et e combat ne finit qu’avec le dernier soupir du dernier des Spartiates qu’il commandait.

Les Arcadiens passèrent sur les cadavres d’Ischilas et de ses guerriers, et les confédérés, ayant opéré leur jonction à Sellasie, marchèrent vers l’Eurotas. Depuis cinq cents ans, aucun ennemi, n’avait ravagé le territoire de la Laconie. A l’aspect de l’incendie qui dévorait les métairies , les vastes plants d’oliviers et les moissons, on enrôla de gré ou de force six mille paysans et une foule d’esclaves. Leur nombre augmenta la frayeur des magistrats et celle des citoyens , qui ne se modéra qu’à l’arrivée des auxiliaires de Corinthe, de Phlionte , d’Épidaure (roy.pl. 44) (*) et de Pallène, villes rivales de Sparte, mais qui ne voulaient pas sa destruction.

Ce secours inopiné releva le courage des Lacédémoniens , et Agésilw en profita pour repousser les assaillants , qu’il battit au moyen d’une embuscade dressée dans le temple des Tyndarides. Il apaisa en même temps , par une rare présence d’esprit, une

(*) Celle vue offre l’aMiect de> payi qu’occupait Épidaurc. Dans le fond on aperyiit la preaqu’île de Méthana ; le tbeâtre de Jero, lieu consacré à Esculape, est encore fort bien conservé.

L’UNIVERS

insurrection dangereuse, et, tandis qu'il surmontait par la force et par la ruse les efforts des ennemis domestiques et des étrangers, il s’occupait des mesures propres a procurer les moyens les plus puissants pour la défense de son pays.

Nbgociatioms o’A6Bsn.AS , 369 AVAifT J.-C. — On a rapporté précédemment que, dans le congres de Sparte, les Athéniens avaient manifesté la résolution de renouveler et de conlirmer le traité d’Antalcidas; mais il serait difficile de dire pourquoi une pareille proposition resta, pendant plus de deux ans , sans être examinée.

Les envoyés d’Agésilas, expédiés pour reprendre cette question politique , étant arrivés à Athènes , firent valoir des motifs qui n’auraient aucune influence sur la politique froide et inanimée des temp modernes. Us rappelèrent que les Athéniens et les Lacédémoniens s’étaient souvent assisté dans des temps de détresse ; ils prièrent de la guerre médique, des Tl>ermopyles. Pasaantà une époque récente, ils dirent comment rhumanité de Sparte avait protégé Athènes contre la fureur implacable des Thébains, qui voulaient démolir la ville de Minerve, et iàire de l’Attique une affiieuse solitude. L’importance de ces services méritait bien quelque reconnaissance ; la renommée d'Atbènea l’obligeait à protéger les infortunés, et la justice demandait qu’on exécutM «ifiii le traité d’Antalcidas.

11 s’éleva un violent murmure dans l’assemblée , qui annonçait la divergence des opinions. .Sparte n’avaibelle pas violé la première le &aité qu’elle invoquait maintenant, Imrsqu’ebe avait envabi l’Arcadie pour amitenir l’usurpation de la nooiesae de Tégée aur les droits de leurs coacitoyens?

Aux ambassadeÉTS de Lacédémone ■s’étaient |oiirtrM8Di de Corinthe et de Phi ion te i^Sfitelès , l’un des envoyés de Coriütlie, se levant dans rassemblée, parla «D ces tf^es : « S’il était pos- « sibis , Athéniens , de méconnaître « les agresseurs , les maux qu’ils nous • ont causés en partieulier suffiraient

« pour lever tous les doutes. Depuis « la paix d’Antalcidas , les Corinthiens « n’ont commis nulle hostilité contre « aucun état de la Grèce. Les Th4- « bains , au contraire , sont entrés sur « notre territoire , ont coupé nos ar-

< bres , brillé nos maisons et jnllé « notre bétail. Comment pourricz- ■ vous refuser du seeours à ceux qui « ont été si manifestement provoqués « par une infraction directe^ un traité, « auquel ils n’ont accédé que sur votre « volonté expresse? »

Alliance d’Athènes avec Spab- TE. — L’assemblée approuva hautement le discours de Cleitelès , oui fut soutenu par lePhtiasien Patrocie, qui s’écria : « Sparte détruite, Athènes « va se trwiver en première ligne ex- « posée au ressentiment des Thébains.

« Athéniens, la cause des Spartiates « est la vôtre ; vous êtes appelés à les « défendre, non par des décrets , mais

< par la puissance de vos armes. Pro- « Doncez-vous donc en leur faveur ; « oubliez vos funestes animosités,

< payez les services Importants que « ta valeur de Sparte reaait à Aliènes « et à la Grèce , dans la guerre des « Barbares . qui ne trouvèrent d’alliés « que parmi les Béotiens. «

L’assemblé fut ai profondément émue par ce discours, qu’elle refusa d’entendre le parti des opposants ; elle vota, par acclamation, qu'on secourrait les Spartiates. Iphicrate fut nommé général; douze imHe hommes eurent mvire de se rendre sous ses drapeaux ; les sacrifices furent d’un bon augure ; les troupes prirent un repas à la hâte; et telle était leur ardeur pour rencontrer l’ennemi, que plusieurs marchèrent en avant, sans attendre les ordres de leur commandant.

Ravages d’Épahinondas. — Épaminondas avait commis des ravages affreux dans la Laconie. Repoussé devant Sparte, il s’était vengé sur les campagnes d’alentour, en désolant les rives fertiles de l’Eurotas. Il avait pris d’assaut Hélos et Gy^on; traversant toute la province , il avait détroit les villages par le feu, et leshabi-

GRÈCE

tants par le fer. Non content de tant de calamités , il voulut que l’invasion fût un mal durable, que le travail des années ne pût réparer. A cet effet, , il employa un expédient qui devait laisser les Lacédémoniens exposés aux ressentiments d’un ennemi implacable.

Ristauration de Messène. — Les débris des Messéniens étaient accourus sous les étendards d’Èpaniinondas, satisfaits de trouver l’occasion de rendre aux Lacédémoniens les maux ue ceux-ci leur avaient fait endurer, lessène , ensevelie sous ses ruines depuis trois siècles environ , fut rebâtie par le général thebain. Il accomplissait ainsi un acte de générosité et de compassion , qui devait être en même temps un cliâtiment durable pour Sparte , puisqu'il plaçait dans son voisinage un peuple qu’elle avait deux fois cherché à anéantir. ( Voy. planche 43) (*).

Evacuation de la Laconie. — Epaminondas avait terminé cette entreprise mémorable et assisté à la dédicace de Messène , lorsqu'il apprit les mouvements de l’année athénienne commandée par Iphicrate. Ce général avait laissé dissiper l’ardeur de ses sols dafs en perdant un temps précieux îi

J Corinthe. Il semblait vouloir inanœu-

j vrer, plutôt que combattre les Thé-

st bains ; c’est pourquoi il conduisit son

•fl armée vers l’Arcadie , espérant , ce

qui arriva effectivement , que , ]>ar ie cette diversion , il forcerait l’ennemi ir à aliandonner la Laconie.

U On ne peut imaginer qu’Epaniif nondas ait voulu éviter une bataille ;

g mais il dut être alarmé de l’intérêt

t que les Athéniens avaient pris au dan-

^ ger de Sparte. Les Arcadiens deman-

uaient à rentrer dans leurs foyers me- ‘ nacés par Iphicrate; les Eléens et les Argiens voulaient mettre leur butin en sûreté ; les Thébains étaient fatigués de la durée de la campagne , et Épami- (*) Cette belle ruine eu celle de U grande ■wrte de Messène. A gauche est le mont ftliome et le mont Évan ; dans le fond est la plaine de Stényclaros, terminée par le golfe de Messéuie- , ^

nondas , environné de difficultés , se prépara à évacuer la Laconie; « mais n ce ne fut, dit Xénophon , qu’après 1 que tout ce qui avait quelque valeur « eut été sacc.agé, dissipé ou brûlé. » Iphicrate, qui avait pénétré dans l’Arcadie, se retira de son côté; les deux armées défilèrent comme d’un consentement mutuel, pour se retirer dans leur pays , sans avoir eu aucun engagement.

Accusation des généraux. — Les Athéniens blâmèrent Iphicrate d’avoir laissé traverser tranquillement l'isthme de Corinthe à un ennemi fatigué par une campagne d’hiver et chargé de butin. Pélopidas et Épaminondas furent accusés et cités devant l’assemblée des Thébains. Le premier, doué d’un courage de temiiérament bon pour un jour de bataille ,, parut tremblant devant ses juges ; Épaminondas , au contraire , déploya dans cette circonstance la supériorité philosophique qui peut seule résister à toutes les vicissitudes de la fortune.

Leur acquittement. — Au iieu d’observer les formalités d’une défense régulière , l’illustre Tliébain osa braver T’envie en faisant lui-même son éloge. Après avoir rapporté ses exploits , il conclut en disant « qu’il » était prêt à se soumettre à la mort, « assure qu’il était d’une réputation « immortelle acquise au service de sa « patrie. » Cette magnanimité en imposa aux démagogues; l’assemblée, saisie d’admiration , prononça l’acquittement des accuses , et Épaminondas fut reconduit dans sa maison avec autant d’enthousiasme qu’après la victoire de Leuctres.

ratification

DU TiAxri BHTM ÂTBàgm et btaete. — iLLiAncts

DJTBASES.

3M ETÉiit

La confirmation du traité entre Sparte et Athènes au printemps de cette année fut suivie d alliances politiques avecDenys F’, tyran deSicile, et avec Artaxerxès, roi de Perse. Le premier, en sa qualité de Dorien , déplorait j’abwaeuieot du peuple sparr

ire

L’UNIVERS

tiate, qui, pendant sept cents ans, avait formé un aes plus beaux ornements de la Hellade ; le grand roi , Qdèle à son système politique, qui était de soutenir le parti le plus faible , avait pour but d’eterniser les hostilités et de maintenir l’égalité entre les états belligérants.

Tandis que les Lacédémoniens se fortifiaient par ces alliances, les Arcadiens s’emparaient de Pallène, république achéenne, restée fidèle à Lacédémone. Le pays fut ravagé , les villages brûlés , la ville prise d’assaut, et la garnison, forte de trois cents hommes, passée au fil de l’épée. Après ce succès , les vainqueurs furent joints par les Éléens et les Argiens. Épaminondas marcha en même temps vers le midi de la Hellade , avec sept mille fantassins et trois cerfts chevaux.

Blais avant d’arriver à l’isthme, les Lacédémoniens, qui avaient reçu un renfort de deux nulle soldats envoyés par Denys , tyran de Syracuse , secourus par Chabrias, qui commandait un corps d’Athéniens , se mirent en mesure d’empêcher Épaminondas de faire sa jonction avec les Péloponésiens. Les Thcbains, c.ependant, forcèrent le passage du défilé , prirent Sicyone et attaquèrent Corinthe.

Retraite des Thébains. — Chabrias, qui se trouvait chargé à son tour du commandement général, repoussa les Thébains avec tant de perte, qu’Epaminondas jugea h propos de se retirer en Béotie. 11 fut alors blâmé et disgracié par ses concitoyens qui, insolents dans la prospérité, se croyaient en droit d’être toujours vainqueurs.

ARCHmAMM.

367 arut JénMAriit-

LTC0MÈD4t r-Z>e8 Arcadiens, peuple simple mais merrier, abandonnés des TMMim, iven persistèrent pas moina JPraire la guerre aux LacédémoniAs. Conduits par Lycomède de Maatinée, homme aussi chéri que reqiecté, ils Retrouvaient rien d’impoMible à exécuter. Leur principal oiérite se montrait surtout dans les

embuscades, dans les surprises et dans tous les stratagèmes dangereux de la petite guerre. Ils connaissaient l’ambition de Thèbes , ils avaient été les fauteurs de celle de Sparte , pen-’ dantia guerre de vingt-sept ans. Lycomède, qu’ils appelaient, dit Xénophon, \ homme unique , n’eut pas de peine à leur persuader de travailler pour leur compte, et ne suivre à l’avenir le drapeau d’aucun état étranger.

Sur CCS entrefaites, les Spartiates avaient reçu de nouveaux renforts de la Sicile , des soldats ( c’étaient des Grecs mercenaires) et de l’argent d’Artaxerxès ; les troupes des Thébains se trouvaient employées en Thessalie et dans la Macédoine. Le moment était opportun pour réprimer les Arcadiens.

La vieillesse d’Agésilas ne lui permettait pas de prendre le commanuement, le peuple , le sénat et les éphores le confièrent à son fils Archidamos.

Bataille de Midee. — Au début de la campagne , Archidamos chassa les garnisons ennemies des villes inférieures de la Laconie. S’étant avancé vers l’Arcadie , il se préparait à attaquer Parrhasie , quand les Arcadiens , commandés par Lycomède et renforcés ar les Argiens , vinrent au secours e cette place. Leur arrivée força Archidamos à se retirer sur les hauteurs qui dominaient le village de Midée.

Tandis qu’il y était campé, Cissidas .

commandant des Siciliens , déclara que le temps de son service était expiré , et, sans attendre réponse , il ordonna à ses troupes de plier bagage et de marcher vers la Laconie. Mais le défilé qu’il devait franchir pour exécuter sa retraite avait été occupé par les Messéniens. Dans cette perplexité, Cissidas eut recours à Aoxinidamos, qui marcha à son secours. Les Arcadiens et les Argiens l’ayant suivi, on se trouva de part et d’autre dans la nécessité d’en venir aux mains.

Archidamos ayant rangé ses troupes en bataille , leur adressa ces paroles : « Amis , si vous êtes encore braves , « nous pouvons avancer avec confian- « ce, rétablir nos affaires et trans- • mettre à nos descendants la répu-

GRECE

« blique telle que nous l’avons reçue « de nos ancêtres. Faisons donc un « effort glorieux pour recouvrer notre « réputation antique, cessons d’être ■ « l’opprobre de nos amis, de nos pa- « rents, de nos familles et d’une pa- « trie, dont nos aïeux furent l’orne- <■ ment et la gloire. »

Victoire des Lacédémoniens. — Il parlait encore quand le tonnerre se Gt entendre à sa droite, quoique le jour fût clair et serein. Les soldats, frappés de cebruit, tournèrent les yeux du côté où il venait, et aperçurent dans un bosquet sacré, à peu de distance un autel et une statue du grand Hercule , le premier ancêtre d’Archidainos et des rois Spartiates.

Animés par le concours de ces circonstances, ils s’élancèrent avec impétuosité contre les Arcadiens, dans la pleine confiance de remporter- la victoire. Le petit nombre d’ennemis qui attendit leur approche fut entièrement détruit , plusieurs milliers périrent dans la fuite. Xénophon , Diodore et Plutarque prétendent que les Spartiates ne perdirent pas un seul homme. Archiaamos éleva un trophée et dépêcha un courrier à Lacédémone, où la nouvelle de sa victoire Gt répandre des larmes de joie au vieil Agésilas et aux Spartiates les plus austères.

FONDATION DE MÉGALOPOUS.

Un renfort considérable que les Arcadiens reçurent de Thèbes empêcha les Spartiates de tirer les avantages qu’ils

Souvaient espérer de la victoire de Miée. Avec le secours de ces troupes , les habitants du Ménale et les Parrhasiens trouvèrent le moyen d’exécuter un projet qui leur avait été, diton , suggéré par Épaminondas. Us abandonnèrent vingt bourgades ou villages isolés et sans défense ; puis , choisissant une position avantageuse dans le centre de leur territoire, ils y bâtirent une ville, qui prit le nom de Mégalopolis(tegranaent/fe). Cefut la dernière ville que les Grecs fondèrent lorsqu’ilsconservaient encore la dignité d’un gouvernement indépendant.

12' Uvraisrn. (Grèce.)

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