‹ Grèce par m. PouquevilleChapitre 43 sur 115 · AFFAIRES DE THBSSALIB ET DE MACÉDOINE · texte numérisé non relu

AFFAIRES DE THBSSALIB ET DE MACÉDOINE

Tyrannie d’ Alexandre. — Depuis l’assassinat de Jason , la Thessalie avait été désolée par une série non , interrompue de désordres et de crimes. Ses habitants, par respect pour la mémoire de leur vaillant chef, avaient conservé les mêmes honneurs dans sa famille. Jason eut en conséquence pour successeurs ses frères Polydore et Polypliron. Ce dernier, ne voulant pas se soumettre à une autorité limitée, ni la partager, réunit sur sa tête, par le meurtre de son frère Poh’dore, la souveraineté de toute la ïhessalie. Son despotisme cruel fut presque aussitôt aboli par la main q Alexandre, qui l’assassina et vengea ainsi le sang de son oncle, ou, suivant quelques auteurs, de son frère utérin ; cette action fut la seule méritoire de la vie de cet usurpateur.

Alexandre, d’après les portraits qu’en font les écrivains du temps, surpassa en férocité tous les tyrans que luiistoire ait jamais condamnés à l’infamie. Il faut qu’un lecteur soit circonspect et reçoive toujours avec quelque défiance les détails transmis par les anciens républicains sur ceux qu’ils qualiüaientde tyrans , mais on ne peut douter qu’Alexandre, parvenu au trône, n’ait été cruel pour ses sujets , perGde envers ses alliés, implacable contre ses ennemis, voleur de grands chemins et pirate sur mer, suivant le dire de Xénophon. Quoiqu’on retranche ici plusieurs particularités horribles de son histoire , il mérita sans doute le ressentiment des Thessaliens ; ils prirent les armes contre son autorité et sollicitèrent le secours des Thébains qui , par esprit de justice ou d’ambition , embrassèrent promptement leur cause.

Comme Épaminondas se trouvait en disgrâce, rarmée thébaine fut conduite par Pélopidas et Isménias. L’arrivée de ces chefs jeta la terreur dans l’ame du tyran , qui ne pouvait conGer sa défense aux mercenaires dont il était entouré; il implora la clémence

L’UNIVERS

dos généraux thëbains , en se soumettant aux conditions les plus humiliantes que leur sagesse exigea pour la siheté future des ïhessaliens.

Affaihes de Macédoine. — Cette expédition était à peine terminée lorsque les Thébains, devenus, par leurs succès , les principaux médiateurs dans les nfraires de leurs voisins, furent invités à passer dans la Macédoine qui, depuis la mort d'Amyntas II, avait ete six ans de suite en proie à toutes les calamités d’une succession disputée par plusieurs prétendants. Ce fut à cette occasion , comme on le dira dans la période historique de la Macédoine, que Philippe, père d’Alexandrele-ürand, fut aonné en otage aux Thébains, et reçu dans la maison d'Epaminondas.

Arrestation de Pélopidas et d’Isménias. — Au retour de l’expédition de Macédoine, Pélopidas, qui venait récemment d'étre l’arbitre du tyran de Phérès, traversait la Thessalie. Il avait envoyé en avant un détachement considérable de son armée, chargé d’escorter les otages macédoniens qu’on envoyait à Tlièbes. Pour lui, il s’avançait sans déüance, lorsqu’il apprit qu’Alexandre venait à sa rencontre suivi de ses soldats mercenaires. Il imagina que le tyran arrivait pour se justilier des nouveaux torts que ses sujets lui imputaient. Ce fut ainsi, par une imprudence blâmée de tous les historiens, que Pélopidas et Isménias se livrèrent d’eux-mwnes aux mains d'un traître qui se faisait gloire de mépriser les lois divines et humaines. Arrêtés par son ordre , ils furent cliargés de fers et jetés dans les prisons de Phérès.

ÉPAMINONDAS DÉLIVRE SES COL- LÈGUES. — Les Thébains étaient trop peu nombreux pour résister aux satellites du t)rran; et quand ils eurent reçu desjÿofcrfs de Thèbes , ils s’aperçuriph par leurs revers , de la funestq ipsencc de Pélopidas. Épaminondas,qui avait été leur général, servait.alors dans leurs rangs ; les soldats, se rappelant sa gloire, le saluèi’entd’un commun accord général. Les araires,

cliangèrent aussitôt de face , le Wran f^ut battu et obligé de prendre la fuite. Épaininondus , au lieu de proliter de tous ses avantage^, se contenta d’effrayer Alexandre, qui bientôt demanda ■ la paix ; mais il n’obtint qu’une trêve de trente jours , sous la condition de remettre en liberté Pélopidas et Isménias.

Plutarque et Diodore de Sicile rapportent une entrevue de Pélopidas avec la reine de Thessalie, pendant sa détention à Phérès. Thébé ( c’était le nom de cette princesse ) avait obtenu de son époux la permission de voir et d’entretenir Pélopidas. L’extérieur du général thébain ne répondit point à son attente ; en voyant sa ligure pâle et défaite , elle fut saisie d’un mouvement de pitié et s’écria : « Pélopidas,

« que je plains votre femme et votre a famille. » — «C’est vous, Thébé, qu’il « faut plaindre; vous qui, sans être « prisonnière , restez volontairement « l’esclave d’un tyran cruel et perfide.» Cette réponse resta gravée dans la mémoire de la reine, lorsque, dix ans après, elle soutint le courage des meurtriers d’Alexandre.

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