‹ Grèce par m. PouquevilleChapitre 46 sur 115 · CHARÈS · texte numérisé non relu

CHARÈS

Avec de telles mœurs, les Athéniens n’avaient plus besoin que d’un chef téméraire et sans vertus ; cet homme se présenta dans la personne de Charès. Déterminé dans sa contenance , doué d’une valeur impétueuse, sa stature colossale, sa force, la brutalité de son langage , les formes âpres de ses discours burlesques rendaient Charès l’idole de la multitude : il fut proposé pour général. — « // sera bon. s’&ria « Timothée , pour porter les bagages « de r armée. » Ces paroles d’un militaire recommandable ne firent qu’irriter la multitude, et son héros fut proclamé commandant de l’armée de terre d’Athènes.

Pour célébrer sa bien-venue, l’élu de la populace donna des fêtes et des repas publics; on le vit dépenser 60 talents (environ 3S4,000 francs) volés dans le temple d’Apollon Delphien, pour régaler la multitude qu’il avait conviée à des festins et à des sacrifices dont les offrandes tournaient pu profit de la voracité d’une horde faraéuque.

La joie était générale , et, pour remplir le vide de son épargne et du trésor de l’état , Charès ne rougit ms de proposer aux Athéniens de piller les richesses des alliés et des colonies : ce conseil ne fut que trop fidkement suivi.

GUERRE SOCULE,

Mort de Cuabrias. — Les colonies , informées de ce projet , y répondirent en proclamant leur indépendance. Une armée formidable sor-

GRÈCE

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m aussitôt du Pirée, afin d’écraser d’un seul coup les révoltés , et fit voile vers Chios, foyer de l’insurrection.

Les confédérés avaient pourvu à sa défense. La ville , attaquée par terre et par mer, repoussa les assauts de Charès , qui échoua complètement.

Dans cette entreprise funeste, un seul vaisseau, monté par Chabrias , parvint à entrer dans le port de Chios. Ce chef intrépide , séparé de la flotte , voyant qu’il était ^rdu , exhorta l’équipage de sa galere a se sauver a la nage , et s’ensevelit dans les flots plutôt que d’amener son pavillon.

357 AVANT J.-C. — Les insurgés, encouragés par ce succès , ravagèrent les îles de Samos et de Lemnos. Alors les Athéniens se hâtèrent de mettre en mer un nouvel armement sous les ordres de Mnestée , fils d’Iphicrate et beau-filB de Timothée. On espérait que ce nouveau chef écouterait les conseils de ces deux illustres capitaines, qui n’avaient probablement refusé de commander dans cette expédition , où ils s’enrôlèrent, que parce mi’elle était dirigée en partie par Charès. On prit la résolution de faire abandonner aux rebelles les parages de Samos et de Lemnos, en assiégeant Byzance.

Bannissement et mort de Timothée ET d’Iphicrate. — Cette diversion attira la flotte des insurgés du côté de la Propontide, et elle ne tarda pas à se trouver en présence de celle d’Athènes. Les deux armées étaient décidées à combattre , lorsqu’il survint une tempête qui ne permit pas aux Athéniens de tenir la mer, et, malgré les instances de Charès, les amiraux déclarèrent qu’ils ne pouvaient livrer bataille. Ce tut à cette occasion que l’ignorant et présomptueux Charès porta contre Timothée et Iphicrate une accusation, qui fut soutenue dans l’assemblée du peuple par des orateurs a ses gages. Les deux accusés furent condamnés à une amende si exorbitante qu’ils durent s’exiler. Timothée se retira d’abord a Chalcis en Eubee , d’où l’air malsain et le voisinage d’Athènes l’obligèrent de passer a Lenanos où il linit ses jours; Iphicrate

voyagea en Thrace , où il mourut dans l’obscurité. Tels furent à son début les résultats d’une guerre impie qui priva Athènes de ses dernières illustrations , si on en excepte le sage et vertueux Phocion.

Charès généraeissime. — Charès , n’ayant plus de compétiteurs , se trouva seul chargé du commandement des armées de terre et de mer : il y montra toute son incapacité. Son insatiable avidité le rendit odieux à ses

{lartisans ; sa faiblesse et sa négligence ’exposèrent au mépris des insurgés.

Au lieu de la sévérité d’un cortège militaire, on ne voyait à sa suite qu’une troupe efféminée de chanteurs , de saltimbanques, de courtisanes et de parasites , dont le luxe et la voracité épuisaient les subsides qu’il extorquait de toutes parts. Enfin, comme il fallait satisfaire les demandes importunes des soldats , il se mit , ainsi que son armée , à la solde d’Artabaze, satrape de l’Ionie, révolté contre son maître, et le fît triompher.

Résultats, 356 avant J.-C. — Cette démarche ne déplut point aux Athéniens , accoutumés à laisser agir sans instructions et sans restrictions leurs généraux chez l’étranger; les créatures de Charès le comblèrent même d’éloges pour avoir trouvé le moyen de payer les troupes grecques avec l’argent de la Perse. Mais ce triomphe fut de courte durée ; les menaces d’Artaxerxès III contraignirent Athènes d’accepter un traité de paix en vertu duquel elle reconnut l’indépendance des insurgés, qui depuis existèrent pendant vingt ans , exempts de subsides et de toute espèce de redevances. Au bout de ce tenms, ils furent soumis avec toute la Grèce a la fortune irrésistible des Macédoniens.

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