RUSE POUTIQUE DE PHILIPPE
339 atant J.-C.
Les armateurs d'Athènes| tenaient
les ports de la Macédoine bloqués.
I^s côtes de ce royaume étaient infestées par les plagiaires de l’Attique; Philippe n’avait point de vaisseaux pour transporter ses troujpes dans la Grèce méridionale, dont fl brûlait de tirer vengeance; il n’osait franchir le défilé des Thermopyles, à cause des Thessaliens et des Thébains. Il eut recours aux Athéniens eux-mêmes pour arriver à son but.
Le temps de la session de l’amphictyonie a Delphes approchait. Athènes avait intérêt à y envoyer des députés incorruptibles ; mais la faction d’Eschine et de Midias , qui était celle de Philippe , l’emporta ; ils furent élus ainsi que Diognétos et Thrasyclès.
A l’ouverture du conseil on était occupé à remeubler le temple d’Apollon, on ramassait les objets vendus par les sacrilèges, et on recueillait de nouveaux dons. Les Athéniens, voulant signaler leur pieuse munificence, envoyèrent plusieurs boucliers d’or avec l’inscription suivante : Arrachés aux Médes et aux Thébains , lorsqu’ils combattaient contre la Hellade.
Les Thébains voulurent s’opposer a la réception de cette offraûde , et les amphictyons les écoutaient , lorsqu’Eschine prit la défense de ses concitoyens ; mais il fut interrompu par un citoyen d’Amphisse. Le Locrien s’écria : « qu’il était contraire à la « dignité des amphictyons d’écouter n l’orateur d’une ville impie et profane R qui avait soutenu le sacrilège des 0 Phocidiens, et que, si on suivait son « avis , on rejetterait les boucliers , et R que le nom abominable des Athé- R niens ne serait même pas prononcé R dans l’auguste conseil des frères sa- « crés d’ Apollon. »
Une pareille sortie donna occasion à Eschine d’exciter un grand tumulte dans l’assemblée. Dans l’ardeur patriotique qu’il savait si bien feindre , il s’adressa aux amphictyons avec l’accent de la douleur : Dites-mol , représentants de la Grèce , souffrirez-vous que des hommes qui ne connurent jamais les sentiments de l’honneur et de la vertu, viennent nous disputer
L’UNIVEkS.
fe prix d’une gloire incontestable?
Souffrirez-vous que ceux mfmes qui sont souillés d’un sacrilège et frappés de malédiction osent appeler les /Ithènieiis impies et profanes ? Foyez cette plaine ( en montrant la campagne de Cirrha , (|u’on apercevait du lieu de l’assemlilee ) les voila , ces terres , autrefois consacrées à Apollon , et cuttivées aujourd'hui par les Jmphisséens qui s’en sont emparés; regardez tes nombreux bâtiments quils y ont élevés ; ce port de Cirrha , frappé de malédiction , détruit par vos ancêtres, est maintenant rétabli et fortifié.
Esehine donna ensuite leeture du décret de l’oracle (jui condamnait le port de Cirrha, ainsi que son territoire , <à une désolation perpétuelle, et il dit avec véhémence : Pour moi, représentants du peuple, je jure en mon nom , au no?n de mes enfants , de ma patrie , que. mus vengerons de tout notre pouvoir, par les instances les plus vives , et s'il le faut, par les armes, F abominable violation du territoire sacré. L’assemblée va s’ouvrir.
Prononcez, amphiclyons , tes offrandes sont prêtes, les victimes sont à l’autel, vous allez offrir des sacrifices pour attirer sur vous et sur les républiques que vous représentez , les bénédictions du ciel ; mais comment oserez-vous demander quelques grâces au.T dieux , tandis que la profanation des .Imphisséens restera imptmie? Ecoutez les termes de l’anathéme lancé , non seulement contre ceux qui cultivent les terres , mais contre ceux qui négligeraient de les punir : « Ils ne présenteront jamais « d’offrandes qui puissent être agréa- ■■ blés à Apollon , à Diane, 'a Latone, <1 ou à Minerve Providence ; tous leurs « sacrifices et leurs rites religieux se- « ront à Jamais rejetés et en abomi- « nation. »