‹ Grèce par m. PouquevilleChapitre 59 sur 115 · TROISIÈME GUERRE SACRÉE · texte numérisé non relu

TROISIÈME GUERRE SACRÉE

338 avant J.*C.

Après les débats les plus orageux, on décréta que les amphictyons, ai-

dés des citoyens de Delphes, descendraient le lendemain dans la cainpane de Cirrha, alin de renverser, de rdler et de détruire les plantations et les métairies qui embellissaient le territoire consacré à Apollon. La loi voulait qu’il fdt voué a une perpétuelle stérilité. Les exécuteurs de la vengeance divine trouvèrent peu d’obstacles à accomplir Cette pieuse dévastation ; mais à leur retour ils furent Surpris par un nombreux parti d’Ainphisséens , qui les battirent et les poursuivirent jusque sous les mursde Delphes.

Cet acte de représailles contre un fanatisme absurde, devint le signalée la troisième guerre sacrée et le triomphe de la perfidie d’Eschine, qui préparait des fers à la Grèce, depuis longtemps indigne de la liberté, l.es premières opérations de la guerre , dirigées par Cottyphos , général thessalien , créature de Philippe, n’eurent aucun Succès. Alors Esnhine et ses complices conjurèrent les amphictyons de recourir au roi de Macédoine, qui, après avoir fait semblant d’hésiter, déclara : « que sa profonde vénération « pour le conseil sacré d’Apollon lui « faisait une loi d’obéir ses ordres.»

Philippe entre dans la Hei- LADE. — Le roi , ayant donné le cliyiw aux Athéniens, qui avaient rappelé i leur station navale de l’Euripe, abonia sans obstacle sur la côte de la Locride opunticnne, d’où il continua sa marche vers Delphes. On était alors en automne; quoique l’armée macédonienne fût assez forte pour réduire Amollisse, Philippe écrivit à toutes les villes ampliictyoniques de joindre leurs troupes à ses drapeaux polir venger la cause d'Apollon. Les Thébains intimidés lui envoyèrent un petit corps d’infanterie. Les Lacédémoniens gardèrent la neutralité, et en cela ils ne

conimirentjamais une faute plus grande

et plus irréparable, car il était encore possible d’anéantir la puissance macé donienne. Les Athéniens , réveillés par Démostliène , qui accusait la pythie de philippiser, méprisant les menaces de l’oracle , firent marcher dix

oogle

GRÈCE

mille mercenaires; mais ils furent battus, et Amphisse reçut garnison macédonienne.

Après cet échec, l’assemblée du peuple d’Athènes demanda une suspension d’armes au roi de Macédoine, en même temps qu’elle envoyait ses plus habiles orateurs pour soulever les Grecs contre lui : telle était alors l’absence Je toute pudeur politique. Mégare , i’Eubée , Leucade, Corinthe, Corcyre et l’Achaîe répondirent à cet appel, ïhèbes flottait dans l’incertitude; les partisans d’Athènes y étaient les plus nombreux , ceux de la Macédoine les plus actifs, et la p^ulace thébaine , frappée d’une indifférence stupide , écoutait les clameurs des deux partis avec cet engourdissement particulier au caractère des Béotiens.

Occupation d’Élatée. — Philipp*, persuadé qu’il était temps de franj)er un coup décisif, s'empara d’Élalee , dont il avait épargné les fortifications lorsqu’il renversa le villes de la Phocide ; il y concentra son année.

U était nuit lorsque le courrier porteur de cette nouvelle arriva oans Athènes. Le peuple était retiré au sein de ses foyers ; les magistrats soupaient au Prytanée. En un instant tous sortirent dans les rues. (Quelques citoyens coururent chez les généraux, d’autres se rendirent chez le trompette de ville, chargé d’appeler le peuple au conseil ; la foule se porta sur la place publique, où elle abattit et brûla les échoppés des marchands et des artisans, afin de se procurer plus d’espace.

La confusion cessa au point du jour; le président, les sénateurs et le peuple étant assemblés, on annonça oniciellement l’occupation d’Élatée par Philippe. Le héraut, que Déniosthène surnomme la voix de la patrie , invita à plusieurs reprises ceux qui voulaient proposer un avis, à prendre la parole. Personne n’ayant répondu , Déinosthène seul, au milieu des Athéniéns consternés , monta à la tribune aux harangues. Il commença par faire briller un rayon d’espérance aux regards des citoyens silencieux , en leur disant que sans la crainte que les Thé-

bains inspiraient à Philippe , il serait non seulement maître d’Élatée , mais qu’on le verrait maintenant sur les terres de l’Attique. Vu l’urgence, il invita rassemblée à envoyer aux Thébains une ambassade chargée de leur annoncer qu’ Athènes était prête à les défendre avec toutes ses forces ; il proposa en meme temps un décret, qu’on peut regarder comme la voix expirante d’iin peuple qui , suivant le conseil magnanime de Périclès , ne songeait plus qu'à conserrer la gloire (T.'Uhènes intacte aux yeux de la ostérité. On résolut d’équi|ier une otte de 200 voiles chargée de croiser sur la côte de Béotie; de marcher vers Éleusis avec l’armée ; d’envoyer des députations aux différents états de la Grèce, pour les appeler aux armes.

Déinosthène se rendit h Thèhes , où l’armée athénienne fut reçue avec toutes les distinctions de l’antique hospitalité.

Bataille de ciiéro.née.

Philippe arrivait en même temps sur les frontières de la Béotie. Quel-

?|ues détachements qu’il jeta en avant urent battus par les confédérés dans deux rencontres différentes. Sans s'inquiéter de ces événements, il marcha avec son armée, forte de trente-deux mille hommes, jusqu’à Chéronée, où il choisit l’emplacement de son camp, et le terrain sur lequel il se proposait de livrer bataille ( voy. pl. 55 ) (*).

(*) C’e.sl à l'amitié d’un de nos peintres les pins distingués, M. Diipré, auteur du dorage h j4tfièiies et à Cunstantinople f qu'un doit le dessin de ce monument, peutêtre le plus Intéressant de l'antiquité. Personne , jusqu’à présent , ne nous avait donne la représentation du lion colossal en marbre blanc, signe funèbre du polyandrion, on tombe commune des Tbébains qui moururent en combattant contre Philippe aux cbainjjs de Chéronée. «On s’est contenté, dit Paiisanias, de placer un lion sur leur tombeau pour martple de leur courage; mais on n’y a pas mis d'épitapbe, parce que la fortune trahit leur valeur. »

La célèbre bataille de Chéronée corn-

L’UiMVKUS.

Dans cette position le roi avait devant lui un temple d’Hercule , regardé comme le chef de sa dynastie , et le rotecteur des armes de la Macéoine-, de l’autre côté, leThermodon , affluent du Céphise , que les oracles avaient autrefois désimé comme une rivière néfaste aux B&>tiens.

Quoique les sacrifices eussent paru de mauvais augure, les Athéniens s’étaient mis en marche à la voix de Démosthène, qui regardait la justice de leur cause comme le plus favorable des présages. Sans être retenus par les oracles, ils s’avancèrent vers le fatal Thermodon, accompagnés des Thébains. Leur armée, avec les faibles renforts venus du Péloponèse, se montait à trente mille hommes , commandés par !^siclès et Charès, Athéniens, et par le 'fnébain Théogène, personnage suspect d’étre vendu à l’ennemi. Ces trois généraux expliquaient à eux seuls la décadence de la Grèce. Le vertueux Phocion avait été écarté.

Le î août, 338 av. J.-C. , jour qui devait mettre le sceau aux longs travaux de Philippe, occupé depuis vingt-deux ans à détruire l’indépendance des républiques grecques , ce jour à jamais déplorable, les deux armées se formèrent en ordre de bataille avant le lever du soleil. Philippe s’était mis la tête de l’aile droite des Macédoniens , afin de s’opposer au choc impétueux des Athéniens. Son fils Alexandre , âgé de dix-neuf ans, entouré d’officiers expérimentés, commandait l’aile gauche qui faisait face au bataillon sacré des Thébains. Les auxiliaires des deux armées formaient le centre ou corps de bataille. Alexandre commença le combat contre les Thébains, tandis que les Athéniens chargeaient avec impétuosité et repoussaient les Macédoniens. A cette vue, Lysiclès, plein d’une confiance téméraire, s’écria :

mença , dit Plularqiie , au mont Thurion , dont le sommet , terminé en pointe, s’appelle Orihopagon : c’est probablement la rolline que l’on aperçoit à droite de la gilancbe. Le lion , maintenant mutilé , nous iiidinuc sans doute le lien où le bataillon sacré aes Hétaïres rendit le dernier soupir.

« Allons, camarades , chassotis cet « polirons jusquedans la Macédoine.^ Philippe , remarquant que les Athéniens rompaient leurs rangs , afin de poursuivre ceux qu’ils avaient enfoncés , dit froidement : » Les ./thénicn:

B ne savent pas vaincre. » Il commanda à sa phalange de gagner i:ra hauteur voisine , et retombant avec elle de tout son poids sur les Athéniens , il obtint une facile mais sanlante victoire. Le choc irrésistihie es piques macédoniennes lit toniliff lus de mille ennemis sur le champd) ataille. *

Sur ces entrefaites, la bouillant; ardeur d’Alexandre avait triomphé du bataillon sacré, qui périt tout entier au poste où il combattait; et il fit poursuivre les Thébains restés à decouvert par sa cavalerie thessalienne. Ainsi la victoire fut complète; on lit deux mille prisonniers , et le reste de l’armée confédérée échappa par une fuite précipitée. Le roi ordonna d'epargner les vaincus. Cette clémence dont on n’avait pas alors d’exemple fut un acte de politique et d’humanité qui lui conquit le cœur de ses ennemis.

Fêtes. — La bataille fut suivie d’un festin, présidé en personne par Philippe, qui reçut les félicitations de ses amis et les humbles supplications des députés d’Athènes : ils réclamaient leurs morts. Cette triste demande leur fut accordée; mais avant d’en profiter, le roi , qui avait prolongé le Mnquet jusqu’au point du jour, sortit avec ses convives pour visiter le champ du combat. Exaltés par les fumées du vin et par le délire de la victoire, Philippe et ses convives s’étaient couronnes de fleurs ; mais à l’aspect du bataillon sacré, mort tout entier sur le terrain où il avait combattu , le roi, après un moment de silence , prononça une imprécation solennelle contre ceux qui avaient osé calomnier leurs mœurs privées. Ce sentiment de respect pour te courage malheureux ne fut pas de longue durée, car s’étant porté du côte où se trouvaient les cadavres des Athéniens, il répéta en chantant

GRÈCE

la pompeuse déclaration de guerre de Démosthène. Ce fut à cette occasion que l’orateur Demade lui demanda • pourquoi il jouait le personnage de a Thersite, lorsque la fortune lui don- « nait celui d’Aganiemnon. »

Plutarque attribue à cette observation piquante la modération subite de Philippe, qui cessa d’insulter au sort des vaincus. Ses généraux lui ayant conseillé de marcher sur Athènes , il répondit : Après avoir UnU fait pour la gloire, comment irais-je détruire le théâtre de toute gloire! Il rendit sans rançon les prisonniers d’Athènes qui , ayant demandé leur bagage, l’obtinrent sans difüculté, le roi observant avec ironie (^ue « les Athéniens sem- « blaient croire qu’il ne les avait pas « battus sérieusement. » Peu de temps après, il envoya son fils Alexandre avec Antipater leur offrir la paix à des conditions modérées.

C’était d’envoyer des députés à un congrès que le roi voulait réunir à l’isthme de Corinthe, afin de régler le contingent des troupes que chaque état de la Grèce devait fournir pour l’expédition de Perse ; Athènes devait évacuer Samos et recevoir en compensation Orope , que les Thébains lui contestaient depuis long-temps. Il traita ces derniers comme des rebelles sans foi et sans honneur , en rétablissant dans les premières charges de la r^blique les traîtres qu’ils avaient bannis , et il mit une garnison macédonienne dans la Cadmée.

Mescrks belliqueuses des Athéniens. — La différence de cette conduite de Philippe envers les vaincus de Cbéronée venait du sentiment de sa propre gloire, quoique l’attitude hardie des Athéniens, après leur défaite, eût pu justifier les mesures les plus sévères de sa part. A la nouvelle de la catastrophe de Chéronée , la 'ville fut remplie de tumulte; mais le calme étant i^tabli , tous les citoyens se montrèrent disposés à mettre leur confiance dans les armes , sans compter sur la magnanimité du roi de Macédoine.

On rendit un décret sur la motion

d’Hvpéride , pour envoyer au Pirée les vieillards , les femmes , les enfants , les meubles, les images des dieux et les ornements des temples ; on accorda le droit de cité aux etrangers et aux esclaves , à condition de se porter avec vigueur à la défense publique. Démosthène fut nommé inspecteur des fortifications , qu’il fit reparer à ses frais. L’orateur Lycurgue rendit plainte contre Lysiclès, qu’il accusa d’avoir occasioné la perte de la bataille de Chéronée. Il lApostropha ainsi : « Les « Athéniens ont été complètement dé- « faits dans cette funeste journée , « l’ennemi a élevé un trophée à notre « éternelle infamie. Vous étiez notre « commandant dans ce combat, et « vous respirez encore ; vous jouissez « de la lumière du soleil et vous osez « paraître sur nos places publiques ; « vous , monument vivant de la honte « et de la ruine de votre patrie...» Le peuple n’attendit pas la lin de ce discours, et Lysiclès fut traîné au supplice.

Comité corrupteur. — Les décrets, les préparatifs belliqueux des Athéniens, ne purent altérer le modération de Philippe. Le prudent et '.•••rtueux Phocion , appelé au commandement de l’armée , savait qu’il n’y avait plus moyen de réhabiliter un peuple vaincu par ses vices avant de l’avoir été par les Macédoniens. La république renfermait dans son sein une société connue sous le nom des soixante ; les événements et les désastres publics y étaient traités avec frivolité et constamment tournés en ridicule. Le temps se passait en festins, à jouer aux dés et à dire des bons mots : les courtisanes en faisaient les honneurs. La renommée de ce foyer de corruption, où l’on insultait même à la douleur publique, étant parvenue en Macédoine , Philippe envoya une somme d’argent, pour subvenir aux dépenses d’une coterie favorable à ses vues. Phocion , afflige d’une aussi profonde démoralisation , s’empressa de conseiller d’accepter la paix proposée par le roi. Un certain Démocharès fut mis à la tête de l’ambassade chargée de ratifier le traité ;

L’UNIVERS

Uémosthène eut ta coitmiission ije prononcer l’oraison funèbre des citoyens morts il Cliéronée.

'Amba.ssa.i)e de Uémocharès. — Ilémocliarès porta dans ses nép;ociations cette pétulance qui faisait le fond de son caractère. A l’audience de congé, Philippe, ayant obligeamment demandé aux ambassadeurs d’Athènes s'il ne leur restait rien à désirer , en quoi il pdt être agréable à la république :

Oui, certes, repartit Démocbarès , penas-toi! Lnjuste. indignation de ceux qui étaient présents s^élevait contre cette insolence non provoquée, lorsque le roi , avec un sang-froid admirable , apaisa les murmures , en disant ; (/u’on laisse aller en paix cet homme ridicule ; et se tournant vers les autres ambassadeurs : Dites à vos compatriotes que ceux qui se permettent de pareilles impertinences sont au-dessous de celui qui, pouvant les punir, les pardonne.

Démostliène , chargé de prononcer l’oraison funèbre des guerriers morts à Cliéronée, sembla s’éteindre avec les der n ières espérances delà G rèce. Un seul trait brille vers la fin de son discours, lorsque, rappelant la gloire des morts, il s’écria « que leur perte était la même pour la patrie que la privation totale du soleil jiour le monde;» figure hardie, mais juste, puisqu’après la défaite de Cliéronée la Grece fut condamnée à l’obscurité du despotisme.

Autorité royai.e de Phieippe.

— On aurait cependant une fausse idée du gouvernement macédonien , si on le comparait .à nos monarchies absolues. Le prince rendait Injustice à des liommesue condition libre, et suivant la loi macédonienne, celui qui osait enfreindre les droits du peuple cessait dès ce moment d’étre roi.

C’est pourquoi Philippe, vainqueur de la Grèce, affecta de lui conserver les formes anciennes delà constitution républicaine. Cette politique réussit :

il obtint des états de la Hellade, réunis à l’isthme de Corinthe, le titre de généralissime pour l’expédition de Perse , projetée depuis si long-temps.

Dans la fixation du contingent des troupes que chaque république devait fournir, l’armée confédérée, sans y comprendre les Macédoniens, se trouva monter à deux cent vingt mille hommes de pied, et à quinze mille chevaux, forces prodigieuses dont les Grecs et Philippe ne s’étaient pas formé une idée.

KMBAHH.VS C.VL’SÉS A PHILIPPE,

336 avuut Jt*C.

La confédération brûlait du désir d’entrer en campagne; le roi venait d’envoyer Parmenion avec un corps de troupes pour protéger les colonies grecques de l’Asie, lorsqu’on vit éclater une révolte des tribus illyriennes.

Ce contre-temps devint plus fâcheux par les troubles intérieurs du palais de Philippe. Une femme, moins lière et moins Jalouse qu’Ulvnipias, aurait pu être irritée de la conduite de son époux,

ui ne ce.ssait d’augmenter le nombre

eses concubines, ün ignore la véritable cause de la haine du roi contre la mère d’Alexandre , qu’il répudia pour épouser Cléopâtre , nièce d’Attulos , Vun de ses généraux.

Un accident acheva de mettre tout en combustion. Au milieu des réjouissances de la noce, Attalos eut l'impudence de dire au roi que les Macédoniens lui souhaitaient un légitime héritier. Alexandre s'écria : Quoi, misérable, me preiuls-tu pour un bdtardî En prononçant ces mots, il lui jeta sa coupe à la tête ; Attalos en fit autant. Le roi irrité tira son épée , et , oubliant qu’il était boiteu.x , courut à son fils ; mais étant venu à tomber, les courtisans se jetèrent entre eux. Alexandre, transporté de fureur, dit : Les Macédoniens ont la un chef bien .en état de passer en dsie, lui gui ne peut aller d'une table à t autre sans courir risque de se casser le cou. Après cette insulte , , Olympins et son fils passèrent en Épire, dans l’intention de faire cause commune avec les IIlyriens insurgés.

Les troubles de l’Illyrie furent de

courte durée, Pémarate de Corinthe,

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GRECE

gui était lié avec Philippe par les nœuds de l’hospitalité , arriva à sa cour.

Après les premières civilités, le roi lui demanda si tout était tranquille dans la Grèce. U vous sied bien, seigneur, de vous mettre en peine de la Grèce , vous qui avez rempli votre propre maison de tant de querelles et de dissensions. Le roi reçut ce reproche avec bonté et rappela Alexandre , qui reparut avec sa mère à Pella.

Pour sceller cette heureuse réconciliation, Philippe donna en mariage Cléopâtre, sa hile chérie, qu’il avait eue d’OIympias, au roi d’Ëpire, Alexandre, arm de s’en faire un allié sur lequel il pilt compter à l’avenir.

Fêtes nuptiales (*). — Les noces furent célébrées à Edesse, capitule primitive de Macédoine (voy.^/, (iü). I.e roi avait réuni les musiciens les plus habiles, et tout ce qu’il avait nu rassembler de personnes illustres des différentes parties de la Grèce et des villes , qui lui avaient envoyé des couronnes d'or.

Cependant on parlait sourdement de conspiration; mais le roi était enveloppe dans le réseau de fer de la nécessité, et Jqpiter fayait privé de la

(*) Kgé, au temps de Caranos , fut ensuite appelée Éde&se, sous les rois ses successeurs ; ale se nomme aujourd'hui Vodéna ( lei eaa ). Aucun site n'esl plus pittoresque 90e celui de cette ville; plus ou eu approche et plus il s’emlwllit. l.orsque le soleil brille, les cascades mêlent la couleur diaphane de leurs eaux avec la verdure des arbrisseaux que leur fiaicheur eutretieul sur le penchaiil presque perpendiculaire du rocher où lleui issail aulrefois la capilale primitive de la Macédoine. Qu’on se figure une plaine de quinze lieues en tous sens, qui a son horizon sur la mer; couverte de bois, de métairies, de villages, de ruisseaux bordés de grands arbres, le lac de lénidgé qui en forme le centre, et on aura une idée de ce magnifique ten iloire. Sur le devant du plateau, jaillissent vingt cascades qui se réuiiissetit dans la vallée. A l’urient , des hautetirs d’un coteau voisin toiube une grande colonne d’eau qui , satis loucher au yopiter d’uù elle sc piécipite, s'engloutit dons un aluiue qu’elle s’est creusé.

raison. C’était en vain qu’un héraut lui disait tous les matins : » Philippe,

O souoiens-toi que tu es mortel : » il oubliait ordimtirement cette leçon en se mettant à table. Les oracles qui prédisaient une catastrophe, et les vers du poète dramatique ^'éoplolètne, qui annonçaient des malheurs, furent pris pour d’heureux augures.

Le chœur dans lequel le dramaturge exprimait l’orgueil des Perses ou plutôt l’événement près d’éclater, plut tellemeut au roi , qu’il le fit répéter ;

« Vos superbes espérances s’élèvent « jusqu’aux deux , et vous voudriez V étendre votre domination jusqu’aux « extrémités de la terre. Votre vie a » ses bornes , quoique vous n’en met- « tiez point à votre ambition ; le mo- « nient de votre chute approche, et « rien ne saurait vous garantir du « coup fatal dont vous êtes menait cés. » Ix contentement et la joie brillaient sur la ligure des courtisans, qui couvrirent d'applaudissements cette' myriologie ou cantique funebre.

Conspiration. — lin Macédonien de rOrestide ( aujourd'hui cantim de Castoriu ), Pausanias, qui avait reçu d’Attalos le plus humiliant de tons lesalfronts, s'adres.sa à Philippe pour en obtenir justice. Le roi , toujours partial pour ses amis, et particulièrement pour l'oncle de la jeune reine , renvoya le plaignant avec de bonnes paroles ,>et pour le consoler, il le lit capitaine de ses gardes. Ce n’était pas ce que prétendait le jeune Macédonien. Convaincu qu’au prince qui ss rend coupable d'un déni de justice , abdique par cela même son autorité , sa colère dégénéra bientôt en fureur.

Attalos avait pu braver Alexandre et Olympias, les forcer à se réfugier en Épire; quelle satisfaction pouvait- il esjiércr contre un favori aussi puissant? Livré à une sombre mélancolie, il arriva un jour à Pausanias de demander au sophiste Hermocrate « le moyeu de se rendre à jamais fa- « meux.— C’est, repartitcelui-ch d’as- «I sassiner un homme qui a fait les « plus grandes choses, car sa re- II nommée ne manquera pas de rap-

L’UNIVERS

« peler le souvenir de l’auteur de sa « mort. »

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