THÉSÉE
On s’adressa aux Crétois, régis par
)y '^oogle
L’DHIVERS.
IM meillairM loû atfon «ût encore naises en pratique. Elles avaient été recueillies par le vieux Minoe, qui 1^ avait empruntées aux sages de l’Egypte. Roi législateur, après avoir purgé la mer des pirates qui l’infestaient, il avait donné au Muple qu’il gouvernait un code qu’il prétendit etre émané des dieux, et qu’il avait, par leur commandement, gravé sur des tables de bronze.
L’ordre admirable de cette législation avait frappé Thésée. Il se rendit en Crète sous le règne du second Jlinos , car le père tenait l’urne fatale aux enfers, depuis qu’il avait cessé d’exister parmi les hommes. Son fils avait continué à nettoyer l’archipel des Cariens, des Lyciens et des Phrygiens, qui n’o.
saient plus y exercer leurs brigandages.
Il avait en meme temps réprimé l’aiiiT hition des Athéniens , en leur imposant un tribut annuel de sept jeunes garçons et d’autant de jeunes filles , non’ pour les livrer à la voracité du IMinotaure, mais pour en faire des es-> daves , qui étaient alors une monnaie de compte. On tremblait chaque année à l’apparition du vaisseau crétois, lorsque Thésée s’offrit généreusement en sacrifice pour le salut de la patrie.
La réputation dU héros était parvenue à la cour de Minos, qui respectait ses nobles qualités , et ce respect se changea en admiration, lorsqu’il vit le princo devenu volontairement son captif. Illinos le traita avec la bonté aftectueuse de l’antique hospitalité :
il lui donna en mariage sa fille Ariane, et déclara les Athéniens libres désormais d'une contribution aussi cruelle qu’ignominieuse.
C^est au retour de Thésée dans l’Attique qu’il faut attribuer le spectade enchanteur de la plus paisible des révolutions. Les lois et les coutumes de la Crète y furent à peine introduites, que la terre de Cécrops offrit un aspect plus régulier que tout ce qu’on pouvait voir dans aucune autre partie (lelaHellade. En mémoire de la réunion de tous les peuples de TAttique, il rétablit les Panatiiénées, fêtes instituées dès une haute antiquité, sous la protec-
tion de Minerve. Différentes familles réunies sous un même gouvernement, toutes égales entre elles, mais servies ar des esclaves, mangeaient à des taies publiques, tandis que leurs femmes et leurs entants, comme on l’a vu de nos jours au Paraguay, subsistaient des fruits d’un travail commun : le peuple entier reconnaissait la prérogative dmn roi héréditaire protégé des dieux, Thésée avait opère métliodiquement cette métamorphosepolitique, qui passa des dèmes ou districts de TAttique dans presque toutes les parties de la Grèce. Elle y fut reçue d’autant mieux que l’autorité royale nuisait son principe dans Télément démocratique. Ainsi , avant la guerre de Troie , tous les états de la Hellade avaient embrassé un système uniforme de gouvernement en conciliant l’esprit indépendant de l’Européen , né pour ta linerté , avec le caractère sup«r^tieux de TÉgyptien et l’esprit Mrvile de l’Asiatique.
Cette forme de gouvernement, qu’on croirait impossible à établir , procura bientôt les moyens d’exécuter les plus vastes entreprises : la royauté devenue héréditaire , en s’occupant sans rejâche à adoucir les mœurs, contribua à opérer cette étonnante harmonie.
Sans cela . comment c.\pliquer la réunion de plus de cent mille guerriers , pour concourir pendant dix ans au siège mémorable de Troie ?
GUEUBE DE TEOIE.
Avant d’examiner succinctement les causes et les vicissitudes du siège de Troie, il nous semble indispensable de jeter un coup d’œil sur les forces des Grecs qui allaient se heurter avec tant d’acharnement contre le royaume de Priam.
Troie fut primitivemieDt une de ces colonies grecques que les Argonautes ne purent ramener à l’obéissance d’ Aros, sa métropole. Une baipfi héréitaiye , qui avâit peut-être son principe dans cette espèce de scission, existait depuis long-temps entre les ancêtres d Agameinnon et ceux de Priam.
Sans nous arrêter aux fables qu’on
a débitées sur Atrée et Thyeste , nous dirons qy'Agamemnon. leur neveu, devint roi 4e mcènes apres la mortd’Eurysthêe. ïj épousa ensuite Clytemnestre, l’une des (ilirs de Tyndare, roi de Sparte , qui avait donne en mariage à Ménélas , frère d’égaineinpon, Hélène, soeur de Clytemnestre.
Hélène avait en partage le don de la beauté, don funeste, lorsqu’il n’est pas accompagné des charmes de la pu»
(leur. Ses attraits avaient, dit-on, tait
eter le cœur de Thésée , qui la ravit ju’elle se promenait entourée de ses conipagnes , sur les bords de l’Eurotas aux peaux roseaux. Rendue à sa famille, non aussi pure que piane, déesse du Méuale , sa beauté s’accrut avec l’âge heureux qui embellit la beauté de la femme , en développant ses formes. Des adorateurs sans nom»
bre affluaient au palais de son père, Tyndare , pour prévenir la violenee de quelque nouveau ravisseur, oblir geait tous les prétendants à taire le serment solennel d’assurer la possession d’Hélène à celui qui serait l'objet de son choix. Ménélas obtint la préférence sur ses rivaux, les filles ‘ de Sparte chantèrent l’épittialanie , et
Çar son hymen avec Phérltière de yndare , Il succéda de droit h la comronpe d# J^acédémone,
Ménélas jouissait depuis peu d’années du bonheur d’étre l’époux d’Hélène, quand Pâris, fils de Priam>roi de Troie, arriva dans le Péloponèse, Il était dans l’éclat de la Jeunesse , lorsqu’il débarqua sur les cotes de la Laconie. Bien accueilli pr Castor et Pollux, il se rendit sous leurs auspices à la cour de Sparte, où il réclama les droits dé l’hospitalité.
Vénus, h qui Pâris décerna le prix de la b^^ , lui avait départi |e don ds séduire les femmes et de triompher de leur fubiesse, Ses brillantes qualités , ht düüêeur des chants dç riooie, et pins encore les fatigues qu’il avait endurées pour l’amour d’Hé|ene, séduisirent te cpnir inconstant d'une femme légère. Eprise de la passion la
Sus vive pour le fils de Priam , probant de l’absence de son époux qui
GRÈCE. 11
s’était rendu en Crète, elle abandonne son pays, oublie ses devoirs, et, transportée avec ses trésors dans les murs de Troie, elle défie le ressentiment des Grecs et la vengeance des dieux protecteurs de l’hymenée.
C’était dans une semblable conjoncture que Ménélas avait le droit de réelamer l’assistanee de ses anciens rivaux. Sa demande, qui intéressait l’honneur national, fut appuyée par Agamemnen , et les états genergux de la Grèce s'étant rassembles à Egion , ville littorale de la mer des Alcyons , la guerre contre Troie fut rfeolne.
On décida, malgré l’injure flagrante, [u’on tenterait au préalable les voies e la conciliation en envoyant des ambassadeurs h Troie, pour réclamer Hélène et demander satisfaction d’un rgpt qui blessait les lois les plus sacrées ae i’Irnspitaiité.
Mén^, conwne pertio offensée, et le sage Ulysse, furent (4)#>rgw de cette négociation. Ils se rendirent à la cour de Priam, où ils furent non -seulement éconduits sur toutes leurs demandes , mais exposés aux plus grands dangers, auxquels ils n’échappèrent que par la protection d’Anténor, l’un aes principux Troyens chez qui ilg^ étaient logés.
Au retour de ces députés, la guerre contre Troie fut dénoncée authentiquement. Alors Agamemnon et Mépéias s’occupèrent de réunir les éléments d’une expédition destinée à armer la Grèce occidentale contre l’Asie, qui devait plus tard exercer de sanglantes représaill^ contre la Uellade.
Dans cette pensée, Agamemnon et Ménélas envoyèrent des députés à tous les princes de la Grèce, pour les engager par l'aimftt du butin à se réunir a eux, en désignant le port d’Aulis, dans la Béotie , comme le rendez-vous des vaisseaux destinés à transporter l’armée.
On dit que les préparatifs de cette grande entreprise nécessitèrent dix ans de soins et de travaux; mais il est probable qu’elle eut lieu quatre aon&s après l’eplèvcment d’Hélèpe,
L’UNIVERS
AGAMStinOM ÉLD GÉNÉRALISSIME.
C4TALOOPB DI I'a&MII OIBCqiB.
Agamemnon fut nommé généralissime de Tarmée : il dut cette diguité à sa qualité de successeur de Persee et de roi de TArgolide, qui était la métropole de la Grèce. Il avait sous ses ordres immédiats les troupes de Mycènes, Corinthe, Cléones ,, Aréthyrée , Sicyone , Pellène , Ëgion , Helice, qu’un tremblement de terre engloutit plus tard dans la mer , et de toute l’Egialée : il possédait 100 vaisseaux (*).
(*) L^anüquité nous a transmis les images des principaux héros qui se signalèrent au siège de Troie. Quoiqu’il soit diHiciie d’affirmer que les figures représenlées sur notre planche n** 9 reproduisent exactement leurs traits, il n’est pas moins certain que, dès une haute antiquité, elles offraient le type de ces héros conformément aux traditions et à l’idée qu’on s’en formait d’après les [K)ëmes homériques. Toutes sont copiées d’après les monuments les plus authentiques. Le célèbre Heyne a décrit les sept premières : les deux dernières l'ont été par Millin. Voici leur opinion :
La première représente Diomède d’après le buste du musée Ciénieuliii. L’expression du courage viril , de la force corporelle , une mine ouverte, hardie, ingénue, caractérisent celte belle télé. Le front osseux indique la vigueur et la fermeté dans le péiil ; sur les lèvres est le mépris et la liravadc.
Le n° 2 , Ulysse , d’après le buste en marbre de milord Bristol. Le bonnet de navigateur le distiugue ; il est orné de fleurs, de feuillages, de génies ailés, au bas est une bordure siuueuse imitant les vagues. L’œil pénétrant , scrutateur , plein d’intelligence et de réflexion, indique un esprit méditatif et clairvoyant. On voit sur cette physionomie le discernement qui inspire de sages conseils; la vigilance et fa précaution, unies à la fermeté, à la vigueur et à uue inébranlable égalité d'ame, caractères principaux de ce héros : c’est l’Ulysse au cœur noble, à l’ame généreuse, et non l’Ulysse astucieux.
Le 3, Nestor, d’après un ouvrage antique qui se trouve à Nola. Cette tète , pleiue de noblesse , et où l’intelligence pa-
Diomède, fils de l^dée, Sthénëlos, fils de Capanée , et Éuryalos , fils de Mécistée, commandaient les troupes des parties orientales et méridionales de TArçolide, c’est-à-dire celles d’Argos , Tiryntlie , Trézène , Épidaure , Hermione, Asiné et Ëgine. Ces trois chefs poss^aient 80 vaisseaux.
Ménélas avait sous ses ordres toutes
ralt réunie nu courage, semble un peu jeune à Heyne pour représenter Nestor , ainsi que le croit Tischbem ; comparée à celle de Diomède , elle forme le contraste de la sagesse avec le courage.
Le 4 , Achille , d’après trois statues semblables. Cette tête d’un adolescent porte une gravité virile dans le regard et une réflexion profonde ; on y sent im je ne sais quoi de rêveur et de mélancolique.
Le n® 5, AcAMEMifon , d’après un buste en marbre plus grand que nature. Cette tète est connue à Rome sous le nom de Pirrhus. Tischbein y ci-oit voir plutôt celle d’Agamemnon , à cause de sa ressemblance avec celle de Ménélas, et d’après d’antres rapports indiqués par Homère. La barbe est trèstouffue, et la clievelure hérissée, pareille à la crinière d’uii lion, indices de fa force et du courage. L’œil est celui d’un aigle. Le regard est perçant , ambitieux ; les mus* des de la figure sont empreints d’une vigoureuse fierté. Sur le front on lit l’orgueil , la colère, l’aiiibitiou.
Le II** 6 , MinÉLAS , d’après le buste en marbre du musée Cléraentm. Cette lèie est entièrement semblable à celle du grou|>e antique que l’on voit à Florence, et qui représente Ménélas protégeant le corps de Patrocle; aussi Heyne n’a-t-il aucun doute à ce sujet.
Le n® 7 , Paris. Il est reconnaissable par sa beauté , ses cheveux boudés , son bounet phrygien : elle est dessinée d’après la statue du musée Clémentin.
Les n*^ $ et 9, Macbaoh et Podalire , d’après un camée antique. L’artiste a représenté deux hommes dans la force de l’àge ; l’un a la tète couverte d’un casque , l’autre d’une fcS|>èce de bandeau, comme on en remarque à quelques tètes d’Esculape. Cette espèce de bandeau parait avoir été plus particulièrement consacré aux médecins.
D’après ces indications, Millin reconnait dans CCS deux tètes Machaon et Podalire, les deux médecins de l’armée grecque au siège de Troie.
GRÈCL* 13
les troupes de la Laconie et 60 vaisseaux.
Nestor commandait les contingents de la plus »ande partie de la Messénie et de.s états de Roros , son petitneveu, trop jeune pour prendre rang dans Varmée; il avait 90 vaisseaux.
Podalire et Madiaon , fils d’Esculape , avaient sous leurs drapeaux les
rerriers de Tricca (auj. Tricara dans mont Cyllène), IMiome et OEcalie; ils avaient 40 vaisseaux.
Les Arcadiens avaient pour chef Agapénor. Comme ils ne se livraient point à la navigation , Agamemuon leur prêta 60 vaisseaux sur lesquels ils s’embarquèrent.
Les Éléens étaient commandés par Polyxène ; iis avaient 40 vaisseaux.
^Üénesthée était le général des Athéniens : il avait enlevé le trône de Tliésée à ses enfants : il comptait 50 vaisseaux dans la flotte.
Les Béotiens avaient cinq capitaines : Pénélée , Léitos , Klonios , Protohoénor et Arcésilaos, qui descendaient tous de Béotos, fils d’Amphictyon ; iis avaient 50 vaisseaux.
Ascalapbe et lalménos commandaient les troupes d’Orchomène et d’Asplédon; ils avaient 30 vaisseaux.
Les Thébains , chassés de leur pays ar les Pélasges, s’étaient à cette poque retirés à Amé en Thessalie, aussi ne figurent-ils pas dans le catalogue d’Homère.
Les troupes de la Phocide, aux ordres de Sch^ios et d’Epistropbos , avaient 40 vaisseaux.
Thoas commandait les Etoiiens et les Calvdoniens ; il comptait 40 vaisseaux dans son escadre.
Ajax, fils d’Oilée, réunissait sous ses drapeaux les Locriens, Opuntiens et Kpicnemidiens ; il avait 40 vaisseaux.
Les peuples de la Thessalie , nommés Myrmidons , Hellènes et Achéens , étaient commandés par Achille, qui avait 50 vaisseaux.
Protésilas et Podarcès étaient à la tête des troupes de Pbylacé et des villes voisines; ils avaient 40 vaisseaux.
Eumèle, fils d’Admète et d’Alceste, qui avait sous ses ordres les troupes
de Pliérès et celles d’Iolcos, n’avait que 11 vaisseaux. Son royaume, saccagé par Pélée , père d’Achille, et par les Dioscures, était considérablement déchu de sa splendeur.
Les guerriers de Métlione, Thaumacie , Mélibée et Olyzon, qui formaient un état voisin d’Iolcos , étaient commandés par Philoctète et M^on ; ils avaient 7 vaisseaux.
Eurypyle , frère d’Amyntor , conduisait les troupes d’Orménion ; il avait 40 vaisseaux.
Les Lapithes avaient 40 vaisseaux.
Gouneos, qui commandait les Perrhèbes et les Enianes, montait 22 vaisseaux.
Les Magnètes, qui habitaient les côtes de la Thessalie , depuis l’embouchure du Pénée Jusqu’au mont Pélion, étaient commandes par Prothoos ; ils avaient 40 vaisseaux.
Ulysse, fils de Laerte et d’Anticlée, avait sous ses ordres les troupes d’Ithaque, de Céphallénie, de Zacj’nthe, de plusieurs îles et ducontinent, il n’avait que 12 vaisseaux.
Mégès commandait les guerriers de Dulichium et des autres îles Échinades ; il avait 40 vaisseaux.
Élephénor, roi des Ayantes, guidait les soldats de l’iie d’Eubée, dont les villes principales étaient Chalcis , itrétrie , Histiée , Cérinthe , Dios , Carystos et Styra ou Scyra ; il avait 40 vaisseaux.
Ajax , fils de Télamon , dont on a déjà parié , amena de Salamine 12 vaisseaux ; il avait avec lui son frère Teucer.
Les Crétois étaient commandés par Idoménée et Mériones, son neveu; ils avaient 80 vaisseaux.
I,es Doriens de Lyndos , lalysos et Camiros , qui formaient trois colonies dans nie de Rhodes , envoyèrent 9 vaisseaux.
Symé, petite île voisine du continent de l’Asie-Mineure, qui avait été peuplée par quelques-uns des Pélasges venus de la Thessalie avec Triopas, envoya 3 vaisseaux , commandés par Nirée , le plus beau des Grecs après Achille.
’ oc: ? y '^oogle
L’UNIVERS
Cos, Nisyre, Carpathos, Casos et quelques autres lies Toisines expéaièrent 80 vaisseaux.
La confédération se composait en tout de 1186 vaisseaux. Ceux des Béotiens portaient chacun 120 hommes ; il n’y en avait que SO sût ceux de PhiloctCTe, ce qui ferait, terme moyen, 85. En multipliant ce nombre par celui des vaisseaux, on trouvera que l’armée était de 100,810 hommes, et à peu de chose près aussi considérable que celle des Grecs au temps de la guerre Médique, lorsqu’il s’agissait de défendre leur existence pontique contre Xerxès.
11 est vrai que dans cette dernière circonstance quelques peuples du Péloponèse ne voulurent pas prendre les armes contre le roi de Perse. Mais* d’un autre côtA, il faut considérer que la guerre de Troie étant une expMition lointaine , on avait dû laisser dans chaque état des forces suffisantes pour le défendre, et nous verrons que les Doriens ayant profité de ces circonstances pour attaquer le Péloponèse, en furent repoussés avec vigueur.
D’après cela , on peut conjecturer que la llellade était à peu près aussi peuplée alors que lorsqu’elle lutta contre toutes les forces du roi de Perse, époque où elle était au plus haut point de splendeur.
ARMéE DES TROTEIfS.
Le royaume de Priam, contre lequel cette expédition devait se diriger, occupait la rive asiatique de rHellespont, une partie du littoral de laPropontide, et quelques plages de la mer Egée, de f^n que sa plus grande étendue était de 66 lieues, sur une profondeur peu considérable dans l’intérieur des terres. Religion, mœurs , langage, armes, stratégie, tout était semblable chez les Troyens et les Hellènes. Les premiers étaient une race pesque homogène de nations rassemmées par Dardanus, l’ancétre au cinquième degré de Priam.
Comme les Grecs avaient employé plusieurs années à faire leurs préparatifs, les Troyens s’étaient préparés
à une défense opiniâtre; ils avaient obtenu des secours de presque toutes les nations grecques du continent asiatique, et meme de quelques îles. Voici r«iumération de leurs forces.
Hector , fils de Priam et d’Hécube , était le généralissime de l’armée troyenne ; il avait sous son commandement plusieurs de ses frères , dont les plus connus étaient Péris, Déiphobe, Hélénos, célèbre devin, Polytos , Lycaon et Troïlos.
Les Dardaniens, peuple voisin d( Troie , et probablement soumis au même souverain , étaient commandés par Énée, fils d’Anchise et de Vénus, par Archiloque et Acamas fils d’Anténor, un des principaux Troyens.
Pandaros , fils de Lycaon, avait réuni sous son drapeau les Troyens qui habitaient Zélée et les environs du mont Ida : il était habile par son adresse à tirer de l’arc.
Adraste et Amphios, fils de Mérops, devin célèbre, rmiiiissaient les troupes d’Adrastée* Apésos, Pityée et du montTérée. Tous ces guerriers étaient Troyens, et originaires, les uns de l’fle de Crète, d’où Teucer les avait amenés, les autres de l’Arcadie , d’où ils étaient venus avec Dardanus.
Asios, fils d’Hyrtacos, conduisait les troupes de Sestos, Abydos, Percute, Praction et Arisbé.
Les Pélasges de larisse , place voisine de Cumes, étaient c^inandés par Hipprtlioos et Pyléosi ils descendaient dvine Colonie que Xantlios avait amenée dans l’Asie, deux siècles environ avant le déluge de Deucalion.
Acamas et Pyroos étalent les chets des Tliraces qui habitaient les rives européennes de l’ilellespont : Pyroos venait d’i-lnos.
Les Ciooniens , peuple de Thrace qui liabitaitdans l’intérieur des terres , avaient pOur général Euphémos.
PyreCnmes commandait les Péoniens, habitants du pays qui prit dans la suite le nom de Macédoine.
Les Paphlagoniena étaient aux ordres de Pyleménès.
Les Ralizons qui , suivant Homère , venaient d’Alybe , pays trèe-éloigné ,
r . Cl
GRÈCiJî.
où i! V avait des mines d’argent, s’étaient donné pour capitaines Hodios et Épistrophos.
Les Mysiens, non pas ceux qui avaient Télèphe pour roi, mais une autre portion de ce peuple, étaient rangés sous les drapeaux de Chronis et d’Eunomos i ce dernier était un devin renommé.
Les Phmiens de l’Ascanie avaient Phorcys et Ascagne pour diefs.
Les Méoniens, plus connus dans la suite sous le nom de Lydiens, étaient guidés par Mestlilès et Atitiphos.
Les Cariens, nui habitaient Milet et les bords du Aléandre , marchaient sous les étendards de Nastès et d’Amphimachos.
Les Lyciens étaient commandés par Sarpédon.
Il est probable que tontes ces nations étaient grecques , autrement Homère en aurait fait l’observation, miisou’il a soin de remarquer j au sujet des Cariens, qu’ils parlaient un langage barbare. Ce fut dans lu dixième année du siège que Alemnon , lils de l’Aurore , vint au secours des Troyens avec dix mille Perses et autant d’Éthiopiens orientaux.
PKBMlÈftB EXPÉDITION CONTRB TBOIB.
La Qotte commandée par Agamemnon se trouvant réunie au port d’Aulis« on partit et on gagna les côtes de l’Asie ; mais par une erreur étrange, au lieu de se trouver dans la Troade , on avait atterré sur les plages de la My- Sie, qui avait pour roi Télèphe, descendantd’Herculc.LesGrecssecroyant en pays ennemi , commencèrent a se livrer au pillage. A cette nouvelle , le roi de Mysie réunit quelques soldats , fond sur les Grecs dispersés, en tue un grand nombre, et est lui-méine blessé par Achille. On reconnaît l’erreur commune ; une trêve est conclue pour enterrer les morts , et comme la sai.son était avancée, les Grecs n’eurent d’autre parti à prendre que de retourner dans leur pays pour se réunir de nouveau à Aulis au printemps prociialn.
SBCONDB EXPÉDITION.
Les Grecs, constants dans leur haine, se rassemblèrent à Aulis pour une seconde expédition. Ce fut alors que , Agamemnon ayant tué une biche consacrée à Diane, dut, par l’ordre de Chalcas , offrir en sacriDce sa fille Iphigénie, afin d’obtenir des vents favo* râbles à l’année. On sait quel fut le résultat de cet événement, qui prouve que les sacrifices humains, usités chez les anciens télasges , et abolis presque partout où le culte des Égyptiens avait pénétré , n’étaient pas entièrement oubliés , et ne le furent même que long-temps après la bataille de Salamine.
Les vents ayant changé, on appareilla sous les auspices des dieux. L’entreprise d’Agamemnon aurait dd être combinée de façon que la prise de Troie eût été le résultat immédiat du débarquement ; sans cela les chances de la guerre devenaient contraires.
Il avait pu réunir une armée, mais il n’avait ni magasins de vivres, ni maciiines pour ébranler les murs de Troie , ouvrage de Neptune et d’Apollon ; on dut donc se contenter de former le blocus d’une ville de premier ordre.
Les Grecs , à peine établis dans un camp retranché, formé en partie de leurs vaisseaax mis à sec, s’y virent assiégés par la famine. Obligés de recourir pour se procurer des vivres à des fourrages, souvent éloignés, les tristes ressources qu’ils se procuraient ne tardèrent pas à être épuisées.
Alors les héros de Mars s’occupèrent, dans l’intervalle des combats, à cultiver les terres de la (ibersonèse deThrace.
D’autres, remontant sur les vaisseaux qui les avaient ajqiortés, ravagèrent les côtes de l’Hellespont, restées sans défense, pillant amis et ennemis, et enlevant quelquefois des populations entières. lis échangeaient les esclaves u’iis faisaient dans ces courses contre es objets de première nécessité , et surtout pour se procurer du vin , que les armateurs étrangers leur apportaient.
Ce fut dans quelque-une de ces ex-
L’UNIVERS
cursions que Briséis aux beaux Iras, fille du prêtre d’Apollon, tomba au pouvoir d’Achille, près duquel elle resta jusqu’au temps où Atride Agamemnon l’arracha des bras de son ravisseur.
On était dans la neuvième année du siège , lorsque la peste , envoyée dans l’armée des Grecs par Apollon , indigné de l’outrage fait au père de Briséis, ministre de ses autels, releva le courage des Troyens. Achille, irrité contre les Atrides , vivait retiré sous sa tente dans l’intimité de Patrocle , son favori , et du divin Autom^on , qui, tour à tour chantre et cuisinier, rôtissait les viandes destinées à la table du fils de Thétis et de Pélée, et charmait ses ennuis par les sons de sa lyre. Alors les fils de Priam, qui avaient conservé leurs communications libres avec le mont Ida , sortirent de leurs remparts, devant lesquels ils auraient dd laisser l’ennemi se consumer. Ce fut dans un des combats qui se donnaient à la vue des deujf armées que Patrocle tomba sous les coups d’Hector.
Cet événement tragique ayant rendu Achille à l’armée grecque, la prise de Troie suivit de près le trépas d’Hector, le plus vaillant des fils de Priam. Cette ville, soit qu’elle ait été prise par ruse ou par force , fut renversée de fond en comble par les Hellènes, 1185 ans avant l’ère chrétienne. La majesté des dieux et des héros qui l’habitèrent et la défendirent ne put l’empécher de succomber; la grandeur de son nom ne lui lit jamais recouvrer son existence, malgré les projets successifs de César, d’Auguste et de Constantin d’y fixer le siège de l’empire romain; et depuis plus de 30 siècles, on ne montre au voyageur que des tombeaux héroïques et les campagnes où Troie exista (*).
(•) (PL 3). Les voyages et les recherches de MM. Le Chevalier et Choiseul - Gouffier ont fixé la position de Troie sur la colline qui domine le village de Bounar-Bachi. Le Simoïs qui contourne cette colline , les sources du Scamandre, près de Bounai^Bachi, les tiimulus ou tombeaux que l’on voit dans la
Hélène, encore belle quoiqu’elle eût quitté Sparte depuis 14 ans , avait été rendue a Ménélas. Les Grecs , chargés d’un riche butin, avaient vengé l’iniurc nationale; mais les calamités de rexp^ition prouvèrent combien la guerre la plus heureuse est toujours nmeste aux états. Les quatre cinquièmes de l’armée et des chefs avaient succombé pendant la durée du siège.
Ceux qui s'embarçiuèrent précipitamment avec les trésors des vaincus, périrent la plupart dans de tristes naufrages : plus heureux peut-être que les héros échappés aux dangers de la mer, qui ne revirent leur pays natal que pour y trouver le deuil , la désolation ou la mort.
Quatre-vingts ans après la chute de Troie, sa plage maritime fut occupée par quelques colonies grecques, et l’intérieur du pays soumis à la domination des Lydiens. Ces peuples ont disparu, et on ne désigne plus au navigateur qui prolonge les côtes de la TToade , que les tombeaux d’Achille et d’Ajax , morts loin de leur douce patrie (*).
plaine, où iU occupent les positions indiquées par Homère, enfin la découverte faite en 1 8 16 par M. A.Firmin Didot de constructions du genre cyclopéen à l’endroit désigné comme étant le Pergama , ou citadelle de Troie , ont consacré cette position comme offiant les plus grandes probabilités.
La vue inédite de celle plaine célèbre montre dans le fond la colline sur laquelle s’élevait Troie, et où se trouve le tombeau d’Hector. Entre cette colline et le mont Ida coule le Simoïs, fleuve sinueux. Sur le devant , ou aperçoit le village de Bounar-Bachi et sou minaret; c'est là que l'on présume que se trouvaient les portes Scées : au-dessous de ce village on voit un massif d'arbres qui ombragent les sources du Scamaudre.
(*) (PI. 4). La position du tombeau d’Achille au cap Siçée a été , de tout temps , conforme à la description d'Homère. Cicéron rapporte que lorsque Alexandrede-Grand fut arrivé au cap Sigée sur la tombe d’Achille , il s'écria : « Jeune héros fortuné ! qui as trouvé un Ho- « mère pour t’immortaliser I » Alexandre , après avoir célébré des cérémonies funè- . bres autour de cette tombe, en fit plusieurs fois le tour en courant pour honorer la
GRÈCE. 17
MOKCKS , COUTUMES , USAGES , AETS DU bIaoï^u.
Bans fâee héroïque, l’union du sceptre et de l’autorité religieuse placée entre les mains des rois, les constituait les gardiens du peuple et les représentants des dieux, dont ils prétendaient tenir leur puissance. La même voix qui appelait la nation aux armes, décidait les contestations domestiques, et adressait des actions de grâces aux immortels.
Alors on reconnut, en les pratiquant, l’utilité des vérités morales qui portent l’homme au bien ; on proposa pour motif et pour récompense àla vertu, moins la satisfaction de rame que la faveur des dieux , l’estime publique et les regards de la postérité. La raison ne se repliait pas sur elle-même pour sonder la nature des devoirs; on savait seulement qu’il est avantageux de rendre à chacun ce qui lui appartient. Et d’après cette révélation du cœur, les âmes honnêtes s’abandonnaient à la vertu, sans s’apercevoir des sacrifices qu’elle exige.
mémoire d’Achille, landù que, par son ordre, ÉphestioD rendait les mêmes honneurs au tombeau de Patrocle, placé à peu de distance. Caracalla, jeté par une tempête au cap Sigée , voulut, pour imiter Achille, célébrer les funérailles de Fcilus , l’un de scs favoris, qu’il Cl, dit-on, empoisonner pour se procurer l'occasion de lui élever un bêcher, de lui immoler des milliers de victimes; mais lorsqu’à l’imitalion d’Achille, il Voulut se couper la chevelure , son armée se prit à rire en voyant ses ridicules efforts pour trouver quelques cheveux sur sa tête chauve.
A la gauche de la planche 4 , le cap Sigée est indiqué par cinq moulins qui le signalent au navigateur. Au bas est un tumulus entouré d’arbres que l’on croit être le tombeau d’Achille. Sur le devant de la planche, à droite, s’élève un grand tumulus, qui est regardé «ommc le tombeau d’Ajax , que Pline place à 3o stades du cap Sigée. Près de cet endroit sont d’autres tumulus qu’on désigne comme ceux de Patrocle et d’ Antiloque, conformé. ment aux indications données par Homère.
9* JUvraisoh. (Grèce.)
Le courage était placé au premier rang des qualités du citoyen. L’hospitalité étatt due aux pauvres et aux etrangers, parce qu’ils étaient les protégés de Jupiter. La soumission des citoyens envers le prince était subordonnée au devoir qui lui était imposé de veiller à la conservation de leurs droits. L’autorité redoutable de la religion commandait le respect de la jeunesse pour les jiieillards ; elle présidait aux lois sacrées de la vérité, de la justice, et les moindres actions de la vie privée étaient consacrées par la piété.
La religion se montrait partout chez les Grecs. Entreprenaient-ils un voyage, ils offraient de la myrrhe à rieptune et aux nuages ; des parfums au soleil et à la mer. tls faisaient trois repas par jour, et chacun d’eux était précédé d’ une offrande et d’une libation en l’honneur des immortels. Les étiquettes de la politesse et les différents actes de la vie n’étaient point décidés par un vain caprice, mais fixés par une sanction divine, dont la violation était promptement suivie des signes évidents de la colère céleste.
Tous les hommes, dit Homère, ont besoin de dieux. Fondé sur cet axiome mal énoncé, l’édifice de la superstition, élevé par les passions des Grecs, s’empara de leur esprit au sortir de la barbarie. Dépourvus d’instruction, ils se trouvaient disposés à admirer et à croire tout ce qui frappe l’imagination. Ils virent la présence de la divinité dans les phénomènes célestes regardés comme des pronostics, dans
songes considérés comme des révélations. L’ombre et le silence d’une forêt remplissaient-ils leur arae d’une terreur religieuse, un oracle résidait sous des chênes fatidiques , et chaque soupirail d’où sortait quelque vapeur enivrante . chaque antre eut sa pythie ou son hiérophante , et le peuple soumit sa raison aux facultés puissantes de la crédulité, toujours prête à crier au prodige.
Homère ne chante que les divinités de l’Olympe: mais Hesiode, dans sa Théogonie, fait monter à trente mille
'.zoo :
oogle
ts
L’UNIVERS
le nombre de ses dieux et de ses déesses. Chaque vertu avait son protecteur; chaque qualité de la vie humaine, chaque passion avait son patron : les bois, les hwages , les montagnes , les fleuves étaient peuplés de pans, d’égipans, de satvTCS, de dryaoes, d’oréades, de nymphes , de naïades et de néréides.
Telle était l’influence céleste qui réagissait sur l'état politique, civil et domestique des Grecs.
On prétend que les droits civilsse fondent sur la propriété. Cette maxime, susceptible de controverse , puisqu’elle ne tient aucun compte des capacités, n’avait pas été soupçonnée dans la haute antiquité; et un a vu que, malgré leurs rois pasteurs des peuples, les gouvernements héroïques méritaient plutôt le nom de républiques que celui de monarchies; car il n’y avait d’autre distinction que celle qui reposait sur les qualités personnelles.
Cet usage, convenable à des sociétés barbares, avait élevé un chef à la tête de chaque peuplade. La nécessité d’employer ses conseils et sa valeur qui rendaient son mérite plus éclatant que celui des simples guerriers, faisait queses services étaientaistingués et récompensés par une riche portion de terrain séparée du domaine public.
Ces terres n'étaient jamais cultivées par les compatriotes du roi, quelque humble que fût leur condition, mais par des prisonniers de guerre. Telle fut l’origine de l'esclavage dans la Hellade, et la source des richesses qui valurent à Agamemnon le commandement général de la confédération des Grecs.
Dans leur haute position, si on l’examine telle qu elle est décrite dans V Iliade et dans VOdjrssée, on verra que le pouvoir des rois était très-limité. A l’armée , la volonté d’Agamemnon étaiisubordonnéeàladécisiondcs chefs, ui le traitaient parfois avec assez peu 'égards. Enfin il y avait une assemblée générale supérieure au conseil des princes, comme cela se fit pour résoudre la question de savoir si on devait retourner en Grèce ou continuer le si^e de Troie.
Dans cliaque royaume, la décision
d’une espèce de sénat l’emportait suv la volonté du prince , et la majesté du peuple confirmait ou rejetait ses décisions. Ainsi , on voit dans l’Odyssée Télémaque menacer d’en appeler à l’assemblée publique , de rinjustice des prétendants qui formaient l’aristocratie ithacienne.Si on parcourtensuite les différents étages de la société , on trouvera la même distribution du ^uvoir dans chaque village, ^ offrait en abrégé la repr^mitatioa du royaume, tandis que le royaume présentait le tableau général de la société.
L’état ainsi constitué garantissait à chaime individu sa sûreté. Les meubles, dit Plutarque dans la vie de Thésée , étaient partagés à la mort d’un particulier, par portions égales, entre ses descendants. S’il n’y avait pas d’enfants, les plus proches parents du côté paternel néritaient du mobilier. Homère ne dit rien de la snceession aux propriétés immobilières ; on sait seulement que plus tard les causes relatives aux biensfonds furent décidées par des juges qui étaient à la nomination des rois.
La poursuite des meurtriers appartenait aux parents de la victime , qui pouvaient accepter un dédomm^ement pour la perte que la famille avait éprouvée : idée brute et contraire à Tordre social, qui s’est perpétuée dans l’Orient. Au reste, on Ignorait les cruautés légales du secret et des tortures : oa adoucit même certaines peines , dit Thucydide, mais les crimes pour cela n’ étaient pas moins fréquents. Presijue tous les fameux héros de la Grèce s’étaient rendus coupables de quelques meurtres' qui les avaient forces de quitter leur pays; mais ils étaient accueillis partout, plutôt comme des infortunés que comme des criminels : cependant, pour se réconcilier avec la société et gvec la morale, quiconque avait versé le sang humain, même sur le c)iamp de bataille , était soumis à U ^vérité des expiations.
On reiiiarque dans l’histoire des siècles héroïques les plus touchantes peintures de l’affection paternelle et de la piété filiale. Les sentiments de famille
GRÈCE. 19
Inspirés par la nature, confirmés par térieurs etde sollicitudes maternelles, l’éducation, étaient fortifiés par les Filer la laine des brebis , tramer un principes de la religion. Leur énergie tissu , broder, veiller aux soins et à ainsi triplée devenait si puissante, que l’éducation de leurs enfants , telles le sacrifice d’Alceste se dévouant pour étaient leurs occupations. Thétis avait son époux est traité de fable par les ainsi élevé Achille , et tous les héros * hommes de notre âge, pour qui les de la Grèce le furent de la même maplus nobles sentiments sont taxés de nière. Dans la suite, les femmes furent folie. Mais, à côté de ces vertus, les traitées avec dédain, poésies d’Homère nous apprennent Gn petit nombre de femmes se que les guerres se faisaient avec in- consacraient à la divinité : elles se humanité. Achille se vante d’avoir montraient dans les fêtes publiques, ruiné douze villes à lui seul. Les Ce n’était pas touiours sans inconhommes étaient massacrés, les femmes vénient: ainsi la belle Polymèle, danet les enfants faits esclaves; celles qui sant dans un chœur de Diane, ex-
filaisaient aux vainqueurs partageaient cita la passion de Mercure; mais eur couche. On voit aux funérailles son honneur fut aussitôt réhabilité de Patrocle des prisonniers égorgés par un homme puissant qui offrit de sang-lroid en son honneur et jetés de l'éponser. La taiblessede Polymèle sur le DÛcher avec ses chevaux qu’on fut attribuée à une théophanie ou maavalt immolés. nifestation divine; cette excuse était
Nul châtiment n’égalait la privation préférable au châtiment que les Rodes droits de citoyen , qu’on infligeait mains inIligeaientauxvestmes.Bo.ssuet à un Grec. Il semblait dévoué aux fu- a dit que les anciens élevèrent des ries quand on lui ôtait la protection autels a l’amour, mais jamais h l’ades lois , et il se trouvait malheureux mour conjugal; c’est que le foyer lorsqu’on lui souhaitait seulement d’ê- paternel Aait son temple. L’égalité tre privé du bonheur domestique. entre les sexes, formée par la na- Le mariage était la source de ce ture , cimenté par la raison et conbonheur. Son institution était attri- firmi^ par les préceptes de la religion, buée, d’après une tradition antique , produisait ces scènes homériques qui à la bonté des dieux. On célébrait peignent un bonheurs! complet, qi?fl l’union conjugale avec la pompe des ne lui manque que d’être éternel, fêtes religieuses, lin conége rem- L’affection et la tendresse des époux pli d’all^esse, portant des flambeaux secommuniquaientaux enfants. Tandis comme (fins les mystères, marchait en que le père retrouvait dans sa fille les triomphe aux chants d’hymen , et charmes de s5 compagne , celle-ci se l’eau lustrale qu’on répandait sur les plaisait à reconnaître dans ses fils les époux était puisée dans des fontaines traits de l’auteur de leur existence : visitées par les génies (jui président à de là venait ce respect lilial pour les la féconciité. parents , qui approchait d’un culte
Les secondes noces n’étaient point presque divin, absolument interdites, mais les liens Les héros les plus fougueux , habidu mariage étaient si puissants , que tués dès le berceau à l’obéissance paterla mort même semblait ne pouvoir les nclle, se soumettaient aux moindres rerompre. Pénélope gémissait d’être présentations du chefque les dieux leur forcé’ d’oublier Givsse ; et celui qui avaient donné, et connaient leurs plus contractait un nouvel hymen dégra- chers Intérêts à l’expénence et a la «fait son caractère dans Vopinion pu- bonté de ceux de qui ils tenaient le blique : l’aélultère était cité avec la jour.
même horreur que |e meurtre. Parmi les frères , on se croyait en
L’occupation des femmes, qui vi- toute occasion obligé de céder à valent habituellement séparées des l’alné, car il était reconnu que les hommes , se composait des travaux in- Euménides poursuivaient de leurs
sombres fureurs b violation des droits sacrés d’aînesse et de supériorité d'années. Il n’y avait point de punition pour les parricides , parce que ce crime semblait impossible. Au reste, les lois étaient fort simples et en petit nombre, prce qu’il fallait moins statuer sur l’injustice que sur l’insulte, et plutôt réprimer les passions dans leur fougue que poursuivre les vices dans leurs détours.
Les occupations des Grecs, dans les sièdes héroïques , étaient sanctifiées par une uiteïligence surnaturelle. La guerre était leur principale étude. Ils Ignoraient ce qu’on appelle stratégie :
agissant par masses, ils s’élançaient impétueusement sur les ennemis. Chaque guerrier attaché à un antagoniste, se trouvait obligé de se battre comme si le gain de b bataille eût dépendu de sa valeur, et un combat n’était en quelque sorte qu’une scène de duels.
Alors , les plus violentes passions excitaient des animosités, chacun connaissait son ennemi , et une victoire était souvent souillée par ces froides cruautés dont Achille offrit l’exemple , en sacrifiant les Troyens prisonniers de guerre sur le tombeau de Patrocle.
Cependant l’usage des armes empoisonnées était détendu. Ilos refuse à Ulysse des flèclies trempées dans des sucs mortels , parce qu’il respectait les dieux. Ces mêmes dieux avaient pour agréable que la vie des prisonniers fut épargnée, lorsqu’ils promettaient une rançon suffisante : enfin les traités politiques n’étaient soumis à d’autres garanties qu’à la boune foi des parties contractantes.
Ixs biens principaux consistaient en esclaves, troupeaux , chevaux, armes; l’or et l’argent faisaient également partie des richesses; ils servaient aux échanges, mais les métaux n’étaient pas monnayés.
Les arts de la paix se réduisaient pour les Grecs à leur procurer les choses nécessaires aux besoins de la vie , qui ne consisbient pas dans des objets de luxe et d’agrément. Les meubles étaient grossiers , la charrue était à peine ébauchée. Au temps d’Hésiode,
on se servait de ciseaux pour tondre les brebis , au lieu d’attendre, comme anciennement , la saison où ces animaux perdaient leur laine, pour la recueillir.
Les héros faisaient eux-mémes leur cuisine. On voit dans l’Iliade Achille préparer le repas qu’il veut offrir aux ambassadeurs d’Agaraemnon. Ulysse dans l’Odyssée sculptait son lit. Nausicaé, fille du roi des Phéaciens (Corfou), interrompt son père au milieu d’un conseil où il délibère avec les (^efs, pour lui demander la permission d’aller au fleuve avec ses compagnes laver les bardes de la famille.
L’orge, qui était le principal produit de l’agricmture, fournissait la nourriture aux hommes. Il subissait différentes préparations , avant d’étre écrasé entre deux pierres et réduit en farine dont on faisait des gâteaux.
On cultivait l’olivier, mais on ignora long-temps que l’huile pouvait être employé à l'éclairage pendant la nuit.
Ju^u’alors on s’ était servi de feux de bois sec, et les torches dont parle Homère étaient des branches du pin résineux appelé dadi^ dont les paysans de la Grèce font encore usage.
La tissanderie, que les anciens entendaient à merveille , s’exécutait debout, ainsi que les autres professions mécaniques. La hache, l’herminette , le vilebrequin, le rabot, le niveau, sont les seuls outils cités par Homère , qui a vraisemblablement oublié de nommer la scie , l’équerre et le compas dont on attribue l’invention à Dédale:
l’art de tailler et de polir le marbre n’était pas connu.
Homere ne dit rien des ordres d’architecture ; des piliers faisaient les seuls ornements des édifices qu’il décrit. Le palais d’Alcinoüs brillait d’or, d’argent, d’airain; on y trouvait de l’ambre. Les toits des maisons étaient plats, et les demeures des grands environnées de murailles , comme on les voit maintenant dans l’Epire. L’architecture pélasgique qu’on trouve dans les constructions de Tirynthe, de Mycènes , de la citadelle Larissa d’Argos . et de l’édifice que l’on croit avoir été
GRÈCE. ai
la tréaorerie d’Atrée, nous donne une id^ des monuments publics de cette époque (*).
(*) Mjrcènes et Tirynthe (Toy. planch. 5 et 6 ) , fondées dans le 1 5* siècle avant J.-C, furent détruites par les Àrgiens, presque aussitôt après l’invasion des Perses , 466 ans avant J.-C. Les murailles de Mycénes, qui existent encore en grande partie , sont d’une construction différente de celles de Tiryntbe,
« en ce que celles de Mycénes sont formées de polygones irréguliers, taillés et aj ustés avec art; tandis que les murs de Tiryntbe consistent en pierres colossales superpmées les unes aux autres , toutes brutes , ou a peine dégrossies. Homère vante la force de mors, que les tragiques grecs attribuent aux Cyclopes.
Mycénes fut prise par famine, dit Pausanias, les Ârgiens étant incmables de détruire ses murs , en raison de Wr force extraordinaire , attendu qu’ils étaient , ainsi que ceux de Tiryntbe, l’oeuvre des Cyclopes.
L'un des monuments les plus remarquables de Mécènes est la trésorerie ou tombean d’Atree ( voy. planches 7 et 8 ) , dont parle aussi Pausanias. « Parmi les rtiines de Mycèiies sont les chambres souterraines d’Atrée et de ses fils; c’est dans ces trésoreries que leurs richesses étaient déposées. On voit aussi 4e sépulcre d’.4trée et de tous ceux qu’Égiste immola avec Agamemnon. »
L’entrée de cette tréscmrie est au bas de la colline sur laquelle s’élevait la ville, que domine la citadelle , et que défendait une triple enceinte de remparts. Près de cette entrée on voyait dernièrement une colonne renversée et couverte d’ornements en rigzag d’un dessin fort curieux. Sur l’architrave de celte porte , des trous assez profonds indiquent que de forts clous de bronze y fixaient quelque omemenL Dans tout l’inlerieur du monument, on voit encore de semblables clous, placés i d’égales distances, probablement destinés i fixer tout autour des plaques de bronze. L’entrée de cette trésorerie, qui a 18 pieds de profondeur, est couverte par deux énormes pierres, dont l’nne a ao pieds de long, 16 de large et 4 de hauteur. L’intérieur ( voy. planche 8 ) , qui forme nne sorte de cône , a 47 pieds de diamètre et 5o de haut. Une |K>rte, de même forme que celle d’entrée , mais plus petite , conduit dans une autre pièce moins grande.
On a découvert dernièrement à Mycénes d’autres édifices de même forme , mais plus petits On en trouve de semblables dans les
La musique faisait les délices dee Grecs ; elle n’était pas d’un çenre savant , et par cela même , elle était plus
anciennes villes de la Sicile, particulièrement sur l’emplacement de Macara.
De la trésorerie d'Atrée on aperçoit la grande porte de la citadelle, l’un des monuments les plus importants de l'antiquité, puisque c’est le seul fragment qui existe de la sculpture des temps bcroTqurs. Pausauias en parle ainsi : « Quelques parties des murailles qui entourent Mycénes existent encore, aussi bien que la porte où sont les lions , qui , dit-on, sont l'œuvre des Cyclopes, par qui furent bâtis les murs de Tiry ntbe, pour Proetus. Cette porte est placée à l'extrémité d’une avenue d’environ 5o pieds , qui lait partie des fortifications , et qui est construite en blocs de pierre carrés, superposés en remparts parallèles, tandis que le reste de[Mycenes est construit avec des pierres dont les polygones sont irréguliers. La pierre qui forme l’architrave de la porte est d’un seul morceau, de i5 pieds de long et de 4 piixls de haut. La pierre triangulaire sur laquelle les lions sont sculptés a 1 1 pieds de long , 9 pieds et demi de haut et a pieds d’épaisseur. On voit encore les trous des pivots sur lesquels tournait la porte. Ces lions, ou plutôt ces lionnes , n’ont pas la queue sem blable aux animaux de leur espèce ; circonstance qui se retrouve également sur des sculptures, à Persépolis , représentant des animaux pareils à ceux de Mycénes. Les monuments de Persépolis offrent aussi des piliers surmontés de boules , ayant beaucoup d’analogie avec le pilier surmonté de quatre boules que l'on voit entre les deux bons. Dans la religion des Perses , ces boules représentaient , dit-on , le soleil ; et il pa. rait que les Cyclopes venaient de la Syrie, Du reste, on rencontre souvent sur les monuments de l'Égy pte des piliers avec des globes. «
De la porte des lions on domine la plaine et le golfe d’Argos. Sur notre planche, à droite , on aperçoit l’entrée de la trésorerie d’Atrée, et plus haut, sur les collines qui dominent la mer, s’élève la citadelle Larissa , qui protège la ville d’Argos.
Les ruines de Tiryntbe ( voy. planche 5 ) , qui fut quelque temps la résidence d’Her cule , nous offrent le modèle le plus complet de l’architecture militaire des temps héroïques. Ce sont d’énormes pierres superposées les nnes aux autres , et qui ne sont
-ZOC
OOglf
L’UNIVERS
propre à émoutoir les sens. Les effets qu’on lui attribue sont étonnants, sans être incroyables , parce qu’elle dut être une imitation oes tons et des accents simples et patliétiques d’un langage expressif et liarraonieux.
Dans l’âge liéroïque, les événements destinés à être conservés par la tradition, étaient mis sous ia sauvegarde des nombres harmonieux. LeS nliices religieux étaient psalmodiés, et les différents cantiques appropriés aux solennités. La poésie, accompagnée de la musique et de la danse,
paj équairies. Lu vides que Uisse entre elles l'irrégularité de leurs formes sont remplis avec des pierru de moindre grosseur. La uuiraille a souvent aS pieds d'épaisseur.
La principale entrée qui conduit aux galeries dont iioiu donnons la vue, planche 8, est près d’une tour de ao pieds carrés et de 43 pii-ds de haut. Cette entrée ut formée de grands blou de pierra; l’architrave a plus de 10 pieds de long. Au sud de celte porte, sont lu rusles des gsleries, qui , dans i'élat actuel, ont 1% pic^de haut. Les espèces de |H)rtcs ou fenêtres en ogive qu’on y remarque donnent lieu de croite que ces corridors , qui entouraient prohablemstil ia forteresse , communiquaient avec d'autres coDsIruclionsqui ont disparu. Ou pense que c’était là que le retirait la garnison.
Pausanias dit que 1rs muis de Tiryntfae eiislaielit encore de son temps, qiifls étaient con.siruits en pierres brutes, lellu qu’une seule aurait pu Glre traînée difUcilcmenl par en attelage de mulets.
La rudesse et la sévérité de cei conslrllctions eontraslcnl avec la légèreté de ee peuple et sa propension A rire : les Tirynihiens s’étalent fait une telle habitude de plaisanter de tout, qu’ils ne pouvaient plus traiter sérieiiseniriil les affaires les pllis importantes. Fatigués de leur légèreté, les 'riryntbieiis recoururent à l’oracle de Delphes. Il les assura qu’ils giiciiraient , s'ils pouVaicnl sacrlfler, sans rire, un taureau à Neptune. Assemblés sur le rivage, ils avaient éloigné les enfants , et comme ou vmilait en chasser un qui s’était glissé dans la foule : « Eli quoi ! rraigiii'Z - vous qile j'avale votre laiireaii?» cria-l-il. A ces mots , les Ttrinthiens cclalêrent de rire et se reconnurent Incorrigibles,
est appelée per Homère V ornement dei fêtes.
Chaque profession, même ,1a plus humble, était encouragée par une dtahson particulière , et les actions les plus ordinaires de la vie étaient relevées et embellies par les charmes combinés de la musique et de la poésie.
Linlis, et Slélainpe qui régna dans Argos , sont les deux poêles lyriques qu’on place h la tête des hymnograplies, ou Compositeurs de cantiques.
Ampnion , si célèbre par ses chants , fut roi de Thèbes. Cliiron , appelé par sa naissance au premier rangdes princes de Thessalie, préférant au trône Vartde la poésie accompagnée de la lyre , se retira dans une caverne, (jue l’éclat de ses talents rendit bientôt la plus célèbre école de l’antiquité.
La musique était alors tellement en honneur, qti’elle élevait les hommes aux premiers degrés de la société. Ce fut en s’adonnant au culte des muses qu’Anthês de Béotie, Olen de Lycie, Olympe de Phry'gie, Orphée, Musée et plusieurs autres eurent en partage l’immortalité : la croyance des anciens les plaçait dans les régions célestes au nombre des dieux.
Les hommes qui honoraient ainsi ia musique n’avaient ni le loisir, ni l’inclination convenable pour se livrer aux sciences spéculatives. Ils ne connaissaient de lAritbmétique que les calculs qui convenaient au cercle étroit de leurs affaires.
L’astronomie des Grecs consi.stait à observer les constellations les plus apparentes pour se diriger dans leur cabotage, qui avait presque toujours lieu en vue de terre. Les principales étoiles dont Homère fait mention, sont la grande et la petite Ourse, les Pléiades , les Hyades , Orion et peutêtre Syrius.
Les amusements publics étaient ceux d'une grande famille. Réunis avec leurs égaux , les jeunes Grecs célébraient des -solennités religieuses ou des jeux funèbres. Alors on se disputait le prix de la course, on s’exerçait à lutter, à manier le ceste, à lancer le disque ou palet; et ces
GRECE
lortes d amusementi, en occupant l’attention publique, servaient à développer les forces du corps.
Les vieillards , dont la sagesse suppléait à l’expérience lente des siècles,
f résidaient à ces jeux , écoutaient es orateurs , car la parole était puissante dans des états fondés sur la liberté. Ulysse et le fils de Télamon, Ajax, nous en ont laissé de mémorables exemples. Cependant on ne connaissait pas l’étude ; mais les Grecs en étaient dédommagés par les affections sociales et par le charme de ces conversations qui se rapportaient à leur douce patrie , et à leur commerce prétendu avec les dieux. I.es devins ou prophètes (car les oracles étaient peu connus dans la Grèce avant le siège de Troie) avaient le plus grand crédit sur le peuple, et ils en usèrent en général pour l’élever à cette hauteur de caractère qu’on admirera dans tous les siècles.
' (FÉBIODE DE L’HlSTOtlut GRECQUE Bo xn* AC T* tiècui.
Il n’y a aucune partie des annales de la Grèce sur laquelle on ait aussi peu de renseignements pour cette longue période <pii s’étend du douzième au cinquième siecle avant notré ère :
les principaux événements de ces temps ne sont connus que d’une manière générale.
La Grèceavait triomphé dcsTroyenSj saps pouvoir s’applauclir de ses succès. Les calamités de la guerre , les désastres causés par les naufrages et par divers accidents de mer, la discorda des nations et leur anarchie , la ruine de la confédération générale des Heb lènes, furent les tristes résultats du grand événement dont on vient de parler.
A peine Agamemnon eut touché le sol natal et revu le bois sacré d’Inachus, m’il périt assassiné par les conseils d'une épouse adultère. Oreste, son fils , pour éviter un sort pareil , dut se rénigier à Athènes , d’ou il ne revint qu’au bout de huit ans d’exil, pour tirer vengeance d’Égisthe et de Clytemnestre : mais son royaume ne
recouvra jamais sa prééminence et at splendeur première.
Les aventures d’Ulysse sont trop connues pour qu’il en soit ici question. Enfin, si on énumérait les liaines qui troublèrent plus ou moins toutes les contrées de la Grèce^ on ne verrait qu’un horrible tableau de fraudes et de cruautés ? et cette répétition de crimes fatiguerait l’attention du lecteur.
Nous nous contenterons de dire, à ce sujet, que ces agitations eurent pour résultat d’affiiiblir considérablement la liellade.
On peut considérer la période dans laquelle nous entrons sous trois points de vue particuliers : 1“ Les migrations des différentes tribus grecques dans les lim'tes étroites de la liellade.
S” Les établissements de plusieurs colonies dans quelques parties éloignées de l’Europe, de l’Asie et de l’Afrique. S” L’abolition de la monarchie dans la Grèce, à l’exception de l’Épire.
Les temps qui suivirent immédiatement la guerre de Troie furent extrêmement adtés par plusieurs dissentions dans les familles souveraines de la Grèce, et particulièrement dans celle de Pélops. Mais de plus grands troubles s’élevèrent bientôt, suscités par les tribus sauvages du Nord , et principalement par celles des Dorlens, mi, après s’être alliés avec les Étoliens, s’emparèrent du Péloponèse , sous la conduite des Héradides ou descendants d’Hercule, qui avaient été chassés d’Argos. La Grèce en fut ébranlée pendant un siècle presque entier, et ces invasions , en misant changer de demeures à la plupart des tribus helléniques , eurent les suites les plus importantes et les plus durables.
Il fbut consulter Homère pour connaître dans leur origine la cause première des migrations qui suivirent la guerre de Troie. Jusqu’alors, la terre avait été considérée comme un domaine public. Ni le rang, ni le sexe ne dispensaient des travaux, qui cessent d’être vils dès qu’ils sont communs à toutes les conditions. Mais
L'igii;7«x] Qy vjOOglc
L’UNIVERS
comme ta propriété n'était pas garantie . par les lois, il en résultait, surtout pour la partie septentrionale de la Grèce, que les Doriens étaient toujours prêts à changer de situation.
Etaient-ils inquiétés, avaient-ils une perspective avantageuse , ils abandonnaient leur station , avec le projet d’acquérir de gré ou de force un établissement plus convenable à leurs intérêts.
Guidée par des motifs de cette espèce, une peuplade de Béotiens tenta de s’établir dans la riche vallée d’Arné, nom sous lequel on désignait la Thessalie. Elle partit en corps de nation; mais les indigènes de cette contrée s’étant armés repoussèrent les agresseurs , qui durent rentrer dans le pays d’où ils étaient sortis: ces choses se passèrent, au rapport de Thucydide , soixante ans apres la guerre de Troie.
Vingt ans plus tard, une migration
f)lus considérable changea totalement a face du Példponèse , et donna par la suite des colonies à la côte occidentale de l’Asie.
Les familles rivales de Persée et de Pélops se disputaient depuis longtemps la presqu’île; enfin la fortune des Pélopides l’avait emporté. Mais comme dans leur restauration, les vainqueurs furent plus portés à persécuter leurs ennemis qu’à leur pardonner, les Héraclides, qu’ils avaient forcés de s’expatrier, ne s’occupèrent qu’à combiner les moyens de reconquérir leur patrie.
Hyllos , adopté par Eupalios, roi de la Doride, retrouva un trône à la mort de son généreux bienfaiteur.
Mais les vallées étroites du mont ÜEta et les plateaux du Parnasse ne pouvaient consoler des hommes établis en vue du Péloponèse, de la perte d’un territoire beaucoup plus fertile et d’un climat plus tempéré. Long-temps les regrets qu’ils exprimaient avaient été comprimés par la grandeur croissante des Pélopides et par l’influence glorieuse d’Agamemnon. Après la mort de ce prince, ils avaient tenté sans succès, à deux reprises différentes, de franchir l’isthme de Corintlie pour ré-
tablir leur domination dans l’Argolide et dans la I.aconie.
Les choses restèrent sur en pied hostile, jusqu'au temps où les petitsfils de Hyllos, Téménos et Crespnonte, aidés d’Àristodème leur frère , descendants d’Hercule au cinquième degré, se trouvèrent en mesure de faire valoir leurs prétentions sur les provinces du Péloponèse qu’ils revendiquaient.
Ils avaient compris la difficulté de pénétrer par terre dans la presqu’île; ils s’arrêtèrent au projet d'entreprendre une expédition maritime, qui les porterait immédiatement dans les possessions d’ Hercule.
Naupacte, située à l’entrée du golfe des Alcyons, devint pour les Doriens l’arsenal où ils construisirent les bâtiments de transport qui devaient servir à leur entreprise. Ils reçurent dans leur alliance le roi des Étoliens belliueux, Oxylos , qui se prétendait issu 'Hercule ; et tous les hanitants du Pindoros (qu’il ne faut pas confondre avec le Pinde de l’Épire), ayant répondu à l’appel de leurs cliefs, quittèrent les retraites sauvages où iis se trouvaient depuis si long-temps relégués.
Leur politique avait su se ménager un parti puissant dans la Laconie.
Avant d’appareiller, on décida d’envoyer un corps de troupes légères vers l’isthme, ce qui obligea l’ennemi de diviser ses forces, et opéra une diversion favorable.
Sur ces entrefaites, la flotte, poyssée par un vent propice , cinglait vers la cote orientale du Péloponèse. Les Héraclides, secondés par la fortune, débarquent sans obstacle et occupent la Laconie, qui leur est livrée : Argos, Corinthe, la Messénie et une partie de l’Élide reconnaissent leur autorité.
La révolution fut complète ; il y eut eu de sang répandu : le vainqueur evait être ^nereux, mais il en fut autrement. Une partie du peuple qui tenait aux Pélopides dut s’expatrier, l’autre subit le joug humiliant de l’esclavage : telle fut l’origine des Hilotes.
Les Héraclides, maîtres du pays qu’ils regrettaient depuis six générations d’hommes, en firent alors le
GRÈCE. 25
partaee. L’Argolide échut à Téménos; thilos, fr^ de Tisamêne, réfugié dans Cresphonte ontint la Messénie ; et l’Eubée, tandis que d’autres suivirent comme Aristodème vint à mourir, la les drapeaux de Clions et de Malaos, Laconie fut réservée à ses deux fils descendants d’Agamemnon. jumeaux Eurysthène et Proclès , qui Cesdemiers,jointsàunefouledeproétaient encore enfants : Corinthe, fut scrits, au lieu de songer à rentrer dans le dévolue à leur parent Aletès et l’Elide Péloponèse , à la faveur d’une guerre concédée à l’Etolien Oxylos. civile, prenant conseil de leur esprit
11 convient de dire que, dans ces con- entreprenant, s’acheminèrent vers quêtes, la majeure partie des terres l’Hellespont, qu’ils traversèrent, et comprises dans les seigneuries de ces quatre-vingt-huit ans après la prise rois furent partagées entre les guer- de Troie, Us s’établirent sur les côtes Tiers doriens et étoliens. Ils avaient . de l’ancien royaume de Priam. Ils conquis pour eux et non pour leurs étendirent ensuite leurs colonies dechefs : maîtres des plus opulentes con- puis Cyzique jusqu’à l’embouchure de trées du Péloponèse, ils ne voulurent l’Hermos, et cette contrée délicieuse , plus retourner dans les montagnes où en y comprenant l’isle de Lesbos, relis menaient une vie misérable. çut le nom d’Éolide ou Éolie , en sou-
Le petit-fils d’Agamemnon Tisa- venir de la branche hellénique dont mène , roi d’ Argos et de Lacédémone , ses habitants descendaient.
Mélanthos, descendant de Nestor, roi Quoique l’effet de ces migrations de Messénie , qui s’étaient portés du dût être de retarder la civilisation côté de l’isthme aux premières alarmes nationale , elles devinrent le principe causées par l’expédition des Doriens, de l’ordre public qui s’établit dans la au lieu de marcher à l’ennemi , conçu- Grèce. Les tribus qui avaient envahi rent un projet différent. La révolution une partie du Péloponèse restèrent qui venait de s’opérer était l’ouvrage d’abord sous la domination de leurs d’un parti formidable. Rois détrônés, princes. Cette forme de gouvernement comme ils n’avaient pas dégénéré de dura plus ou moins long-temps dans la gloire de leurs ancêtres, iis ne pou- les différents états, où chaque canton vaient consentir à devenir les sujets de et chaque ville , à mesure qu’ils ayanquelques usurpateurs heureux. Émi- çaient dans l’ordre social , formèrent grer, c'était en quelque sorte renoncer presque autant d’états libres, au trône, auquel ils ne pouvaient re- Malgré ce morcellement, il subsista monter qu’en mendiant criminellement toujours entre les Grecs un lien naturel le secours de l’étranger. de parenté. Les Arcadiens, les Béo-
Dans cette alternative , Tisamêne tiens et les habitants des autres canrésolut de tourner ses armes contre les tons de la Hellade , ne parlaient jamais Ioniens, qui habitaient les bords du d’eux-mêmes que comme d’un seul
§olfe de Corinthe. Il y eut un combat peuple. En effet , quoiqu’ils ne fussent ans lequel ii périt; mais ses compa- unis par aucun lien politique, il y eut triotes, demeuré victorieux malgré toujours un esprit national , entretenu ce malheur, s’emparèrent du pays des parcertaines fêtes publiques, auxquelles Ioniens, qui devint à jamais illustre les Grecs seuls pouvaient prendre part sous le nom d’Acliaïe. et où la nation se montrait dans tout
Mélanthos , plus heureux que Tisa- son éclat, mène, ayant douché du côte de l’At- Coorüs. — Cwendant l’agitation tique, attaqua la Béotie. Vainqueur de r^nait dans la Hellade, et sous le
Thymètes, descendant de Thésée, dans règne de Codrus, fils de Mélanthos,
un combat singulier, le sceptre qui les Doriens , qui menaçaient l’Attique,
passa dans ses mains fut le prix de sa s’étant emparés d’une partie de la Mé-
valeur personnelle. Ce qui restait des garide , ne se trouvaient plus qu’à
Péloponésiens émigrés se rangèrent quelques lieues de distance d’Athènes,
les uns sous le commandement de Fen- Un oracle leur avait promis la victoire,
oogle
L’UNIVERS
s’ils respectaient la personne du roi.
Dans cette conjoncture, Godrus, informé de ce qui Se passait , résolut de se dévouer aU salut de la patrie. Déguisé en habit de soldat, il marcha sers le camp des Doriens, où il reçut la mort de la main d’un soldat , et son corps ayant été reconnu , les Pélopo- Désiens renoncèrent à leur entreprise.
ABOUTIOK D£ LA BOYACTÉ.
1091—1068 avtnt J.*C.
Les Athéniens , frappés de ce trait de grandeur, abolirent le titre de roi : ils dirent que Codrus l’avait élevé si haut, qu’il serait désormais impossible d’y atteindre; en conséquence, ils reconnurent Jupiter pour leur souverain : et ayant place Médon, fils de Codrus , à côté du trône , ils le nommèrent Archonte ou chef perpétuel , à la condition de rendre compte de son administration au peuple. ( 1068 ans avant J. -G.)
Les frères de ce prince s’étaient opposés à son élection; mais quand ils la virent confirmée par l’oracle, plutôt lie d’entretenir dans leur patrie des i visions intestines, ils allèrent au loin chercher d’autres destinées.
L’Attique et les pays circonvoisins étaient alors surchargés d’habitants :
les conquêtes des Héraclides y avaient fait refluer la nation entière des Ioniens, ui occupaient auparavant douze villes ans le Péloponèse. Ces étrangers, onéreux aux lieux qui leur servaient d’asile et trop voisins de ceux qu’ils avaient quittés, soupiraient après un changement qui leur fît oublier leurs inl'onunes. Les fils de Codrus leur indiquèrent au-delà des mers les riches campagnes nui terminent l’Asie, à J’ opposite de l’Europe, dont une partie était déjà occupée par les Éoliens, que les Héraclides avaient chassés du Péloponèse. On applaudit à ce projet, et quelques aventuriers de la Pliocide et de la Béotie s’étant joints aux mécontents , on Ht voile pour aller chercher une nouvelle patrie.
Arrivés sur le continent asiatique, les nobles enfants de la Hellade expulsèrent sans peine une race mêlée de
Lydiens, de CarietlB, d’anciens Phases ; et la nouvelle colonie se trouva ientôt maîtresse d’autant de villes qu’elle en possédait dans le Péloponèse.