APERÇU SUR LES COLONIES GRECQUES
Aucun peuple de l’ancien continent n’envoya au dehors autant de colonies que les Grecs , et elles devinrent Si importantes, qu’on ne peut embrasser dans son ensemble l’histoire ancienne de la Hellade sans en avoir connaissance. C’est à elles, en effet, que sé rattachent en grande partie la civilisation de leurs métropoles et les premières relations commerciales des hommes, depuis l’expédition des Argonautes.
Les colonies des Grecs dont il est ici question sont celles qui furent fondées par les Hellènes , depuis l’invasion dorienne jusqu’à l’é^que de la domination macédonienne. A la vérité , on ne saurait douter que des colonies pélasgés et grecques ne soient passées en Italie dès une haute antiquité ; mais parmi ces premiers établissements , les uns ne nous sont qii’imparfaitement connus, et les autres unirent par cesser d’ètre grecs.
Dans les accès de leur vanité nationale, les Grecs se gioriOaient d’avoir fondé la civilisation du monde. Cette prétention semblait justillée par, l’extension de leurs colonies à l’orient et à l’occident de la Grèce , sur les côtes de la mer Noire , de la Propontide , de l’Asie-Mineure, de la Tlirace, de la Macédoine, de l’Afrique, de la Basse-Italie, des Iles principales de la mer Égée, de la Sardaigne, de la Corse, et jusque dans les 6aules.
Les colonies grecques furent instituées , en partie dans des vues politiques , et en partie pour donner de l’étendue et de l’activité au commerce.
On range dans la première catégorie celles que la mère-patrie établit immédiatement elle-même; et dans la seconde, celles qui furent fondées directement par quelques-unes des colonies que le commerce avait élevées à un iiaut degré de prospérité.
Les rapports entre les colonies et la
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GRÈCE. j7
métropole étaient déterminés par les motifs de leur expatriation. Quand un de ces établissements était l’œuvre des citoyens que le mécontentement ou la violence forçaient à sortir de leur pays, son indépendance se trouvait natureUement décidée. Lorsqu’au contraire l'état envoyait à l'étrancer une exubérance de sa population , la colonie qui en résultait était dans une dépendance mitigée de la métropole et presque toujours de courte duree.
Colonies asiatiques. — Les plus anciennes colonies étaient celles de la côte occidentale de l’Âsie-Iilineure , qui s'étend depuis l’Hellespont jusqu’aux confins de la Cilicie. La s’étaient ^és, depuis la guerre de Troie, les Éoliens, les Ioniens et les Doriens , et ce fut chez eux que se développèrent , au sein de l’opulence, les premiers germes de la poésie épique et lyrique.
Ioniens. — Les colonies ioniennes , qui remontaient à l’année 1124, furent conduites en Asie par les Pélopides.
Oreste, Penthilos , son fils, accompagnés d’Archélaos, son petit-fils, et de Graïos, son arrière-petit-fils, s’avancèrent insensiblement dans l’intérieur des terres jusqu’à l’Hellespont, renforcés de leurs compatriotes qui venaient successivement les rejoindre.
Ils occupèrent ainsi une partie des côtes de la Mysie, de la Carie, ainsi que les lies de Lesbos , de Ténédos et le groupe d’écueils qu’on appelle Hécatonèses , aujourd’hui ^palmadores.
Éoliens. — Les Eoliens, maîtres de cette contrée, bâtirent douze villes; les principales étaient Cymé et Smyrne, qui fit dans la suite partie de l’Ionie. Leurs principaux établissements étaient cependant dans i’ile de Lesbos, où ils fondèrent cinq villes, dont la principale et la plus importante fut Mytilène.
Chaque cité était indépendante et régie par une constitution particulière.
Tout ce qu’on sait de leurs affaires intérieures, c’est qu’elles subirent beaucoup de révolutions , qu’on essaya souvent de réprimer en cnoisissant des magistrats revêtus de pouvoirs illimités pour un temps , et quelquefois pour leur vie ; on les nommait Asymnetes : un des
lus ^renommés fut Pittacos, contemorain d’Alcée et de Sapho.
Les colonies ioniennes étaient postérieures à celles des Eoliens ; cependant elles furent , comme celles-ci, la conséquence de l’invasion des Loriens dans la Hellade méridionale ; elles fondèrent douze villes : c’étaient sur le continent, en allant du nord au midi, Phocée, ÉMhrée, Clazomènes, Téos, Lébédos, Colophon, Éphèse, Priène, Myonte, Rfilet, ainsi que les capitales des lies de Samos et de Chios.
Milet, dont la plus grande prospérité est comprise entre les années 700 et 500, fut. après Tyr et Carthage, la première ville commerçante du monde.
^ comptoirs s’étendaient jusqu’aux Palus -Méotides par la mer Noire, dont ils couvraient les rivages; car elle en avait fondé jusqu’à trois cents.
Par leur moyen, elle apit attiré tout le commerce du nord , en blé , en poissons secs, en pelleteries et en esclaves : son négoce par terre suivait la route militaire que les Perses avaient tracée jusque dans l’intérieur de l’Asie.
Milet avait quatre ports , et sa puissance navale était si considérable qu’elle équipa souvent des flottes de 80 et de 100 vaisseaux de guerre : nous aurons lieu de parler des autres villes ioniennes à l’époque du règne de Crésus.
Doriens. — Les colonies doriennes s’établirent plus tard que les autres sur la côte méridionale de la Carie, ainsi que dans les Iles de Cos et de Rhodes. Il parait que les Doriens se fixèrent de proche en proche dans lés lies de l’Archipel, jusqu’aux côtes de l’Asie, où ils bâtirent les deux villes de Cnide et d’Halicarnasse; ils fondèrent successivement laiyssos, Camice et Lyndos dans nie de Rhodes, et Cos dans l’ile du même nom.
Colonies du Pont-Euxin. — Les colonies grecques de la mer Noire , situées sur son nord méridional, étaient : Héraclée, en Bithynie; Sinope, dans la Paphlagonie; Amise, dans la province de Pont, dont Trapezos ( Trébizondet fut une colonie; les villes de
L’UNIVERS
Phasis et de Dioscurias , Phanagorie , Panticapée. Sur la côte septentrionale, dans l’intérieur des Paliis-Méotides , on comptait Tanaîs , située à l’embouchure au fleuve qui porte ce nom ; Olbia, à l’entrée du Borysthène. Les colonies de la plage occidentale, telles qu’Apollonie , Tonos , Salmydissos , n’eurent que peu d’éclat.
Les côtes de la Thrace et de la Macédoine étaient pareillement couvertes de colonies grecques.
Celles qui étaient sorties d’Athènes et de Corinthe possédaient Sestos, Cardia, Égos Potamos , Maronée; Abdère avait été fondée par les habitants de Téos. Amphipolis , Chalcis , Olwthe et Potidée, sur la côte de Macédoine, étaient des villes beaucoup plus considérables.
Colonies bans l’Italie. — Les colonies helléniques établies à l’occident de la Grèce, dans cette partie de l’Italie appelée la Grande-Grèce , furent Tarente, Héraclée et Brundusium , dont les habitants étaient d’extraction dorienne. Les établissements d’origine achéenne étaient Sybaris et Crotone , ainsi gue leurs sous-colonies Laos, Caulaunia et Pandosie. Thurium , oui remplaça Sybaris, Rhé-
fium, Élée, Cumes'et Naples étaient ’origine ionienne; et on peut considérer comme Éoliens , les Locriens Épizéphyriens , qui étaient une colonie des Locriens Ozoles, peuple voisin de l’Étolie Épictète.
Colonies en Sicile.— Les colonies grecques dans la Sicile étaient en partie doriennes et çn partie ioniennes. Les premières eurent pour villes Messana (Messine)etTyndaris, dont les habitants venaient de la Messénie ; Syracuse , colonie de Corinthe , fonda Acra, Casmène et Camarine ; Hybla et Tapsos étaient des établissements des Mégariens ; Sieste, fondée par des Thessaliens ; Hmciée Minoa, par des Crétois ; Géla , par des Rhodiens , oui bâtirent Agrigente; Lipara, dans la petite tie de ce nom, dut son existence aux habitants de Cnide.
Parmi les villes d’origine ionienne de la Sicile , on comptait Naxos , qui
bâtit ensuite Léontium ; Catane et Tauroméniùm , colonies de Chalcis ; Zancle, surnommée Messana, qui fonda Himère et Mylé.
Dans les autres lies et sur les côtes de la Méditerranée , on citait comme colonies ou villes fondées par les Grecs; Caralis et Olbia, en Sardaigne; dans Cyrnos (la Corse), Alaria, dont les habitants passèrent dans la suiteà Rhégium et à Marseille, qu’ils fondèrent en 536 : Antipolis ( Antibes ) et Nice durent leur origine aux Hellènes des colonies de l’Asie-Mineure.
Sur les côtes d’Espagne, on remariait Sagonte, colonie de l’tle de Zante.
Sur la côte d’Afrique, la riche et brillante Cyrène avait été fondée, d’après l’ordre de l’oracle de Delphes, par les habitants de Théra.