‹ Grèce par m. PouquevilleChapitre 68 sur 115 · CAMPAGNE DE L’ANNÉE · texte numérisé non relu

CAMPAGNE DE L’ANNÉE

33o ET. J.-C.

Quatrième armée persane. — Darius, arrivé à Ecbatane , capitale de la Médie , était parvenu à réunir autour de lui trente mille fantassins, au nombre desquels on comptait quatre mille Grecs , qui lui restèrent fidèles jusqu’à la fin ; quatre mille frondeurs ou gens de trait, ainsi que plus de trois mille cavaliers persans , et surtout du nord de l’Asie, commandés par fiessus , satrape de la Bactriane. Il lui restait ainsi, après ses désastres, de quoi venger ou terminer tous ses maux, ce qui lui faisait dire;qu’i<ne même journée verrait la fin de son règne et de sa vie s’accomplir avec honneur.

Darius trahi. — C’était aussi le vœu de ses soldats, déterminés à mourir arec leur roi. Mais Nabarzane, g^ral de la cavalerie persane, et Bessus , avaient conçu le plus grand de tous les crimes : c’était d’arrêter leur souverain. Ils devaient, dans le cas où iis se trouveraient serrés de

firès par Alexandre, se racheter, en ui livrant Darius en vie. S’ils échappaient au vainqueur, ils se proposaient

d’assassiner leur maître , de s’emparer de la couronne et continuer une guerre à outrance ; ils séduisirent les soldats , qui vOTaient une retraite assurée dans la Bactriane.

Quelque sourdes que fussent ces manœuvres , Darius en eut connaissance. Patron , qui commandait les Grecs, l’exhorta inutilement à faire dresser sa tente dans son quartier, et à confier la garde de sa ^rsonne à des troupes sur la fidélité desquelles il pouvait compter. Il ne put se résoudre à faire un pareil affront aux Perses , et il répondit : « qu’il éprouve- 0 rait moins de peine a être trompé « par ses sujets qu’à les condamner sur « de simples soupçons : qu’il préfé- « rait s’exposer à souffrir parmi les « siens les malheurs que la fortune « lui réservait , plutôt que de clier- « cher sa sûreté au milieu des étran- « gers ; qu’aussi bien il ne pouvait plus « mourir que trop tard, si les soldats » qui étaient de sa nation le jugeaient < indigne de vivre. » Il ne tarda pas à éprouver la vérité du conseil que Patron lui donnait ; les traîtres s’emparèrent de sa personne, le lièrent avec des chaînes d’or, et prirent le chemin de la Bactriane.

Prise d’Ecbatane. — Darius était parti depuis cinq jours, lorsque Alexandre entra dans Ecbatane. Les trésors qu’il trouva dans cette ville se montaient, suivant Strabon.à 180 mille talents (environ un milliard defr.). Il les laissa dans la citadelle avec une^ forte

arnison, pour marcher du côté de

Hyrcanie, en ordonnant à Clitos , resté malade à Suze, de le rejoindre dans le pays des Parthes , dès qu’il serait guéri.

Mort de Darius. — Alexandre mit onze jours pour arriver à Rhagès, ville située a dix lieues environ des Portes caspiennes, que le roi captif avait déjà franchies. Désespérant de l’atteindre, il s’arrête pendant cinq jours dans cet endroit, afin délaisser respirer ses troupes; alors s’étant remis en route , il campa à l’entrée des défilés, qu’il passa le lendemain. Il apprit dans ce lieu que Darius avait été

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I, 'UNIVERS

arrêté , que l’armée barbare obéissait à Dessus, mais qu’Artabaze et les Grecs qu’il commandait , indignés d’une aussi noire perfidie, s’étalent retirés dans les montagnes. Ce fut pour lui une raison de hâter sa marche.

Dessus pouvait néanmoins l’attaquer et le combattre avec succès ; mais le nom d’Alexandre qui était précédé de la terreur, étonna tellement les barbares, qu’ils prirent la fuite.

Dessus et ses complices ayant rejoint le prince captif, rengagèrent à monter à cheval, afin d’échapper aux Macédoniens ; il s’y refusa. Transportés de fureur en voyant que la royale victime allait leur échapper, ils lancèrent leurs dards contre leur maître infortuné, qu’ils laissèrent couvert de blessures. Ce fut dans cet état qu’on trouva Darius étendu sur son char, et touchant à sa fin^ il eut encore la force de demander a boire. Un soldat macédonien, nommé Polystrale, lui apporta de l’eau , et après avoir bu , il expira, âgé de cinquante ans et au bout de six années de règne. Avec lui finit l’empire des Perses, qui avait duré 206 ans, depuis le grand Cyrus, son fondateur, sous treize rois, savoir :

Cyrus, Cambyse, Smerdis le Mage, Darius, fils d’Hystaspe, Xerxès I", Artaxerxès-longue-Main , Xerxès II , Sogdien , Darius Nothos , Artaxerxès Mnémon, Artaxerxès Ochos, Arsès et Darius Codoman.

rnOCBLES DANS LA GRÈCE,

33o avant

Au milieu de tant de victoires , les Grecs jierdaient de vue le héros de Pella. Les uns disaient qu’il avait porté ses drapeaux jusqu’au delà de l’Ourse, et peu s’en faut jusqu’aux extrémités de la terre habitable; d’autres prétendaient qu’il était passé dans l’Inde, et que c’en était fait de cet astre brillant qui menaçait d’embraser le monde. La fermentation s’étendait; laTbrace, gouvernée par Memnon, venait de se révolter , lorsque les Lacédémoniens crurent l'occasion favo-

rable pour se soustraire au joug de la Macédoine.

Bataille de Mégalopolis. — Agis , roi de Sparte , avait attiré presque tout le Péloponèse dans son parti; il comptait sous ses drapeaux vingt mille hommes de pied , parmi lesquels il y avait huit mille mercenaires échappés de la bataille d’Issos, et onze mille hommes de cavalerie. Arrien prétend qu’il avait reçu autrefois de l’argent de Darius, afin d’opérer cette puissante diversion.

La Grèce entière courait aux armes, lorsque Antipater, ayant réuni quarante mille nommes, marcha au secours de Mégalopolis , que les Lacédémoniens tenaient assiégée parce qu’elle avait refusé de faire cause commune avec eux. La mêlée fut rude , chaque parti faisant des efforts extraordiilaires pour soutenir l’honneur de sa nation. Tant qu’on demeura sur le terrain où la nataille avait commencé.

Agis eut l’avantage; mais Antipater, ayant attiré les insurgés en rase campagne, remporta une victoire complète. Le fort de l’action eut lieu autour d’Agis, qu’on remarquait par sa bonne mine. Il fit des prodiges; mais enfin , couvert de blessures , les siens durent l’emporter sur son liouclier, et iis ne lâchèrent pied qu’après avoir été abandonnés de leurs alliés. Alors le roi poursuivi se ranima; intrépids et invincible jusqu’à la fin, mais accablé par le nombre, il mourut les armes à la main.

Diodore de Sicile fait monter, avec assez de vraisemblance , la perte des Spartiates à cinq mille trois cents hommes , et celle des Macédoniens i trois mille cinq cents. A peine y eutil un seul de ces derniers qui se retirât sans blessures. Plutarque raconte qu’ Alexandre, jaloux de la gloire d’Autipater, dit, en apprenant cette bataille : Quatid nous vainquions ici Darius, il y avait un combat de souris en Arcadie. A dater de cette affaire, jusqu’à la mort d’Alexandre, la Grèce louit d’une tranquillité et d’un bonheur auquel elle n’était plus accoutumée depuis long-temps.

GRÈCE. 267

Procès de Ctésiphon. — Les rateur justifia non-seulement Ctési- Grecs conservaient encore les formes phon et lui-méme, mais il fit bannir de cette constitution libre dont l’es- son adversaire, comme auteur d’une prit animait leurs ancêtres, lorsque accusation calomnieuse. Quelque ho- Athènes offrit un spectacle antique à norable que fût ce triomphe, üémosla Hellade. Il s’agissait d’un débat fa- thène retira encore plus de gloire de meu.x entre Eschine et Démosthène. sa conduite généreuse envers son ri- L’action , intentée peu de temps avant val. Avant qu' Eschine s’embarquât, la bataille.de Chéronée, ne rut ainsi il lui porta une somme d’argent qu’il appelée en jugement devant le peuple lui fit accepter h force d’instances ; géque huit ans après, sous l’arcnontat nérositéqui fit dire à l’exilé : Combien d’Aristophon. ne dois-je pas regretter un pays ou

Accusation. — En conséquence les ennemis sont plus généreux que d’un décret proposé par Ctésiphon , les amis ne le sont partout aitteurs ! Démosthène avait obtenu une cou- Eschine se retira à Rhodes , où il roniie d’or j comme récompense de son établit une école d’éloquence qui fleurit mérite civil. Eschine se portait accu- pendant plusieurs siècles. On rapporte sateur contre Ctésiphon comme viola- qu’ayant lu à ses disciples le discours leur des lois de la république: 1“ parce qui avait été suivi de son bannissement, qu’il avait fait décerner des honneurs il fut reçu avec des applaudissements publics à un citoyen chargé des linan- extraordinaires; mais ces applaudisseces de l’état, qui n’avait pas rendu ses ments redoublant lorsqu’il donna leccomptes ; 2* comme ayant fait pro- ture de la réplique de Démosthène , clamer au théâtre l’annonce de la loin d’en témoigner la moindre peine , couronne accordée à Démosthène ; il cria à son auditoire : Quelle aurait 3” enfin, attendu que les prétendus donc été votre admiration , si vous services de Démosthène n’avaient Paviez entendu lui-mémet abouti qu’à la ruine publique, il concluait à ce qu’il fût puni comme traî- mouvements

tre à la patrie. séditieux dans l'armée d’alexandre,

PLAIDOYERS. — Athènes était rem- 339 avant J. -C.

plie d’une foule de spectateurs accourus des différentes parties de la Grèce Alexandre, fatigué de poursuivre pour entendre le durât survenu entre Bessus dans la Bactriane , où il avait les deux orateurs les plus célèbres de pris le titre de roi et le surnom d’Aroefte époque. On trouve dans la haran- taxerxès, revint <i Hécatonpylos. Pengue d’Eschine le pouvoir de la raison dant le séjour qu’il y fit , la nouvelle et la force de la logique combinés avec se répandit que , content de ses vicia plus brillante éloquence. Néanmoins toires , il se préparait à retourner en la véhémence persuasive de Démos- Macédoine. Au même instant, on vit lliène prévalut; les traits sublimes qui ses soldats courir comme des insenlui firent obtenir la victoire seront sés à leurs tentes , plier bagage, charadmirés Jusqu’aux derniers âges du ger les chariots et remplir le camp de monde. A quel degré d’enthousiasme tumulte. La cause de ce faux bruit l’orateur et son auditoire ne durent-ils venait de ce que le roi avait licencié pas être élevés, lorsque, pour se jus- la cavalerie thessalienne après la prise tifier d’avoir conseillé la funeste ba- de Persépolis et plusieurs autres troutaille de Chéronée, il s’écria : Non! pes grecques qu’il avait comblées de athéniens, vous n’avez pas été richesses, de sorte que les Macédoabusés ; non! j’en jure par les rnâ- niens crurent la guerre finie pour eux nés des héros qui combaltiretU pour comme pour les autres. la même cause à Marathon et à Pta- Effrayé d’un pareil désordre, le roi téé. manda ses principaux officiers dans sa

Bannissement d’Eschine. — L’o- tente, et, les larmes aux yeux, il se.

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L’UNIVERS

plaignit de ce qu’il se voyait arrêté tout-à-coup dans une carrière si glorieuse et contraint de retourner dans son pays plutôt en vaincu qu’en vainweur. Les officiers le consolèrent et le rassurèrent en lui répondant de l’obéissance des troupes, pourvu qu’il consentit à leur parler lui-méme avec bonté et douceur.

Discours d’ Alexandre. — Quand le roi eut rassemblé l’armée , il lui adressa la parole en ces termes : « Je « ne m’étonne point, soldats, après « les choses à jamais mémorables que a nous avons iaites , si vous êtes ras- « sasiés de gloire et ne cherchez plus « que le repos. Si je croyais nos con- « quêtes bien assurées au milieu de O tant de peuples si rapidement vain- « eus , je ne le dissimule pas , je par- <• tagerais votre désir et je me hâte- « rais d’aller revoir mes dieux domes- « tiques , ma mère , mes soeurs , mes X compatriotes , et jouir au sein de ma X patrie de la gloire que j’ai acquise X avec vous. Que dis-je? cette gloire, X elle s’évanouira bientôt, si nous X laissons notre victoire imparfaite.

X Mais ce qui me touche bien plus en- « core , voudriez- vous que le crime et X l’attentat de Bess^us demeurât im- X puni ? pourriez-vous souffrir que le X sceptre de Darius passât aux mains X meurtrières du monstre qui l’a as- X sassiné pour me ravir la gloire de X le sauver? Pour moi, il me tarde X de le voir subir le juste châtiment

X de son parricide >> Les soldats

ne laissèrent pas achever le roi , et , battant des mains , ils s’écrièrent :

qu'il les menât où il lui plairait H !

Malgré le succès de son discours , le roi ne pouvait ignorer le mécontentement de ses génmux et de son armée.

Il essaya de regagner son influence par des largesses. Mais la servitude , a quelque haut prix qu’on la mette , ne peut jamais plaire à des hommes libres. Il avait foulé aux pieds les usages de son pays, espèce d’apostasie politique, en renoncent à l’habillement, aux mœurs et à la manière de vivre des rois de Macédoine. Il s’était mis au rang des dieux, et avait voulu que

ses compagnons ae gloire se prostenussent à ses pieds; trois cent soixaate concubines meublaient son harem; elles venaient faire le tour de son lit dès qu’il était couché, afin qu’il choisît celle qui lui plaisait. Il avait pris pour officiers de sa chambre des Asiatiques, et pour gardes de sa personne des hommes de la plus haute naissance, au nombre desquels on voyait figurer Oxathres, frère de Darius. ïlavaitceint sa tête du diadème persan , pris h robe blanche , la ceinture des rois indigènes et leur habillement; il avaiteiieé que ses amis vêtissent des robes de pourpre, et fait mettre à ses chevaux des ornements à la persique.

CONSPIRATION. — Arrivé dans la Drangiane , le roi , qui s’était remis à la poursuite de Bessus , apprit qu’on en voulait à ses jours. Un certain Dymnos, qu’il avait offensé, devait l’assassiner; il communiqua son projet à un jeune homme appelé Nicoraachos, qui s’en ouvrit à Céballinos , son frère, et celui-ci fait part à Philotas, qui négligea ou dédaigna d’en avertir son miutre.

Alexandre , ayant appris de la bouche même de Céballinos ce qui se tramait, ordonna de lui amener Dymnos.

Celui-ci, se doutant du motif qui le faisait appeler, se frappa de son épée- Les gardes l’apportèrent dans cet étal aux pieds d’Alexandre, qui lui demanda quelle raison il avait eue de juger Riilotas plus digne du trône que lui. H ne répondit que par un profond soupir, et, détournant la tête , il expira.

Accusation contre Philotas. - Alexandre manda d’abord Philotas, avec lequel U eut un entretien secret, dans lequel il avoua ingénument que la mort de Dymnos lui avait dessillé les yeux sur un complot qu'il avait cru chimérique; il se reconnut coupable de négligence, supplia le roi d’avoir plus d’&ard à sa vie passée qu’à la faute qu’il venait de commettre et il embrassa ses genoux. Il n’est pas aisé de dire si Alexandre ajouta foi a sa justification , ou s’il dissimula; quoi qu’il en soit , il lui donna la main en signe de réconciliation.

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Philotas avait des ennemis d’autant plus nombreux à la cour qu’il y jouissait d’un très-grand crédit. Vainement Parménion , son père , lui avait recommandé de se faire petit. Le roi avait d’anciens griefs contre lui; il avait tenu des propos insolents au sujet de sa divinité ; les courtisans les envenimèrent et sa perte fut résolue.

Arrestation de Philotas. — Au commencement de la nuit les postes furent doublés, et on entra chez Philotas, qui dormait d'un profond sommeil. S^étant éveillé en sursaut, comme on lui mettait les fers aux mains , il s’écria : Ah! seigneur, la rage de mes ennemis a prévalu sur votre bonté! Après quoi on lui couvrit le visage et on ramena au palais sans qu’il proférât une parole.

Procès. — C’était une ancienne coutume en temps de guerre que l’armée jugeât les crimes , de façon que le souverain n’usait de son pouvoir qu’après un jugement, soit pour le confirmer ou pour faire grâce. On réunit en conséquence un conseil de guerre qui se trouva être composé de six mille officiers et soldats.

On exposa devant l’assemblée le corps de Dymnos , et Alexandre en personne se porta comme accusateur contre le piwenu.Le roi tint long-temps les yeux baissés , et , après avoir parlé du danger auquel il avait échappé , il nomma, OHnme chefs du complot qui devait lui ravir la vie , Parménion et Philotas.

A ces noms , officiers et soldats se regardaient l’un l’autre, n’osant s’en rapporter à ce qu'ils entendaient. On fit venir Nicomachos , Métron et Céballinos, qui déposèrent ce qu’ils savaient; pas un d’eux ne chargeait Philotaé d’avoir trempé dans le complot. L’assemblée , dans le trouble et le saisissement, gardait un triste et morne silence.

On amena Philotas, qui avait les mains liées derrière le dos , la tête couverte d’un linge sale et usé. Quel spectacle ! Hors de lui-même , l’infortuné n’osait lever le front , ni ouvrir la bouche.... Puis , les larmes coulant de ses yeux en abondance, il s’éva-

nouic encre les bras de celui qui le tenait et comme on eut essuyé les

Îileurs dont son visage était inondé, a voix lui revenant , il semblait vouloir parier, le roi lui dit : que les Macédoniens seraient ses juges ; là dessus il se retira.

Il n’était pas difficile à Pliilotas de se justifier. Aucun témoin ne le chargeait ; Céballinos ne l’avait pas nommé ; il dormait paisiblement au moment de son arrestation... et comme si Alexandre eût été présent (on croit qu’il était caché derrière un rideau } , il parla en ces termes : « Seigneur, si j'ai failli « en ne vous communiquant pas l’avis « que j’avais reçu , je vous ai confessé « ma faute et vous me l’avez pardon- « née. Vous m’avez donné votre main « royale pour gage et vous m’avez <i meme fait l’honneur de m’admettre « à votre table. Si vous avez ajouté* « foi à mes paroles , je suis innocent. « Si vous m’avez pardonné , j’ai ma ■> grâce , et je m’en tiens à votre ju- « gement. »

Condamnation et mort de Philotas. — On doute que Philotas ait été appliqué à la question, qu’il se soit avoué coupable et qu’il ait chargé son père . car l’événement prouve que la mort ae ce grand général était résolue par avance et qu’il fut exteuté sans forme de procès. Le lendemain de la première comparution , on lit lecture des réponses de Philotas en pleine assemblée , lui présent , et il fut condamné tout d’une voix. Alors il essaya d’émouvoir ses juges : « Les personnes « condamnées , dit-il , ont coutume de « faire paraître leurs parents devant <t votre tribunal : je viens de perdre « deux frères ; je ne saurais vous « montrer mon pere , ni le rappeler à « votre souvenir, puisqu’on l'accuse « d’être mon complice. Chef d’une « nombreuse famille , ce n’est pas as- « sez pour toi , Parménion , d’être « privé du fils, aujourd’hui ton uni- « que soutien, on veut encore t’im- « moler. O le plus chéri des pères, O tu meurs peut-être en même temps « que moi et à cause de moi ; je t’ar- « rache la vie, j’éteins ta vieillesse, et

L’UMVKRS.

« un bourreau va t’ôter une vie que « la nature allait te redemander , si la « fortune eût voulu attendre. » En achevant ces paroles, Philotas fut conduit au supplice; il devait être crucifié la tête en bas , mais , comme général , on le lapida sur le front de bandière du camp : on fit mourir en même temps Alexandre de la Lyncestide , qu^on tenait en prison depuis trois ans.

Assassinat de Parménion. — On ne peut s’arrêter dès qu’on est entré dans les voies de la tyrannie. Avant la condamnation de Philotas , Alexandre avait chargé Polydamas, un des seigneurs de sa cour, de l’exécution qu’il avait résolue; c’était un des plus infimes de Parménion , et on le choisit pour être son meurtrier. Il partit en conséquence pour Ecbatane, capitale de la Médre , avec des ordres adressés à Cléandre , lieutenant de la province, ainsi qu’à Ménidas et à Sitacès ; il jwrtait en même temps deux lettres pour Parménion , l’une du roi et l’autre scellée du cachet de Philotas , comme s’il eût été encore vivant.

Polydamas fitle chemin en onze jours, et descendit de nuit chez Cléandre , avec lequel il concerta les mesures néces.saires au succès de son infâme commission. Après être convenus de leurs faits, ils sc rendirent auprès de Parménion, qu’ils trouvèrent se promenant dans son parc. Du plus loin que Polydamas l’aperçut, if courut rembrasser et il lui remit la lettre d’Alexandre. En l'ouvrant , il lui demanda ce que faisait le roi , il répondit qu’il l’apprendrait par sa lettre.

Apres l’avoir lue, Parménion lui dit :

O Le roi se prépare à marcher contre « les Arachosiens. Quel admirable « prince ! il ne se donne pas de repos ; « il serait néanmoins temps qu’il son- « geàt à se ménager , après avoir ac- B quis tant de gloire. » Ensuite il

firit la lettre de Pliilotas, qu’il semblait ire avec, plaisir , lorsque Cléandre le frappa d’un coup de poignard dans le fianc; les autres assassins l'achevèrent et lui donnèrent même plusieurs coups après sa mort. Ainsi périt; âgé de 70

ans, un vieux et fidèle général qui avait ouvert le chemin de lAsie à Pnilippe et frayé la voie de la gloire à son fils Alexandre.

Prise et supplice de Dessus.— La mort de deux hommes illustres , égorgés sur des soupçons , répandit un mécontentement général dans l’armée. Pour faire diversion à ces justes ressentiments , Alexandre continua la poursuite de Dessus. Après avoir traversé la Drangiane, l’Arachosie, l’Arimaspie, le mont Paropainisos , coip trées qu’il trouva dévastées par l’ennemi , il s’avança vers Aorne et Bactres , dont il se rendit mattre. Alors Dessus , abandonné d’une partie de ses troupes , passa l’Oxos et se retira à Nautaque, ville de la .Sogdiane, résolu d’y rassembler une nouvelle armée.

Massacre des Branchides. — Spithamène , avec deux autres officiers de ce rel)elle , le voyant réduit à cette extrémité , se saisirent de sa personne pour le livrer à Alexandre, qui venait d’arriver à une petite ville habitée par les Braiichides. C’était une fanulk

Œue de Milet, dont Xerxès avait les ancêtres dans cette contrée de la Haute -Asie, afin de la récompenser de lui avoir livré les trésors d’Apollon Didyméen, confiés à sa garde. Le roi , ayant convoqué les Milesiens qui se trouvaient dans son armée, leur abandonna le soin de se venger des firauchides, ou de leur pardonner un crime dont leurs pères s’étaient rendus coupables , cent cinquante ans auparavant. Comme ils ne pouvaient s’accorder à ce sujet , le roi ordonna de massacrer une population qui était venue à sa rencontre en poussant des cris d’allégresse et de renverser de fond en comble leurs paisibles demeures.

Après cette effroyable destruction, on amena Dessus enchaîné au roi. 11 le livra àOxathres, frère de Darius, qui différa son supplice jusqu’à ce qu’il eût été jugé dans rasseniblée générale des Perses. On le transncrta en cons^uence à Ecbatane, où il fuL suivant Plutarque , écartelé vif en présence de la mère de Darius.

GRECE

tViNEMKNTS UK L'ANNÉK • 3a8 ay. J.-C.

Le passage de l’Oxos, la conquête de la Sogdiane , la défaite des Scythes au-delà du Jaxartes, la mort de Spithamène , le meurtre de Clitos , la prise des places défendues par Oxathres et par Choriène, le procès de Callistliène, sont les princi^ux événements de cette année.

Changement sioral d’Alexandre. — Quinte-Curce est le seul liistorien qui s’attache à nous faire connaître son caractère, en remarquant les progrès que lit en lui la corruption. Après la bataille d’issos, il voulut être Dieu : c’était le comble de l’extravaunce; il comprit cependant qu’il fallait temjporiser avant de prendre rang dans rOlympe. Mais vaimueur à Arteles et maître de la sujierbe Ka- Iqrlone, il donna ouvertement la préférence aux mœurs étrangères sur celles des Macédoniens ; et devenu souverain des Perses , il fut bientôt subjugué par leurs sioaa et par leur mollesse. De longs et interminables festins, des nuits passées dans l’ivresse ou au jeu , une lûnde de trois ou quatre cents courtisanes accompagnées d'eunuques, annoncèrent une dégradation qui ne tarda pas à lui aliéner l’affection de ses OMnpatriotes. Après lacbute complète de Darius, rien ne s’opposant plus aux peadiants d’Alexandre , il lâcha puotiquenrent la bride à ses posions ; la coaünence et la iiKKlération firent place à la dissolution et à l'orgueil ; il ceignit le diadème de pourpre mêlé de blanc , tel que le portait le grand roi ; il aouffi^t, et bientôt il exigea qu’on se prosternât devaut lui et quon Tadorât.

Dans une des orries où ce prince oubliait sa divinité et voulait qu’on le respectât , il ne craignit point de rabaisser Philippe , au ^int de reveudiquer pour lui seul toute la gloire de la bâtai Me de Cbéronée. Une autre fois il reprocha à son père d’avoir passé son temps aux mystàes de SamortiraMse y au lieu dia l'employer A la

conquête de l’Asie , remarque aussi perfide qu’indécente, relativement nu* premières amours de Philippe et d’Olympias ; enfin , il entreprit de faire lui-même son propre panégyrique.

SÉJODR A Maracanue. — Artabaze ayant prié le roi de le décharger du gouvernement de cette province à cause de son grand âge , il en pourvut Clitos, qui avait servi sous Philippe. Sa soeur Hellanice avait été la nourrice d'Alexandre; le nouveau gouverneur fut invité à souper à la table du roi, qui se disposait à quitter Maracande. Un poète musicien , appelé Pranique ou Pierion , admis au banquet royal , chanta des vers dans lesquels les anciens capitaines macédouiens, vaincus par les barbares, étaient tournés en ridicule. Ou voulut lui imposer silence, mais Alexandre et ses courtisans lui ordonnèrent de continuer. Alors Clitos prit la parole pour défendre les vieujn capitaines , et la dispute s'étant échauffée , on en vint aux personnalités , surtout lorsque Alexandre qualifia leurs revers de lâcheté ! « C’est pourtant cette lâcheté « qui te conserva la vie , oui , à toi , « fils des dieux, lorsque tu tournais • le dos à l'épée de Spithridate. Cette « maio sauva ta tête au combat du « Granique. ■> il lui reprocha ensuite le meurtre d'Attalos , et se moquant de l’oracle de Jupiter Hammon : J'ai eUt au roi des choses plus vraies que son père. A ces mots, Alexandre, arrachant une sarisse des mains de .ses gardes , s’élança pour en percer Clitos; Perdiccas et Ptolémée l'en emptehèrent. Les amis de Clitos le forcèrent de quitter la salle ; mai& il y rentra aussitôt par une autre porte, en récitant des vers de l’Andromaque d’Euripide, où ce poète se plaint de ce que toute la gloire d’une bataUle JailiU, mm sur les soldats , mais sur leur général. Alexandre , hors de luimême, ordonne de sonner la trompette, afin que le camp prenne les armes; il repousse ses amis qui le conjurent de ne rien précipiter; la frénésie hii ferme les oreilles; les lumières 80«t éteiaAes, tout le monde s’enfuit.

L’UNIVERS

Seul , errant dans les ténèbres , il entend du bruit, appelle, et Clitos se nomme, en disant qu’il sort du festin.

Le roi le perce de part en part , et , couvert de son sang , lui adresse ces paroles : ya maintenant rejoindre Philippe, Parménion et Âttalos.

Remords dd roi. — Quelques écrivains de la vie d’Alexandre parlent du repentir qu’il eut d’avoir tué son ami dans un moment d’ivresse. Persuadé qu’il ne pouvait plus exister avec honneur, il voulut se percer en appuyant sa sarisse contre un mur. Retiré dans sa tente, qu’il faisait retentir de cris lamentables , il se roulait par terre en se déchirant le visage avec ses ongles , et conjurant ceux qui l’entouraient de ne pas le laisser survivre à une aussi grande honte. Il passa la nuit dans cet état, et le lendemain il fit apporter le corps tout sanglant de Clitos.

L’ayant fait placer devant lui , il s’écria : X Voilà donc la récompense que « je réservais à ma nourrice ! Ses deux < fils ont péri devant Milet, victimes X de leur zèle pour ma gloire *, et son X frère , l’unique consolation qui lui X restait, c’est moi qui l’ai tué dans X un festin ! Que deviendra cette mal- « heureuse? Je suis le seul qui lui X resté, moi, le meurtrier de Par- X ménion , de Philotas , d’ Amyntas , « mon parent , d’Attale, d’Euryloque, « de Pausanias et d’une foule de Ma- X cédoniens.» Ses amis firent enleverle corps de Clitos. Le roi demeura couché et renfermé pendant trois jours , décidé à se laisser mourir de faim. Il se serait fait justice et au monde entier, mais ses gardes l’engagèrent à prendre de la nourriture. Les Macédoniens ne rougirent pas de déclarer que Clitos avait mérité son sort ; et on l’aurait même privé des honneurs de la sépulture , si le roi n’eût ordonné de l'enterrer. Tatien prétend que la douleur d’Alexandre fut une de ces scènes de théâtre qui finissent par des consolations propres à justifier le crime.

Anaxarque se chargea du chœur final de cette tragédie : x Les anciens sages, « dit-il au tyran , ont placé la justice * à côté de Jupiter , pour faire enten-

X dre que toutes les actions d’un roi X doivent être regardées comme jus- X tes. » ■ ■

Procès de Callisthène. — Les motifs de consolation qu’ Anaxarque avait offerts à Alexandre ne tardèrent pas à exalter son orgueil. Depuis la mort de Clitos , le créait de Callisthène diminua, autant que celui de son antagoniste s’accrut, et les disputes devinrent fréquentes entre les deux philosophes. Un jour qu’ils discutaient en présence du roi sur la température de fa Perse , qu’Anaxarque prétendait être plus douce que celle de la Hellade: X Convenez ce^ndant, repartit Cal- X listhène, que dans la Grèce un mau- X vais manteau suffisait pour vous coo- X vrir la nuit , et qu’aujourd’hui il vous « faut trois tapis. » Par ce démenti , il lui reprochait son ancienne pauvreté comparée à son luxe actuel.

Depuis ce temps Anaxarque se ligua contre Callisthène avec tous les sophistes dont la copr était remplie.

Ces hommes pervers, qui s’appliquaient à combattre les principes les plus évidents de la raison , imaginèrent de lui prêter des réponses qiril avait , disaient-ils, faites à Philotas. Interrogé par ce général quelles étaient les personnes les plus vénérées des Athéniens , il repartit : Harmodios et Âristogiton , parce qu'ils ont tué Cm des deux tyrans et aboli la tyramàe.

— Chez qui pourrait se réfugier le meurtrier d’un autre tyran ? Ae trouvât-ü nulle part d'asile, il serait certainement en sûreté à Athènes.

Cette calomnie n’ayant pas obtoiu de succès , les ennemis de Callisthène lui tendirent un piège. Quelques Macédoniens lui ayant demande un discours à la louange de leur nation , il s’en acquitta avec beaucoup d’éloquence. Rien n'y prête davantage, lui dit Alexandre ; mais si votts voulez que nous admirions vos talents , censurez hardiment les Macédoniens.

Callisthène ne s’aperçut pas de la perfidie de cette insinuation; il soutint X que Philippe était moins rede- X vable de ses succès à la valeur de « ses soldats qu’aux funestes divisions

des Grecs, » et il termina par cette réflexion : « que dam les temps de « désordre, les lâches et les scélé-

• rats ont seuls part aux honnettrs « et aux récompemes. »

Projet d’apothéose. — Iæs sophistes grecs et les grands de la Perse, de concert avec ÉJexandre, avaient résolu de lui décerner les honneurs divins. Cette proposition ayant été faite au milieu des fumées d’un festin, Callisthène s’y opposa avec une convenance parfaite. Après avoir fait sentir la différence qu’il y avait entre le culte des dieux et les hommages rei.iius aux grands hommes, il dit : que comme Alexandre ne permettrait pas qu’on usurpât les honneurs attaches à sa dignité, de même les dieux s’indigneraient qu’on s’arrogeât ceux qui leur appartiennent. S’adressant ensuite à Anaxarque, il l’engagea à considérer qu’une pareille proposition pouvait convenir à Cam^'se ou à Xerxès , et non au fils de Philippe, descendant d’Hercâile et d’Éague. « Les Grecs, « ajouta-t-il, ne décernèrent point les

< honneurs divins à Hercule de son « vivant, mais après sa mort, lorsque « l'oracle de Delphes, consulté à ce ‘ sujet, l’eut orcfonné. Faut-il donc « aujourd’hui que quelques indivi-

dus , rassemblés dans un pays bar-

• bare , pensent comme des barba-

• m? » Puis, s’adressant au roi qui était présent : «Je dois, Alexandre,

« rappeler à ton souvenir la Hellade,

• jXHir laquelle tu as entrepris cette

> expédition qui lui a soumis l’Asie.

> A ton retour, exigeras-tu des Grecs,

L le peuple le plus libre de l’univers ,

• quHIs se prosternent devant toi , ou

> en seront-ils dispensés et les Macé-

< doniens seuls subiront-ils cette hu- « miliation? ou bien encore les uns « et les autres continueront-ils à t’ho-

• norer comme il convient à des hom- « mes, tandis que les barbares le fe-

< iXMit à leur manière? »

Akhestation, torture et mort

DB CAL.I.ISTHÈNE. — Il fallait un coup d’éclat pour se défaire de Callisthène : on imagina donc une conspiration sur un fait qui n’y ressem-

18" Livraison. (Grèce.)

blait aucunement Hermolaos, l’un des pages du roi , accompagnant son maître à la cbasse , l’avait prévenu en tuant devant lui un sanglier. Battu de verges et privé de son cheval, à cause de cette étourderie , il en témoigna son chagrin à Sostrate, fils d’Amyntas J son ami, qu’il lit entrer dans ses projets de vengeance. Voilà la conspiration ! Mais ni dans l’instruction de cette affaire , ni dans les dépositions des témoins, ni dans l’interrogatoire au moyen de la torture, le nom de Callisthène ne s’v trouvait pas mêlé ; Plutarque cite des lettres écrites par le roi à Cratère et à Alcétas, qui confirment ce fait important. 11 s’agissait de soupçons fondes sur les réponses d’Hennolaos, qui avaient plusieurs points de ressemblance avec certains propos qu’on prêtait à Callisthène.

Au fort des tourments, le jeune page reprocha à son maître la mort injuste de Philotas et celle plus injusie de Parménion , le meurtre de Clitos , le costume à la manière des Mèdes qu’il avait adopté , la tentative sacrilège de se faire adorer, et ses veilles passées dans la débauche.

Callisthène était condamné avant d’être jugé , comme on le voit par le réquisitoire d’Alexandre, qui ne convoquait un tribunal que pour sanctionner son arrêt de mort. Il apostrophe en ces termes Hermolaos , qui avait demandé à être mis en cause avec le philosophe : « A l’égard de « ton Callisthène, aux yeux duquel tu « parais un homme de cœur parce « que tu as l’audace d’un brigand , je B sais pourquoi tu voulais quon l’in- « troduisît dans cette assemblée? c’é- B tait pour qu’il débitât les mêmes B horreurs que tu as vomies contre B moi , ou pour répéter celles que tu « lui as entendu dire. S’il était Ma- B cédonien , je l’aurais admis avec toi B dans cette enceinte, ce sage digne B de t’avoir pour disciple ; mais étant « Olynthien , il ne peut jouir d’un pa- B reil droit. »

Hermolaos fut condamné à mort.

Alexandre , accusateur , juge et partie , annonce son supplice et celui de ses

L’UNIVERS

co-aocusés h Antipater : « Les jeunes « gens ont été lapidés. Je diatierai • inoi-inéine le philosophe ( Callis- « thcne), les personnes qui me l'ont « envoyé, et ceux des villes où l’on re- « çoit des conspirateurs. » Ces derniers étaient évidemment Démosthène, Ari.stüte, les orateurs et les philosophes d’Afliènes. Dion Chrysostôroe parle de l’intention que le roi avait de faire mourir son précepteur.

Ptolémée assure que Callisthène fut appliqué à la torture et mis en croix.

Quelques écrivainsprétendent qu’ayant été renfermé dans une cage de fer, on l'y laissa ronger par la vermine ; d’autres disent qu’on lui coupa le nez et les oreilles. Aristobule rapporte qu’il fut chargé de chaînes, tramé à la suite de l’armée et qu’il mourut de maladie. Suivant Chares , il fut tenu aux fers pendant sept mois, parce qu Alexatidre se proposait de le faire juger devant Aristote, dont il était le petit-neveu et le disciple hien-aimé.

Théophraste , dans son traité sur l’aftlictiun , ne craignit pas de déplorer la mort de Callisthène; et Sénèque, à qui Néron, dont il fut l’instituteur, fit subir une mort violente, a flétri, dans la postérité , le nom du fils de Philippe.

AeoTHKOSjj d’Alexandre. — Comme l’insensé persistait dans le projet de son apothéose , les habitants de la Grècx; rendirent plusieurs décrets à ce sujet. Le plus remarquable fut celui des Lacédémoniens : Puisque Alexandre veut être dieu, qu'il soit DIEU. Il semble, d’après un passage de Dinarque , que les Athéniens ne se décidèrent pas aussi facilement. Le jeune Pithias se disposant à parler dans cette affaire , quelqu’un lui dit : « Tu uses à ton âge donner ton avis « sur des matières aussi importantes!»

Il répliqua : « Le prince que vous « voulez déifier est encore ^us jeune « que moi. » Quelques gens de la faction macédonienne s’aant écriés au’Alexandre était véritablement un aieu : « De quel pays est ce dieu , « répondit l’orateur Lycurgue , dans « le temple duquel on ne pourra en-

« trer, sans être (êiligé. en sortant,

X de se purifier avec de l’eau lus- « tralè?» Cependant l’apothéose fut mise aux voix et décrétée ; on déclara qu’Alexandre était Bacchus, ce qui fit dire à Diogène le cynique qu’il était, lui , Sérapis.

Quoique mis au rang des babitaota de l’Olympe , les G recs se permirent souvent des plaisanteries contre le Sis de Philippe. Il ne put lui-méme s’empêcher d*en rire, lorsqu’un coup de tonnerre ayant causé de la frayeur h ceux qui l’entouraient , Anaxarqua t’écria : » Fils de Jupiter, est-ce vouii|nl O tonnez?» «Non, répondit Alaan- « dre , je ne veux pas me rendre aussi « formidable que vous me le coi^- « liez, vous qui m’engagiez demièr^

« nient à faire apporter sur ma table,

« pendant le repas , quelques têtes de « rois et de satrapes ; • faisant ainsi allusion à un propos qu’AnaXar^ avait tenu en présence de Ricocréon, roi de Cypre. .

Démence d’ Alexandre. — Difra son apothéose, le roi paraissait souvent en public vêtu de la robe médiqw, couleur de pourpre , la tête ornée des cornes de Jupiter Hammon, décore de la stole persique , portant l’arc «le carquois , et traîné sur un char. Dwtrès fois il se montrait dans les ftstuis avec les ailes, les talonnières et le caducée de Mercure. Plus souvent il»

dossait une peau de lion et porta^ massue d’Hercule. On brûlait devaw lui de la myrrhe , de l’encens, elwa* tes sortes d’aromates consacra ^

dieux, avec un recueillement d autan

plus grand, qu’il était fonde sicr crainte de reveiller son humeur luw table et sanguinaire. i

Intempérance. - InsensibleoW' il prit le goût de la bonne chère, | ivrognerie devint proverbiale- ; les jeux publics, donnés à loc»*' , de la mort de Calahos , lé des prix à ceux qui boiraient ,

largement. Trente-cfng des i

qui concoururent périrent .sur P" aes efforts qu’ils firent, et ■

crevèrent quelques instants apresq ;

les eut rapportés dans leurs te

GRÈCE. 375

Frotuacbos, avant d’expirer, obtint le premier prix , qui était d’un talent (5,400 fr.)

Mcobule atteste qu’Alexandre, soupant chez Midias , but à lui seul plus que les vingt convives qui assistèrent a ce repas. Ou lit dans uu rramni nt des éphéinérides de Diodote d'Éiythres et d'Eumène de Cardie ce qui suit: « Après avoir passé le cinquième « jour du mois de dios à boire chez « Kumène, le roi dormit le six pour > cuver son vin , et ne donna d’autre « signe de vie que pour se lever et H communiquer à ses généraux l’in- » tention ou il était de partir le len-

• demain à la pointe du jour. Il dîna

• le 7 chez Perdiccas, où, s’étant

• enivré, il dormit toute la journée

• du 8 ; il s'enivra de nouveau le 15, < et passa le jour suivant à se reposer;

• enua , le 37, il soupa chez l'eunuque

• Bagoas et dormit le 28. » Il est probable que l’auteur anonyme du l'estametU d’un pourceau, cité pur saint iëtime , était inspiré par une divinité pareille à celle d’Alexandre, dont il a ladt le portrait , lorsqu’il composa son pampluei.

l)ÉPE!fS£S I>JÎ TABLE. — C’est à Persépolis qu' Alexandre eut connaissance du luxe de table des rois de Perse, qui était inscrit sur une colonne par ordre de Cyrus. D’après ce monument, les ofiices du roi consommaient par jour cent bœufs , trente chevaux et autant de^ daims , quatre cents moutons, trois cents agneaux, quatre cents oies grasses , trois cents tourterelles et six cents oiseaux de toute espèce, etc. : !a quantité de farine, de bié et d’orge, cdle de lait , de miel, d'huile, de vin , d’épiceries, étaient prodigieuses. Plus de quinze mille chariots se trouvaient employés au transport du bois , de la paiUe et du fourrage. ^ dépense pour chaque repas se montait à quatre cents talents (2,160,000 fr.); quinze mille personnes participaient à cette mense, ce .qui donnait par tête 144 francs de ootre monnaie.

Cbz.ss£s royales. — La corruption , qui est toujours progressive , •’éteodit du maître à ses génénui.x.

Perdiccas et Cratère, qui étaient passionnés pour la gymnastique , avaient, dans leurs bagages, assez ue peaux pour couvrir l'étendue d’un stade (94 toises et demie), alin de s’v ébattre aux différents exercices du corps; à leur suite marchaient des hôtes de somme chargée.s d’arene , qu'on t.i.ili d'l')gjpte à dos de cliameaux. Léouat et Menélas, amateurs de la diasse, faisaient porter à leur suite assez de toiles pour entourer un espace de cent stades (environ 4 lieues). Alexandre surpassait l'extravagance d’un pareil luxe.

Tente royale. — Plutarque rapporte que la tente d'Alexandre pouvait contenir cent lits; cinquante colonnes dorées en soutenaient le piufdnd , dont la déi’xiration était aussi variée que précieuse. On voyait autour de son enceinte cinq cents Perses, vêtus de robes de couleur pourpre et jaune, u'on nommait Mélophores, à cause es musses d'armes ( Topous ) qu’ils portaient; après eux se trouvait un corps de mille archers(ra(o/ias), vêtus de robes mi-parties couleur de feu et d’une autre couleur tirant sur le rouge ; Us étaient précédés de mille Maeâoniens portant des boucliers argentés.

Au milieu du principal pavillon s'élevait un tronc d’or sur lequel le roi, environné de ses gardes , venait s'asseoir pour donner ses audiences. En dcliors et dans toute la circonférence, on avait disposé un espace où se trouvait une troupe d'éleuhants; et tel était reflet d'uno pareille magnificence qu'on ne s’apprucliait du trône qu’avec un respect tn^é de crainte.

EXPÉDITION dans L'INDB,

3>7 avMt J.‘C.

Mariage d’Alexandre. — On prétend que le toi fut guidé par des vues politiques , lorsqu’ir se porta aux rives lointaines de l’Oxos et du Jaxartes. S’il n’avait pas répandu la terreur de son nom sur le plateau de la Scythie , comment aurait-il été en siirete dans Suze et dans liabyione même? et sans le secours des recrues nombreuses qu’il fit dans les satrapies conquises ,

L’UNIVERS

aurait-il pu entreprendre son expédition dans l’Inde?

Il venait de triompher du dernier des lieutenants de Darius, Spithamène, réfugié dans le pays des Danes, qui fut égorgé par sa femme; il avait écnappé à un orage qui lit éprouver une perte considérâle à son armée , en traversant une contrée appelée Gabaze , et arcouru, en le ravageant, le pays des aces, lorsqu’il arriva chez Oxyarte, qui le reçut avec une magnificence barbare. Ce prince avait une fille nommée Roxane , qui joignait à une rare beauté des enjouements pleins de grâces et d’esprit. Alexandre ne put résister à ses charmes , et l’épousa sous le prétexte spécieux d’unir les deux nations et de ne plus laisser de différence entre les vaincus et les vainqueurs.

<’e mariage déplut extrêmement aux Macédoniens et révolta les principaux de sa cour; mais depuis la mort de Clitos, toute liberté de parler étant bannie , on applaudissait des yeux et du geste; ce qui ressemblait merveilleusement à une complaisance servile.

Afin de ne rien laisser derrière lui qui contrariât ses desseins , le roi com- manda que de toutes les provinces on lui amenât armés, trente mille hommes choisis dans la jeunesse, pour lui servir d’otages et de soldats. Cratère vainquit quelques débris de révoltés; Polysperchon acheva de soumettre la t Rarbacène , et tout était prêt au commencement du printemps de l’année 327 avant notre ère, lorsque Alexandre prit la route des Indes.

Division sommaire de l’Inde. — Ptolémée divise l’Inde en deux parties : l’Inde en deçà du Gange et l’Inde au-delà du Gange, fleuve qu’Alexandre n’atteignit pas dans sa marche. La première partie de cette vaste contrée est bornée à l’occident, suivant le géographe qu’on vient de citer, Mr la Paropamise, l’Arachosie et la Gédrosie ; elfe a pour homes au septentrion le mont Imaos ( aujourd’hui Hymalia?), le Gange à l’orient, et l’océan ou mer des Indes au midi. En dix jours de marche, Alexandre fran-

chit le mont Paropamise, dont les branches éloignées s’étendent depuis le pont Euxin jusou’aux mers de la Chine. Arrivé aux nords du Cophène ou Cophès (aujourd’hui Cow?), il divisa ses forces, dont il donna une partie à Éphestion et à Perdiccas, qu’il chargea d’éclairer sa marche jusqu’à rindos, et de faire les préparatifs nécessaires pour le passage de ce fleuve.

Pour lui, il subjugua dans sa course les Aspiens , les Thryréiens , les Arasaciens, les Assacéniens, ainsi que les habitants des vallées qui envoient leurs eaux à l’Oxos et à l’Indos.

Prise d’Aornos. — Cette place, située à la rive occidentale de l’Indos, au couronnement d’une montagne du même nom , était défendue par les Bazires. On la regardait comme inexpugnable; les plus grands héros de l’antiquité avaient, disait-on, échoué à son attaque : la garnison demanda à capituler et fut reçue à composition. En avançant au midfi , le roi s’empara de Nyssa , ville dont la fondation était attribuée à Bacchus , et au bout de seize jours de marche depuis l’Oxos, il passa l’Indos à Taxila ( aujourd’hui Atok ?) , sur un pont de bateaux construit par ses lieutenants généraux.

Taxile fut rétabli dans sa souveraineté, qui fut augmentée de plusieurs provinces.

Bataille de l’Hydaspe. — Le passage de l’Indos s’opéra vers le solstice d’été, saison pendant laquelle les rivières de l’Inde sont enflées par de fortes pluies. Porus , comptant sur ce phénomène , avait dressé son camp à la rive gauche de l’Hydaspe (aujourd’hui Santhrou ? ) , avec trente mille hommes d’infanterie , quatre mille chevaux, trois cents chariots armés de faux , et deux cents éléphants ; à J une certaine distance, son fils corn- I mandait une Réserve parfaitement dis- 1 ciplinée. '

Alexandre , comprenant la difficulté ' de passer le fleuve en présence d’un ennemi aussi formidable, le manoeuvra pendant long-temps ; parvenu à gagner la rive gauche, il s’ensuivit une de ces batailles qui décident du

GRÈCE

sort des empires. Nous n’en décrirons ni les circonstances , ni les horribles détails. Porus perdit ses deux (ils, ses principaux capitaines , vingt mille hommes de pied , trois mille chevaux , s’il faut en croire les historiens d’Alexandre, et il quitta le dernier le champ de bataille, couvert de glorieuses blessures. Ayant consenti à se rendre , il fut amené devant son vainqueur. Frappé de sa haute stature ( il avait plus de six pieds de haut ) , Alexandre lui demanda comment à voulait être traité. —En roi. — C’est ce que je ferai. Émerveillé de tant de grandeur, Alexandre rétablit Porus dans son royaume , le déclara son allié et son ami , et ajouta à ses états la contrée des Clauses, qui renfermait trente-sept villes et plusieurs bourgs. Il oruonna en même temps de rendre les honneurs funèbres aux morts, en faisant célébrer des jeux gjmntêtiques et équestres ; il fonda la ^le de Nicéesur le champ de bataille témoinde sa victoire. Ce fut au passage de l’Bydaspe que le roi , entraîné par le courant, secria : « O Athéniens , « vous n’imaginerez jamais tous les <t dangers auxquels je m’expose pour « avoirquelquecélébrité parmi vous. »

Passage de d’Acésine et de l’Hydraote. — Le lissage du premier de ces fleuves offrît de grandes difficultés , celui de l’Hydraote s’effectua beaucoup plus facilement. Le roi se porta immédiatement contre les Gi^draques et les Maliens qui l’attendaient sous les murs de Sangala.

Alexandre les battit, prit leur capitale : dix-sept mille Indiens périrent les armes à la main , et soixante-dix mille furent faits prisonniers. Exterminateur d'hommes par instinct , il ne mettait plus de bornes à son ambition; il se proposait de passer l’I^pliase dans respoir d’aller jusqu’au Gange, mais la Providence avait marqué le terme de sa fureur vagabonde.

Plutarque indique les causes du découragement des Âlacédoniens. La valeur de Porus et de son armée leur avait permis d’apprécier le courage des Indiens. Ils avaient entendu parler de

•a puissance des Gangarides et des Prasiens, qui habitaient le bassin du Gange; ils voyaient une guerre interminable dans laquelle ils devaient nécessairement succomber; huit ans de travaux et de périls les avaient vieillis. Les pieds des chevaux étaient usés par la durée d’un serviçe continuel.

Les soldats n’étaient plus vftus à la grecque, leurs habits étaient depuis long-temps tombés en lambeaux. Des pluies mêlées d’éclairs et de tonnerres remplissaient l’air depuis soixante-dix jours. Ils refusèrent de marcher en avant. Vainement Alexandre essaya de relever leur courage , il n’y put réussir. Ce fut donc à la rive occidentale de l’Hyphase que le conquérant macédonien s’arrêta ; il éleva dans cet endroit douze autels de cinquante coudées de circonférence , consacrés aux douze anciens et premiers dieux de l’Olympe. Apollonios de Tyane , dans son voyage aux Indes, retrouva ces monuments à trente stades des bords de l’Hyphase ; on y lisait l’inscription suivante : a Hammon , mon père; a Hercule; a Minerve Pronoia ; a Jupiter Olympien ; aux Cabires DE Samothrace ; au soleil des Indes ET A MON FRÈRE APOLLON.

RETRAITE DE L'ARMÉE MACÉDONIENNE, 826 avant J.>C.

Alexandre s’étant mis à la tête de son armée , revint par le même chemin qu’il avait tenu , jusqu’au fleuve Acésine. Là, il reçut de la Grèce des recrues d’alliés et de mercenaires, au nombre de plus de trente mille fantassins et près de six mille cavaliers.

Ils apportaient des armures complètes et tres-bien travaillées , pour plus de vingt-cinq mille hommes, et des caisses pleines de médicaments, qui montaient au prix de cent talents (540,000 francs ). Le roi Ait en même tenijis rejoint par les troupes de la Bactriane aux ordres de Philippe. Toutes les conquêtes des Macédoniens dans l’Inde, comprenant sept ou quinze nations avec plus de deux mille villes , passè-

L’UNIVERS

vent sons la domination de Porus, a qui Taxile fut, dit-on, sacrifié.

Sur CCS entrefaites , les Ioniens , les Cypriotes, les Phéniciens et quelques autres nations maritimes qui servaient dans l’armée macédonienne , construisirent ou rasseniblèrent plus de deux mille vaisseaux pour descendre l’Hydaspe jusqu’à sa jonction avec rindos’, qui devait conduire l’armée à rOcéim Indien. Le roi s’embarqua à bord de cette flotte avec la troisième division de ses troupes; sa navigation dura long-temps, à cause des hostilités des indigènes et surtout des Malliens; ce fut à l’attaque de la ville principale de cette nation belliqueuse qu'il fut si dangereusement blessé , que l’armée le crut mort.

Océan indien. — Alexandre, ayant repris le cours de sa navigation aussitôt qu’il fut rétabli , arriva à Pattale vers le lever de la canicule j c’est-àdire, sur la Qn du mois de juillet; il y avait plus de neuf nois qu’il était en routei L’Indos se sépare ici en deux larges bras qui embrassent une île beaucoup plus grande que le Delta du Nil : Arrien dit que le nom de Pattale en persan signilie la même chose que celui de Delta en grec.

Alexandre lit b-ôtir à Pattale une citadelle avec un port et un arsenal pour les navires. Pour lui , il s’embarqua sur le bras droit du fleuve pour descendre jusqu’à l’Océan. Il avait fait environ 400 stades (environ 16 lieues), quand les pilotes lui dirent qu’ils commençaient à sentir l’air de la mer et qu’elle ne devait pas être éloignée. A ces mots il bondit de joie, et, s’adressant à ses sold.ats, il leur annonça « que leurs travaux étaient finis i> et que nientôt ils verraient des cho- « ses qui n’étaient connues que des « dieux immortels. »

En effet J un prodige, pour des hommes qui n'avaient vu que la Méditerranée, frappa les Macédoniens lorsqu’ils aperçurent l’Océan gonfler ses eaux et inonder les campagnes :

ils s'imamnaient que c’était un signe de la colère des dieux qui voulaient punir leur témérité. Ils ne furent pas

moins surpris ni moins effravés quelques heures après, lorsqu’ils virent le reflux de la mer qui laissait à découvert les terres qu’elle venait de submerger. Quant au roi , qui conteinplait avec des veux avides cette étendue de mer, if crut que ce spectacle le dédommageait de ses fatigues et de la perte de tant de milliers d’Iioiiimes sacrifiés pour arriver à ce but. Il Btdes sacrifices aux dieux , et en particulier à Neptune ; jeta dans la mer les taureaux qubi avait immolés, et un graiidnomore de coupes d’or ; après quoi il revint à Pattale.

Le roi étant de retour à son quartier-général, fit choix de Néarque pour reconnaître la côte depuis l'emooucburc de l’Indos jusqu’au fond du golfe Persique. La mousson étant contraire , l’amiral ne mit à la voile que vers le 2 f septembre , ce qui fit que le roi partit avant lui , en se dirigeant du côte de la Perse.

Détresse d’Alexandre. — L'armée macédonienne marcha d'abord à travers le pays des Orites , dont la capitale s’appelait Ora, ou Rhajiibacis.

Les maladies , la mauvaise nourriture, les chaleurs excessives, la famine surtout, commencèrent à moissonner ses soldats. Quand on eut dévoré les palmiers jusqu’aux racines , il fallut manger les bctcs de soiimie , puis les clievaux de service; et , lorsqu’il n’y eut plus de quoi porter le bagage, on fut obligé de brûler les riches d^ouilles qui avaient fait courir les Mac^niens jusqu’aux extrémités de la terre.

La peste, suite ordinaire de la famine, mit le comble a tant de misères, de sorte que d’une armée de 120,000 hommes de pied et 15,000 chevaux, il y en eut à peine le quart qui arrivèrent aux confins de la Gedrosie, après une marche de soixante jours.

Cabmanié. — Cette province, qu’on appelle maintenant Kerroao, offrit de tout abondamment à l'armée, qui fut renforcée par la division de Cratère. On dit qii’AIexandre, à l’imitation de Bacciius , traversa la Carmanie couronné de fleurs et ivre de vin. Une pareille orgie était dans ses

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