GUE CK
mœurs ; mais cette fiction est annéantie par le silence des auteurs contemporains et on peut la laisser sur le compte de Quinte-Curce , son inventeur.
Néarque , en côtoyant les bords de la mer, parvint ennn au golfe Persique , et arriva à l’île d’Harmusia , aujourd'liui Ormus. Il y apprit qu'Alexandre se trouvait à cinq journées de chemin ; laissant sa flotte dans un lieu de sdreté , il alla , lui cinquième , pour le trouver. Informé que Néarque revenait presque seul , le roi s'imagina que sa flotte était perdue ; il fut confirmé dans cette idée en voyant des hommes pâles et défaits. Ayant tiré l’amiral a part, il lui témoigna la joie qu’il avait de le revoir, et la douleur que lui causait la perte de ses vaisseaux, yotre flotte, seigneur , se récria-t-il aussitôt , grâce aux dieux, n'est point ^due: et il lui raconta l’état où il l’avait laissée. Alexandre ne put retenir ses larmes , et il avoua que cette nouvelle lui causait plus de
{oie que n’avait fait la conquête de ’Asie; il le renvoya pour remonter l’Euphrate jusqu’à Babylone , comme le portaieot les instructions qu’il lui avait données.
Chatimjçîit des satrapes prévailCSTErRS. — Les hommes que le roi avait mis à la tête des affaires , enfant qu’il ne reviendrait jamais de son expédition, avaient opprimé les peuptes pendant son absence. Il fit d’abord punir de mort Cléandre et Sitalcès, dont il s’étajt servi pour assassiner Pannénion, parce qu’ils avaient tyrannisé les Mèdes : exemple qui lui concilia l’affection publique.
En arrivant à Pasargade, il lit dépiter Orxines, d’autres disent Polymaque de Pella, accusé injustement par l’eunuque Bagoas d’avoir pillé le tombeau de Çyrus. Il châtia ensuite Baryaxe , Mme de nation , qui avait pris le bandeau royal i Abalite et son fils Oxatbre , coupables d’avoir spolié la ridie province de Suziane:
et connue son code uulitaire ne comportait pas l'obéissattee passive, il lit périr avec eux six cents soldats qui «
avaient servi d’instruments à leurs violences.
Désintéressement ue Phocion.
— Harpalos, qu’Alexandre avait étalili gouverneur de Raliylone . informé de la sévérité de son maître, songea à se dérotier au châtiment qu’il méritait ; il prit la fiiite en emportant cinq mille talents (27 millions), avec lesquels il se retira à Athènes. Dès que son arrivée fut connue dans cette ville , les démagogues accoururent à lui. Oirrompiis déjà par l’espérance, il leur fit des cadeaux considérables , mais ce fut inutilement qu’il offrit à Phocion une somme de 386,000 fr. de notre monnaie; loin de l’accepter, il menaça ses envoyés de prendre des mesures très-sévères contre leur maître, s’il ne cessait de séduire les Atliéniens.
Alexandre n’avait pas mieux réussi dans une offre depent talents qu’il avait adressés à Phocion. Get argent, dit Plutarque, ayant été apporté ;i Athènes, le sage demanda aux gens du roi de Macédoine, pourquoi, vu qu’il y avait tant de citoyens , leur maître envoyait un pareil présent ,à lui seul.— Parce que, répondirent-ils, il t’estime seul homme de bien et d’honneur.
Et Phocion leur répliqua : Qu’U me laisse donc le sembler et Vitre tmUe ma vie ! Malgré ce refus , les messagers le suivirent à sa maison, où ils virent une grande simplicité, car ils trouvèrent sa femme qui pétri.ssait elle-même, et lui, en leuf présence, tira de l’eau de son puits pour se laver les pieds. Alors ils redoublèrent d’instances pour lui faire accepter les présents d’Alexandre. Phocion voyant (lasser un vieillard affublé d’une méchante cape, leur demanda s’ils l'estimaient moins que ce pauvre iion liomme.
« A Dieu ne plaise, répondirent-ils. —
« Eh bien, il vit encore de moins que « je ne fais. Bref, ajouta-t-il , quand « .)« prendrais une aussi grosse somme « d’or, ou je n’en ferai pas usage,
« et alors elle est inutile, ou je m^en « servirai, et il arrivera que toute « la ville pensera mai d’Alexandre et « de Phocion. »
Banni.ssement db Démosthene.
L’UWIVERS.
— Cependant Harpalos , au moyen de ses trésors, était parvenu à enrôler dans l’Attique cinq mille hommes; il avait de plus pour lui tous ceux qui étaient accoutumés à s’enrichir de leur métier d'orateur ; et Démosthène luiméme n’avait pas dédai^é une coupe d’un travail parfait qui pesait vingt talents. 11 devait le lendemain porter la parole pour demander l’expulsion d’Harpalos. Il se rendit à l’assemblée le cou enveloppé de laine et de bandelettes. Le peuple lui ordonna de se lever et de parler; mais il refusa, en faisant signe qu’il avait une extinction de voix. Quelques plaisants dirent tout haut que leur orateur avait été surpris la nuit, non d’une esqtânancie, mais d’une arpyrancie, pour faire entendre que c’mit l’argent d’Harpalos qui lui avait éteint la voix.
Le lendemain, le peuple, informé du présent que Démosthene avait accepté, refusa d’écouter sa justification.
Harpalos fut chassé de la ville ; et pour découvrir ceux qui avaient reçu de l’argent, on ordonna des visites domiciliaires , excepté dans la maison de Cariclès, parr« qu^étant récemment marié, on devait du respect à sa nouvelle épouse.
Cette réserve fait honneur aux Athéniens , et ne trouverait pas d’exemple dans la police moderne.
Démosthène demanda ime l’aréopage informât sur cette affaire. Il y fut jugé le premier , et condamné , comme coupable, à une amende de 50 talents (375,0000'.), pour le paiement desquels on le mit en prison ; mais il trouva le moven de s’éenapper. Il supporta son exil avec faiblesse, passant la plupart du temps à Égine (*) ou à
(*) L’ile d’Égine , quoique l'une des plus petites de l’Archipel , fut long-temps célèbre par ses richesses , son industrie et son commerce; sa population était nombreuse, et ses floues surpassèrent quelque temps celles d’Athènes ; des temples magnifiques embeb lissaieut cette Ile, qui fut le principal marché de la Grèce. L’admirable mine qui subsiste encore est le temple de Jupiter, placé sur le mont Panbellénion. De presque toutes les parties de l’ile il olfre un admirable point de vue, et le navigateur l’aperçoit au loin.
Trézène; et toutes les fois qu’il pot.
tait ses regards sur l’Attique, sonvisage était Daigné de larmes.
Colère d’AlexaiSdre. — Au ptemier bruit de la retraite d’Harpatos à Athènes , Alexandre résolut d’en tira vengeance; mais quand il sut que le peuple en avait fait justice, il ne songea plus à passer en Europe.
Son retour a Soze.— De Pasargade , Alexandre se rendit à Persépofis ; et en voyant les restes de l'incendie, il fut aux regrets de la folie qu’il avait faite d’y mettre le feu. ta s’avançant vers Suze , il rencontra Néarque qui avait remonté le Pasiti-
§re jusqu’à un pont sur lequel le roi evait passer ce fleuve- L*année de terre et celle de mer se trouvant réunies dans cet endroit, on fit de grandes réjouissances , et l’amiral reçut ks hoiineurs qu’il méritait, pour avoir ramené la flotte en bon étal au tmven d’une infinité de dangers.