PRÉDICTION ET MORT DE CAIAICOS
Dans son expédition de l’Inde, le roi avait eu plusieurs entretiens avec les gymnosopnistes , ou brachmancs, dont le mépris pour les pompes du
C’est probablement le plus ancien teaple de la Grèce. Il avait treole-six colonua, douze de cété , six de front. Vingt-cln| colonnes sont encore debout. La découverte que l’on a faite dernièrement des statua çai ornaient les frontons , est d’une haute iaiportance pour l’histoire de l’art. Ella r^ présentent les principaux héros de VlBaJe combattant autour du corps de Patiode Minerve, armée de son égide, de son csiqiie et de son bouclier, est la principale figut de cette antique composition , qui nom of&< le type du plus ancien sty le de la sculplutt grecque , et nous fait connailre ce que les anciens entendaient par l'école d’Égine. Izt figures paraissent être des copies de portraits plus antiques encore, et dont le type était consacré pour être reproduit ideuliquement d’âge en âge. Elles étaient peinin, et les traces des couleurs étaient encore apparentes lorsqu’on les a découvertes. Ca précieux monuments de l’art antique août maintenant à Munich.
GRECE. 281
monde était fondé sur la croyance d’un état meilleur et durable après la mort. En voyant passer Alexandre, ils avaient coutume de frapper fortement du pied contre la terre, indiquant par là que lui, dont le nom remplissait le monde, serait bientôt connné dans un étroit tombeau. Les flatteurs du roi leur reprochaient, en les menaçant, d’insulter le fils de Juiter. Gs répondaient que tous les ommes étaient fils d’un seul et même Dieu; qu’ils méprisaient les faveurs de leur maître, et bravaient ses châtiments , qui ne pouvaient que les délivrer d’une enveloppe mortelle.
Malgré ces dédains, Calanos, qui était on de ces gymnosophistes, s’était déterminé à suivre Alexandre ; il en fiit bien traité. Mais comme il entrait dans sa quatre-vingt-troisième année, étant tombé malade , chose qui ne lui était jamais arrivée, il prit la résolution de mettre fin à ses jours. En vain le roi le conjura de renoncer à ce dessein ; il dut lui permettre de faire élevw un bûcher, sur lequel il voulait consomma son holocauste. Avant l’accomplissement de cette cérémonie , il reçut les visites d’adieu de ses amis, mais il refusa de prendre congé d’Alexandre , en disant qu'il le reverrait à Babylone. Calanos fut porté en litière au lieu du sacrifice , à la vue de Pannée macédonienne, qui avait ordre d’assister à cette solennité. Il s’arrangea sur le bûcher; la musique se lit entendre , les soldats poussèrent le cri de guerre , et l’Indien , après avoir adressé un hymne à ses dieux indigènes, expira tranquillement au milieu des flammes. Ce fut à cette occasion qu’Alexaudre, comme on l’a dit précédemment , proposa des prix d’intempérance aux premiers buveurs de son camp.
FÊTES ICUPTIALES.
Alexandre trouva à Suze toutes les captives de qualité qu’il y avait laissées. Il épousa la princesse Statyra , fille atnée de Darius, et Parysatis, fille puînée d’Ochos; ainsi il eut en
même temps trois femmes, car il était déjà marié avecRoxane.Voulant qu’H^ phestion, son ami le plus tendre, devint son beau-frère, il lui donna pour épouse Drypatis , la plus jeune des filles de Darius ; il unit Cratère à Amastris , fille d’Oxyarte; enfin il distribua les autres filles perses ou mèdes aux quatrevingts principaux officiers de son armée. Il voulut célébrer , à cette occasion , les noces de neuf ou dix mille Persanes qui s’étaient mariées ou qui se marièrent alors avec des Macédoniens ; il paya la dot des filles, et donna à chaque convive une coupe d’or pour faire des libations : les noces furent célébrées à la manière des Perses.
Le banquet qu’Alexandre donna à son état-major avait été préparé dam une tente supportée par des colonnes de vingt coudées de haut, revêtues d’or , â’ argent, de pierres précieuses; elle était, en outre, décorée de tapisseries de pourpre tissues d’or. Les fêtes durèrent cinq jours consécutifs; les histrions et les musiciens les plus célèbres y figurèrent avec éclat. Les couronnes d’or , dont les envoyés des différentes villes et quelques particuliers firent hommage au roi , furent évaluées à quinze mille talents (82,500,000 fr. )
Afin de consacrer cette époque d’allégresse, Alexandre voulut acquitter les dettes de son armée ; et pour mettre chacun à son aise , il établit des bureaux qui avaient ordre de payer sans prendre le nom du créancier ni du d^iteur. Cette libéralité fut considérable et causa un sensible plaisir:
on dit qu’elle montait à près de dix mille talents (55 millions); mais la fliveur qu’il fit de n’obliger personne à déclarer son nom fut encore plus agréable.
Littérattjse grecque irtro- DUiTE DAHS I.A PERSE. —Le roi avait soin de faire représenter des pièces , de donner des jeux gymniques, ainsi que des fêtes musicales dans tous les iWx qu’il visitait. Convaincu qu’elles adoucissaient les mœurs des barbares, il résolut de répandre en Asie les amusements du théâtre grec. A cet effet ,
L’UNIVERS
plus de trois mille acteurs et musiciens , attirés de toutes les parties de la Hellade , se rassemblèrent à Ecbatane, qui fut choisie pour être le cheflieu des représentations dramatiques.
Depuis lors , Homère commença a être lu dans l’Orient; les enfants des Perses, des Suziens et du Kerman, récitèrent les tragédies d’Fischyle, de Sophocle et d’Euripide. Le monde touchait au moment de devenir grec parla civilisation, mais l'astre d’Alexandre était prêt à s’éteindre dans des flots de sang.
Mort r’Ephestios. — Au milieu des fêtes célébrées <à Ecbatane , ,\lexandre s'étant livré aux excès du vin, la cour suivait son exemple; on passait quelquefois plusieurs jours et plusieurs nuits en dénauches. Éphestion perdit la vie dans une de ces orgies honteuses : c’était l’intime ami du roi , un autre Alexandre : modeste, bienfaisant, supérieur à IVnvie, il fut généralement regretté. Tous les historiens s’accordent au sujet de l’extrême douleur que le roi témoigna de la perte de son favori ; il resta trois jours sans prendre de nourriture : il fit raser la citadelle et les remjjarts d’Ecbatane. Suivant quelques écrivains, il lit crucifier Glaucias, médecin d’Éphcstion ; il donna ordre d’abattre le temple d’Esculape, et d’éteindre le feu sacré, dans tous les temples jusqu’après les obsèques de l’objet de ses larmes.
FdnÉRAII.LES d’ftpHESTIOS (*).— -
(*) « Alexandre ayant rassemblé desarrhitcfles el un grand nombre d’arlisles. fit abattre dix .stades des murs de Raliylone. Après avoir choisi de la brique cuite et apl.ini le terrain sur lequel te bâcner devait èu e placé, it bilit ce bAcher carré ; chaque coté était d’un slade(94 | toises). Ensuite il partagea l’aire en oeut trente maisons et couvrit les toits de troncs de palmiers en conserraiit toujours la fonue létragone. AprèseeU, il orna toute l’en, ceinte, et le ree-de-ckausaée fut entouré de proues d’or de quinqiiérèaies au nombre de a4o, garuics des épolides, avec cliicuue deux archers hauts de quatre coudées, un genou en terre et de soldats avec toutes leurs armes ; des tapis de pourpre remplissaient les intervalles. L’étage auKlessus de ce premier'
Tandis qu’on préparait le bâcher monumental de son favori , Alexandre voulut signaler ses regrets par des hécatombes liumaines. Il mena en conséquence son année contre le.s Cosséens, nation lielliqueuse des montagnes de la Médie , restée jusqu’alors indomptée: il la détruisit en quarante jours, en misant exterminer, dit Plufarnue, jusqu’aux petits enfants : ce forfait fut appelé le sacrifice funèbre d’ fiphestion. Le chasseur d’iiorames repassa ensuite le Tigre, et s’achemina vers Babylone, après avoir Perdiccas’d’y conduire, le corps du Mros mort dans une saturnale,
RBTOtlB D'ALEXANDRE A BABTLOHS-
Intrigues d’Apollodore. — Les serviteurs des princes, prêts à Baisir leur faible , découvrirent bientôt eehii d'Alexandre et en abusèrent. Alarmé du ehUtiinent sévère de plusieurs satrapes, Apoliodore d’Ainpliipolis, gouverneur de Babylone, se sentant coupable, se concerta avec son frère Pytbagoras, le devin, qui prétendit avoir aperçu , dans les entrailles des victimes , des signes évidmits du courroux des dieux contre yViexaodrs s’il entrait dans sa capitale. Malgré cette révélation, le roi s’awrodiait de la ville de Ninus, lorsqu^uu long cortège
rang était chargé de torches de qiiUue cosdéesdehaiil, garnies à la poignée (UeounNi. nés d'or ; prés de la mcclie , d’aigles éployéei qui .semblaient prendre leur vol en bas; et vers le pied , de dragons altenlifs au vol de ces oiseaux. Au troisième rang (eu montant tmijonrs), étaient représentées des chlsses de toutes sortes d'animaux ; au quatrième, nu combat de centaures en figures d’or ; au cinquième , des lions et des lanreeox d'or, poses alternativement; et au sixième, des armes des Macédoniens et de barbares disposées de manière que leur arrangement désignait les hauts faits des premiers et les dé&ites des seconds. Le tout état surmoolé par des sirènes creuses capables de caebsr les musiciens qui devaient fair* l’éloge dn mort en chants funèbres. La hauteur passait cent trente coudées ; ondil qu’il y f«A dépensé plus de douze mille talents (6,480,000 f.).>
.oogle
GRECE. 2«3
de prêtres chaldéens vint à sa rencontre pour lui signifier t'oracle de Béliis, oui déclarait que son séjour dans ÿabtjlone lui serait funeste. Cette déclaration fit une étrange impression sur l’esprit du roi, qu’elle remplit de trouble et de frayeur.
Les philosophes greca , instruits des terreurs suMrstitieuses du roi , se rendirent supras de lui ; et, mettant dans tout leur jour les principes d’Anaxagore , qu’il professait , montrèrent un tel tniépris^ur la divination des chaldéens , qu’il marcha sur-le-champ vers llabyione è la tête de son armée.
À'MBASSAnES DES NATIONS. •- Il savait que des ambassadeurs de toutes les parties du monde attendaient son arrivée. Après une entrée magnifique, il leur donna audience dans tout l’éciat de la magniScenee orientale, et avec l’afTabilite d'un souverain qui aspire à gagner les coeurs. Il chargea les députés d’Épidaure de présents pour le dieu protecteur de leur ville qui préside é la santé , mais avec quelques reproches : F.sculape, leurdit-il , m’a été peu tteourahle, car U n’a pas sauié ta ele de celui que j’aimaU comme mot-méme. Il ténioigna, en partieulier, beaucoup d'égards aux envqs'és de la Grèce, char^ de le féü' citer sur ses victoires et sur son heureux retour.
Les ambassadeurs de Corinthe lui ayant offert le droit de cité, il se mit à rire; mais informé qu'ils n’avaient accordé ce titre qu’à Hercule, il l’accepta arec joie, sc piquant d’imiter ce iimt et de mardicr sur ses traces.
Il adressa aux états de ia Heiiade une lettre destinée è être lue publiquement aux fêtes d’OIympie , par lamelle il ordminsit aux différentes répubiiques de rappei«r les bannis, à l’exception de ceux qui a’étaient rendus coupidiles de meurtre ou de sacrilège. Cette espèce d’édit fut publié dans ratseinblée des jeux; mais les Atiiéoiens et les Étoitens reéiisèrent d’v obtempérer comme sétentatoire s leurs libertés.
ADMINISTSATION FCBMQOB ,
3i4 avatil J.-C.
Le monde s’était tu en présence dt Alexandre, il ne lui restait plus qu’à consolider ses conquêtes en les rendant utiles. Il examina attentivement le cours de l’Euiacos, celui du Tigre et de l’Euphrate ; il fit enlever les barres et les écluses qui gênaient la navigation de ces grandes rivières , afin d’attirer le commerce maritime à Babylone , où l’on creusa un bassin carâbie de contenir deux mille galères.
Il chargea Méarque d’une seconde expédition pour reconnaître les golfes Persique et Arabique.
Des objets moins éloignés attirèrent artieulièrement l'attention dn roi. Il t nettoyer tes canaux de la Babvlonie, de manière à retulre l’air salubre et l’Assyrie fertile, au moven d’une irrigation habilement coiribinée. Il trouva, au voisinage du Pallacopas , canal creusé par Nabuciiodonosor, une position convenable pour bâtir une ville , qu’il fortifia et peupla de vétérans grecs. Il fit d’importantes améliorations à Persé|)oli8, à Suze, à Ecbatene et dans plusieurs autres villes impériales, li amaigaina tes barbares avec ses troupes , dans l’espérance d’«i faire un tout homogène, sans pouvoir toutefois y parvenir.
Malgré ses oœupations multipliées, AtexandK ne |)ouvait écarter Je son esprit les tristes et aflligeantes pensées d’une mort prochaine, (^ui qui avait affecté de se mettre au-dessus de la nature huinaioe en s’égalant à la Divinité, tremblait au moindre croassement d'un corbeau. Le palais était plein de gens qui sacrifiaient ou faisaient des expiations, en se vantant de pénétrer dans l’avenir.
Comme la seule iiite du repos le fatiguait, il roulait tifiile projete dans sa t^ , lorsqu’il rentra de nouveau à Babykme en se moquant des chaldéens.
Diodore rapporte qiM le bdeber d’Héphertion étant terminé, un des amis du roi , nommé Philippe, arrivant du temple de Jupiter Hammon , rapporta qu’on devait regarder ce héros comme
L’UNIVERS
un dieu. Ainsi Alexandre, charmé d’j être autorisé par l’oracle même , uflfht à son ami le sacriflce qu’il lui réservait; apr^ quoi il traita splendidement la foule innombrable accourue à la cérémonie funèbre , en lui abandonnant les dix mille victimes qu’il avait fait immoler à cette nouvelle divinité.
Énumération de plusieurs prodiges SINISTRES. — Proclamé dieu, avoir fait un c&eud’Hépbestion, Alexandre était dans l’ivresse du bonheur. Il se faisait oindre, lorsqu’il apprend qu’un individu , échappe de pnson , est vêtu de ses habits royaux, qu’il avait déposés dans une chambre voisine, et qu’il siège sur son trône. Le roi s’étant empressé de venir dans l’appartement ou était cet homme, lui demanda le motif d’une pareille comédie. L’inconnu répondit qu’il n’en savait rien lui-même. Ainsi , le roi eut recours aux devins , sur l’avis desquels l’homme fut mis à mort pour faire tomber sur lui ce qu’il y avait de sinistre dans un pareil prodige; on sacrifia aux dieux Apotropées , Averrunques ( qui détournent les malheurs), mais le fond de son ame n’en fiit pas moins agité. Il conçut une haine profonde contre les philosophes qui l’avaient engagé à entrer dans Babylone , en les Citant A' esprits forts, et en exaltant le savoir des chaldéens.
Mais, continue Diodore, un nouveau prodige acheva de porter la perturbation dans son esprit. Penaant qu’il visitait le grand lac de Babylone, les barques qui portaient ses amis s’étant écartées , laissèrent la sienne seule et en danger pendant trois jours.
Comme elle se trouvait dans un canal étroit, il arriva que son diadème fut accroché par une branche d’arbre et tomba dans l’eau : aussitôt un des rameurs se jeta à la nage pour le reprendre , et le mettant sur sa tête afin de n’en être pas embarrassé , il revint à la barque d’Alexandre. Il consulta les devins sur toutes les circonstances de cette aventure : ils lui conseillèrent d’offrir aux dieux de pompeux sacrifices et de faire mourir celui qui lui avait rapporté son bandeau royal.