‹ Grèce par m. PouquevilleChapitre 8 sur 115 · ORACLES · texte numérisé non relu

ORACLES

Ce fut, comme on vient de le voir, aux invasions des Doriens dans le Péloponèse, et à l’abolition delà royauté à Athènes , que la Hellade dut l’origine de ses colonies; elles s’étendirent, augmentées par d’autres émigrés , qui fuyaient une patrie dans laquelle ils ne pouvaient plus vivre.

L’Attique opprimée, disait-on , par ses rois, le fut nien davantage par ses archontes et par ses magistrats populaires , parce que toute espèce de démocratie est essentiellement despotique. Le pays, déjà trop divisé sous le gouvernement royal , fut encore suMivisé par la nouvelle administration; de manière que le corps social touchait à une dissolution complète , sans l’influence du conseil amphictyonique , qui sut s'emparer à propos de l’oracle d’Apollon.

L’amphic^onie, fondée pour prévenir les invasions des Barbares dans les parties septentrionales de la Hellade, se trouva beaucoup plus utile pour opérer une sorte de rapprochement entre ses différents états.. Ce n’était plus les envoyés des trois tribus établies dans le Pindoros qui la composaient , mais diverses communautés de la Grèce

GRÈCE. 29

méridionale. Elles députaient h ce congrès des représentants, dont le nombre fot de cent à cent vingt-quatre ampliictvons.

Delphes, située ii peu près au centre des états de la Grèce, avait été destinée pour tenir l’assemblée du printemps; et celle d’automne continua, comme dans l’origine, à se réunir aux Thermopyles. Avant d’entrer dans aucune déltberation , chaque député faisait serment : K De ne jamais détruire aucune « ville amphictyonique ; de ne point « intercepter lé cours des rivières ; et » de punir, autant qu’il serait en son n pouvoir, ceux qui se rendraient cou- « pables de pareils attentats. »

Les amphictyons n’avaient aucune autorité coercitive ; mais ils acquirent une puissante considération dès qu’ils se furent déclarés tuteurs et protecteurs de l’oracle d’Apollon, dont le crédit augmentait à mesure que la civilisation faisait des progrès.

Strabon et Pausanias nous apprennent que , dans les siècles héroïques , les oracles avaient peu d’influence, parce que les rois prétendaient être les médiateurs directs entre le peuple et les dieux. Mais quand le pouvoir royal s’affaiblit ou cessa d’exister, la confiance dans les oracles augmenta , et l’influence des ministres, qui interprétaient leurs réponses, devint capable de renverser tout autre principe d’autorité.

Le musicien Alcinoûs, chantant aux banquets d’Agamemnon , qui l’écoutait avec délices, rappelle l’oracle émané de Pheebus Apollon établi dans l’opulente Pvtho, et nous donne ainsi le nom primitif de Delphes. Lorsque les dieux réenaient dans la Grèce , la terre rendait des oracles par la voix de aphné, l’une des nymphes du Parnasse. Ce souvenir était consigné dans des cantiques attribués à Eumolpe.

Neptune y prophétisa ensuite par l’organe de Pyrcon; et Thémis, qui lui succéda , en concéda la propriété au fils de Jupiter et de Latone : ainsi Apollon ne fut que la troisième divinité qui régna sur le Parnasse.

La croupe de cette montagne , sur

laquelle Delphes fut bâtie (*) (voyez planche 12), formait un amphithéâtre élevé dans les airs, où l’on n’arrivait du cdté de l’occident que par une voie taillée dans le roc, pareille aux degrés d’un trône. Un soupirail, d’où sortaient des vapeurs enivrante, Alt l’endroit où était placé le siège de la prêtresse d’Apollon ; inspirée et hors-u’elle-même, elle rendait, en vers ambigus, des oracles qui firent dire plus d’une fois que le dieu de la lyre était un mauvais poète.

Ces réponses étaient , à la vérité , rédigées par des prophète attachés au temple de Delphes ; ils étaient chargés de psalmodier les offices , ce qui n’exigeait ni verve, ni inspiration. Ils nageaient, dit Lucien, dans l’abondance des biens du monde , sans avoir besoin de labourer et d'ensemencer les terres. Indépendamment des hécatombes parfaite dont ils s’engraissaient , ils jouissaient du fruit des dîmes établies sur vingt-deux cantons qui dépendaient de Delphes.

Les prêtres, dépositaires des connaissances liistoriques , racontaient comment la montagne j^tique avait emprunté son nom de Parnassos , fils de Cléopompe et de la nymphe Cléo-

(*■) En jortant de Crissa pour monter ù Delphes, on a sur la gauche le Parnasse, et à droite le mont Cirpfais. On suit un chemin taillé en galeries spacieuses, que le temps a dégradées et rendues d’un accès difficile. Aux flancs du rocher qui borde la route sur la gauche , on remarque des grottes sépulcrales doni l’ouverture est sculptée en arcade; quelques-unes de ces chambres coutienncnl jusqu’à trois sarcophages places dans une cavité arrondie, et un bloc de pieire isolé foi-me à lui seul un tombeau monolithe. On trouve près de Delphes la fontaine Castalie , qui donne naissance au Pleisthos , dont on aperçoit le cours au bas des rochwa- Aux lieux où fut la ville, on rencontre des marbres, des pans de murs, des decrets, des consécrations gravés sur les roche^ L’empU cernent du gymnase , la cella du temple d’Apollon , les rochrs Phedriades qui dominent Delphes, terminent la perspecpective. (f'oj-. de la Grèce, Poüqoxville ,

tlV.liv. XI,c.i, ï*édit>

)y '^ooglf

L’UNIVIRS.

dore ; de meHe manière il fonda une Tille, qui rot submergée dans le déluge de Deticalion; ils désignaient l’endroit o(i| l’arche qui renfermait ce patriarche m^hologique s’arrêta lorsque les eaus rentrèrent dans le vaste sein des mers.

Au siècle d'Homère, la magniQcence du temple de Delphes était devenue proverbiale. Il y eut plus tard des Gnan-’ ces si considérables , qu’on en estimait la valeur à la moitié des revenus de Xerxès; et quand les Phocidienh en enlevèrent vingt-quatre millions de notre monnaie, le trésor sacré fot loin d’être épuisé.

Les Delphiens, à qui le territoire sanctifié par ApoHon appartenait , dir rigeaient, sans le secours des amphictyons, les cérémonies religieuses, et réglaient les rites de la prophétie. Ils déterminaient dans quel temps et à quelle occasion la pythie devait monter sur le trépied pour se mettre en rapport avec l’esprit fatidique qui l’inspirait.

Dès qu’elle s’écriait ! dieu I voici le dieul ils recueillaient ses paroles les plus incohérentes; ils interprétaient ses hurlements frénétiques, auxquels ils donnaient un sens et une harmonie qu’ils appelaient oracle d'Apollon.

La pythie, admise et renvoyée à volonté, n’était qu’un instrument passif entre les mains des prêtres, qui furent regardés , non comme les serviteurs d'Apollon, mais conune sa propre famille. Leur nombre ne fut jamais déterminé, parce que les principaux habitants de Delphes étaient admis dans les cérémonies de son temple, où le peuple était continuellement occupé soit dans les Moeurs ou danses, soit aux processions et à concourir aux pompes, qui ne faisaient qu’une fête perpétuelle de tous les jours de l’année.

HéTABUSSEMBNT

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916 k 776 Ayant Jésns-Clirist.

Delphes, au plus haut point de son importance théocratique , sanctionna, vers l’année 880 , deux institutions qui furent suivies de résultats extraordinaires; nous voulons parler du rétar blissement des jeux olympiques dans

l’Élide et de la instauration de la royauté à Sparte.

C’était une tradition générale , qu’avant la conquête du Péloponèse par les Doriens, les bords de l’Alphée avaient été consacrés à Jupiter. Les jeux athlétiques y avaient été célébrés en champ clos, à plusieurs repri.ses, sur uq terrain voisin de Pise. I^s Doriens avaient eu l’intention de donner une consécration authentique à ces solennités, mais leurs guerres contre les Athéniens, les discordes publiques et privées, leur firent oublier les honneurs réservés aux immortels.

Au milieu des calamités qui alTIigèrent le Péloponèse, Iphitos, iils d'Oxylos, à qui l’Elide était tombée en partage , setant adressé à l’oracle de Dei-

fihes pour savoir si on devait rétablir 'institution de Corébos, les ministres d’Apollon répondirent : • Que les fêtes < d’OIympie devaient être renouvelées, « qu’ily aurait franchise et sûreté pour « les habitants de tous les pays qui « voudraient s’y présenter, »

Le rétablissement des fêtes olympiques ayant donc été promulgué dans les oontrees les plus éloignées où il se trouvait des Grecs , les enfants de cette grande fapiille, qui vivaient depuis plusieurs siècles sur des terres étrangères, se revirent et se rappelèrent leur commune origine. De retour dans leurs colonies , i|s parlèrent des solennités d’OIympie; et leur célébration périodique, en opérant un rapprochement national, donna lieu, plusieurs fois , à des conférences et à des ambassades, suivies de traités de commerce et d’alliances.

KBSTAtnUTIOir DE LA EOTAUTé.

ipOQoa DB iiTcoacoSf

Les Aehéens restai dans la Gacnnie ■raient été , comme on l’a dit précédemment , réduits en esclavage sous le nom d’Hilotes, tandis que les Gueédémoniens , ou habitants de la Laconie , forent seulement déclarés sujets de Sparte, obligés à payer l’impôt et au service militaire. Tel fot le résultat des guerres d’Agis, fils d’Eurystène, et de ses sucoesseura.

L’histoire des deux siècles suivants postérité les poésies d’Homère . qui ne présente qu’un tableau de guerres étaient à peine connues dans la Helladé. continuelles des Spartiates contre les Poksies D’HoMiur.. — On fait re- Argiens , de troubles intérieurs et de monter la naissance d’Homère è neuf la décadence du pouvoir royal , jusqu’à cents ans environ avant l'ère chréc« que Lycurgue , vers l’an 880, donna tienne, trois siècles après la prise de à Sparte une constitution, à laquelle Troie. Des rhapsodes, ou chanteurs , elle fut princiralement redevable de qui parcouraient le pays, le front ceint l’éclat dont eOe jouit pendant huit de lauriers et avec des palmes à la siècles. main , répandirent dans Honie, où il

Lycur^e, fils de Prociès, regardé était né, ses vers immortels. Les poé> comme le dixième descendant d’^Her- sies d’Homère ne formaient point de aile, allait succéder à son frère aîné, corps d’ouvrage. Chacun choisissait la Polydecte, lorsque sa veuve se déclara partie qui lui plaisait ; l’un chantait les enceinte. Dans cette circonstance, Exploits de Diamède; un autre les Lycurgue ayant fait connaître l’état de Adieux d’Andromaque, ou la Mort la reine, déclara qu’il se contenterait de Patroçle çt d’Hector. Lycurgue du titre de régent dans le cas où il réunit les chants épars de VIliade et

naîtrait un héritier du sang de son de Odyssée; il les copia, et le génie

frère. du poète éveilla le génie du l(^islateur

Une pareille conduite était d’autant qui avait visité la Crète et l’Egipte. plus admirable, que la reine avait fait Lycurgue, après dix ans d’absence , prévenir Lycurgue, qu’elle consen- trouva Sparte livrée à la plus af-

tait, s’il voulait l’épouser, à prévenir freuse anarchie, et les citoyerig em-

la naissance du rejeton posthume de pressés de recourir à sa sagesse pour

Polydecte. Averti par cette déclaration les protéger. Mais le désordre social

des desseins d’une mère dénaturée, était tel que ni le sang des rois dont il

Lycurgue temporisa , et chargea quel- descendait , ni renthousiasme causé

ques personnes de conüance de sur- par les chants d’IIumère que le poète

veiller la reine , avec ordre si elle ac- Tlialès , qu’il avait amene de Crète ,

couchait d’un enfant mâle de le lui récitait avec feu, ne pouvaient suffire

apporter aussitôt. pour établir sa légiwiw- Il se rendit

Ces sages mesures furent couronnées en conséquence a Delphes , accompad’un succès complet. Lycurgue sou- gné des vingt-huit chefs des tribus du paît un jour avec les principaux magis- peuple, pour consulter Apollon, trats de la république, lorsqu’on lui 11 monte au temple, tenant en main le présenta le nouveau-né, qu’il reçut raineau des suppliants. <■ La pythie qu’il dans ses bras, en disant : « Spartiates, << interroge lui répond dans les termes « le fils de Polydecte, votre roi , vient « les plus respectueux... Elle liésite si « de nattre. • On se félicita mutuelle- » ellerappelleraundieuouunhomme... ment, et l’enfitnt reçut le nom de « Elle se décide brusquement; elle le Chérélaos, la joie du peuple. «reconnaît pour un dieu ; elle ap-

L'édat de cette action ne put ce- « prouve l’esprit de ses institutions ; pendant mettre Lycurgue à l’abri des « elle déclare que leur exécution renintrigues de !a reine , qu’il avait dédai- « dra la république de Sparte heureuse goée. Mais au lieu d’wever dans i’état « et immortelle. » Fort do cette auune lutte funeste, le régent voulut torité, Lycurgue marcha au but qu'il conjurer, par son absence, l’orage qui s’était propose lorsqu’il avait consulte menaçait la patrie. Il résolut de voya- les sages de la Crète et de l’Egypte, ger; et cette détermination, propre Le but principal de Lycurgue fut de aux hommes d'une trempe forte , lui donner à sa patrie des lois capables de fournit l’occasion de léguer au monde la garantir des malheurs qui avaient le plus beau don que nous possédions, afhigé la Grèce après le renversement en recueillant et transmettant à la des dynasties d’Argos, d’Athènes ef

L’UNIVERS

de Thèbes. Frappé des institutions homériques et de celles de Minos surtout , qu’il avait étudiées avant de passer en Asie, il se décida à imiter la beauté simple de ces grands modèles , en évitant les écueils sur lesquels le régime héroïque avait fait naufrage.

Législation de Ltcdrgde. — Une partie des institutions attribuées à Lycurgue avaient été puisées dans celles des Doriens tomb^ en désuétude, auxquelles il rendit force de loi. Il publia des sentences, ou rketrai , qu’il avait soin de faire sanctionner par l’oracle de Delphes. Il prétendait, comme Moïse , faire des Spartiates une race d’hommes à part. Aussi ses lois ont-elles plus égard à la vie privée et physiquedes individus qu’à la constitution de l’état, à laquelle il changea peu de chose.

Lycurgue laissa subsister les rapports entre les Spartiates comme peuple dominateur, et les Lacédémoniens comme sujets. Les rois des deux maisons régnantes conservèrent leurs prérogatives de chefs militaires dans la guerre, et de premiers magistrats pendant la paix. D’un autre coté, on lui attribue l’institution d’un sénat composé de vingt-huit membres, qui ne devaient pas être âgés de moins de soixante ans : le peuple les nommait à vie , et ils devaient assister les rois de leurs conseils dans les adirés publiques. Quant au collège des cinq éphoresqui étaient renouvelés chaque année, on ignore s’il fut établi par Lycurgue ou postérieurement à ce législateur : il devint le tribunal suprême de l’état. Il y avait ensuite les assembléesdu peuple, d’après sa division en tribus et en cantons , auxquelles les seuls Spartiates pouvaient assister : c’était là qu’on admettait ou qu’on rejetait les propositions des rois et du sénat.

Les éphores avaient la faculté de contrôler l’administration du sénat et de maintenir l’esprit de la constitution. Eux seuls pouvaient convoquer, provoquer et dissoudre les grandes et les petites assemblées du peuple : l’une se composait de neuf mille Spartiates , et l’autre de trente mille Lacédémoniens. La réunion de ces comices

armés montrait au peuple les forces n^essaires pour exécuter ce qui était légal, et pour s’opposer aux ordres arbitraires du sénat.

Dans ses décrets sur la vie privée, Lycurgue se proposa de faire des Spartiates des citoyens égaux par les propriétés , par la manière de vivre, dont chacun aurait la conviction qu’il appartenait à l’état , et qu’il lui devait une entière et aveugle obéissance. Il s’ensuivit le partage des terres, par lequel 9000 portions furent adjugées aux Spartiates, et 30,000 aux Lacédémoniens. Ces lots étaient transmissibles par donation ou par héritage même aux filles, à défaut de lignée masculine, mais on ne pouvait jamais les vendre.

Chacune de ces parts était supposée produire 82 raédimnes d’orge, avec une récolte proportionnée de bruits, de vin et d’huile.

Les sénateurs, contents de leurs prérogatives , n’ambitionnaient aucune prééminence de fortune. C’était chose impossible. La monnaie était de fer cassant, ce qui empêchait de thésauriser, et s’opposait aux goûts pernicieux et déréglés. Comme il n’y avait rien à gagner dans un pareil pays, on ne vit pendant long -temps a Sparte, ni empiriques , ni diseurs de bonne aventure, ni sophistes, ni avocats.

Le luxe était banni des tables au moyen de repas communs, qui avaient lieu d’après la division des citoyens des deux sexes en catégories. Des rè-

flements spécifiaient les mets qu’on evait servir aux Spartiates. Ces mets se composaient de pain , de vin , de fromage, de ligues. Si on y servait quelques pièces de gibier , ou des viandes provenant des sacrifices, on les abandonnait aux jeunes gens ; malgré cela, leur pitance était mince, car iis recouraient souvent au larcin pour subsister. Les hommes âgés se nourrissaient de bouillies et du brouet noir, qui n’était pas agréable au goût. Le poisson et tout ce qui pouvait exciter l’appétit était prohibé. Il était défendu de boire autrement que pour apaiser sa soif.

Un vieillard qui se tenait à l’entrée du réfectoire , prescrivait la discrétion en

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disant à chaque convire en lui montrant la porte : Rien ne sort d'ici , on mangeait armé.

Le repas fini , chacun devait se retirer chez soi, sans se faire précéder d’un flambeau, afin de s’accoutumer à marcher dans les ténèbres : les rois n’étaient pas exempts de cette discipline.

Les enfants nés avec des difformités et les monstres étaient exposés dans un lieu escarpé du Taygete, où ils étaient abanclonnés; usage barbare qui s’est conservé de nos jours parmi les Monténégrins de l’Illyrie. Le maiiiot et les bandages étaient inconnus à Sparte.

Lycurgue avait établi des lois somptuaires sur les maisons. C’étaient de simples abris : voilà tout ce qu’on sait; car on ne pouvait construire les portes, les meubles et les intérieurs qu’avec deux instruments , la scie et la hache.

L’instruction publique commençait à l’âge de sept ans pour les jeunes Spartiates, qui appartenaient dès lors à la patrie. On les divisait en agèles ou classes présidées par des hommes sacs et a’un âge mûr, à qui les élèves evaient autant d’obéissance qu’aux auteurs de leurs jours : ils en avaient soin comme de leurs propres enfants. Les jeunes gens cédaient en tout temps le pas à leurs instituteurs, ils se levaient a leur aspect. S’ils recevaient quelque punition et qu’ils en portassent plainte à leurs parents, il edt été honteux à ceux-ci de ne pas les châtier. Obéir, travailler, souffrir, c’était préparer les enfants à la guerre et à la victoire. La tête rasée jusqu’à la peau, marchant nu-pieds, peu vêtus , ils combattaient entre eux dépouillés de tout vêtement.

Sparte possédait un temple de Diane taurique, où l’on faisait chaque année un sacrifice sanglant, sans immoler aucune victime. Les jeunes Spartiates en fournissaient l’offrande: rassemblés sous les yeux de leurs parents devant l’autel de Diane , ils étaient frappés de verges qui faisaient jaillir le sang, sans leur arr.icher aucun cri, sans que leurs traits s’altérassent ; et plusieurs 8UC-

3* Livraison. (Grkck.)

comblent sans proférer une plainte.

L’instruction était peu rt^andue dans la Laconie. Cependant les jeunes ^ns apprenaient la musique et le dessin. On leur enseienait a lire et à parler leur langue 8”(;C grâce et jiureté , et à savoir accommoder l’expression à la pensée.

Tout était commun entre les Spartiates. Il était enjoint pr la loi et regardé comme honorable de se prêter mutuellement les ânes, les chevaux, les instruments d’agriculture et de chasse; de ne connaître d’autre distinction que celle du mérite personnel; d’honorer la tempérance et de dédainer toute acquisition , excepté celle e l’estime publique.

Les règlements relatifs aux familles tendaient au but politique de procurer aux individus des deux sexes un corps sain et vigoureux, même aux dépens de la raoime.

Les esclaves ou Hilotes, considérés comme serfs destinés à la culture des terres, étaient en même temps une propriété de l’état, qui avait le droit de les employer à la défense de la république quand il le jugeait à propos.

Les lois qu’on vient de rappeler sommairement étaient en petit nombre et conçues en peu de mots. Elles furent mises en vers, probablement aussi grossiers que les rimes du Décalogue, afin de rester dans la mémoire du peuple comme des préceptes divins.

On défendit sévèrement à tous les citoyens qui eurent , au temps des Machabées, des traités politiques avec les Juifs , toute liaison avec les étrangers. Enfin Lycurgue, qui avait aidélphytos à rétablir les jeux olympiques, institua sur les bords de l'Eurotas des fêtes semblables, où les seuls habitants de la Laconie étaient admis : les dieux de Sparte , comme ceux d’Israël , étaient des dieux jaloux.

En temps de paix , les Spartiates s’assemblaient pour converser et pour s’exercer à la gymnastique. Quelquefois ils s’amusaient à des cérmonies religieuses et à des pompes militaires ; une revue ou une procession les satisfaisaient également.

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L’UNIVKRS.

L’agriculture et les arts mécaniques étaient abandonnés aux mains des Uilotes. Lrt science de la guerre et de l’adininistration était recommandée par les lois de Lycurgue , comme Ife seul objet digne d’occuper des homines libres.

I.e courage, première qualité du soldat , était exalté par des motifs capables d’agir le plus (puissamment sur i’es|)rit : la lâcheté était regardée et punie comme un crime.

I.es S|iartiate8 conservèrent pendant long-temps l’usage des armes des siècles héroïques; ils diminuèrent cependant la longueur de l’épée à deux tranchants , qui était pointue et pesante , comme celle de nos anciens preux.

Leurs troupes étaient divisées en régiments de cinq cent douze hom-

mes; les régiments en quatre compagnies, et cnaque com(>agnie en plusieurs sections qui avaient leurs officiers particuliers. L’armée était suivie d’une nlultitude d’artisans ët d’esclaves qui portaient les bagages et pourvoyaient il ses besoins ( tandis qn'nn cortège nôinbreux de prêtres et de poètes animait leur vllltûl.

Un corps de envaierie éclairait la marche des Spdrâtës. Iis campaient en cerfcle, en dllfclissant des postes avancé et des vedettes : soir et matin ilsallaiëht à ffianceum, et il n’y avait pas ifâlipfel 1 parce qu’il n’y eut jamaiâ dedêWtteurs.

Xéh(>t>ltbB , ttni avait combattu (>our et cdlÂrd'Hîe ^rtiates, décrit avec quelle pdfhisidn ils agissaient dans tous leé seus ; comment iis convertissaient la èOibdW de marche en ordre de baet pae quelles évolutions rapides

S prêlëntâient le front de ligne à un oc imprévu.

' Quand les Spartiates étaient décidés h Wvrèr bataille , le roi , qui se levait , hahituellement avant l’aurbre, afin d’étre le premier à offrfr des sacriflces aux diedx , communiquait son ordre du jour. Les soldats prenaient un air extraordinaire d’allégresse. Ils déployaient dans leur habillement et dans leur parure toute la magnificence possible, ils peignaient leur longtte

chevelure, qu’ils tressaient artistement; leurs hoquetons, couleur de pourpre , et leurs armures d’airain produisaient un effet merveilleux.

Lorsqu’ils approchaient de l’ennemi, le roi offrait un sacrifice , et la musique, composée de lldtes pareilles à nos fifres; se faisait entendre. Alors les guerriers de la Laconie, Spartiates et Lacédémoniens, marchaient d’un pas lent et ferme , avec upe contwanoe enjouée, quoique superbe et altière.

Avant , pendant et après la bataille , leurs manceuvres étaient dirigées avec tant d’ordre ët de célérité, dit Xéno phon, «qu’en comparaison des Spar-

< tiatesi tons ies autres peuples lui « paraissaient des enfants dans l’art

< de la guerre. »

L’état pouvant s’épuiser pàr les guerres , Lycurgue avait songé à la reproduction de l'espèce humaine. Dans son système , le mariage était expressément recommandé, et les célibataires, exclus dés assemblées, étaient voués au mépris public, bafoués et quelquefois e.xposés à des traitements sévères.

L’éducation des femmes n’avait point échappé au législateur. Les ûlles de Sparte étaient dès leur enfance formées à 'inc éducation propre à (tonner des citoyens robustes à l’état. Elles partici|>aient aux exercices gymnastiques des jeunes gens, elles s’exerçaient à la lutte , à lancer le (li8(]ue , les traits, et elles se baignaient en public dans les eaux glaciales de l’Eiirotas. Aux époques des fêtes , elles dansaient nues en [îrésence des jeunes gens , des rois, du sénat et du public, qui accourait à ces solennités , sans que les moeurs en . souffrissent. Leur nourriture était frugale ; une robe simple et d’un tissu léger les couvrait jusqu’aux genoux, et eHes montraient plus que de l’assurance 4ans leur déraârche. Les vêtements des femmes inari^ qesewdaient jus<}u'aux talons , et elfès ne sortaient en public qu’avec un maintien décent et pudique.

Les Spartiates qui enlevaieni les filles qu’on leur avait promises les épousaient sans dot. lis ne voyaient

GRÈCE. 3fi

lëUrt femmes que fiirtiveinent et retournaient, avant l’aurore, avec leurs tAhaarades , se mêler à leurs exercices et à leurs conversations. L’épouse aimait à son tour le mystère de l’union conjugale, et les mariages n’en étaient que plus féconds. Il n’y avait pas de loi contre l’adultère , on n’en entendit J)resque jamais parler à Sparte.

Le roi Anaxandride offre le seul exemple d’une polygamie simultanée.

Un nomme impuissant recourait à quelque ami pour se procurer des enfants.

Les femmes, cohdamnées partout ailleurs à végéter dans des occupations sédentaires ^ui affaiblissent l’esprit et le corps , devinrent, par les institutions de LycUrgüe , dignes d’élever des Spartiates.

A des époques déterminées , les maçistrats, qui prenaient note de la conuuite des adolescents, les examinaient soigneusement. Ils ehcourageaientceux qui avaient persévéré dans la règle, et ils infligeaient aux indociles des cliâtiments corporels qu’ils enduraient avec une patience pleine de courage.

On leur inculquait dans l’éducation morale les maximes de l’honneur par le précepte , et le précepte était renforcé par l’exemple.

Parvenus à l’age viril , les éphores choisissaient entre les élèves de la patrie trois jeunes gens d’un mérite supérieur. Chacun ae ces élus désignait une centaine de ses compagnons , qui étaient appelés à l’hoiiorable distinction de servir dans la cavalerie , en motivant publiquement les raisons de la préférence â de l’exclusion qu’ils avaient exercées.

Telles furent les institutions de Lycurgue , qui élevèrent ses concitoyens dans la sphère la plus élevée à laquelle la nature humaine puisse aspirer. Quant à ce sage modérateur, rhistoire ne rapporte plus , à son sujet , qu’une circonstance qui ait quelque authenticité. Témoin des effets de l’ordre politique qu’il avait organisé, il annonça qu’il n’avait plus à proposer qu’un règlement , sur lequel il croyait devoir consulter l’oracle de Delphes.

Il engagea , par serment , ses compatriotes a ne faire, jusqu’à son retour, aucun changement à la législation qu’il leur avait oîinnée. Il se rendit ensuite auprès de l’oracle d’Apollon , qui déclara, par l’organe de la pythie , « Que « les Spartiates seraient heureux aussi « long-temps qu’ils respecteraient les » lois de Lycurgue. » Pour lui, il ne pensa jamais à retourner dans sa patrie, persuadé que la durée du gouvernement qu’il avait établi Serait mieux assurée par ia sainteté d’un serment que par sa présence.

Lycurgue avait formé Sparte pour la defense et non pour la conquête. Il était interdit à ses guerriers ae poursuivre un ennemi qui fuyait , et de faire souvent la guerre a un même peuple, dans la crainte de J’aguerrir.

Mais comment modérer une république de soldats que l’ennui seul devait exciter à entreprendre des guerres, puisque les occupations domestiques et l’agriculture, les seiils moyens rapables de les distraire, étaient confiées aux esclaves ?

L’inquiétude d’hommes actifs ne tarda pas à se manifester dans l’état , vis-à-vis des villes de la Laconie. Sparte contenait à elle seule près du quart de la population de la république. J.e nombre de ses habitants s’était accru après la destruction d’Hélos , d’Amyclée, de Géronthres et de plusieurs autres places. L’IIécatompolis , ou région aux cent villes (on appelait ainsi la Laconie dans l’antiquité ) , n’en possédait plus que trente dès le siècle de Lycurgue.

L’auministration était concentrée dans la métropole ; toutes les matières importantes y étaient décidées. Les éphores ne convoquaient que rarement les grandes et les petites assemblées des citoyens ; les Spartiates , au lieu de demeurer les égaux des Lacédémoniens, en devinrent les maîtres et les tyrans.

L’abûs du pouvoir fomenta par degrés l’abus de la cupidité, de façon qu’aucomniencementde la guerre inedique, les lots de terre , qui étaient primitivement de neuf mille , se trouvaient

L’UNIVERS

réduits <i mille. Les maçistrafs qui avaient accumulé les propriétés étaient devenus tellement durs et exigeants, que, suivant l’expression de Xénophon, ils auraieiU voulu dévorer tout crus ceux qu’ils avaient dépouillés. Ces vexations étaient l'ouvrage de trente-neuf mille Sprtiates libres, qui opprimaient cent cinquante -six mille Lacédémoniens, en foulant aux pieds plus de cent quatre-vingt-quinze mille esclaves ou Hilotes.

L’esprit militaire introduit chez les Spartiates avait , bientôt après la mort de Lycurgue , entraîné le peuple dans des guerres contre les Argiens, les Arcadiens et les Me^séniens. Elles paraissaient avoir pour cause principale une ancienne haine entre les trmus doriennes, née de l’inégalité du partage des terres fait entre elles à l’époque de l’invasion du Péloponèse.

Mais ces guerres furent évidemment entretenues par l’ambition des rois, qui savaient cfiriger à leur gré un peuple superstitieux , au moyen des orades et des interprétations qu’ils leur donnaient. De 87.3 à 743, les Spartiates eurent quelques démêlés peu importants avec Tégée et Argos.

PREMIÈHE GDBIUŒ UE HESSÉNIE.

741 k 72a avant J.*C.

La Laconie et la Messénie, gouvernées par des princes de la race d’Hercule et habitées par des Doriens , semblaient destinées à subsister dans une fraternité inviolable. Cette harmonie fut d’abord altérée par l’abolition de la royauté dans la llellade , qui fit que la capitale de chaque petite principauté commença à s'arroger une autorité illimitée surles villes inférieures. Ainsi, l^arte avait étendu sa domination sur Gérennée, Thurion et Sellasie. Son aristovTatie avait fait rendre une loi ar laquelle les habitants d’Hélos , réuits en esclavage , ne devaient pas être vendus dans les pays étrangers , parce qu’ils pourraient se flatter d’y recouvrer la liberté.

74.3 --743 AVANT J.-C. — Le même esprit de tvrannie s’était emparé des Messénicns. Les habitants de la capi-

tale n’étaient occupés qu’à attaquer , conquérir et réduire en esclavage plusieurs villes moins importantes que leur métropole. Bientôt ils se trouvèrent en face des Spartiates, et des hostilités, ou plutôt aes brigandages, ne tardèrent pas à troubler la paix des deux états.

Un ancien temple de Diane, placé sur les confins de la Laconie et de la Messénie , bâti à frais communs, était destiné à recevoir annuellement une troupe choisie, composée de vierges du Taygète , et de jeunes Messéniens :

la rencontre était délicate. Dans une de ces solennités , les Messéniens , enflammés par la beauté des Lacédémoniennes , dont ils essayèrent vainement de séduire l’inflexible vertu, eurent recours à la violence pour en trioinher ; triomphe funeste aux vainqueurs, la patrie et aux victimes de leur passion brutale, qui se donnèrent volontairement la mort, parce qu’elles ne voulurent pas survivre à la perte de leur honneur.

Dès ce moment il y eut représailles sur représailles; et le refus des Spartiates de soumettre les différends des deux états au conseil révéré des amphictyons , annonça une conflagration politique.

Les Spartiates , sans déclarer ouvertement la guerre, pénètrent en Messénie. A la faveur de la nuit, ils escaladent les murs d’Amphéia, font main basse sur les habitants endormis, dont un petit nombre se sauve pour aller répandre dans la Messénie la triste nouvelle de leur désastre imprévu.

Ëuphaès , roi de .Messénie, qui avait succédé au trône de son père Antiochos, informé de ce qui venait d’arriver, convoque aussitôt une assemblé

Générale du peuple dans les champs U Stényclaros. Il déniore le malheur des Ampnéiens; il relève lecourage des Messéniens consternés. Il leur dit que, « moins exercés au métier des armes « que leurs belliqueux adversaires, ils « acquerraient de l’habileté en prenant « des mesures énergiques pour la dé- « fense de la patrie; que les dieux, « vengeurs de la perfidie , les feraient

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