ÉTAT DE LA UTTÉRATÜRE
AU SlàcLI s’Al-BXAItDAI.
La littérature , la philosophie et les beaux-arts brillaient encore de tout
leur éclat, mais le principe de leur perfection primitive commençait à s’altérer. Les expéditions militaires d’Alexandre avaient été décrites par une foule d’historiens dont l’exagération, en matière de faits, produisit cette enflure de style, cette prostitution d’ornements, et ces grâces affectées qui caractérisèrent les productions de Callisthène, d’Onésicrite et d’Hégésias.
Le mauvais goût de ces écrivains fut admiré et imité par plusieurs de leurs contemporains. La contagion gagna les orateurs, et l’éloquence ampoulée des Asiatiques s’introduisit en Grèce sur la fin du siècle même où l’on avait applaudi les harangues régulières et nerveuses de Lycurgue , d’Hypéride, d’Eschine et de Démosthène; tant il est vrai que l’esprit humain , parvenu à son plus haut degré de perfection, tend à dégénérer et à se corrompre.
Poésie. — Sous le gouvernement macédonien , la Grèce ne produisit aucun génie supérieur dans le genre de la poésie grave. Les tragédies de Sophocle et d’Euripide étaient encore en possession de ia scène ; mais il ne parut aucun poète lyrique ni épique capable de chanter les exploits d^Alexandre , quoique ce prince récompensât magnifiquement les basses flatteries d’Agis, de Cléon, de cliérile, qui corrompirent son cœur sans gâter son jugement , puisqu’il déclara qu’il préférerait être le Tnersite d’Homère plutôt que l’Achille de Cliérile..
CoMEDiE. — Philémon , Antiphane, Lycon , et surtout l’Athénien Ménandre, portèrent alors la comédie à son plus haut degré de perfection. Le changement de mœurs et de gouvernement, en exigeant plus de respect pour les règles de la décence, et plus de circonspection dans le discours, leur fit sentir peu à peu cette finesse du ridicule , ou l’on sous-entend plus qu’on ne dit, et ces ébauches de caractères, d’autant plus intéressantes qu’elles sont plus justes, qui distinguèrent les traits comiques de Philémon et de Ménandre.
Musique. —Thessalos était l’artiste favori d’Alexandre, mais Athénadore
'ooglc
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était celui du piblic. Leg magistrats ui, suivant l’usage, étaient chargés e prononcer sur les talents rivaux au thédtre, adjugèrent le prix du mérite à Athénadore. Le roi déclara que cette décision lui faisait plus de peine qu’il n’en aurait éprouvé de la perte de sou héritage. Les musiciens îiinotliée et Antigenide déployèrent encore les effets merveilleux de leur art, qui ne servit, après eux, qu’à séduire l’ame et enflammer les passions.
Arts du dessin. La peinture, la sculpture et l’architecture parurent dans leur plus beau lustre sous les règnes de Pnilippe et d’Alexandre , qui n’avaient pas moinsde goût pour en juger qu’ils ne déployaient de munificence pour les récompenser. Les talents de Pyrgotélès se distinguant dans l'art de graver sur des pierres précieuses , il obtint l'honneur exclusif de représenter la figure d’Alexandre, comme Lysippe de la jeter en bronze et Apelle de la peindre. Les plus célèbres artistes de cette époque furent Ampbion et Asclépiodore ; Aristide le Thébain , inimitable pour l'expression, et Protogène de Rhodes, qu’Aristote exhorta à peindre les exploits immortels d’Alexandre.
Géographie. — Les marches d’Alexandré furent mesurées avec soin par Diognète et Béton. D’autres géomètres turent employés à examiner les parties les plus éloignées des contrées u'il traversa ; et la description exacte e ses conquêtes, qu’il eut soin luimême de faire rédiger, d'après ces matériaux , par des hommes a une intégrité et d'une habileté reconnues , donna une forme nouvelle à la science de la géographie.
Astronomie. — Après la conquête de Babylone , Alexandre s’empressa de demander les observations astronomiques qui avaient été faites dans cette ancienne capitale depuis plus de dixneuf siècles ; elles remontaient à deux mille deux cent trente -quatre ans avant Père chrétienne : par ordre du roi , elles furent fidèlement transcrites et transmises à Aristote.
UlSTOlRE NATDRELI.E. — Ce ne fut
pas le seul présent qu’il fit à son instituteur : rhistoife naturelle fut particulièrement due à sa curiosité et à sa munificence. Il dépensa environ quarante millions de notre monnaie pour rassembler plusieurs productions rares de la nature , et particulièrement cette étonnante variétéd’animaux qu’Aristote a décrites avec tant de précision.
Connaissances morai.es. — L’étude de la nature humaine dut s’agrandir par celle des mœurs , des coutumes et des institutions jusqu’alm inconnues aux Grecs; on peut %’ta convaincre par les traités ae morale et de politique d’Aristote , où Ton trouve non-seulement plus de méthode dans les raisonnements, mais un fonds plus riche de faits que dans les écrits de ses successeurs , sans en excepta ceux des piiilosophes voyageurs tds que Xénophon et Platon.
Aristote. — Il forme à lui seul toute ,une époque de savoir et dé gloire. Né la première année de la uatre-vingt dix-neuvième olympiade,
Stagire , ville de Macédoine , il Alt élevé a la cour de Fella, où son père était médecin du roi. Dans sa première jeunesse, il se rendit à Atlienes, où il suivit, pendant vingt ans, l’école de Platon. Choisi par Philippe pour être instituteur d'Alexandre, il en remplit les fonctions durant huit années, au bout desquelles il se livra tout entier à l’étude. Il retourna ensuite à Athènes, où il passa sa vie entouré des secours que les hommes et les livres pouvaient lui fournir pour ses recherches philosophiques. Deux ans après la mort d’Alexandre, Aristote étant devenu l’o^'et de l’envie des sophistes et des prêtres, dut, pour éviter le sort de Mcrate, qu’une populace fanatique lui réservait, se retirer à Chalds, en Eubée; il y mourut quelques mois après , Agé de 63 ans , de chagrin , ou plutôt par le poison de ses ennemis.
Vivant on le tourmentait , après sa mort il fut comblé d’éloges : son nom est immortel.
Morale. — Le tableau de nos misères a été tracé tant de fois, qu'il
GRÈCE
serait bien temps de relever l’excellence de l’iiomnie pour l’encourager à |a vertu. Cette entreprise se réduirait à mettre sur le premier plan d’un tableau moral les vertus les plus héroïques, les actions nobles et les grands talents; les actions utiles, mais sans éclat, l’opulence, les honneurs figureraient en seconde ligne , tandis que les vices, et ce que les passions offrent de plus hideux , se perdraient dans le lointain, à l’exception pourtant des hautes iniquités qui ont rendu les hommes malheureux sur la terre, ou les tyrans que l’histoire réserve pour rendre'leurs noms abominables dans la postérité.
Les philoTOphes de l’antiquité, à peu d’exceptions près, ne virent dans la nature qu’une puissance aveugle , qui dirige tout avec autant d’ordre que si elle était intelligente; dogme opposé à la saine morale. Cependant cette erreur grossière sur Dieu et sa providence ne détruisirent pas, même dans le coeur d’Épicure , les idées de justice et de probité, puisque Jamais un seul des disciples de ce maître ne fut cité devantes tribunaux. Ainsi , sous prétexte de feire honneur à la révélation, il ne convient pas de décrier la raison , ni d’humilier la nature humaine : c’est là l’écueil contre lequel sont venus se briser la plupart des théologiens. 1.68 philosophes qui n’eumt pas le précieux avantage de connaître la révélation , avaient trouvé dans leur raison des motifs suffisants pour être fidèles à leurs devoirs. C’est que la Divinité voulut qu'ils rendissent témoignage à l’excellenpe de notre nature par l’éclat de leurs vertus morales , comme les chrétiens le rendent aux easeiimements de la religion révélée par le spectacle des vertus d’un ordre bien supérieur. En voyant, donc ce que la raison seule peut produire , l’homme est porté à bénir l’Auteur de toutes choses et non à le blasphémer.
Rien îie fait peut-être plus d’honneur aux anciens pnilosophes que d’avoir été vertueux par sertinicnt, et d’avoir conservé, dans la dignité de leurs ac-
tions, la dignité de l’homme. Les épicuriens, condamnés sans avoir été jugés, semblaient, quoi qu’on en ait dit, retenus dans leurs devoirs par l’ordre social. Moins iis avaient à espérer dans une autre vie, plus ils s’attachaient à respecter les lois relatives à l’ordre public et à lui rendre hommage. Épicure eut d’innombrables amis , et on peut lui appliquer, en général, ce que Velléius dit de Caton tfUtiqiie : Çu’i/ ne fil Jamais de bonnes actions pour paraître les avoir faites, mais parce qu'il n' était pax en lui de faire autrement. Sobre, il se contentait, pour nourriture , d'eau et de pain bis : envoyez-moi, écrivait-il à un de ses amis, un peu de fromage, afin que je me régale quand l'encte m'en prendra. Un demi-setier de vin suffisait à ^8 disciples : leur breuvage ordinaire n’était que de l’eau ; et quand on les voit qualmés de pourceaux , c’est qu’ils étaient alors dégénérés comme les bénédictins , qui , devenus opulents , oublièrent la réglé de saint Benoît inter Cyphos et pocula.