QUATRE ROYAUMES
3oo iT. J.-C. '
Après la bataille d’Ipsos, les princes confédérés songèrent a partager l’empire d’Alexandre. Comme l’Inde en avait été démembrée par la valeur de Sandracote, homme obscur, qui avait réuni sous son sceptre les royaumes de Taxile et de Porus , ils divisèrent en quatre parties ce qui restait des possessions du fils de Philippe. Ptolémée eut l’Égypte, la Libye, la Cyrénaïque, l’Arabie, la Célesyrie et la Palestine ; Cassandre la MacMoine et la Grèce; Lysimaque la Thrace, la Bithynie , une partie de l’Hellespont et le Bosphore; Séleucos le reste de l’Asie jusqu’au-delà de l’Euphrate : la part de ce dernier est ce qu’on appelle ordinairement le royaume de Syrie, parce que Séleucos, qui bâtit Antioche sur l’Oronte, y fit sa principale demeure ainsi que ses successeurs.
Infortune de Démétrios. — Ce rince, réfugié à Épbèse, ne tarda pas
s’embarquer pour Athènes, où il avait laisse ses vaisseaux , ses trésors et sa femme Déîdamie. En approchant des côtes de l’Attique, il rencontra des députés chargés de lui annoncer qu’t/ ne pouvait esUrer dans Athènes; un décret en expulsait les rois : on avait renvoyé honorablement Deida-
L’ÜNIVERS.
viie à Megare. L’état des affaires de Démétrios ne lui permettant pas de se venger de ceux qui l’avaient nauère proclamé djeu, U leur fit reemander ses vaisseaux , au nombre desquels se trouvait cette galère prodigieuse à seize rangs de rames, cliefd’œuvre de son génie. On la lui rendit ainsi que son escadre , avec laquelle il cingla vers la Chersonèse de'Thrace, où il ravagea les terres de Lysimaque, dont il partagea le butin a ses soldats.
Alliances divebses , 299 av. J. -G.
— Lysimaque s’était lié par un traité avec Ptolémée, qui lui donna en mariage Arsinoé , Tune de ses filles.
Cette alliance ayant causé de l’ombrage à Scleucos, celui-ci rechercha alors l’amitié de Démétrios , qui lui accorda la main de Stratonice, sa fille, issue de Phila, sœur de Cassandre, femme célèbre par l’éclat de sa beauté.
.Nouveaux succès de Démétrios.
— En conduisant la fiancée sur sa flotte en Syrie , Démétrios fit en passant une descente en Cilicie, province alors gouvernée par Plistarque , frère de Cassandre , qui s’était plaint à Séleucos de ce qu’il s’alliait avec l’ennemi commun des successeurs d’Alexandre. Il s’était rendu en personne à .^itioche pour remplir ce message.
Démétrios, profitant de son absence, marcha droit à la ville de Giuindes , et s’empara du trésor royal , évalué à douze cents talents ( 6,600,000 fr. ) , avec lequel on célébra les noces et on paya la dot de Stratonice. Peu de temps après il se rendit maître de toute la Cilicie.
Mort de CassandbC) 298av. J.-C.
— Sur ces entrefaites Peïdamie mourut de maladie , et Démétrios s’étant réconcilié avec Ptolémée, épousa sa fille Ptoiémaïde. Ainsi il commença à rétablir ses affaires , car avec la CUilie, il possédait encore l’tle de Cypre, les deux puissantes villes de Tyr et de, Sidon , CT plusieurs places çn Asie. ’
Vers ce temps, Cassandre mourut d’hydropisie, après avoir gouverné la Macédoine pendant dix-neuf ans. Il laissa trois rds de Thessalooice, sœur
d’Alexandre-le-Grand. Philippe qui lui succéda étant mort au bout de peu de temps, la couronne demeura en litige entre ses deux frères.
PTERIlDS.LE.GaAND ,
On a vu le début militaire de ce prince à la bataille d’Ipsos. Quelque temps après il consentit à se rendre en otage en Égypte, comme garant de la pau conclue entre Ptolémée et Démétrios.
Pendant qu’il était à la cour d’ Alexandrie , il sut mériter et obtenir les bonnes grâces de Bérénioe, qui avait tout pouvoir sur l’esprit du roi. Ses manières nobles l’avaient fait d’ailleurs assez estimer de ce monarque , pour qu’il lui donnât en mariage, Antigone, fille de Bérénice , qui avait eu cette princesse d’un premier mariage avçc Philippe, Macédonien, homme tort obscur et peu connu. L’époux d’Antigone, protégé par sa beUe-inère, eut bientôt assez de crédit pour obtenir une flotte et de l’argent, qui lui s«cvirent à rentrer dans ses états.
Réduction d’Athènes, 295 at.
J.-C. — On a dit comment Athènes s’était révoltée contre Démétrios et l’avait proscrit. Dèsque l’illustrebanni eut pourvu àlasdretédeses possessions d’Asie, il songea à punir cette xilk déloyale. La première année de son expédition fut employée à réduire les Messéniens et à soumettre quelques villes qui avaient abandonné sonpani; l’année suivante il entra dans FAtti- ■que.
Quoique les Athéniens eussent décrété la peine de mort contre auioonque oserait parler d’accommoaement avec Démétrios, la disette qu’ils éprouvaient les obligea de lui ouvrir leurs portes. Il commanda aussitôt à tous les citoyens de s’assembler au tbédtre, I| entoura la scène de gens armés, plaça ses gardes aux environs de Tdchafaud , où se jouent les pièces , descendant par l’escalier d'en haut, comme font les acteurs, il se montra à la multitude qui attendait l’arrêt de sa condanmation. Mais dès le com-
oaaoE, 803
meneement d«s son discours la orainto se dissipa; il n'éleva point la voix connue un homme en colère , mais adoucissant son ton, et leur faisant seulement des plaintes douces et amicales, il leur rendit ses bonnes grâces, leur accorda cent mille mesures de blé, et rétablit les magistrats qui étaient les plus agréables au p^ple.
Catastrophes de Déhétrios. — Après avoir réglé les affaires d’Athènes, Déinétrios s'occupa de dompter les Lacédémoniens. Il battit d’abord leur roi ArdiidamosÀ Mantinée; ensuite, sous les murs de Sparte. Il était au moment des’empareroe eette ville, lorsque deux courriers qu’il reçut lui donnèrent bien d’autres soins. Lysimaque lui avait enlevé tout ce qu’il possédait en Asie ; Ptolémée ayant fait une descente dans nie de Cypre, s’en était rendu maître, à l'exception de Salamine, où s'étalent réfugiés sa femme et ses cn- {ànts, qu’il tenait assiégés. Démétrios quitta tout pour voler à leur secours; mais dé]a la ville était prise , et ptolémée lui renvoyait sa féinille sans rançon, après l’avoir comblée de riches présents et lui avoir rendu toutes sortes d’honneurs.
La perte de Cypre ftit bientôt suivie pour Démétrios de celle de Tyr et de Sidon. Séleucos lui enleva d’un autre côté la Cilieie. Dépouillé de tout ce fu1 possédait , sans ressources , il se cantonna dans quelques lieux du Péloponèse qui hii restaient.
AFFAIDES DE MACéOOINB ,
CpHVUT DES PEUX FILS DE CASSAN- DES. — Démétrios semblait abandonné de la fortune, lorsqu’une ressource inattendue vint ranimer ses espérances.
Les deux 91s de Cassandre se disputaient son héritage. Thessalonice, leur mère , favorisait Alexandre , le plus jeune de ses fils. Antipater , qui était l’alné, en fut si outré, qu’il tua sa mère, quoiqu’elle le corqurât d’épargner ses jours. Alexandie , pour venger ce parricide, appela à son secours Pyrrhus, roi d’É^ro, et Démétrios ,
réfugié dans le Péloponèse. Pyrrhus arriva le premier, prit plusieurs villes de la Macédoine, eu retint quelquesunes à titre d’indemnité, et se retira après avoir réconcilié les deux frères, Démétrios rROCLAMÉ roi de Macédoine. — Alexandre , informé de l'approche de Démétrios , alla à sa rencontre, le reçut avec beaucoup de marques d’amitié et le remercia de son secours. Ce compliment lui déplut, et sur un avis vrai ou supposé que le
firince songeait à se défaire de lui , il B prévint et le tua. Ce meurtre souleva d’abord les Macédoniens; mais quand il leur eut rendu compte de sa conduite, la haine qu’ils portaient au parricide leur fit déclarer Démétrios roi de Macédoine. Antipater s’enfuit en Thraoe , où il ne survécut pas longtemps à la perte de son royaume. Ce fut ainsi , par la mort de Tnessalonice et de ses deux fils, que s’éteignit la seconde brandie de la famille royale de Philippe-le-Graiid.
Projets de Démétrios, 288 av.
J.-C. — L’intervalle de 295 à 288 avant J.-C. n’offre pas detraitsassez saillants pour apiiartenir à notre genre de narration liistorique. Ce fut au temps ou nous sommes arrivés que , se croyant assez affermi, Démétrios commença à faire de grands préparatifs pour recouvrer l’empire de son père en Asie.
Il leva à cet effet une armée de près de cent mille hommes et équipa une flotte de plus de cinq cents voiles.
Révolution , 287 avant J.-C. — Ptolémée, Lyaimaque et Seleucos, infonnéa de ce qui se passait dans les états de l’usurpateur, engagèrent le roi d'P.pire dans leur alliance, de sorte que Pyrrhus et Dysimaque attaquèrent simultanément la Macedoine. Démétrios , qui avait toujours manqué à la fortune , en se livrant trop aux détails de l’administration, s’occupait alors en Grèce à des constructions navales et à inventer des machines de guerre.
Pyrrhus lui enleva pendant ce temps Berriiée ( aujourd’hui Cara-Verria ) , où il prit les femmes , les enfants et la mqjeure partie des effets des soldats Bsaeédoniens. La capture de cette ville
L’UNIVERS
causa un désordre complet dans l’armée de l’usurpateur. Les troupes déclarèrent d’un ton séditieux , qu’elles voulaient s’en retourner dans leurs foyers pour défendre leurs familles et leurs propriétés. Enfin, la chose alla si loin, que Démétrios prit le parti de se sauver dans le Péloponèse, déguisé en soldat , et son armée passa au service de Pyrrhus, qu’elle proclama roi de Macédoine.
Caractère de Démétrios. — Un pareil événement ne peut s’expliquer que par le caractère des deux princes qui «aient en scène. Démétrios s’étnit fait mépriser des Macédoniens par le moyen même qu’il avait employé pouf captiver leur estime. Tel qu’un roi de théâtre , il se complaisait a ceindre sa tête d’un double diadème, il portait des robes de pourpre rehaussées d’or et avait une chaussure toute particulière. Il faisait travailler depuis long-temps à un manteau sur lecjuel on avait représenté en broderie d'or le inonde entier et tous les astres qui paraissent dans le ciel. Ce vêtement demeura imparfait à cause du changement de sa condition , et il n’y eut point après lui de roi qui eût osé l’endosser.
Ce qui mit le comble à la haine qu’on lui portait, fut son humeur.
Fier, hautain, méprisant, il ne donnait pas le temps de parler à ceux qui l'approchaient, ou il les brusquait tellement , que tous se retiraient mécontents. Gracieux , contre son ordinaire , il avait un jour reçu des placets dans les rues qu’il parcourait à pied ; mais arrivé au pont de l'Axios , il jeta toutes ces requêtes à l’eau.
Caractère de Pyrrhus. — Les Macédoniens avaient entendu dire qu’il était débonnaire et accessible,
Bt à reconnaître les services , s à se mettre en colère , et surtout lent à punir. Informé que de jeunes officiers pris de vin avaient mit de lui des plaisanteries très-offensantes, il les fit venir et leur demanda s’il était vrai qu’ils eussent parlé ainsi: Oui, seigneur, et mus en aurions dU bien davantage si le vin ne nous
eM pas manqué! Cette plaisanterie le fit rire et il les renvoya.
Ses talents militaires étaient parfaitement appréciés ; deux fois il avait battu les Macédoniens, qui ne l’en estimaient que mieux. Ils le comparaient à Alexandre. Il n’était pas lui-mêuie exempt d’une certaine vanité, eu croyant qu’il avait les traits et le rt de tète de ce héros. Mais une nne femme de Larisse , chez qui il était logé , lui fit une réponse propre à le désabuser. Elle avait connu le héros macédonien, et, pressée de s’expliquer, après avoir long -temps liesité, elle dit à Pyrrhus qu'il ne re-semblait pas à Alexandre , mais au père la Grenouille , gargolier fort connu dans Larisse. Cependant les Macédoniens croyaient voir dans Pjt~ rhus le regard tr Alexandre, le f<nid« ses yeux et un talent particulier pour ranger une armée en bataille.
Pyrrhus arandonne l.a Macédoine. — Mais Lysimaque ayant éleié des prétentions , PjTrhus ne se croyant pas assuré dans sa nouvelle posioon, consentit au partage de la Macédoine, qui devint pour eux un sujet de haines et de divisions. Comme il trouvait ses sujets plus dociles quand il les menait à la guerre que lorsqu’il les tenait en repos , il faisait beaucoup d’entreprises sans ménager personne. Lysimaque travailla alors à aigrir ses troupes, en leur faisant dire qu’elles devait rougir d’obéir à un étranger. Ces reproches amenèrent la désertion d’un grand nombre de soldats. Comme la défection augmentait, Pyrrhus, qui avait toujours présent à la pensée le séjour de la Thesprotie, baignée i par I Achéron (aujourd’hui SellSde, ou canton de Souli ) {yoy.pl. 76) (*) , se
(*) Rien de plus pilloresque que cette parfie de l’Epire ; la nature y a partout un aspect , sévère et d’une grandeur sauvage ronfonne « aux mœurs de ses habitants. Lu fort«r«SK, , appelée le sérail d’Ali-Pacha , a été construite ^ et armée de canons par ce terrible tyran. ^ Au fond du précipice, que l’on voit sur la , droite, conte l'Achéron , aujourd’hui appelé , le fieuve Noir. Près de là se précipite le ^ Cocyte , deux fleuves dont les eaux sombres
GRECR. 305
Mtira avec les Épirotes et les troupes de ses alliés, j>erdant la Macédoine comme il l’avait acquise.
AVBNTUBBS de DeHÉTHTOS, 287 ÂY.
J.-C. — Victime de son inconduite, Déœétrios s’était d’abord retiré à Cassan* dria , où se trouvait sa femme Phila , qui termina une vie pleine d’agitations en buvant du poison. Il prit alors le parti de retourner dans le Péloponèse, où i^sieurs villes lui étaient restées fidèles. Il en laissa bientôt après le gouvernement à son fils Antigone , et avec dix mille hommes qu’il parvint à réunir, il s’embarqua pour l’Asie, résolu d’y chercher fortune. Eurydice, soeur de sa femme Phila , le rerat à Milet et hii donna en mariage Ptolémaïde, sa fille, qu’elle avait eue du roi d’Égypte: ce mt de cette alliance que naquit Démétrios, qui devint dans la suite roi ie Cyrène , en Afrique.
Ses VAGA.BOKDAGES MILITAIEES.
— Aussitôt après la célébration de ses noces, Démétrios entra dans la Carie et dans kLydie, pilla plusieurs villes , et, ayant augmenté ses bandes d’une foule d’aventuriers avides de butin, il se rendit maître de Sardes. Mais dès qu’Agatbocle, fils de Lysimaque, ponit à la tête d’une armée, l’aventurier, abandonnant ses conquêtes, marcha vers l’Orient, dans l’intention de surprendre l’Arménie. Agathocle ,
' le suivait de près , lui ayant coupé vivres et les passages , le contrai-
Sit de tourner du côté de Tarse , ra licie.
Arrivé dans cette ville , il implora la pitié de Seleucos , qui lui accorda la permission de camp»* dans la Cataonie , inovince limitrophe dé la Cappadoce , pendant les deux plus rudes mois de l’hiver. U en profita, mais
et bordées de rochers mene^nts offraient ma anciens l'image de l’enfer. C’est sur l'un de ces pics que , dans la derniàa guerre soutenue par les Souliotes avec un courage si héroïque contre Ali-Pacha , on vit les femmes souliotes, afin de conserver leur honneur , se précipiter avec leurs enfants dans ces gouffres, où dies trouvèrent presque toutes la mort.
20* Livrcâton. (Grèce.)
pour pénétrer dans la finie , où son bienfaiteur se vit obligé de l’aller combattre. Enfin , après avoir éprouvé une maladie de quarante jours , ràluit à se cacher dans les bois, la faim l’o- Migea de se rendre à fieleuoos, qui l’envoya prisonnier à Laodicée.
fiA CAPTIVITÉ ET SA HOBT, 286 AV.
J.-C. — fion généreux vainqueur lui avait accordé la jouissance crun parc et toutes les commodités de la vie. fiatisfait de la douceur de cette position , il jparut résigné à son sort. Il s’amusait à la promenade , à la course , à la chasse, et à tous les jeux de la gymnastique , mais insensiblement le raagrin le prit; il ne fit plus d’exercice , son corps devint pesant, il s’abandonna à la boisson , à la table et au jeu des dés , cherchant à tromper ainsi ses ennuis ; enfin , au bout de trois ans de captivité, il mourut âgé de .54 ans.
Mobt de Démétbios de Phalèbe.
283 AV. J.-C. — Ce philosophe, qui avait gouverné Athènes avec tant de sagesse . enveloppé dans une intrigue de sérail, se trouva privé des honneurs dont il jouissait à la cour de Ptolémée Soter, par Philadelphe, fils de ce monarque. Dédaignant la vie , fatigué de ses orages, menacé du dernier supplice, ce grand homme mit volontairement fin à ses jours en se faisant mordre par un aspic.
mort des derniers ubotenants