C.oo^k
GRÈCE. 345
Son aixiancb avec lks Romains.
— Nabis , infidèle à Philippe , ne tarda pas à rechercher la protection de Flamininus , qui traita avec cet infâme. Dans cette circonstance, le proconsul ne rougit pas de sacrifier les intérêts des Achéens en ne stipulant qu’une trêve de quatre mois entre eux et les Lacédémoniens.
Visite d’Apéga aux dames d’Ak- Gos. — Le tyran avait dépouillé les citoyens ; peu de temps après , son auguste épouse vint traiter les dames armennes de la même manière. Pour cé^rer sa bienvenue , elle invita les Mrsonnes les plus salifiées à lui rendre visite ; quelquefois elle les recevait en audience particulière ou plusieurs à la fois. Admises en sa présence, ])ar caresses et par menaces elle tira 4’elles, à diverses reprises, non seulement leur or, mais leurs plus superbes habillements, leurs meubles prwieux, leurs pierreries et leurs bijoux.
Aixiance fobcée des Béotiens.
— Flamininus et Attale contraignirent les Béotiens à entrer dans l'alliance de Rome. Le roi se laissa emporter à un tel excès de zèle dans cette circonstance, qu’il tomba comme frappé d’apopJexie au milieu de rassemblée. Le proconsul dut le laisser à Thèbes ; et dès que son état le permit, on le transporta à Pergame, où il mourut âgé de 73 ans, après 44 années de règne. Polybe fait l’éloge de ce prince, qui fit constamment un usage généreux et magnifique de sa fortune , prétendant que c'étcüt placer son arqent à usure que de remployer en oienfaits et à acquérir des amis. Il laissa quatre fils , Eumène , Attale , Philetère et Athénée.
Campagne de Thessalie. — Les armées de Rome et de Philippe, composées chacune de ving1>cinq a vingtsix mille hommes , se mirent en marche avec la ferme résolution de terminer la guerre par une affaire générale.
Après quelques escarmouches , dans lesquelles la cavalerie étolienne eut coDstamment l’avantage , les deux armées prirent position près de Scotusse.
Bataille des Cynocéphales. — Le roi , profitant d’un brouillard épais, s’empara des hauteurs appelées Cynocéphales , qui séparaient son camp de celui des Romains. Flamininus voulant reconnaître la position de l’ennemi , détacha de son cdté dix escadrons de cavalerie et mille soldats armés à la légère , en leur prescrivant de prendre garde aux embuscades, à cause de l’obscurité du temps. Cetie grande garde rencontra les Macédoniens, et oh envoya des deux côtés prévenir les généraux de ce qui se passait. Flamininus fit appuyer ses éclaireurs par les Étoliens aux ordres d’Archédamos et d’Eupolémos, accompagnés de deux tribuns qui commandaient chacun mille fantassins et cinq cents chevaux. Philippe détacha de son côté Héraclide , générai de la cavalerie thessalienne , avec Léon , chef de la cavalerie macédonienne , et Athénagore , capitaine des mercenaires, qui firent plier les Romains.
Pendant ce conflit, il venait courriers sur courriers annoncer à Philippe me l’eRnemi battait en retraite ; il se décida alors , quoique à regret, à marcher en avant. Le proconsul venait de ranger son armée en bataille :
arrivé au couronnement des montagnes, le roi envoie à Nicanor l’ordre de mettre l’armée en mouvement, et à la phalange de charger l’ennemi.
Elle semblait devoir tout renverser; mais l’inégalité du terrain apnt dérangé son ordre compacte, les Romains pénétrèrent dans les intervalles, et saisirent en quelque sorte les Macédoniens au corps. Ceux-ci ne pouvant plus faire usage de leurs piques, la Bataille fut regardée comme perdue; et Philippe ayant rassemblé ce qu’il put de Tnraces et de soldats, chercha son salut dans la fuite. Il s’arrêta à l’entrée du Tempé pour rallier les fuyards : il avait eu, en passant à Larisse, le soin de brûler ses papiers, afin que les Romains ne pussent s’en servir pour inquiéter ses amis et ses partisans.
Les Romains , qui avaient poursuivi les Macédoniens en se ralliant au pro-
L’üïnVERS.
consul, trourerent le camp ennemi pillé par les Étoliens ; il s’ensuivit des plaintes et des injures de part et d’autre : le lendemain on prit le chemin de Larisse. La perte des Romains fut évaluée à 700 hommes , celle des Macédoniens à 13,000, dont 8,000 prisonniers, Les Ktoliens avaient puissamment contribué à la victoire : ils eurent l’insolence de se l’attribuer tout entière. Flamininus , déjà mécontent de leur rapacité, les dédaigna, et affecta, en toute occasion, d’humiiier leur orgueil : en cela, il manqua de prudence et de discernement |k>litique.
^éGOCiATiONS. — Le roi envoya des ambassadeurs à Q. Flamininus, qui était à Larisse, pour solliciter une entrevue et une trêve afin d’enterrer les morts. Le proconsul leur accorda ce qu’ils demandaient , et les chargea de compliments pour leur maître, en les priant de lui dire qu'Ueût bonne espérance. Ces paroles choquèrent extrêmement les F.toliens, qui ne rougirent pas de répandre le bruit que Flamininus avait été corrompu par Philippe.
Co.'VPÉRïJCCEs. — Quelques Jours après , Q. Flamininus et les chefs des alliés partirent pour le Tempe, où le rendez - vous était indiqué. Dans le conseil privé qui précéda la tenue des conférences, Amynander, roi des Athamanes, demanda des garanties telles que la Grèce pdt se défendre , même en l’apsence aes Romains. Alexandre l’f.tolien rejeta toute idée de traité, prétendant qu’il fallait, pour en finir, chasser Philippe (le son royaume.
Le proconsul, élevant la voix , lui dit : « Vous ne connaissez ni le caractère « des Romains , ni mes vues , ni les « intérêts de la Grèce. Ce n’est pas « l’usage du sénat d’accabler ses en- « nemis *, Hannibal et Carthage en sont X la preuve. Pour moi . mon dessein « a toujours été de traiter avec Phi- « lippe dès qu’il accepterait les condi- « tiens qui lui sont proposées. Vous ,
« Étoliens , vous n’avez jamais parlé « de lui ôter son royaume : serait-ce • la victoire qui vous inspirerait ce
< dessein f Quel indigne sentiment !
« Quant aux Hellènes , il leur importe « que le royaume de Macédoine soit «moins puissant qu’il n’est, je l’a-
< voue ; mais il doit cependant être « assez fort pour leur • servir de « rempart contre les Thraces et les « Gaulois , qui ont plus d’une fois « pénétré dans la Grèce méridionale.* Flamininus conclut en déclarant que son avis était d’accorder la paix à Hiilippe. Phénéas, préteur des Étoiieos, ayant représenté que le MacéiloaieD donnerait lieu à une nouvelle Eoejre, « — C’est mon affaire, repritlepra- « consul ; je mettrai bon ordre a ce « qu’il ne puisse rien entreprendre « contre nous. »
Pbrliminaibes db la paix. — I.e jour qui suivit cette délibératios, Philippe arriva au lieu des conféreaces, et, au bout de (rois séances daoii lesquelles on discuta avec une rare sagesse, il accepta les propositioat des confédérés, et déclara qu'il se remettait à la discrétion du sénat. Le proconsul lui accorda une trêve & quatre mois ; reçut de lui 400 talents; prit pour otages* Démétrios , son fils, et quelques amis, et lui permit d’envoyer des ambassadeurs à Rome. D fut convenu que dans le cas os b paix n’aurait pas lieu , l’argent et la otages seraient rendus. .Après cela k$ parties intéressées envoyèrent des députés au sénat, les uns pour solliciter ta paix, et les autres pour y mettra obstacle.
Abbivéb des amb ASS aokubs a Rome, 196 AV. J.-C. — Après la iectura dans le sénat des lettres de T. Q. Fbinininus , on ordonna des prières publiques pendant cinq jours, pour remercier les dieux, et ces soiennités finies , Im députés de la Grèce farent admis devant i’asseinblée des pères conscrits. Ils y prononcèrent de tongi discours, et l'avis de la paix ayantraé adopté, le traité fut soumis àu ps>ple , qui y donna son approbation, le sénat nomma ensuite uix coinmiaàres chargés de se rendre sur les Ueox afin d’en assurer l'exécution.
Conditions du tbaixé. — fjles
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GRÈCE
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portaient : 1’ que les villes grecmies, situées en dehors de la Maeéooine proprement dite, tant en Asie qu’en Europe, seraient libres et se régiraient par leurs propres lois ; 2* mie Philippe, avant la célébration (les ieiix istluniques, évacuerait celles où il tenait garnison; S‘ qu’il rendrait aux Romains les prisonniers de guerre et les transfuges ; 4° qu’il leur livrerait tous ses vaisseaux pontés , à l’exception de cinq felouques, et de sa galère amiraleà cinq rangs de rames ; 5‘ qu’il paierait cinq mille talents ( 5,500,000 fr. ) , moitié comptant et l’autre moitié en dix ans. Parmi les otages qu’il devait donner, on désigna son fils Démétriofi.
AuJÉGB£SSE DES Gkecs. — Ce traité causa une grande joie ; les Étoliens seuls en parurent mécontents , parce que , disaient-ils , la Grèce n’avait fait que changer de maître.
Ces plaintes n’étaient pas sans fondement. lis commissaires de Rome vouUûent garder Corinthe et Chalcis , jus^’k ce qu’on n’eùt plus rien a craioto de la part d'Antiochos ; mais Flaminmas les obligea de renoncer à ce projet. ,
l^BLICATION SOLENNELLE DU TBAI- IB. — Les conditions n’en étaient pas connues, et la célébration des jeux isthmiques , temps où le traité devait être rendu public, était arrivée. Le peuple était assemblé dans le stade ; le
Proconsul et les magistrats occupaient surs places, lorsque le héraut public parait et proclame à haute voix ; te sénat, le peuple romain, et TltusQtdncttu* Flamininus proconsul^ ayant vaincu Philippe et les Macédoniens, délivrent de toutes garnisons et de fous impôts les Corinthiens, les Locriens. les Phoddiens, les Eubiens, les Mcnéens Phtiotes, les Mag^siens, les Thessaliens et les Perrhèbes ; tes déclarent libres et veulent qu’ils se gouvernent par leurs lois et leurs vs^es.
Enthousiasme. — A ces paroles qu’un grand nombre de personnes n’avaient entendues qu’à demi , les assistants, croyant être dans l’erreur
d’un songe, doutèrent un instant de la réalité. Il fallut que le héraut recommençât la même procliimation qui fut écoutée avec un profond silence, et on ne perdit pas un mot du décret. Alors, pleinement assurés de leur bonheur , les transports de joie éclatèrent avec des cris et des applaudissements tels que la mer en retentit au loin, et que des corbeaux qui volaient nar hasard sur l’assemblée, tombèrent dans le stade.
Quand les jeu.v, auxquels on ne fit guère attention, forent tenninés, on se précipita vers Flamininus, qui fut accablé de tant de couronnes et de guirlandes de fleurs , qu’il aurait pu être étouffé sous leur masse, si la vigueur de son âge ( il avait environ trente-trois ans ) ne lui eût donné la force de s'en débarrasser.