RÉSUMÉ DES CINQ DBRN1ÉRBS ANNÉES DD RÈGNE DE PHILIPPE V
SÉIODB DE DÉMÉTBIOS A RoKB. — Depuis que les peuples voisins de la Macédoine surent que les ennemis du roi étaient favorablement ému^ à Rome, les plaintes y arrivèrent de toutes parts. Démétnos, fils de Philippe, qui se trouvait alors sur les lieux , palliait ou réfutait les accusations qu’on portait contre son pèm.
Le sénat qui estimait ce jeune prince, lui fit la confidence qu’on avait l’intention de le renvoyer en Mac^oine avec des ambassadeurs chargés d’examiner sans éclat et sans bnut ce qu’il
pouvait y avoir de véritable dans le conflit de tant de récriminations. On pensait qutf le roi apprécierait cette confiance du sénat.
Rivalités entbe Pebsée et De- MÉTBios. — Les Macédoniens virent arec plaisir le retour de Démétrios , qu’ils regardaient comme l’héritier présomptif de la couronne. Il était pour l’âge, le cadet de son frère Perlée; mais il avait sur lui l’avantage d’être né d’une femme légitime, épouse du roi , tandis que l’autre avait pour mère une concunine, et passait même pourun enfant supposé. Ces rapprochements causaient de vives inquiétudes i Persée sur son avenir. De son côté, Philippe, jugeant bien qu’il ne serait pas maure de disposer du trône, voyait avec peine se former de son vivant une seconde cour autour de Démétrios. Celui-ci, au lieu de cherdier à amortir l’envie par des dehors modestes, l’irritait par un certain air de hauteur qu’il avait rapporté de Rome*, enfin on remarqua qu’il faisait ptuB assidûment sa cour aux ambassadeurs du sénat qu’au roi son père.
C^DADTÉs DE Philippe. — Ces rivalités n'étaient pas ignorées à Rome, quand Marcius , un des ambassadeurs, «rivait au sénat que les discours et la conduite du roi annonçaient une guerre prochaine. Tout lui était suspect ; un grand nombre d’individus avaient disparu, pâme qu’il les croyait partisans des Romains; le roi tenait en prison leurs femmes et leurs enfants, qu’il se proposait de faire mourir secrètement.
Intbigues de Peesbe. — Chamn de la considération dont jouissait Démétrios , Persée n’ayant plus d’espoir de parvenir au trône que par le crime, s’appliqua à entretenir la naine de Plii- Hppe contre les Romains. Pour rendre en même temps son frère de plus en {dus suspect, on ne parlait des Romains devant lui qu’avec dérision et mépris. Démétrios , qui ne pressentait pas ou tendaient ces discours , ne manquait pas de prendre la défense de Rome; de sorte que Persée avait seul la confiance du roi , auquel il per-
suada facilement que Démétrios n’était qu’un agent du sénat.
Fete et toobnoi. — Dans une fête donnée à la cour au sujet d’une pompe religieuse, il y eut, suivant l’usage, un simulacre de combat, ou petUe guerre. Une partie de l’armée était commandée par Persée, alors âgé de trente ans, et l’autre par Démétrios, qui avait cinq ans moins que son frère. L’exercice ayant commencé, ne tarda pas à dégénérer en combat, et on agit aussi vivement que s’il se fût agi de la couronne : la victoire resta au corps de troupes commandé par Démétrios.
Festin. — Les deux princes , au sortir des manœuvres , donnèrent un festin splendide aux officiers de leur drapeau ; la joie fut grande des deux côtes, et on but à proportion, en mêlant aux rasades des plaisanteries piquantes, même contre les princes.
Persée avait envoyé un espion pour savoir ce qui se passerait au banquet de son frère. Il fut reconnu ; et quelques jeunes gens sortis de table l’ayant rencontré dans la cour , le maltraitèrent. Démétrios, qui ignorait cet incident, dit à sa compagnie : « Que « n’alions-nous achever notre fête chez « mon frère, pour adoucir sa peine, a s’il lui en reste encore? » Tous s’écrièrent qu’ü /cUlait y aller. Mais comme ceux qui avaient battu l'espion cachèrent des armes sous leur vêtement , dans la crainte de quelques rerésailles , un officieux , s’ étant aperçu e cette précaution , courut en avertir Persée. Celui-ci fit fermer sa porte , et cria par une fenêtre qu’on voulait l’ossassincT*. Démétrios se retira, et revint se mettre à table sans s’informer du motif de ce scandale.
Peesée dénonce Déhéteios. — n serait trop long de rapporter les discours que Titeî-ive met dans la bouche de Philippe et de ses fils. Persée, s’étant rendu auprès du roi , lui dit « qu’il voyait en sa présence une ■ victime échappée aux poignards de « Démétrios; » et demandant à être confronté avec lui , Philippe y con sentit, en s’adjoignant Lysimaque et
L’DlflVBAS.
Onomaste, afin de s’aider de leurs conseils.
Audience secbète. — Philippe exprima la douleur qu'il éprouvait de se voir réduit à la triste nécessité de trouver dans ses deux fils , ou un criminel ou un calomniateur; il leur déclara qu’il prévoyait depuis long-temps l’orage qui venait d’éclater. « J’espé- « rais cependant que vous vous sou- « viendriez un jour du nom de frères « qui vous unit, de ces heureuses an- « nées de l’enfance, où vous vécûtes « dans une si touchante union. Hélas!
« ces jours sont passés : je vieillis même « trop lentement au gre de vos désirs, « et vous ne me laissez la vie que jus- B qu’à ce que, survivant à l’un de « vous , j’assure à i’autre la couronne « par ma mort. Vous ne pouvez souf- (I frir ni père, ni frère. L’impatiente B ardeur de régner étouffe en vous « tout autre sentiment. Eh bien donc, « parlez maintenant ! ouvrez vos bou- » elles criminelles pour vous calom- B nier , je suis prêt à vous entendre , « résolif désormais à ne plus faire at- B tention à viTs coupables délations. »
Après que Philippe eut prononcé ces paroles avec un accent mêlé de colère et d'émotion , ses fils se mirent à pleurer et restèrent long-temps dans un morne silence.
Accusation.— Persée, prenant enfin la parole, se répandit en récriminations contre l'induigence de son père et l’audace de sou frere. b Hier, aans B le tournoi, Démétrios, vous ren- B dîtes le combat presque sanglant , B et je n’évitai la mort qu’en me lais- B sant vaincre , ainsi que ceux de ma " brigade. » Il lui reprocha ensuite sa visite, nocturne avec des jeunes gens armés, l'uis s'adressant au roi : « Vous « prononcez des imprécations contre « des fils impies , mais qu’elles ne » soient pas aveugles : discernez, mou « père , nnuocent du coupable. Je ne B me suis attaclié qu’aux dieux et à “ vous ; mon frère appartient aux Ro- B mains , dont votre royaume sera «. peut-être bientôt l’héritage. Relisez « la lettre de Q. Flamininus, qui voua B félicite d’avoir choisi Pémétrios pour
B votre plénipotentiaire; et dans quel B dessein vous exhorte-t-il de le ren- B voyer au sénat avec de nouveaux B ambassadeurs ? cela se comprend. Je B suis le grand obstacle aux projets B des Romains, seigneur, et voici ce B que je vous demande ; mettre ma •■vie en sûreté par le châtiment de B ceux qiU y ont attenté; avec eux B finiront les sinistres complots. »
Défense. — Démétrios, baigné de larmes , pressé de se défendre, répondit d’une voix entrecoupée de sanglots : B Persée , qui m’accuse devant B vous, mon père, n’a cessé, depuis B mon retour de Rome, de me repré- B senter comme lui tendant des pi^e^ B et maintenant, en vous abusant, il B cliercbe à perdre un fils innot-eiit.
B 11 m’a aliène votre tendrese; et dans B l’état d’isolement où il m’a réduit, B il veut me rendre odieux par le re- B proche d’un crédit étranger qui m B nuit plus qu’il ne me sert. Si j'étais B coupable de traliison, pourquoi avoir B aussi long-temps tarde h nraccuser?
B Mais procédons par ordre. Exaiui- B nous la fable d’une attaque nocturne B pour le faire assassiner, afin d’oocu- B per un jour la place qui lui est té- B servée. Pourquoi ajouter , dans ce B cas, que je cultive l’amitié des B»
B mains afin de parvenir au trône.’ Si B je les croyais assez puissants pour » disposer du sceptre de lu .Macédoine, B à quoi bon me souiller d'un fratri- B eide qui me rendrait odieux au monde B entier ? Je suis la créature des Ra- B mains! Mais Flamininus est l’ami de « Persée; il passe sa vie avec lui dans B l’intimité ; comment ce généreux d- B toyen aurait-il pu conseiller un for- B fait qui n’est employé que par les B plus grands scélérats ?
B Je ne crois pas avoir à rougir B mon père , de vous avouer que , me B trouvant hier avec des jeunes gens « de mon âge , i’ai pris un peu plus B de vin qu’a iDrdinaire. Informez- B vous comment se passa notre repas, B avec quels transports de joie folâtre B chacun y parla de ses prouesses...
B C’était pour ne laisser aucun nuagi B entre Persée et moi que je proposai
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GBECK.
« à la compagnie da ae rendre chez « mon frère... Mais si on a su qu’il y « avait des hommes armés parmi mes « convives, c’est que rna maison était O remplie d’espions de Persée ; c’est , « dans ce cas, au.\ personnes qui ont « cru devoir se prémunir, à répondre s de leur conduite. IS’e coi^ondez point • leur cause avec la mienne. »
Après avoir réfuté le prétendu complot nocturne , Démétrios répondit qu’on ne pouvait lui imputer à crime le^ ÿpolvur qu’il avait eu de maintenir la râix entre son père et le sénat, qu’il regardait cela comme un devoir et non comme un mérite. Il fit remarquer que Persée le calomniait depuis long-temps, mais que ce n’était que d^aqjourd’hui qu’il le faisait ouverte- OMlÛt Coupable, hélas! j'aurais recouru à la protection de mon J'rère akné... Ën prononçant ces paroles, les larmes et les sanglots étouffèrent sa voix.
Attebmojeubm. — Phi lippe, après avoir conféré avec ses amis, déclara :
« w’il ne prononcerait pas sur l’af- « mire numise à son jugement d'a- « près de simples discours, mais qu’on « procéderait a une enquête. » C'était laissar planer les soupçons sur la tète de Démétrios , et ce furent là les causes de la guerre de Macédoine, qui éclata plus tard entre Persée et les Romains.
£NQUÊTE SECBÈTE , 181 AVA.NT J .-C.
— Philippe envoya une nouvelle ambassade au sénat , sous un prétexte vague.
Les instructions particulières de ses plénipotentiaires leur prescrivaient de sonder la disposition des esprits relativement à Démétrios, et de s’informer de la conduite qu’il avait tenue à Rome pendant son séjour. Les agents dont on lit choix étaient Philocles et Apelle , que le roi croyait impartiaux , mais qui étaient des créatures de Persée. Comme Démétrios était irréprochable, il applaudit au choix qu’on fit de ces personnes.
Pebfioie de Didas, gouvebneuh MS I.A. Pbonie. — Philippe, d’après une opinion vulgaire , que du faite du mont Uémos on découvrait k Pont-
Euxin et l’Adriatique, le Danube et les Alpes, eut la curiosité de s’assurer de ces merveilles, espérant que cela lui serait utile , lorsqu’il porterait la guerre en Italie. Il ne prit avec lui que Persée, laissant en Macédoine Démétrios, qu’il confia aux soins de Didas , gouverneur de la Péonie. Cet homme , vendu à l’iniquité de Persée , sut si bien s’insinuer dans l’esprit d’un jeune homme confiant, qu’il parvint à découvrir scs desseins. Il apprit de lui qu’il songeait à se retirer chez les Romains. Il en donna aussitôt avis à Per.sée ; celui-ci en lit part au roi, qui ordonna d’arrêter Ilerodote , ami intime de Déniétrios , et de garder à vue ce jeune prince.
Complot contre la vie de Dk- MÉTBios. — Philippe étant rentré fort triste en Macédoine, résolut d’attendre le retour de ses ministres avant de prendre aucune décision relativement à l’affaire qui causait ses chagrins. Dès qu’ils furent arrivés, ils présentèrent au roi une fausse lettre de Flamininus, scellée de son sceau contrefait , par laquelle il le priait « de ne point savoir mauvais gré à « Démétrios de quelques paroles im- « prudentes qui avaient pu lui échap- « per , que le jeune prince ii’enfrepreno drait jamais rien contre les droits « du sang et de lu nature. » Cette lettre confirmait en quelque sorte ce que Persée avait avancé contre son frère ; le malheureux Hérodote fut appliqué à la question , et mourut dans les tourments , sans avoir chargé son maître.
Moht deDémétbios. — Accusé de nouveau par Persée , qui demandait avec instance la tète de son frère, le roi ne se prononça pas publiquement contre son fils ; mais en partant de Thessalouique , pour se rendre à Démétriade , il chargea Didas do le délivrer de Démétrios. Celui-ci ayant conduit la victime désignée en Péonie, lui donna du poison, et deux domestiques de l’assassin , témoins des souffrances de Démétrios, l’étoufferent entre des couvertures.
Dûiouvb&xbddcbiub DS Pebsée,
L’UNIVERS
179 AVAirt J.-C. — Le pouvoir des tyrans finit au bord de la tombe de leurs victimes. Philippe, dévoré de chagrins, pleurait depuis deux ans la perte de son fils. Il voyait avec douleur, sa vieillesse méprisée, et Persée attendant impatiemment sa mort , agir en souverain. Dans cette pénible position le roi ouvrit son coeur à Antigone, neveu de son ancien tuteur. On soupçonnait Persée: ses principaux complices devaient être Apelle etPhiloclès, qui avaient rapporté de Rome la lettre ae Q. Flamininus. Le bruit commun à la cour voulait que cette pièce fût supposée; mais on n’en avait pas de preuve. Par hasard, Xychos, secrétaire d’ambassade des faussaires , s’étant présenté devant Antigone, celui-ci le fit arrêter et en donna aussitôt avis au roi. On l’amena en sa présence, et après l’avoir intimidé, il avoua le crime d’ Apelle et de Philoclès, ainsi que la part qu’il y avait prise lui-même. On s’assura aussitôt de la personne de Philoclès, qui fut étrangle ; Apelle parvint à se sauver en Italie, et Persée se tint éloigné de la cour pour se soustraire au juste ressentiment de son père. Celui-ci, l’ayant déclaré indigne de la couronne , désigna Antigone pour successeur, et le prâenta en cette ualité à tous les grands du royaume e Macédoine.
MobX DB PHILIPPB, 179 AVANT J.-C. — Philippe , qui s’était arrêté long-temps à Thessalonique , ayant résolu de retourner à Démétriade, se trouva tellement fatigué en arrivant à Amphipoiis, qu’il voulut s’y arrêter.
Il était cependant , disait-on, plus malade d’esprit que de corps. Le chagrin lui causait les plus cruelles insomnies; Démétrios lui apparaissait pendant l’ombre des nuits, en lui reprochant sa mort. Enfin , il expira en pleurant Démétrios , son fils , et en prononçant des malédictions contre Persée, à ‘qui le juste ciel réservait une éclatante punition.
Calligène , son médecin , n’attendit pas le décès du roi pour l’annoncer à son fils. Persée arriva presque au moment où il venait d’expirer; il se mit
en possession du trône, et sa présence imposa silence à tous les partis.
AèCNB DE FESSÉE .
DUBiaa aox pa ■Aoiooixa,
178 — 167 av. J.'C.
PBOJBTS ai&ANTESQDES DE PHI- LIPPE. — Ce prince avait comrooicé à mettre à exécution un plan d’atta-
2ue formidable contre les Romains, "était de faire venir de la Sarmatie européenne, qui fait maintenant partie de la Pologne , un nombre considérable de barbares. Déjà il avait enrôlé les Gaulois , appelés Bastames , établis près des embouchures du Bo rysthène. Dès qu’ils auraient eu pa^ le Danube , Philippe se proposait de les fixer dans la Dardanie , dont ils devaient exterminer les habitants. Laissant leurs femmes et leurs enfants dans cette contrée sauvage , les Bastarnes auraient inondé l’Italie. S’il arrivait qu’ils fussent vaincu», le roi en était consolé d’avance , en se vcvant délivré des Dardaniens, ses perpéwls ennemis; et tandis que les Romains seraient occupés à repousser les barbares , il aurait le temps de recouvrer ce qu’il avait perdu dans la Grèce.
Mouvements ses Bastabnes, 17i AVANT J.-C. — Ils s’étaient mis en chemin lorsqu’ils apprirent la mort de Philippe , et presque tous se dispersèrent. Antigone, ^’il avait destiné au trône et qui se trouvait employé auprès des barbares, voyant cette
frande combinaison manquée, crut evoir rentrer en Macédoine, où il n’eut pas plus tôt mis le pied, que Persée s’empressa de le faire mourir. Délivré de ce compétiteur . le tyran envoya des ambassadeurs a Rome pour demander la continuation de l’alliance, et d’être reconnu comme roi de Macédoine : il ne cherchait qu’à gagner du temps.
Gubbbe des Bastabnes et des Dabdaniens. — Une partie des Bastarnes agissant isolément, avaient poursuivi leur route et se trouvaient en guerre avec les Dardaniens. Les Romains en prirent ombrage et deiiian-
'ooglc
GRECE
dèrent des explications; Persée se fit excuser par ses ambassadeurs ; le sénat lui signifia de resjaecter les traités. Les Bastarnes, apr« avoir obtenu quelques succès , furent obligés de rentrer dans leur pays.
Intbiooes de Persée décodter- TBS, 174 AVANT J.-C. — On apprit à Rome que Persée avait envoyé des émissaires à Carthage , et que le sénat leur avait donné une audience de nuit dans le temple d’EscuIape. Le roi ve- D8 de soumettre quelques peuplades de la Dolopie ( aujourd’hui Anovladiie ) ; il était allé de là consulter l’oracle de Delphes , et il avait écrit des circulaires à toutes les républiques , pour les engager à se réunir dans un mtérét commun. On nomma en conséquence des ambassadeurs chargés d'o>s erver les démarches de Persée; mais leur mission fut sans objet, car il échoua dans ses projets , par un refus formel de l’assemblée générale des Athéens, réunie à Mégalopolis.
Rapport des ambassadeurs romains , 173 AV. J.-C. — A leur retour, les ministres envoyés en Macédoine annoncèrent qu’ils n’avaient pu approcher du roi ; qu’au reste , il leur semblait qu’il se préparait à la guerre , et qu’il fallait s’attendre qu’elle éclaterait au premier jour. Ils parlèrent ensuite de l’Étolie , livrée à des discordes intestines telles , que leur autorité n’avait pu réussir à en tempérer Tanimosité. Marcellus , un des ambassadeurs, fit l’éloge des Achéens, qui persistaient dans le maintien d’un décret par lequel ils déclaraient tout commerce rompu entre eux et les Macédoniens.
Prières pubuques , 173 av. J.-C.
—Comme on prévoyait un grand événement public , le sénat commença à sfy préparer par les cérémonies reli- Oeuses qui précédaient toujours ses ^larations de guerre ; d’ailleurs l’andenne grandeur de la Macédoine conservait son prestige sur l’esprit des Romains. Persée était décrié pour ses crimes ; on l’accusait d’avoir assassiné sa femme de sa propre main; de s’être défait , depuis la mort de son père ,
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d’Apelle, dont il s’était servi pour faire périr DémétrioS , et d’avoir commis beaucoup d’autres meurtres.
Persée recherche l’alliance des Rhodiens. — C’était de Rhodes qu’était partie la nouvelle épouse Laodice , fille de Séleucos, oui allait partager avec un fratricide le trône de la Macédoine. Les habitants avaient équipé une flotte brillante : Persée en avait fourni les matériaux; et les soldats, ainsi que les marins , avaient reçu des mains du roi un ruban d’or. Un jugement que le sénat prononça en faveur des Lyciens contre ceux’de Rhodes irrita ces derniers au plus haut degré; et le roi tâcha de profiter de leurs ressentiments contre Rome pour les attacher à son alliance.
ARRIVÉE D'EUHÈNE A ROME ,
17a BT. J.«C.
Discours au sénat. — Admis dans l’assemblée des pères conscrits , le roi dit ; « qu’independamment du dén sir de rendre ses nommages aux dieux « et aux Romains , de qui il tenait sa « couronne, il avait entrepris ce voyage « pour avertir le sénat d’aller au- « devant des entreprises de Persée.
« Maître d’un puissant royaume , chef « d’une nation belliqueuse, considéré Cl dans les villes de la Grèce et de Il l’Asie , connu par sa haine contre Il les Romains , uni par les liens du O sang avec Séleucos et Prusias , et « qui avait su s’attacher les Béotiens Il et les Étoliens; fort de ces alliances, <1 Persée comptait sous ses drapeaux « trente mille hommes de pied et cinq « mille chevaux, munis d’équipages <1 pour dix ans ; outre les revenus qu’il O tirait de ses mines , il avait de quoi Il stipendier , pendant un égal nombre « d’années, dix mille hommes de trou- « pes étrangères. Il avait amiissé dans n ses arsenaux de quoi entretenir trois n armi^s aussi nombreuses que celle « qu’il tenait sur pied ; et il avait à « sa disposition la Thrace , pépinière n inépuisable de soldats. » Ce discours frapi» l’attention des sénateurs.
Audience des ambassadeurs de
L’UNIVBaS.
Pbbséb. — Ils trouvèreot l’assemblée prévenue contre leur maître , et Harpalos, oui portait la parole, acheva d’aigrir les sénateurs par son discours. Il dit que Persée souhaitait qu’on le crût sur parole dans ses déclarations; que s’il s’apercevait, au reste, qu’on cliercliât un sujet de guerre contre lui, il saurait se défendre avec courage. « Le sort des armes, disait-il, est « toujours hasardeux, et l’événement “ de ia guerre incertain, »
Assassinat d’EumènU,— Harpalos étant retourné en toute hâte vers Persée , lui fit connaître les dispositions du sénat, qui se préparait à lui déclarer la guerre. Il n’en fut pas fâché; mais il tourna d’abord sa fureur contre F.umène, qui avait fait connaître ses projets et ses ressources aux Romains. Informé que ce prince devait se rendre à l’oracle d’Apollon , il aposta pour l’assassiner Évandre de Crète, général des auxiliaires qu’il tenait a son service, ainsi que trois Macédoniens, qu’il recommanda à une femme de Delphes nommée Praxo. Elle les reçut, et dès que l’occasion se présenta, ils allèrent se mettre en embuscade dans un délilé ( le Triodos ) où deux personnes ne pouvaient passer de front.
Euinène, arrivé dans cet endroit, fut assailli par les assassins , qui Grent rouler sur lui une avalanche de pierres, sous lesquelles il resta comme enseveli; après quoi ils s’enfuirent dans les escarpements du Parnasse. Les officiers d’ Eumène , que l’épouvante avait fait reculer, étant revenus, secoururent leur maître, qu’ils transportèrent U Corinthe, et de là à Égine, où on pansa ses blessures avec tant de secret, que le bruit de sa mort se répandit jusqu’en Asie. Attale, son Irere, y ajouta foi trop légèrement, et se croyant déjà roi, il avait proposé à sa veuve de l'épouser, l(NrBque Eumène reparut è Pergame.
'I ENTATIV» d’empoisonnement.— Déçu dans son attente, Persée essaya de faire empoisonner Eumène par l’entremise d’un certain Rammius , riche négociant de Brindes. Celui-ci vint tout révéler à Vaiérius, ambassadeur
du sénat, qui se trouvait à Chalds; il l’amena a Rome avec Praxo, chei laquelle les assassins avaient logé à Delphes. Quand le sénat eut entendu ces deux témoiné , la guerre fut résolue d*une voix unanime.
Nboociatsubs, Iappobts.— Deux ambassadés qui arrivèrent oausèrest un grand plaisir au sénat. La première était celle d'Ariarthe , roi de Cappidoce, cinquième du nom : il envo^ son uls pour être éleve dans la diad* pline romaine ; l’autre ambassade venait de ia part des Thraces, ^'dp mandaient à faire alliance et amdé avec la république.
La légation qu’on avait envojree auprès de Persée rapporta qu’apres arar diflicilement obtenu audience, elleann été accueillie par des injures ^etw emportements ; qu’enlin il lui arw déclaré « que le traité conclu w « père ne le regardait pas, eiquu « l’avait accepte sans PapprouWi n parce qu’il n’était pas encore wei « affermi sur le trône pour fabti^; « que si les Romains voulaient songa « à une nouvelle capitulation etpropo* « ser des cond itions raisonnables, Q w « rait ce qu’il aurait à faire. » Le b*i après leur avoir remis l’écrit qui j»
tenait cette réponse , allnit lorsque les ambassadeurs lui décurèrent « que le peuple ttimain tff»
« çait à son alliance et à son amil*> Il se retourna plein de colère, et signiGa, d’un ton menaçant,
« eussent à sortir de ses états «M
« le délai de trois jours. >
Les ambassadeurs envoyés vers w rois alliés dirent au sénat q>% avaient trouvé Eumène en Asip, Wtiochos en Syrie, Ptolémée en ÉgJ'P’ dans les meilleures dispositions e regard de Rome. On refusa de (tajaw audience aux envoyés de Gentil», roi d’Illyrie , et à ceux des RhodieiB, qui s’étaient rendus suspecté pMJ^ sentiments obséquieux envers Oh décréta l’équniement d'u»e escadre de cinquante galeres destina a cioe ser sur les côtes de |a Macédoine, « on y mit des troupes de débarquement-
GRÈCE
DECLARATION aDBRRB, <
171 ar. i.«C.
On nomma cette année pour con- Stlls P. Licinius Crassuset C. Cassius Long! nus. La Macédoine échut |iar ie sort au premier. La guerre t'dt soleoncllement déclarée à Persée , à moins nu’il ne donnât pleine et entière satis- RKtion au sénat et au peuple romain.
Nouvelles néoociàtions de PbhsÉE. — Alors on vit paraître à Home des ambassadeurs du roi , qui se plaignait qu’on eût fait passer de nouvelles troupes dans la Grèce au moment où il était disposé à traiter. On renvoya ses députés à Licinius, eu leur disant qu’on ne recevrait plus personne de la part de leur maître :
ds eurent en même temps ordre de sortir de l’Italie avant douze jours.
Entbevub de PsasKB avec Mabcins. — Les ainhns.sadeurs romains auxquels Persée avait signifié avec tant de hauteur de sortir do sOn royaume, s’étaient retirés à Larisse, où ils attendaient te jour tardif de la venteanoe. Persée, qui se repentait probaoletiient, envoya un de ses ofQciers à Marcius pour lui demander une conférence. L’entrevue fut accordée.
Après un abord gracieux, Mmrcius prit la parole et coiiimen^ par s’excuser de la nécessité où il était d’adresser des reproches à un prince pour qui il avait une liaute considération. Il énuméra les griefs qu’on avait contre lui; ii insista particulièrement sur l’assassinat d’Euinène ; il Unit en souhaitant que le roi pût lui fournir de bonnes raisons pour le justifier auprès du sénat.
Persée, après avoir glissé légèrement sur ce qui était relatif à Eumèoe, -qu'il traita de /abie dénuée de prevues, entra dun de grands détails sur tous cbefit d’aocusation relatifs à sa personne s auxquels il répondit de Bon mieux. Le résultat de la contérence fot qu’il tenterait un dernier effort auprès du sénat. Marcius y consentit eu se faisant prier et lui accorda une trêve, parce qu’il savait que les
Romains n’avaient dans ce moment , ni armée , ni général pour agir contre le roi de Malcdoine.
'J'OIIBNÉE DIPLOMATIQUE. — Après
cette entrevue, les ambassadeurs romains se rendirent en Béotie. Us y rallièrent les partis divisés, il l’exception des haliit.mts de (^ronte et d’Haliurte, qui persistèrent dans leur alliance avec Persée. Arrivés dans le PéloïKinèse, rassemblée générale de la ligue achéemie se réunit a Argos pour les recevoir. Ils se contentèrent de lui demander mille hommes , destinés à tenir garnison à Cbalcis , jusqu’au moment où l’armée romaine arriverait dans la Grèce, et ces troupes y furent envoyées aussitôt. Marcius et Atiliiis ayant ainsi terminé leur mission, retournèrent ,à Rome au ooinmencement de l’hiver.
Approbation de leub conduite.
“ Les plénipotentiaires ayant rendu compte au sénat de leurs négociations , firent valoir l’artilice qu’ils avaient employé auprès de Persée, afin de donner le'temps aux Romains de se préparer h la guerre. 1b majeure partie du sénat les félicita de leur adresse; mais les vieillards s’écrièrent qu’ils ne reconnaissaient pas à ces traits le caractère de leur* aw^êtres , accoutumés à faire la guerre ouvertement , et non par des souterrains. Cependant la conduite des deux diplomates fut approuvée. On réex)iedia .Marcius avec Quelques galeres dans la Grèce, Atilius dans la Thessalie, (tour occuper militairement Larisse , et Lentulus à ïhèbes, afin de surveiller les Béotiens.
AMEASSADEUBS de I^BSÉB ECON- DUITS. — Quoique le sénat eût résolu de faire la guerre au roi de Macédoine, il donna encore une fois audience à ses ambassadeurs. Ils répétèrent ce que leur maître avait déjà dit à Marcius. Pour toute ré|ionse. on leur enjoignit, ainsi qu’à tous les Macédoniens établis h Rome, de sortir incessamment de la ville et de l'Italie dans le delai de trente jours.
L’UNIVERS
C4MPÀ0NB DB MACÉDOIMB, ift av. J««C.
Dbpabt DB Licinids. — Lc consul, après avoir adressé ses prières aux dieux dans le Capitole, partit de Rome, vêtu d’une cotte d’armes , suivant l’usage antique. Les citoyens, frappés de la grandeur de son entreprise, l’accompagnèrent en foule Jusqu’au-delà des portes de la ville. C. Claudius et Q. Mucius, anciens consuls, ne crurent pas déroger en servant sous ses ordres, en qualité de tribuns militaires. On leur adjoignit trois jeunes patriciens, P. Lentulus et les deux Manlius Acilir.us. Le consul arriva avec eux à Brindes , et ayant traversé l’Adriatique , il débarqua à Nympbée (aujourd’hui Avlone?) sur les terres des Apolloniates.
Conseil tenu a Pella. — Persée, informé par le retour de ses plénipotentiaires, qu’il n’y avait plus d’espérance de paix , tint un conseil dans lequel les avis se trouvèrent partagés.
Les uns demandaient qu’on fît les plus grands sacrifices pour arrêter les Romains, jusqu’à c.e que des temps plus * favorables permissent de les combattre avec succès. Le plus grand nombre des conseillers étaitd’un sentiment contraire. «Ce n’est, disaient-ils, ni del’ar- « gent, ni des terres que veulent les Ro- « mains, mais la domination et la sou- « veraineté. N’ont-ils pas envahi l’ero- « pire de Carthage sans démembrer « son territoire ; relégué Antiochos et « son fils au-delà du mont Tauros , « sans s’approprier aucune de ses pro- « viuces? Le royaume de Macédoine, « qui est le seul capable de leur tenir « tête, est l'objet de leur jalousie , « voilà tout notre tort. » Les partisans de la guerre conseillaient à Persée , pendant qu’il le pouvait encore, d’examiner si, après s’être laissé dépouiller en déûil, il voulait demander par grâce au sénat la permission de se confiner dans l’tle de Samothrace, pour le restant de ses jours , avec la couleur de survivre à sa glaire et à sa paissance. En préférant de courir les
chances de la guerre, ne pouvait-ü pas être vwnqueur et chasser de la Grèce ses ennemis, comme ceux-ci avaient eux - mêmes forcé Hannibal d’a^ndonner l’Italie?
Résolution de Pebsée. — Ek bien l puisque vous le jugez à propos, dit-il , faisons donc la guerre avec Paide des dieux. Il donna ordre en même temps de réunir son armée à Cition. Il sV rendit bientôt après avec les seigneurs de sa cour , ses officiers et les compagnies de ses gardes.
Revue de i. abmke macédonienne.
— Après avoir sacrifié une hécatombe à Minerve Alcidème , Persée passa la revue de son armée , qui se montait , en comptant les troupes étrangères, i trente-neuf mille hommes de pied et quatre mille chevaux. Il y avait vi^ six ans que Philippe avait conclu la
fiaix avec les Romains. Depuis ce temps a Macédoine avait produit une génération de soldats exercés dans les guerres contre les Thraces et Ies voisins belliqueux de l’antique Émafhie.
Avant d’entrer en campagne, le roi crut devoir haranguer ses troupes.
Monté sur un trône , entouré de ses deux fils, il commença par énumérer les injustices des Romains , et les ressources qu’il avait amassées de lonra main , pour soutenir la lutte dans »
quelle on allait s’engager. « Lorsque « nos ennemis , dit-ü , attaquàûit « mon père, ils couvrirent cette gu«re « du prétextede rétablir la Grèce dans « son antique liberté : maintenant ils « prétendent asservir la Macédoine; « lis ne veulent aucun roi pour voi- « siOj ni laisser des armes enfles « mains d’aucune nation beiliqneu- « se !!! » A ces mots, l’armée jeta des cris de colère et d’indignation, en criant au roi d’ocoir bonne espérance, et de la mener contre les Romains.
Mouvements des deux ahmébs.
— Persée, au bout de quelques jjours de marche, arriva à Sycurie, ville située au pied du mont Ôëta. Le consul entrait en même temps à Gomplû , après avoir surmonté d’horribles difficultés «1 passant le Pinde , et ayant traversé le canton de Tripolis
i a^Og[c
GRÈCE. 37t
(aujourd’hui Tricala), il rint camper sur la rive gauche du Pénée. Ce hit dans cet eno^roit qu’Eumène, accompagné de ses frères Attale et Athénée, amena au consul quatre mille hommes de pied et mille chevaux ; il avait laissé à Chalcis deux mille hommes pour renforcer la garnison de cette place. Il annonça que sa flotte, tant promise et si long-temps attendue , n’avait pas encore mis en mer.
Escabmodcbes. — Persée venait de ravager les environs de Phérès , dans l’espoir d’attirer les Romains au combat ; enhardi par Quelques succès, fl résolut d’attaquer leur camp. Le consul sentait le tort que lui causait la lenteur de ses opérations , lorsqu’un courrier vint lui annoncer l’approche des Macédoniens. Il fit aussitôt prendre les armes à ses troupes, et ayant détaché cent cavaliers avec autant de fantassins armés à la légère , il les envop à la découverte. Persée , sur les dix heures du matin, ne se trouvant plus étoiçié du camp romain que d^une denu-tieue , fit mire halte a son armée, tandis qu’il s’avançait en personne avec sa cavalerie et son infanterie légère. Il fut bientôt en vue d’un gros corps d’ennemis contre lequel il tança un détadiement de sa troupe; l’escarmouche ayant fini, sans aucun avantage déterminé, le roi ramena son armée a Sycurie.
Le lendemain Persée renouvela la même manœuvre , en faisant suivre ses soldats d’outres remplies d’eau , car on n’en trouvait pas à p>us de quatre lieues à la ronde. L’ennemi replia tous ses avant-postes qu’il fit rentrer dans son camp , et les Macédoniens se retirovnt. La même manœuvre ayant été renouvelée pendant plusieurs jours , Persée prit le parti de s’établir a deux lieues des Romains. Au point du Jour n rangea son armée en bataille, à mille pas du camp ennemi, contre lequel il s’avança avec toute sa cavalerie et son infanterie légère. La poussière qui paraissait plus proche que de coutume répandit l'alarme dans l’armée du consul, et les officiers ainsi que les soldats coururent tumultueusement
aux armes. La négligence d'un général, si mai informé des mouvements de l’ennemi qui avait devancé l’heure de ses attaques ordinaires , ne donne p^ une haute idée de la capacité de Licinius.
VicTOiBE DE Pebséb. — Ses troupes étaient rangées en bataille à moins de cinq cents pas des retranchements romains; Cotys, roi des Odryses, commandait la rauche avec la cavalerie de sa nation ; Tes soldats armés à la léère étaient distribués par pelotons ans les premiers rangs ; la cavalerie macédoiiienne,mélée d^archers crétois, composait l’aile droite; le roi occupa le centre avec sa garde, en portant en avant les frondeurs et les gens de trait, qui pouvaient être au nombre de quaœe cents.
Le consul, après avoir rangé son infanterie en bataille dans l’intérieur de ses lignes, en fit sortir la cavalerie et les troupes armées à la légère, qui se placèrent devant les retrancnements; il n’y eut ainsi qu’un combat de cavalerie. Les Thraces, pareils à des bétes qu’on a tenues long-temps enfermées, et qui n’en sont devenues que plus féroces , se Jetèrent sur la cavalerie italienne. Elle ne put soutenir leur charge ; et Persée ayant enfoncé celle des Romains, elles furent redevables de n’étre pas entièrement détruites aux cavaliers thessaliens, dont la valeur protégea leur rentrée au camp.
Hippias et Léonat amenaient dans ce moment la phalange en ordre de bataille ; ils avaient agi de leur propre mouvement ; et si Persée avait voulu profiter du moment , le consul et son armée étaient perdus. Pendant qu’il délibérait, Évandre de Crète, le même dont il s’était servi pour assassiner Eumène, lui représenta que s’il voulait traiter avec les Romains, il devait se contenter du succès qu’il venait d’obtenir. Le roi, qui penchait pour cet avis, fit sonner la retraite.
Les Romains perdirent dans cette affaire plus de deux mille hommes de leur inranterie légère , deux cents en valiers,,et beaucoup d’autres soldats furent faits prisonmers de guerre Les
»74 L’UNIVERS
Thraces, qui portaieot au hautdeleuni piques les tâtes des ennemis, rentrèrent en chantant dans le camp de Persée:, tandis que les Romains consternés se préparaient à passer le Pénée , afin de se mettre à l’abri d’une nouvelle attaque.
Distbibution du butin. — Persee s’étant présenté le lendemain pour attaquer les Romains , connut la faute énorme qu’il avait commise, en les voyant campésà l’autre bord du fleuve.
Rentré dans son quartier , il procéda au partage des dépouilles tombées en son pouvoir. Elles se composaient de plus de quinze cents boucliers, d’autant de cuirasses , et d’un grand nombre de casques , d’épées et d'autres objets. Il les distribua à ceux qui s’^ talent le plus distingués, et après s’être mis en marche le jour suivant, il vint dresser ses tentes ii Mopsion, hauteur située entre Larisse et le Tempé.
Négociations.— Leroi venaitd’obtenir une victoire importante ; mais en pensant à l’avenir, il ne songea à proQter de son succès que pour obtenir des conditions avantageuses de lu part des Romains. Il pouvait espérer de fléchir leur orgueil; et si un accommodement équitable était rejeté par eux, il aurait au moins la consolation d’avoir les dieux et les hommes poiir témoins de sa modération. Il envoya en conséquence des ambassadeurs à Licinius, qui les reçut en présence d’une nombreuse assemblée. Us demandaient la paix aux mêmes conditions que le sénat avait imposées au roi Philippe.
Rkponsb du coNsinu — Licinius déclara aux ambassadeurs de Persée qu’il n’y avait point de traité à espérer pour leur maître, s'il ne laissait au pouvoir du sénat la faculté de dûposer de sa personne et de son royaume, comme bon lui semblerait. Le roi, informé de cette détermination , décidé à courir les hasards de la guerre, retourna à son camp de Sycurie, et le reste de la campagne se passa en actions à peu près insignifiantes.
CAMFAOHB DE L'ANHÉB ijQ iv. 4.-C.
Echbc épbouvé pab les Romains. — Le consul Hostilius, qui commandait cette année l’armée de Macédoine, détacba en IllyrieRppius Claudius. Ce lieutenant ayant réuni un corps de douze mille hommes, vint camper à Lychnidos, ville des Dassarets (aiqourd’hui Sangiacd’üchrida), non loin d’Uscana, place forte dans laquelle Persée tenait une nombreuse garnison. Le général romain , sur la promesse qu’il avait qu’on lui livrerait cette forteresse dans laquelle jl devait trouver un riche butin, s’en approdui avec la presque totalité de ses troupes. Il semblait certain du succès, quand la garnison macédonienne, sortant brusquement, mit son armée dians une déroute telle, que, de onze mille hommes qu’il commandait, à peine deux mille purent regagner le camp,où il était resté environ mille hommes de arde. La nouvelle de Cet échec afOÎgea 'autant plus le sénat qu’il avait été occasioné par l’imprudence et la cupidité de Claudius.
SÉNATUS-CONSULTB. — Pour obvier à la rapacité de ses employés civils et militaires, le sénat rendit un décret portant que les villes ne leur fourniraient rien au-delà d’un tarif approuvé |)ar le sénat, G. Popilius et Octavius, cliargés de le mettre à exécution, se rendirent à Thebes et dans les principales villes du Péloponèse, où leur présence et les ordres qu’ils étaient chargés de promulguer produirent un effet salutaire.
L’année précédente, Persée parvint à déloger les garnisons romaines des difierentes j^aces qu’elles occupaient dans rillyrie macédonienne.
A la suite de ces succès, il envoya une ambassade à Gentius, un des rois de i'illyrie proprement dite, dont la capitale était ^dra, ville qui conserve encore .son nom historique. Il engageait ce prince à quitter le parti des Romains : il y aurait consenti; mais comme il demandait des subsi-
'oogic
GRÈCE
des, l’avariM de Pereée rompit les négociations. Polybe regarde cet événement comme un châtimentdes dieux.
Le roi man<|ua pour la même cause de s’emparer de Strates (auj. Lépenou), ville très-forte de l’Acarnanie.
ABKIVÙB DD OON8UI. MaHGIUB ED Thessadie. — Sur le bruit que les armées romaines se préparaient à entrer en campagne , les Acfaéens déridèrent qu’on enverrait au consul un oorps de troupes, dont le commandement fut eonlié à Archan. On lui députa en même tem|w une ambassade dans laquelle on vit figurer l’historien Polybe. Elle trouva Marcius en Theeaalie, déterminé à pénétrer en Macédoine , persuadé que c’était dans le cœur de ses états qu'il fallait attaquer Pereée , qui avait établi son quartier royal de manière à faire face de toutes parts à l'ennemi,
Mabchb du consul., -n- Après une langue délibération , Marcius se décida à passer les forêts d'Octolophos. Maîtres d’une hauteur , d’on on découvrait te ewpp des Macédoniens et la ville de Pw , les Romains poussèrent en avant. Mais Hippias, que Persée avait pieoé dans un délilé avec douze mille Imnimes , harcela tellement l’ennemi , qu’il ralentit son ardeur. Marcius, inquiet , commença à sentir qu’il s'était engagé dans un mauvais pas, et si le roi avait soutenu son lieutenant, les Romains auraient éprouvé un échec ocmsidérable.
DimcULTÉS DD PASSAOB. LcS chevaux de charge tombaient prssque à cliaque pas qu’ils faisaient à la descente de fa montagne ; les éléphants surtout causèrent un embarras extrême. Il fallut trouver des moyens m>ur leur faire traverser le défilé , en ëtablissantdespontons, recouverts de terre, qui s’abaissaient insensiblement et par mages, jusqu’à ce qu’ils fussent arrivés en plaine. Pendant ces mouvements pénibles , Persée , occupé en excursions inutiles de cavalerie, aux environs de Dion , donna le temps su consul de sortir d'embarras.
POLVBE PBBSEKTB AD CONSUl.. —
Il remit au consul le décret par lequel
les AchéMis lui diraient le concours de leurs forces. Marcius |e remercia en disant que la confédération pouvait s’épargner la déiiense dans laquelleson offre généreuse l'engagerait, et tes ambaasad^eura retournèrent ep Achaïe.
Polybe, retté seul auprès de Marcius, ne tarda pasà être informé qu’Appiiis Genton pressait les Achéens de mi envoyer cinq mille hommes en Epire , ou il se trouvait. Il crut devoir en référer au consul, qui le renvoya en Acliaïe, pour faire savoir aux magistrats qu’Appius n’avait aucun droit d’exiger le secours qu’il leur demandait. Il est difUcile, dit Polybe, de savoir le vrai motif qui portait Marcius à agir de la sorte.
Tebbeub db Pebséb. — Pendant que le roi était au bain, on vint i’inforiner de l’approclie des ennemis.
G.ette nouvelle le jeta dans une aftVeuse épouvante. Indécis sur le parti qu’il avait à prendre, il se plaignait de se voir vaincu sans combat. Il ordonna de transporter sur ses vaisseaux les statues en bronze doré, des héros du Granique, qui se trouvaient à Dion ; il commanda qu’on jetât à la mer les trésors qu’il avait à Pella ; qu’on brillât sa flotte, qui se trouvait réunie à l'hessalonique : pour lui , il se retira de sa personne à Pydna.
Position difficile dd consul. — Let dieux , dit Tite-Live, ûtérent le jugement et le conseil a Persée ; dix jours déplus, c’en étcUt fait de /.ictnius et de son armée. Il ne pouvait rétrograder, parce que les Macédoniens avaient réoccupé le défilé qu’il avait franehi. Les autres issues lui étaient fermées du côté de la Thessalie, par une forêt qu’il fallait traverser avant d’arriver au Teropé, et dans la direction de Dion , par des bois regardés comme impénétrables : ces positions pouvaient être facilement défendues. Placé dans cette espèce de réseau, des fourrageurs que le consul envoya à la découverte, fui rapportèrenr que l’ennemi ne se montrait d’aucun côté. Il se hâta d’envoyer l’ordre au préteur I Aicius, stationné à Larisse ;
L’UNIVERS
d’occuper !e Tempé. Il prescrivit en même temps à Popilius de reconnaître les passages qui conduisaient à Dion , dont il s’empara ; mais la disette l’ayant forcé d’abandonner cette ville, il s'empara de Pliila, où il trouva des vivres en abondance.
Cbüaüté de Pbbsée. — Informé de l’évacuation de Dion , le roi s’empressa de réoccuper celte place et d’en réparer les murailles. Il commença alors à respirer ; et il souhaitait qu’on n’eût pas exécuté les ordres qu’il avait donnés de sacrifler ses trésors et sa flotte. Andronic, chargé de brûler les vaisseaux, avait traîné en longueur, et ils étaient intacts. Nicias, empressé d’obéir à son maître , avait fait jeter à l’eau tous les trésors qui se trouvaient à Relia. Ce malheur fut promptement réparé, au moyen de plongeurs habiles qui retirèrent presque tout l’argent qu’on croyait perdu. Pour prix de pareils services, Persée lit mourir en secret Andronic et Nicias , afin de ne laisser aucuns témoins vivants de l’indigne frayeur dont il avait été saisi. Le reste de la campagne se passa en actions de peu d’importance,
Ambassades de Pbusias et des Rbodiens au séwat. — Sur ces entrefaites, Prusias, roi de Bithynie, et les Rhodiens envoyèrent à Rome des ambassadeurs chargés de négocier en faveur de Persée. Les premiers s’exprimèrent avec modestie , mais il n’en fut pas de même de ceux de Rhodes.
Apres avoir étalé en style pompeux les services qu’ils avaient rendus au peuple romain, et s’être attribué la plus rande part dans ses victoires penant la guerre contre Antiochos, ils parlèrent de la détresse de leur commerce au milieu de la crise actuelle.
Enfin, ils proposèrent impérieusement leur mêdXaticm, en déclarant que si les parties belligérantes ne se renuaient pas à la raison , fes Rhodiens verraient ce qu’ils auraient à faire.
Réponse. — Le sénat annonça aux ambassc dcurs qui tenaient ce superbe langage qu’apres la défaite de Persée, Rome traiterait ses alliés chacun selon ses mérites. On leur donna ensuite lec-
tured’un sénatus^nsulte qui déclarait les Cariens et les Lyciens libres et autonomes. Malgré ce dédain pour leur réponse , le sénat fit aux envoyés de Rhixles les présents d’usage.
campagne de PAUL ÉMILE EN MACÉDOINE , i6ë ar. J.'C.
Comices. — Le temps d’élire les consuls approchait ; c’était le sujet de tous les entretiens. On n’était pas satisfait des généraux qui, depuis trois ans , étaient chargés de faire la guerre en Macédoine. Le peuple désignaU hautement Paul Émile. Il était âgé de près de soixante ans. Nommé consul treize ans auparavant, l’assemblée du peuple avait payé ses services d’ingratitude en refusant de l’élever de nouveau au premier rang des dignitaires de l’état, quoiqu’il feüt sollicité avec instance. Depuis ce refus il menait une vie retirée, entièrement nocupé de l’éducation de ses enfants. Ses parents et ses amis le pressaient de répondre au vœu général qui l’appelait au consulat ; mais ne se croyant plus en état de commander,- il fuyait avec soin les honneurs auxquels il avait as-
fiiré dans un autre temps. Cependant orsqu’il vit que tous les matins on s’assemblait sous le vestibule de son plais, et qu'on l’appelait au Forum, il dut céder à de pareilles instances. Il se mit au nombre des candidats ; c’était moins solliciter le commandement des armées que donner au puple l’assurance de la victoire : le consulat lui fut accordé d’une commune voix.
Pbésage. — On dit que le jour où Paul Émile fut chargé au commandement de l’armée de Macédoine, comme il rentrait chez lui , accompagné d’une foule qui le suivait pour lui mire honneur , il trouva sa Bile Tertia , encore enfant, qui fondait en larmes. Il lui demanda la cause de son chagrin.
Tertia le serrant dans ses ptits oras et le baisaht, lui dit : Tii ne sais donc pas, mon père, que notre Persée est morti Elle parlait d’un jeune chien qu’elle élevait et qui avait nom Persée. Paul Émile, œappédecemot.
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lui répondit : A la bonne heure, ma chère enfant, j’accepte de bon casur cet augure.
Enquête. — Avantd’ entrer en campagne , le consul demanda au sénat d’envoyer en Macédoine des commissaires chargés d’inspecter l’armée de terre et la flotte, désirant qu’on lui fournît un état effectif des troupes, de leurs positions, et d’indiquer sur quels alli& on pouvait compter, pour combien de temps on avait des vivres, où on pouvait s’en procurer, quels étaient les moyens de transport.
Les m6naes commissaires eurent ordre de s’informer des forces de Persée et de ses différentes positions. Le sénat approuva ces sages dispositions , et ses agents partirent aussitôt après avoir
Xleur commission.
ppoRT AU SÉNAT. — Ils firent diligence et, de retour à Rome, ils annoncèrent , comme on l’a dit précédemment , que Marcius avait forcé les défilé de la Macédoine avec plus de péril pour son armée que d’avantages pour fa tépublique; que Persée occuj pait la 'PMrie , et que les deux camps n’étaient s^rés que par le fleuve Énipée; que le roi évitait le combat, et i que les Romains n’étaient pas en me- I sure de le contraindre à l’accepter, en i attaquant ses lignes ; qu’un hiver trèsrude avait em(wché l’armée d’agir, et 1 qu’il ne lui restait de vivres que pour ! six jours. Ils faisaient monter l’armée macédonienne à trente mille hommes.
Si Appius Claudius, campé à Lichnidos , avait pu réunir assez de troupes , il aurait r^ssi à embarrasser Gentius ; mais il était tellement affaibli qu’il se trouvait même compromis. La flotte était dans le plus grand délabrement ; une partie des équipages avait péri de maladie, les matelots siciliens étaient retournés dans leur pays; ceux qui restaient n’avaient reçu ni vêtements ni solde.
Dbpabt du consüi,. — Le sénat ayant pourvu à tout, Paul Émile partit pour fa Macédoine avec vingbcinq mille huit cents fantassins et cinq mille cavaliers , levés en Italie et dans les Gaules. On porta l’armée du pré-
teur Aniciiis, destiné h remplacer Appius Claudius, à vingt-un mille deux cents hommes; les troupes embarquées sur la flotte montaient A cinq mille hommes , et le total générai des deux armées à cinquante^ix mille deux cents soldats.
PaÉPABA'nFS DE Pebsée. — Tandisque Paul Émile se disposait à passer la mer iwur entrer en Macédoine, la crainte du danger l’emportant sur son avarice , Persée avait consenti à acheter l’alliance de Gentius au prix de trois cents talents (1,650,000 fr.).
Il avait en même temps envoyé des ambassadeurs aux Rhcraiens, à Rumène et à Antiochos ; mesures sages mais trop tardives. Mais ayant balancé à payer le subside dont il était convenu, il perdit l’alliance de Gentius ; il se croyait d’ailleurs assez assuré de ce prince, parce qu’il avait fait emprisonner deux ambassadeurs que le sénat lui avait envoyés et qu’il se trouvait ainsi compromis. L’avarice de Persée le priva également du secours de dix mille cavaliers et d’un égal nombre de fantassins gaulois ou bastarnes dont il avait réclamé l’assistance- Il était convenu de donner dix pièces d’or à chaque cavalier, cinq à chaque homme de pied, et mille à leur général. Antigone, qu’il leur envoya pour modifier ces engagements , faillit être mis en pièces par les barbares, et leur chef Claudicos (Clovis?) reprit le chemin du Danube, après avoir ravagé la Thrace depuis les sources de l’Axios jusqu'au confluent de la Save et de rister.
Défaite et captivité de Gentius. — La campagne d’Anicius dans rillyrie fut terminée avant qu’on sût à Rome qu’elle était commencée : elle ne dura que 30 Jours. Le préteur ayant traité avec beaucoup d'égards ^codra , la capitale du pays , les autres villes se rendirent volontairement aux Romains. Gentius lui-même fut obligé de venir se jeter aux pieds d’Anicius, avouant avec les larmes aux yeux sa faute ou plutôt sa folie d'avoir abandonné la cause des Romains pour embrasser c^lle de Persée qui
L’unnnEKs.
l’avait indignemeMt abusé. Le pré^r le traitaavwhumanité , étayant délivré les ambassadeurs qu’il tenait prisonniers, il envoya l’un d’eux, nommé Ferpenna, à Rome. Il le chargea de porter au sénat la nouvelle de sa victoire, en annonçant l’arrivée de Gentius , de sa mère, sa femme, sm enfants et son frère , avec les principaux seigneurs du pays. La vue de tant d’inustres captifs, qu’on vit bientôt paraître à Rome, augmenta la joie du peuple, dont la foule inonda les temples pour rendre des actions de grâces aux dieux immortels.
APPBOCHBS OES ABMèBS DB PAUL ÉHILB ET DE PEBâÉE.
Le roi était campé au [lied du mont Olympe, dans une position regardée comme inexpugnable (lar son assiette et à cause des moyens de défense que l’art y avait ajoutés : il apprit alors la défaite de Gentius. Cette nouvelle répandit autant de consternation parmi les Macédoniens qu’elle causa de joie dans l’armée romaine. Persée fut encore bien plus déconcerté, en voyant les manoeuvres de l’ennemi ; il sentit alors qu’il n’avait plus affaire à Marcius , mais que tout était changé avec Paul Émile. Le nouveau consul venait de recevoir des ambassadeurs de Rhodes , chargés de négocier la paix au nom du roi de Macéloine; il leur avait dit que dans quinze jours Ü leur donnerait réponse.
Pebsék abandonne son camp. ' — Paul Émile regardait comme à peu près impossible d’attaquer avec succès le roi de Macédoine dans ses lignes. Il délibérait, et à force de s’informer, il apprit qu’il pouvait tourner cette position , en s’emparant de Pythion , place située dans les escarpements du mont Olympe. La direction de oette entreprise nit confiée à Scipion; on savait que la forteresse qui fermait le défile était défendue par une garnison macédonienne decinq mille hommes ; l’heureux Scipion triompha de tous ces obstacles.
Dès que le succès de Scipion fut connu de Persée, il rassembla un con-
seil de guerre, où il fut dérâdé de k retirer scus les murs de Pydna , afin d’y attendre les Romains CT de leur livrer bataille. Le lieu où le roi s’établit était une plaine enveloppée en ^ fie de coteaux propres h cacher les mouvements de son armée ; elle avait sur le front de bandière deux petites rivières dont les bords escarpés devaient causer des embarras à l’enneid, qui se trouverait dans la néceeritéde rompre ses rangs |>our arrjver àaea corps de bataille. • l'O'i'’
Hésitation de Paul éinm|g-^' Le consul , après avoir rallié tllilvision commandée par Scipion. tdarèha k l’ennemi en prolongeant le rivage dt la mer, afin de tirer des vivmddii flotte. Arrivé en vue du camp dMHd* donien , il s’arrêta pour réflémir sur ce qu’il avait à faire. Les jminék ciers le conjuraient d’attaquer i champ. Scipion, dont la er“ était augmentée par le succèaj nait d’obtenir au passage Olympe , était d’avis de ne J une aussi belle occasion d’eo I les Macédoniens, y/ufre/bf*, FCTNrft le consul, f aurais pensé comme W)w le faites aujom-d'fnd, et iM fur viendra où, vous penserez corûmqrrrd.
Je vous rendrai compte de md tû duite quand il en sera temps j repuOr vous-en maintenant sur la prud^ d’un vieux général. j
Éclipse de lune. — Le oob s’était retiré avec l’armée daml gnes de son camp , savait que cette nuit la lune devait s'édi on avait fait prévenir les Gains Sulpitius, tribun militaire, leur avait annoncé le commend^fept, la durée et la fin de ce phé|iMène.
Les Romains ne furent dowjioint étonnés; ils crurent seulemcML^ Sulpitius était doué d’une sciCTiée qu’humaine. Mais il n’en Rit mirde même dans le camp rnacédonim,
Rit saisi d’épouvante; un brait Eonrd s’y répandit que ce proettge menaçait l’armée de la perte de son rôti Bataille de Pydna. — Le lendemain au point du jour Paul Éqiflei après avoir offert des sacrifices aux
«EtÇ(-
4iein «t exiriitfué i «« ofiteen les iwtifs qai l’avaieDt porté à diftérer d’en venir aux mains , donna l’ordre de w préparer au combat. Il est à i^retter pour les taeticinu , que nous ayons pardo l'endroit où Mybe et Tite4.ive déQPivaient l’ordre de cette bataille.
HIe fut décidée ai promptement, l’ayant comroenoé vers les trois lieunu après raidi, la victoire fut remportée dans une heure de temps. On employa le reste du jour à la poursuite des fuyards, cé on ne rmint que fort «Tant dans ia nuit. Les valets de l’armée étant aooourus au-devaoft de leurs maîtres avec des flambeaux , les rameafa«nt à leurs tentes, qu’on avait illuminées, ornées de festons de lierre et de couronnes de laurier.
Au milieu des acdamations qui se Cnmient entendre, le consul seul était plaart dans une extrême aftliction :
ie MDCi fils ou’il avait présents à ce eombat, le plus jeune, égé de dix-
5 tans, ne paraissait pas. Ouoraignait ttiinùt été tué; on la demandait, ou Vimit cherché avec des torches parmi Iss morts, mais inutilement; enfin, au moment où tout espoir semblait perdu, il reparut ateo deuxou trois de ses camaredas, couvert du sang des ennemis. Paul Emile crut te voir sortir du nombre des morts.
Oc fils, ce jeune Romain, était lesecond fleipion, qu’oa surnomnMdans la suite et le Numanm , pour avoir
3 (né Carthage et Numance : il fut opté par le fils de Scipion, vainqueur d^Annibal. Le oonsui expédia ■urwte-champ à Rome, Fabnis, son fils allié, et deux courriers, c^rgés dtannoooer au sénat la victoire de Mna. 'I
l 'Fomi fin PEWix. - Arrivé vers ffliiioit à Peils, Persée poignarda de sa main les deux gardiens de ton tré.
lOr , sur quelques observations qu’lia m porntilrent de loi foire. U partit ensuite pour Amphipolis, en emportant «M partie de ses richesses ; de là il •e râiigia dans l'tle de Samotbrooe.
iliETTBB pu aor. — Le consul était campé à Sirès (aujourd’hui Serrés?), ville de l’Odomantide, lorsqu’on lui
apporta une lettre de Persée. Il ne put t’empéqber de verser des larmes en réfiéchissant à l’inconstance des choses humaines; mais quand il lut la suseription : un «oi PsasÉB au consul Paul Ewilb, salut, il renvoya la dépêche sans y faire réponse.
Pbbsbb se axno a pisgbétion. ~ Tant qu’il put espérer, le roi n’épargna même aucun crime pour se jpstifer.
Il se débarrassa d’Évandre, qu’il tua pour effacer le dernier témoin de l’assassinat d’Eumène. Réfueié dans le temple de Castor et de Pmlux , il essaya de passer en Crète, en s’embarquant sur le vaisseau d'un certain ôfoandès, capitaine marchand, qui lui vola une partie de son trésor et l’abandonna sur la plage. Réduit à son triste sort, il se livra avec Piiilippe, son fils, au préteur Octavius, amiral de la flotte romaine.
Il est conduit devant Paul Éhilb. — Le consul, informé de l’approche du roi, envoya Tubéron, son gendre, à sa rencontre. Persée , vêtu de noir, se présenta seul, accompagné de Philippe, son Dis, Paul Eiuiiê, entouré d’un nombreux cortège; se leva de son siège, et s’étant un peu avanc^ lui tendit la main, sans souffirir qu’il embrassât ses genoux. H l’introduisit dans sa tente, l’invita à dîner, et chargea Tubéron de prendre aein de sa personne.
Fin du bovauhb db Macédoinb.
— L’armée romaine fut mise en quartiers d’hiver ; Amphipolis reçut la majeure partie des troupes. La guerre contre Persée avait duré quatre ans.
Ainsi finit un royaume illustre, tant en Europe qu’en Asie , qui avait subsisté pendant un peu plus de cent cin-
rinte ans, depuis le rè^ d’Alexan- -le-OiBod. Persée avait régné onze ans : c’était le quarantième roi, à dater de Carauos. Une conquête aussi immrtai^ ne coûta que quinze jours à Paul-Emile.
ABBIVKB DBS COUBBIBBS DU CON- SUL A Romb. ^ Long-temps avant l’annonce officielle de la victoire de Pydna, quatre jours seulement après ce gnaa éréneœeat, pendant qu’on
L’UNIVERS
célébrait les jeux dans le cirque, le bruit s’était répandu parmi les assistants , qu'on avail livré une bataille en Macédoine , et que Persée était vaincu. Des battements de mains et des cris d’allégresse avaient retenti de toutes parts. C’était cependant une nouvelle hasardée , que l'arrivée des messagers du consul confirma beau-' coup mus tard. Alors la Joie du peuple éclata sans bornes et sans mesure.
On lut dans le sénat et dans l’assemblée publique, le détail circonstancié de la batanle. On décréta des prières solennelles etdes sacrifices en actions, de grâces, pour remercier les dieux de l’éclatante protection qu’ils avaient accordée à la république.
niOROGATIOH DD GÉNÉRALAT DE PAUL ÉMILE ET DE L. ANICIUS.
167 tT. J.-C.
Après la nomination des consuls, on prorogea dans le commandement des armées Paul Émile et L. Anicius.
Des commissaires furent chargés de régler les affaires de la Macédoine et de rilln’ie : le sénat détermina les instructions qui devaient diriger leur coïKluite.
Édit dd sénat. — Il fut ordonné que les Macédoniens et les Ulpiens seraient déclarés libres ; on abolit certains impôts sur les mines et sur les terres , parce qu’on ne pouvait les prélever sans le concours des publicains, gens, dit Tite-Live, essentiellement oppresseurs du peuple, devant qui les lois sont sans force. On établit un conseil général de la nation , afin de prévenir l’anarchie. On fit une espèce de république de la Macédoine, en la partageant en quatre districts, dont ctiacun, indépendamment de l’assemblée générale, avait son conseil particulier; l’impôt fut fixé à la moitié de ce qu’on payait aux rois.
Le propréteur, L. Anicius, ayant reçu le premier les cinq commissaires du sénat, annonça à rassemblée des Ulyriens, réunie à Scodra, que lesSoo- ' dnans et leur district en particulier étaient libres et exempts de toute es-
Èe d’impôts ; les autres j^rovinoes ent déchargées de la moitié des tributs , et rill^ie fut divisée en trois ons.
OUBNÉE DE PADI. ÉHILE DANSUL Gbèce. — P. Émile visita les plus célèbres villes de la Hellade. Aiuès avoir laissé le commandement de l’armée à SulpitiuB Gallus, il partit, accompagné du jeune Scipion , son fils.
Il traversa la Thessalie pour se rendre à Delphes, où il ofirit un sacrifice à Apollon. Ayant vu un socle sur leuel on devait inaugurer une statue ’or de Persée, il ordonna que la sienne y tilt placée, en disant que c’était aux vabieus à céder la place aux vain queurs. A Lébadée, il sacrifia à Ju|âter et à la déesse Hercyne. A Chakas, il observa le flux et le reflux de l’Eiiripe. Arrivé à Aulis, il visita le ternie de Diane, célèbre par le sacrifice ’lphigénie. Il s’arrêta à Orope, où le aevm Ampbiloque était encoie honoré comme un dieu. Arrivé à Athènes, il examina la citadelle , les poits, les longs murs, les arsenaux, les statues des dieux et des hommes illustres; il n’oublia pas surtout de rendre ses hommages à Minerve , fii n’avait pu protéger la liberté de son peuple chéri.
Il demanda aux Athéniens un philosophe pour achever l’éducation de ses enfants , et un peintre habile pour diriger les ornements de son tnomphe. Ils lui indiquèrent Métrodore, qui excellait dans la philosophie et dans la peinture. L’expérience justifia ce choix par les sentiments qu'il inspira à Scipion, qui tint toujours à hon^r de vivre au milieu des artistes et des sages. Ainsi on le voyait à l’armée, accompagné de l’historien Polybe, du sage Panetios et du poète Târence; ce qui fit dire à V. Paterculus, que Sdpion Émilien n’avait jamais rien dit, ni rien fait , ni rien pensé çtd ne ftt digne éun Romain.
Paul Émile se rendit en deux jours d’Athènes à Corinthe. L’isthme et la citadelle lui offrirent un spectacle enchanteur. Il visita Sicyone et Argo^ situées sur sa route. Il passa à Epi-
GRECE. iSt
dAure, à Sparte, à Mégalopolis , d’où il arriva a Oiympie. En voyant le chef-d’œuvre de Phidias, il' s’écria que son Jupiter était le véritable Jupiter d'Homère. Croyant être dans le Capitole,, il offrit une hécatombe au maître de l’Olympe.
Retour a Ahfhipolis. — Après avoir parcouru la Grèce, Paul Émile revint à Ainphipolis, où il fut étrangement surpris de rencontrer Persée , que ses gardes laissaient presque errer en liberté. Il en témoigna son m^ontentemerit à Sulpitius ; et avant fait venir de Plie de ^inothrace le second fils et la fille de l’ex-roi , il ordonna d’en prendre soin et de les surveiller, ainsi que leur père.
Publication nu sénatus-consul- TE. — Les commissaires et les premiers de la Macédoine s’étant assemblés , Paul Émile monta sur son tribunal , et après avoir commandé le silence, il fit connaître ce que le sénat avait résolu au sujet de la Macédoine.
Les principau.x articles du sénatusconsulte portaient que « le royaume ■ de Macédoine était libre; que ses a habitants ne paieraient aux Ro- « mains que la moitié des tributs auxa quels ils étaient soumis sous le rèa gnede Persée: cette somme tut fixée a a cent talents (.3,400,000 fr. ); qu’ils a auraient un conseil public; que le a royaume serait partagé en quatre a districts, dont chacun aurait son ada ministration particulière; qu’aucun a individu ne pourrait contracter maa riage, acheter ni posséder des terres a et des maisons hors des limites du a canton dans lequel il avait son doa micile réel. »
Ces dispositions, qui effaçaient la Macédoine du rang des puissances en attachant ses habitants à lu glèbe , reçut son. complément dans une réunion suteéquente. Sous prétexte de laisser la nation libre dans le choix de ses magistrats et d'assurer Vindépendance du peuple, on donna lecture d’une liste des personnes qui devaient, sous peine de mort, passer en Italie avec leurs enfants âgés de plus de quinze ans. Elle comprenait
les nidiles, les généraux, les capitaines de vaisseaux , les gens en marge à la cour, et une foule d’officiers accoutumés à servir le roi comme des valets et à commander au peuple avec insolence.
Célébration des jeux. — Pour achever d’étourdir le peuple, flatté de voir abaisser les grands , Paul Émile avait préparé depuis long-temps des 'eux solennels, auxquels il avait invité es hommes les plus considérables des villes de l’Asie et de l’Europe. U offrit de nombreux sacrifices aux dieux , et il se montra aussi magnifique dans les fêtes qu’il fut attentif à satisfaire ^ convives , de famn que chacun eut à se louer de sa politesse et de sa munificence.
Ayant fait rassembler par tas , les arcs , les carquois, les flèches, les javelines, les sarisses et une multitude d’armes disposées en forme de trophées, il y fit mettre le feu , comme à ces holocaustes de fagots qui terminent les fêtes publiques. Il exposa ensuite aux regards des spectateurs les objets qui devaient être transportés à Rome, tels ue meubles , statues , tableaux, vases ’or, d’argent, d’airain et d’ivoire, ouvrages des plus grands maîtres.
Tout l’or et l’argent trouvé dans le trésor du roi fut versé dans l’épargne ; il permit seulement à ses fils, qui aimaient les lettres, de prendre les livres de la bibliothèque de Persée.
Paul Émile ravage l’Épire. — Après avoir Joint à la dureté avec laquelle il dépoli l’élitedes Macédoniens, l’insulte, lorsqu’il exhorta le peuple a ne pas abuser de la liberté que les Romains lui laissaient , Paul Émile passa en Épire. Un décret du sénat lui prescrivait de livrer aux brigands armés dont il était le chef, le pillage des villes qui avaient embrassé la cause de Persée. 11 détacha Scipion Plasica et Fabius , son fils , avec un corps suffisant de troupes pour faire subir le même sort à plusieurs contrées de l’Illyrie.
Artifice honteux. — Arrivé en Épire, il envoya des officiers, sous pretexte de retirer les garnisons des
m L’ UNIVERS.
villes , afin que les Épirotes fussent indépendants commeles Macédoniens. Il fit en même temps signifier à dix des principaux citoyens de chaque lieu d’apporter sur la place publique, à jour fixe, l’or et l’argent qui se trouvait dans les maisons et dans les temples.
Il déclarait que toutes ces sortes de richesses étaient dévolues au trésor public : il distribua eu conséquence ses cohortes de ville en ville, ainsi que dans les bourgades de la vieille Kpire. Au jour marqué « tout l’or et l’aident fut apporté des le matin au lieu indiqué, et, avant midi, la soldatesque se précipita dans les maisons particulières, dont le pillage lui avait été secrètement abandonné. Dans cette effroyable catastrophe, il y eut cent cinquante millebommes faits esclaves, et soixantedix villes furent démantelées ou renversées de fond en comble. Le produit du butin valut à choque cavdier quatre cents deniers ( 827 It. SO c. ), et deux cents deniers ( 163 fr. 76 c. ) à chaque fantassin.
DsnsâJsT PooB l'ItALiE. — Cfaané de dfoouilles et suivi de ses captin, Paul Emile descendit au port d’Orioon ( aujourd'lwi val d’Orco ) . d’où il fit voile pour l'itelie. Quelques jours après , L. Anicjus ayant rassemblé ce qui restait d’Épirotes et d’Acamaniens, vint s’embarqua' au même lieu et pour la mêige destination.
Abbivée a Rome. — Parvenu à l’emboudiure du Tibre, le vainqueur remonta ce fleuve sur la galère royale de Persée, qui était à seize rangs de rames. La population de Rome, sortie à sa rencontre , le saluait par des acclamations. Mais il n’en était pas ainsi de ses soldats , qui l’accusaient d’avarice et de dureté dans le oommandemeiit , tout en reconnaissant la supérioritéde son mérite. Ils lui disputaient les honneurs du triomphe, qui lui furent cependant aooordés après quelques débats.
TntoMPAe de Pato. Émiu. — - Rome n’avait jamais été témoin d’une cérémonie aussi magAi^ue. Lès rues et les places publiques , bordées d’échafaudages garnis d’une multlRidé de
citoyens parés de leurs plus beaux tebillements ; les temples des dieux ouverts, leurs parvis ornés de guirlanda de fleurs, présentaient une scène incomparable en grandeur et en mapilicence.
On avait partagé en trois ioun Is marche de la pompe triomphale. Le
Iiremier put à peine suffire à voir défier les tableaux, les peintures et ta statues portés sur deux i»nt cinquante chariots.
Le second jour offrit le spectacle d’une foule de voitures rem|Mies dm armes les plus riches des Macédoniens; elles étaient fourbies à neuf et artistement arrangées , quoiqu’ettl semblassent jetées péle-méle : Kbnil u’elies faisaient en se froissant, ttaait un son guerrier qui avait quelque chose de terrible. Après ces tte riots suivaient trois mille hommes, portent l’argent monnayé , renferae dans sept cent cinquante vases » dMt chacun pesait trois talents ou 158 Kvres de notre poids ; d’autres portaient des coupes de métal précieux , des vases en forme de cornes d’abondante, des aiguières d’un travail exqnw p»
les retiefb et la ciselure dont ils étuial ornés.
Le troisième jour, au lever du l»; leil, on entendit les tronnpettes ^ sonnaient la diarge comme pour ta* noncer le combat. Ou vit en mtot temps paraître cent vingt boriiiil avee les cornes dorées , enlacées de «w ronnes et de festons, accompagnés ds co^ des victimaires et de Jeunes nus qui portaient des calices dW et nrent pour faire les effusions usitées ans les sacrifices. On adminit, ptfmi oes ustensiles , la grande cou^ d’or du poids de dix talents ( environ douta cents marcs ) , destinée p» Paul Émile, qui l’avait fait fabriquer «-é être consacrée aux dieux. On fit d»
1er ensuite une foule de vases antiqwn, tels que tse coupes appelées les /énlfiffonide*, les sitmeUes, les ThéHf tUemes, et généralement tout te buffet, ainsi que « vaisselle d’or de Peinée; son «bariot de guerre venait immédiatement avec son enharnadieaNM
"flttËCÈ.
> et son diadètne déposé sut ses arlties. - A peu de distance suivaient les enfants du roi , avec leurs gouverneurs , pré- » cepteurs, ofHciers, qui tendaient des t mains suppliantes au peuple. La dou-^ leur de cette triste famille, composée ' de deux fils et d’une fille, absorbait tellement l’attention, qu’on laissa pres^ que passer leur père sans le regarder.
1 Celui-ci , vêtu de noir et chaussé de : brodequins à la macédonienne, montrait, à Sa contenance, qu’il était comme privé de sens et d’entende- ! ment.
Quatre cents couronnes d’or , don- ' nées par les villes primdpales de la Grèce à Paul Émile, prÆédaient le char du vainqueur, qui parut enfin dans tout l’éclat de la pompe triomc phale, monté sur un char éblouissant, s vêtu d’üue robe rayée d’or, et por- I tant , en sa main droite , un rameuu ■ de laurier. Ses soldats l’accompagnaient en chantant des airs de victoire mêlés I de brocards... Hélas! ils auraient pu y ajonter des hymnes funèbres car , f au milieu de son triomphe, Paul Émile ÿ étouffait des sanglots qui allaient être g suivis de larmes nouvelles et plus I amères que celles qu’il venait de répandre.
g De qüMtt fils chers à sa tendresse J patWIlqte, ^hul Émile avait consenti J a en laisser passer deux , par voie d’a- , doptioh , dans les familles historiques g de ^Ipion et de Fabius : deux autres,
, qu’il avait eus d’une seconde femme , g étaient devenus l’obiet de ses sollici* J tudes. L'alné, âgé de quatorze ans, ' était mort cinq jours avant son triom- ' plie ; et trois jours après être descendu J de son char de victoire. Il reçut le I dernier soupir dü plus jeune, qui était ' âgé de douze ans. Dans une harangue qu’il prononça au Forum pour rendre ' compte de sa campagne en Macédoine, I il consola en quelque sorte ses concitoyens, affliges de ses malheurs doiiiestiques. Faisant un effort sur lui- ' même, il n’&xprima sa douleur que par un rapprochement entre sa condition et celle de Persée ; « Tout vaincu ’ « mi’il est, dit-il, il a la consolation \ a ^embrasser encore ses en&mts^ et
« son vainqueur, Paul Émile, a perdu « les siens ! »
Tbiomprb de Cn. Octavius et de L. Amcius.^ A quelque temps de lâ on accorda les honneurs du triomphe au premier ^ à couse de ses victoires navales; et à l’autre, pour celles qu'il avait rewpoftées en lllvrie. Gotys , roi de Thraoe, envoya redemander son fils, qu’on avait mis en prison après l’avoir promené en triomphe ; il offrait une riche rançon pour sa liberté. l.e sénat ordonna son élargissement , en faisant dire au roi Cotys que les bienfaits du peuple romain ne se payaient que par la reconnaissance de ceux qu’il obligeait.
PéMDDB DEPUIS PüESËE lOSQU’A LA EUIEB DE COBinTHB.
Ambassades. Le sénat , victorieux , ne tarda pas (1 dégénérer de sa haute illustration , en devenant le centre des intrigues politiques les plus honteuses. Attole et les tUiOdiens furent les premiers flatteurs- de cette assemblée , aussitôt après la chute de Persée , dont le fils commençait à apprendre le métier de tourneur, afin de se procurer une existence indépendante.
Le roi de Pergame s’était dérobé par la fuite aux embdehes des pères conscrits. Ils avaient voulu entraîner Attale dans un crime, en lui faisant chasser son frère du trône pour s’en emparer à leur tour , sous prétexte de venger un forfait qu’ils conseillaient ; enfin le sénat romain était déchu de son antique probité.
Députés de Rhodes. — Ce ne fut qu’après les dédains les plus humiliants u’on permit aux Rhodiens de paraître ans le sénat. Prosternés par terre , tenant cn main des rameaux d’olivier, dans l’attitude de suppliants, leur orateur, Astyniède, d’une voix cntvéwmpée de sanglots , parvint difficilement à fléchir l’austère t'aton t Ofi leur permit d'exister sous le bon plaisir du sénat avec le titre û'rttUés des Romains. Bassbssb Ml pnusiAB, aui ni-
L’UNIVERS
THTNis. — U vint au-devant des députés que le sénat envoyait pour le complimenter, la tête rasée, avec le bonnet , l’babit et la chaussure des affranchis ; puis en les saluant : « Vous « voyez, leur dit-il, un de vos escla- « ves, pirêt à faire tout ce qu’il vous « plaira, età se conformer entièrement « a ce qui se pratique chez vous. » A son entrée dans le sénat , il se tint contre la porte , en face des ^res conscrits assis sur leurs sièges ; il se prosterna et baisa le seuil de la salle des séances. Ensuite, s’adressant à l’assemblée, il s’écria : « Je vous salue, dieux sauveurs ! » Polybeditqu’il aurait hontede rapporter son discours. L’historien romain Tite-Live observe la même retenue , et avec raison , car ces bassesses déshonoraient autant le sénat mi les souffrait, que le prince qui les faisait. On rendit un sénatus-consulte par lequel il fut défendu aux rois d’entrer à l’avenir dans Roine, tant on était dégoûté de leur dégradation morale.
Chatimeni; des Étoliens. — On a parlé ailleurs de la rencontre que fit Paul Émile d’une députation des Étoliens, auxquels il donna audience à AmpÛpolis. Ils avaient porté plainte contre le despotisme de Lycisque et de Tisippe , que le crédit du consul rendait tout-puissants en Étoile. Appuyés
Ear Bébius, ces deux agents avaient lit mourir cinq cent cinquante Grecs- Étoliens ; un plus grand nombre avaient été exilés et leurs biens confisqués.
Paul Émile avait approuvé la conduite de Lycis<]ue et de Tisippe : le sénat ratiBa l’iniquité de ce jugement. Dès ce moment , les commissaires romains regardèrent comme ennemis tous ceux qui conservaient quelque affection pour la patrie où iis étaient nés.
Pebsécution politique.— Les Romains avaient attenté à i indépendance de la ligue achéenne par le parti qu’ils prirent en faveur des oamùs de Sparte ; et dans la conjoncture présente , iis la sapèrent jusque dans son principe.
Callicrate, vendu au sénat, lui fit décréter qu’on enverrait en Achaïe deux commissaires chargés d’informer
contre les partisans de Persée. Les agents auxquels on confia cette mission furent G. Claudius et Cn. Doniitius Énobarbus. Admis dans l’assemblée de la confédération, l’un d'eui se plaignit que la plupart des d^tés étaient partisans de Persée; if demanda contre eux la peine de mort, s’engageant ensuite à les nommer.
Cette proposition révolta la diète.
Pressé de s'expliquer , le commissaire répondit, d’après la suggestion de Callicrate , « que tous ceux qui « avaient été en charge étaient crimi- « nels. » Alors Xénon , homme généralement estimé , se levant ; » l’ai « commandé des armées , dit-il, et j’ai <i eu l’honneur d’être chef de la ligne. « Je proteste que je n’ai jamais agi en « rien contre les intérêts de Rome; << je suis prêt à le prouver, soit id, O soit devant le sénat. » Le commissaire romain saisit cette dernière parole, et ordonna que tous les individus dénoncés par Callicrate seraient envoyés à Rome pour s’y justifier ; on enleva en cons^uence plus de mille des principaux citoyens de l’ Achaïe.
Callicrate devint un oinet d’homur telle , qu’on fuyait sa pr&ence comine celle d^un traître infâme ; on ne w lait pas même aller aux bains pdÜa dans lesquels il était entré , quoiqu’on eût pris soin de les purifier.
Tbaitements iniques ExsacÉs CONTEE LES ACHÉENS , 164 — 160 â».
J.-C. — L’historien Polybe était au nombre de ces illustres proscrits; mais comme sa réputation l’avait précédé sur la térre d'exil , à peine liit-fl arrivé à Rome que son mérite le fit rechercher des plus illustres citoyens de la république. 11 n’en fut pas de même de ses compagnons d’infortune : le sénat , sans vouloir les entendre , ni les juger, prétendant qu’ils avaient été condamnes dans l’assemblée des Achéens, les relégua dans diverses bourgades de l'Italie.
Amnistie, ISO avant J.-f!.-^ ïes Achéens n’avaient pas cessé , depuis dix-sept.^ns , de réclamer contre U détention sans jugement de leurs compatriotes , dont un grand nombre
GRÈCE
SM
étaient morts. A force de r^lamatioDS , il s’élera de grands débats dans le sénat : les uns voulaient que les exilés fussent renvoyés dans leur patrie et rétablis dans leurs biens ; les autres s’y opinaient. Scipion , à la prière de PolyM , avait sollicité Caton en faveur des malheureux déporté.
Le vieux Romain s’étant levé pour parler sur la ouestion : « A nous voir, «. s’écria-t-il, aisputer toutunjourpour «■ savoir si quelques pauvres vieil^rds « de la Grèce seront plutôt enterrés « par nos fossoyeurs que par ceux de « leur pays , ne croirait-on pas que • nous n’avons rien à faire ? » Cette plaisanterie sufBt pour faire honte au sénat de sa longue opiniâtreté et pour kdétmniner à renvoyer les exilés dans le Péloponèse. Polybe aurait souhaité
S’ils tussent réintégrés dans leurs ns et dignités; mais il crut devoir pressentir Caton , qui lui dit en souriant : « Polybe, vous n’imitez pas la sa- « gesse d’Ulysse. Vous voulez rentrer « oans l’antre du cyclope pour quelques « méiisntes hardes que vous y avez ■ laissées. * Les exilés retournèrent dans leur pays; mais de mille qu’ils étaient venus, il n’en restait alors m’environ trois cents, accablés de vieillesse et d’infirmités.
néVOLTE DE LA MACÉDOINE, i&t — i4t av. J.*C.
Ain>Biscos usuBPATBUB.— Quinze ou seize ans après la défaite de Persée mi mourut dans les fers , un certain Andriscos, d’Adramvtte , viUe de la Troade, homme de Ta plus basse extraction, se donnant pour un fils de Persée , prit le nom de Philippe , et entra en Macédoine dans l’es^rance de s’y faire reconnaître pour roi. Il avait composé une fable qu’il débitait partout ou il passait, espérant qu’on le croirait sur parole , et qu’il s’opérerait un grand mouvement en sa faveur dans la Macédoine ; mais quand il vit que tout y demeurait tranquille , il se retira en Syrie auprès de Démétrios Soter , dont la sœur avait épousé Persée. Ce prince, qui connut tout d’un 2&" livraison. (Grèce.)
coup la fourberie, le fit arrêter et I envoya à Rome.
Son évasion , 150 avant J.-C. — Comme Andriscos ne fournissait aucune preuve de son extraction royale, et qu’il était dépourvu de noblesse dans sa physionomie ainsi que dans ses manières, il fut traité avec beaucoup de mépris à Rome , sans qu’on prit la peine de l’observer de près ; il profita de la négligence de ses gardes pour s’évader. Arrivé dans la Thrace, il parvint à y lever une armée considérable, avec laquelle il s’empara de la Macédoine et d’une partie de la Tbessalie.
Succès de Scipion Nasica, 149 av. J.-C. — Le sénat fit choix de Sci-
fiion Nasica pour étouffer cette rébelion dans sa naissance : il était propre à ramener les insurgés par la persuasion ou par la voie om armes. A peine déba^e dans la Hellade, il parcourut les villes alliées , dans lesquelles il leva des troupes; et les Achéens, gui étaient encore puissants , lui en fournirent un nombre considérable. Avec ces moyens , il ne tarda pas à enlever à Andriscos les villes de la Thessalie dont il s'était emparé, sans cependant oser le poursuivre en Macédoine.
EnTBEPB I SE K ALHEUREUSE D B P . Ju- < VENTius Thalna. — Malgré les succès qu’il venait d’obtenir , le sénat comprit' que Nasica ne pouvait venir à bout de son entreprise , et il donna ordre au préteur P. Juventius Thalna de passer en Grèce avec une armée; il s’y rendit sans perdre de temps. Regardant Andriscos comme un roi de théâtre, il ne crut pas devoir prendre de grandes
§ récautions ; et s’étant engagé impruemment dans un combat, il y perdit la vie avec une partie de son armée.
Obgdeil du faux Philippe. — Aveuglé par cette victoire , Andriscos, croyant son autorité affermie , s’abandonna sans réserve à ses mauvaises inclinations. Superbe, avare, cruel, on ne voyait partout que violences, confiscations et meurtres. Profitant de la terreur causée par la défaite des Romains, il recouvra bientôt les villes
de la Tlieesalie qu’il tvait perdues.
Enfin , une ambassade que les Carthaginois , qui étaient alors attaqués par les Romains, lui envoyèrent, acheva de pervertir son jugetnent.
Campagne de Q. Céciliiie Mé- TKLLUS, 148 av. J.-C. — Andriscos avait résolu d’aller à la rencontre du général romain ; mais pour ne pas s'éloigner de la mer, il s’arrêta à I^dna, où il fortifia un camp. Le prêteur, qui le suivit dans cette position , éprouva un échec considérable dans un combat de cavalerie. Cet avantage augmenta la présomption de l’usurpateur, qui envoya une partie de ses troupes ^ur détendre ses conquêtes en Thessalie. Métellus profitant de cette faute, battit les révoltés ; et Andriscos, contraint de prendre la fuite, se retira clicz les Tliraces. Il reparut bientôt à la tête d’une nouvelle armée; mais il fut rfiis dans Une déroute telle, qu’il perdit vingt-cinq mille hommes dans deux batailles. Il ne manquait à la
§loire du préteur que de se saisir 'Andriscos , qui s’était réfugié chez un petit roi de Thrace : il y réussit en corrompant ce prince, et le fitux PhiUfype fut envoyé à Rome. Un autre aventurier , qui se faisait appeler Alexandre , subit le même sort ; mais Métellus ne put le saisir, parce qu’il s’enfuit dans la Dardanie , où il se tint caché.
La Macédoine eéddttb en pboviNCB KOMAiNE. — La Macédoine, entièrement subjuguée, fut alors réduite en province romaine. Cette mesure n’erapécha pas un second Jfaux Philippe de se manifester. Son règne ne dura que très-peu de temps ; il fut vaincu et tué sur le champ de bataille par Trémellius Scrofa.
TSOUBLES DB I.'ACIIAIK,
Cause des éténbments. — Métellus venait de pacifier la Macédoine lorsqu’il éclata dans l’Acliaïe un soulève- Bient excité par la tyrannie des principaux magis! I fits de (-ettc province. Da* mocrite, qui se trouvait a la tête de la
ligue , avait fait déclarer la guerre b Sparte, parce qu’elle avait déféré au sénat romain une affaire qu’il prétendait être de son ressort. Métellus le fit prier de suspendre les hostilités jusqu’à ce que les commissaires du sénat duogés de terminer la querelle fussent arrivés dans la Grèce. Il s’y refusa, ainsi que Dièoa, son sucoesseiu: , et la Laconie fut ravagée.
AHRIYÉB des COMHISBAlBn EO- XAIN8. — Aurélius Oreste ^ qui était à la tête de cette légation , convoqua les états d’Achaïe à Corinthe. II avait ordre d’affaiblir la confédération en séparant le plus grand nombre de villes qu’il pourrait détacher de son union.
Il notifia en oonséqiieoce à l’assemblét un décret du sénat qui retirait do R ligue achéenne Sparte, Corinthe, A^ gos , Héraclée , ville voisine du mont Oëta, et Orchomène d’Arcadie. Quand les députés , sortis du lieu de leun séances , eurent fait part au peopto du décret qu’on venait de leur signifier, il entra en fureur , se jeta sur tous les Lacédémoniens qu’il rencontra, étles massacra ; les commissaires eux-mémes n’auraient pas été épargnés s’ils n’ivaient pris la fuite pour se dérober i la rage de la multitude.
Mission de Julids en AchaIb.-^^ A. Oreste et ses collègues étant de retour à Rome, rendirent compte de ce qui leur était arrivé. Le sénat fit aussitôt partir pour l’Achaîe Julius avec quelques autres commissaires.
On leur donna pour instructions d’agir avec modération , et de se contenter de satisfactions plausibles ^ parce nue Carthage n'étant pas encore réduite par la force des armes , on avait intérêt à ménager des alliés aussi puissants que les Achéens.
Audace des déhadooues. Ju- Uus et ses collègues exécutèrent à la tre leur commission ; ils réunirent aaai peine le suffrage des gens sensés. Mais Dièos , Critolaos et ceux de leur faction , choisis dans diaque cité, pamd ce qu’il y avait de scélérats , d'unpiei et de concussionnaires, souffiaientk feu de la discorde pour pervertir l’opinion publique. A les entoidre , la do»
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GRÈCE
ceur des Romains ne venait que du mauvais état de leurs affaires en Afrique, c’est pourquoi ils ajonmalent, sous de faux semblants, leurs plans d’oppression. Cependant on prit avec les commissairesdes manières assez polies. On leur dit qu’on enverrait Thearidas à Rome, qu’ils n’avaient qu’à se rendre à Tégee, afin d’ouvrir des négociations avec les Lacédémoniens, efde les disposer à la paix. Comme ce plan pouvait obtenir quelmies succès , Critolaos parvint à empectier tout moyen de rapprochement, et Julius dut retourner auprès du sénat, à qui il rendit compte des intrigues du parti destiné à causer les dernières infortunes de l’Achaïe.
Déclaeatkxv de oderbe des Achébns. — Méfellus , informé de ce qui se passait dans le Péloponèse, députa quatre patriciens à l’assemblée de la ligue achéene, réunie à Corinthe.
Introduits aansie lieu de ses séances, ils y parlèrent un langage de paix, en exhortant les députés à ne pas s’attirer la colère des Romains. Ils forent chassés ignominieusement et insultés par une populace en délire ; Corinthe tout entière semblait saisie d’une fureur belliqueuse. Critolaos, profitant de ce mouvement, harangue la multitude, parle des rois et des r^ubliques qu’il compte dans son alliance, vient à bout de faire déclarer la guerre aux Romains et aux Spartiates. Les envoyés de Métclius se séparent ; l'un se rend à I.acédémone. l’autre à Naupacte , et les deux autres se retirent à Athènes pour attendre le dénodinent de cette catastrophe.