CAMPAGNE DU CONSUL MUMMIUS
146 •▼aot J.-C.
Succ^ DE MéTEixrs. — Le sénat avait chargé le consul Mummius de la guerre d'Acliate , et de venger la m^esté du peuple romain. Métellus, informé de cette nomination , envoya de nouveaux députés aux Achéens, pour tâcher de terminer ù l'amiable les différends et d’obtenir seul la gloire d’avoir rétabli l’ordre dans l’Adiaïe.
Ses propositions furent rejetées avec hauteur, et les Béotiens, entraînés par Pythéas, leur premier magistrat, ainsi que les Chair imens, accédèrent à la révolte. Alors Métellus fit avancer scs troupes contre les insurgés, qu’il battit aux environs de Scarphée, ville de la Locride, avec perte pour eux de plus de mille prisonniers. Critolaos disparut dans cette bataille. Dièos hii ayant succédé dans le commandement , accorda la liberté aux esclaves, et les ayant enrôlés, ainsi qu’un grand nombred’Achéens etd’Arcadiens, il parvint a former une arméede quatorze mille fantassins et de six cents chevaux. Il ordonna des levées tellement considérables que les villes déjà épuisées étaient dans la désolation. Plusieurs particuliers se donnaient la mort ; d’autres abandonnaient leur patrie : malgré l’extrémité des maux , personne ne songeait néanmoins à prendre l’unique parti qui pouvait aft'ranciiir l’Achale du poids de l’oppression.
Prorrés de Métellus. — Cependant Métellus venait de faire passer au fil de l’épée mille Arcadiens qu’il avait rencontrés près de Chéronée, et il s’était rendu maître de TTièbes.
Touché du triste état de cette ville, il ordonna qu’on respectât ses temples, ses maisons et jusqu’aux Béotiens qu’on trouverait errants dans la campagne. Il excepta de cette disposition Pythéas, auteur de tous les maux, qui lui fut amené et mis à mort. Rfattre de Thèbes, Métellus, ayant dirigé sa marche vers le PéloponMe, s’empara de Mégare , et ayant passé l'isthme , il se présenta devant Corinthe, où DiMs s’était enfermé. Il essaya encore des moyens d’accommodement, en chargeant de proDositions pacifiques trois Achéens, réfugiés dans son camp, qu’il envoya auprès du chef des insurgés.
Ces députes forent jetés en prison , et Dièos les aurait fait mettre à mort, si la multitude , Irritée du supplice qu’il avait fait souffrir à Sosicrate, pour avoir osé proposer de se rendre aux Romains, ne lui en eût imposé; ainsi les députés de Métellus lui furent renvoyés sains et saufs.
L’UNIVERS
Ahbivée de Mcwins. — Les choses étaient sur ce pied , lorsque Métellus se retira en Macédoine, après avoir remis le commandement à Mummius, qui avait pressé sa marche, afin d’avoir la gloire de terminer la guerre. Un avantage obtenu par Dièos sur une avant-garde romaine exalta tellement son orgueil, qu’il oiTrtt la bataille au consul. Celui-ci,
pour augmenter sa témérité, feignit S'être arrêté par la crainte, en retenant ses troupes dans leurs lignes. Alors l’audace des Achéens s’accrut au dernier point. Ils s’avancèrentfièrement, avec toutes leurs troupes, après avoir placé sur les hauteurs voisines leurs femmes et leurs enfants , pour être témoins de la bataille, en se faisant suivre de chariots remplis de chaînes, qu’ils destinaient aux vaincus et à transporter le butin qu’on devait rapporter.
Défaite des Achéens. — Jamais présomption ne fut plus mal fondée.
Le combat se donna à Levkopetera , lieu voisin du défilé, où les Achéens ne crurent que pour prendre la fuite. Dièos pouvait se retirer dans l’Acrocorinthe et obtenir une capitulation avantageuse, mais il se sauva à toute bride pour se rendre à Mégalopolis. Arrivé dans sa maison, il y mit le feu, égorgea sa femme , avala du poison et termina ainsi une vie souillée de crimes.
Incendie de Cobinthe. — Les habitants , privés de toute espèce de conseil, profitèrent, autant qu’ils purent , de la nuit pour se sauver dans les montagnes. Au retour de la lumière , le consul permit le pillage d« la ville. Le soldat fit alors main basse sur ce qui s’y trouvait d’hommes , de femmes et d’enfants, destinés à être vendus : on s’empara des statues , tableaux, meubles précieux, réservés à être envoyés à Rome ; on mit ensuite te feu aux maisons , et la ville ofiTrit le spectacle d’un embrasement qui dura pendant plusieurs jours ; on abattit ensuite les murailles. Ainsi périt Corinthe, la même année que Carthage fut détruite par les Romains,
neuf cent cinquante-deux ans après sa fondation par Alétès, filsd’Hippotoès, le sixième des descendants d’Hercule.
Butin. — On tira des sommes considérables de la vente des dépouilles de Corinthe. Parmi les tableaux, il y avait un Bacchus, ouvrage d’Aristide, dont la beauté était inconnue des Romains. Polybe eut la douleur de voir ce chef-d’œuvre servir de table aux soldats, pour jouer aux dés; il fut adjugé à Attale, au prix de six cent mille sesterces ( 122,700 fr. ). Pline parle d’un autre tableau du même peintre, qui fut vendu aux enchères cinq cent cinquante-cinq mille francs de notre monnaie ; sur quoi Mummius le retint , malgré les réclamations d’ Attale, s’imaginant qu’il renfermait quelque vertu secrète. Ce chef-d’œuvre tut envoyé à Rome , avec une quantité de statues et d’ouvrages des plus brillantes écoles de la Grèce. Mummius, en remettant la collection de tant d'objets précieux aux entrepreneurs chargés de les transporter en Italie, les menaça , s’ils venaient à se perdre ou à se détériorer en route , de leur en faire fournir d’autres à leurs frais et dépens.
Médiation de Polybe. — En rentrant dans le Péloponèse , Polybe eot la douleur d’être témoin de la destruction de Corinthe, et de voir sa patrie réduite en province romaine. Le peupifr roi lui avait imposé le nom d’Achaïe, comme les Turcs ont donné celui de Romélie aux contrées de la Grèce qui furent autrefois soumises aux Romains. Polybe , sans se laisser abattre par tant de malheurs , informé qu'on poursuit la mémoirede Philopémen , en demandant le renversement de ses statues, présente requête aux commissaires du sénat. Sa voix éloquente s’élève en faveur du dernier des Grecs; il demande la conservation des monuments élevés à la mémoire du héros de l’Achaïe ; alors les envoyés du sénat déclarèrent que les statues de Philopémen, en quelques villes qu’elles se trouvassent, seraient respectées. Mummius, soldat grossier, touché du patriotisme de Polybe , lui rendit de son
GRtCE.
cAté le* images d’Aratosetd’Achéos, quoiga’elles eussent déjà été transportées TO Péloponèse dans l’Acamanie.
Alors aussi les Achéens retrouvèrent assez de courage pour ériger une statue à Polybe, en face des vainqueurs, ^ investirait eux-mémes ce grand atiqreo de leur confiance.
Son ossiNTBBEssBMiurr. — Après la. paix de Corinthe, les commissaires dii sénat ordonnèrent de vendre les pnquiétés des chefs de la révolte.
Lonqu’on en vint à celles de Dièos, on commanda au questeur chargé de procéder aux enchères de laisser (oendre à Polybe, en pur don, tout ce quMl trouverait à sa bienséance.
D refusa , parce qu’il ne voulait pat, disait-il , se rendre complice d'un scélérat, en acceptant une partie des biene m’U avait volés; et qu'ü regardait aoUleurt comme honteux de imrUkir des dépouillet dun compatriote.
Sa CtniDDITX ET SA KOBT. — Cette acQoB St concevoir aux commissaires une si iWute estime pour Polybe, qu'en qufttant la Grèce, ils le chargèrent de parcourir la province d*Aciiaïe, gouvernée par un préteur, afin «Tacooutumer le peuple aux nouveSes institutions im’on lui avait données. Il réussit dans cette oommiasion aussi pénible que délicate, et après avoir rétabli l’ordre au sein de sa patrie , il retourna joindre Scipkm à Rome, d’où il le suivit à Numaace. Il assista au siège • de cette vOle, et Scipion étant mort, il revint dans le Péloponèse. Après y avoir joui pcaidant six ans de la reconnaissance de ses concitoyens, il mourut, âgé de 83 ans, d’une blessure qu’il s*etait faite en tombant de cheval.
TRiomphb db Méteixus et db Mumuiis. — Métellus , de retour à Rome, fut honoré du triomphe, coqinie vainqueur de la Macédoine, et reçut le surnom de Macedonicus.
Le 'faux roi Andriscos fut traîné devant son char. Parmi un grand nombre de dépouilles, il étala ce qu’on araelait la troupe d’Alexandre -le - Grand.Cétâeai les vingt-cinq amis que
ce prince avait perdus à la bataille du Granique , dont Lysippe fit les statues , qui se trouvaient a Dion.
Mummius obtint aussi le triomphe, et prit le nom dAcluücus. Il fit paraître dans cette cérémonie un grand nombre de statues et de tableaux, qui firent depuis l’ornement des Minces publics de Rome et de plusieurs autres villes d’Italie; mais aucun n'entra dans la maison du triomphateur.
Ainsi finit la Grèce; mais, dépouillée de sa puissance, il lui resta une autre souveraineté , que les Romains ne purent lui enlever, et à laquelle ils furent même obligés de rendre hommage. Athènes demeura la métropole des sciences et des lettres , le centre et l’école de l’éloquence et des beauxarts. Plutarque dit, à ce sujet, que jamais Grec ne songea à apprenure le latin , et qu’un Romain qui ignorait le grec n’était pas fort estimé.