‹ Grèce par m. PouquevilleChapitre 92 sur 115 · MOEURS BT USAGES DES GRECS · texte numérisé non relu

MOEURS BT USAGES DES GRECS

Au seul nom de Grèce, il est difficile de maîtriser son imagination pour Juger sainement ses mœurs , ses coutumes et ses usages. Un autre embarras se présente, c’est de rapporter à un centre commun ce qui concerne un aussi vaste sujet, sans s’égarer dans des routes incertaines, en cherchant à expliquer ce qui n’est pas authentiquement démontré par l'histoire.

La Grèce, considérée comme une agréation de peuplades, conserva toujours un air de famille; Atliéniens, Béotiens, Sprtiates étaient des frères parlantune langue commune, à quelque variété près dans le dialecte. Cependant, parmi les villes de la terre classique, Athènes brilla constamment comme la plus polie et la plus avancée dans la civilisation. Elle était ce qu’est Paris au sein du monde civilisé, la métropole du goût, des arts d’agrément, des sciences et des connaissances humaines. Cependant, en parlant de son industrie et de son luxe , nous éviterons d’entrer dans des recherches qui ne tendraient qu’à déployer une vaine érudition. Que ga-

L’U HIVERS

^nerait-on en effet à savoir • quelle était la forme du lit de Junon, ou celle du vaisseau des Argonautes P Enfln noua éviterons d'imiter le docte Saumaise , qui , après avoir démontré dans deux longues et savantes dissertations, que les pommes d'or du jardin des Hespérides étaient des oranges de la plus rare beauté, finit par conclure , avec un docteur allemand , que ces ùranget étaient des citront. Nous dirons puis; nous ne prétendons pas publier des choses nouvelles : notre ambition se bornera à exposer sommairement ce qui peut intéresser le plus le lecteur.

A l’exemple de Socrate, qui voulait que les Grâces fussent couvertes d'un voile, nous laisserons dans la demiteinte les taches dont les mœurs pnbliques furent souillées dans les plus beaux temps de la Grèce. Nous essaits rons d’abord de restituer les costumes des siècles héroïques dont nous avons donné quelques échantillons dans le cours de cette lûstoire ; car quand on représente Hercule et Thésée sous le vêtement des siècles de haute civilisation, ainsi qu’Eurvdice et Ariane vêtuea en Aspasie, ou bien avec le costume des belles Grecoues du siècle d’Alexandre-le-Crand , ('anachronisme est aussi révoltant que lorsqu’on voit, dans tant de tableaux et de miniatures du XVI* siècle, les Romains représentés avec l’amiure des liievalicrs du moyen âge, et combattant avec l’arquebuse et des canons.

C’est à Homère qu’on doit emprunter ce qui se rapporte aux âges mythologiques et héroïques ; et pour la représentation des costumes et des usages de cette époque , il faut recourir aux vases dits étrusques, comme à la source jusqu’ici la plus certaine. Car nous regardons «xmime une sorte d'autorité l’opinion des archéolomes qui prétendent que les beauK-aru furent apportés dans l’Étrurie par des colonies grecques qui vinrent s'y établir, environ 300 ans avant Homère. iJi plupart de ces monuments représentent des sujets empruntés aux mytiies et à l’histoire hellénique. La similitude que l’on

trouve entre la poterledite étrusque qui se trouve à Corlntlie, è Athènes et dans toute la Grèce, ne fait que mieux attester l'authenticité de celle de l’ittru. rie, et prouve l'origine des ouvriers des colonies établies dans fl talfe, qu’on avait cru pendant long-temps être le seul pays en possession de ces ptécieuses reilqués.

L’Italie a été civilisée par l’antiqitt Hellade ; idiome, relinon, lois, émture , elle a tout reçu Je ce vieux ftjver des lumières ; Ronie doit son ortàpt à un chef des bergers de TAnadie , ainsi que le trône d’Évandre, tnaint^ nant occupé por le prince des apôtres, pasteur du bercail de la chrétienté.

VÈTBMSHTS HéaOlQUES.

On trouve sur nn bas-relief de la villa Albeni un type du vaisseau Arge; dans un autre ,' Médée porte le rêlement des Amazones ; on y voit Vénus habillée, et cette manière de la représenter est certainement la plus ancienne. On s'attachait alors au vrai; car c’est de l’idéal de représenter Méléagre partant nu pour la diasse; Achille ne sera pas sans doute intervenu dans le conseil des rois dans Pélat de nature, où on le voit sur les bas-reliefs du Capitole f Le soin que prend Ulysse, échappé du nauft^e, de paraître avec décence devant Hausicaé , porte à croire que Jason avait d’autres vêtements que son Casque à la cour d’Aète ou de Créonte, et dans ses conférences avec Médée ou av«; Creiise.

Kpognn dss ouebbes de TeftsES.

— Les événements Jes plus remarquables des temps héroïques se trouvent concentrés dans les deux exp^itions contre Thèbes. La vérité historique commence à se montrer à cette qioque. Les lois de la paix et de la ^erre se manifestent, surtout dans la seconde guerre : le caractère du hérrnd est respecté.

ExpÉDiTtorr cowtbe Tboib. — Cette guerre est une vérité de fait. Ôn a faitconnaltreailleurs quelques-uns des principaux personnages de cette grande

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entreprise (*). Homère décrit ainsi Phabnieiiient d’Agamemnon ; H vêtit sa tunique moelleuse, belle, neuve, et Jeta son grand manteau par-dessus; il attacha à ses pieds dédcats ses brodequins, passa à son côté son glaive suspendu à un baudrier garni de plaques en argent, et prit son sceptre formé dune branche d arbre des montagnes que le tranchant du fer coupa et dépouilla de ses feuilles et de son écorce. Le roi des rois excitant ses soldats au combat, tenait dans sa main un manteau rfe pourpre, afin de servir de signal pour reconnaître leur clief.

Sceptre. — Les rois le portaient dans toutes leurs fonctions publiques.

Nestor se préparant à offrir un sacrifice à Minerve , s’assied de grand matin devant la porte de sa demeure, le sceptre en mum , entouré de sa femme etae ses enfants. Ulysse voulant empé^er les Grecs de quitter le rivage de Troie, arrache le sceptre des mains d’Agamemnon et parcourt les vaisseaux des Âebéens aux belles cuirasses.

C’est i coups d’un sceptre garni de clous d’or qu’Achille trappe le' roi Thers/te, au milieu de l’assemblée des rois pasteurs des pemles. Les sceptres de Minos et ae Tyrésias étaient en or; celui de Chrysès , ministre d’Apollon , était entouré d’une guirlande de laurier. TIépolème tue Licinios avec un sceptre d’olivier d’une extrême durete : la massue en tenait lieu au siècle d’Hercule. La houlette ornée, de clous d'airain et remarquable par l’égalité de ses nœuds, fut le sceptre des bergers, et le bâton devint celui des cyniques , que leur impudence portait à se regarder comme les premiers des hommes.

Bandeau boyad, — Homère sem-

(*) Vm. pl. 07 , I et 5, cuirtue ( wu»

grec) ; 3, epées , Pune daiw le fourreau (laua gree)\ 3, bouelier (veue grec)-, 3, épée; 4, épée nue {vase grec); 5,6, 7, lancea avec le montoir; S-10, haches de combat; g, arc;

1 1 , carauois ; 1 a, olives ou balles de fronde ; l'une d’elles porte le mot grec St(ai, qui signifie attrape ou refais ; 1 3, charde guerre

ble n’accorder la couronne qa'aox immortels. Les rois ceignaient leur tfte d’un bandeau couleur de pourpre ; tel fut celui dont Minerve lit présent à Pâris : il y en avait aussi oe blancs.

Dans ces temps de simplicité, le vkement royal servait à se couvrir pendant le sommeil. Théocrite, dans l’épithalame de Ménélas et d’Hélène, dit que la fille de Jupiter vient se ranger avec lui sous la même robe. Sophocle dans les Trachiniennes fait dire à T)éjanire, accompagnée d’Iole, que toutes deux elles attencTent les embrassements d’Hercule sous la même léenne.

Reines. — A l’exception de la pourre et du diadème formé d’une lame e métal triangulaire ou en forme de croissant qui se plaçait au-dessus du front, elles étaient vêtues comme les femmes grecques dont on parlera ailleurs. Winkelmann prétend qu’Hé- « lèiie était habillée plus en matrone « qu’en femme élégante et lascive, X telle que la dépeint Homère. »

Thône. — Il ne devint l’attribut de la royauté que dans des temps postérieurs à Alexandre : jusque-là, sa magnificence était réservée aux dieux.

Les anciens rois de la Hellade rendaient la justice sur un banc de pierre qui portait le nom de trdne. A cette époque les pasteurs des peuples issus de Jupiter étaient servis par des femmes qui. le plus souvent, avaient été rises à la guerre. Les soins intérieurs e la famille entraient dans leurs attributions, concurremment avec la reine , les filles et les sœurs de ces hauts personnages. La cuisine seule, parce qu’elle avait quelque chose de sanguinaire, était reservée aux homme.s, et les monarques ainsi que les grands de la cour ne dédaignaient pas d’égorger un animal et de donner leurs soins à faire rôtir quelque chèvre, après l’avoir déshabillée.

Cortège. — La naïveté de ces rois de l’âge d’or leur permettait de se montrer en public avec un cortège peu nombreux. Télémaque, héritier des domaines de Laèrce, se rend au conseil, sans autre suite que deux chiens dont il était accompagné.

L’UNIVERS

MmisTJOBS, HBBADTS. — Cependant les rois étaient suivis à la guerre par des espèces de ministres : Patrocle accompagnait Achille, Mérion Idoménée, et Lycophron Ajax fils de Télamon.

La personne des hérauts était sacrée : ils convoquaient le peuple au nom du roi, auquel ils présentaient son sceptre ; ils publiaient la paix , dénoni^ient la guerre, proclamaient . les ordres du prince , annonçaient les mouvements de l’armée , l’enaroit vers lequel il fallait marcher , et pour combien de jours on devait se munir de vivres. Si, au fort de l’attaque , ou dans la retraite, le bruit étouffait la voix du héraut , on élevait des signaux; si la poussière empêchait de les voir, on faisait entendre le bruit de la conque marine. Quand aucun de ces moyens ne réussissait, des officiers couraient de rang en rang signifier le commandement du général. Les hérauts portaient le caducée, symbole du ministère qu’ils remplissaient ; ils y joignaient la lance quand il s’agissait de déclarer la guerre : ils étaient coiffés d’un chapeau plat et rabattu sur les épaules, pareil à celui que portaient les voyageurs.

Autorité royale. — Quoique absolue en principe, elle fut toujours tempérée par un conseil de sages qui s’assemblaient sur les places publiques : les femmes même prenaient part aux délibérations. De là venait la tradition que dans la diète tenue à Athènes , pour savoir qui de Neptune ou de Minerve donnerait son nom à la nouvelle ville, la déesse l’emporta d’une seule voix, qui fut celle d’une femme.

Jurisprudence. — Quelques coutumes avaient alors force de loi. L’homicide recevait la mort, l’adultère était puni d’une amende. Le divorce était permis lorsqu’U était demandé par les époux et fondé sur des raisons équitables. Le père constituait la légitimité.

Soit que ses enfants fussent nés de l’épouse ou d’une esclave , ils avaient un titre égal à hériter; cependant le droit d’aînesse existait. Les oisifs, les

mendiants, les vagabonds étaient notés d’infamie. Les lois principales étaient relatives à l’agriculture. La

Îdus remarquable, attribuée à Triptoème, défendait à qui que ce fût de posséder plus de terrain qu’il n’en pouvait cultiver. Apollon avait garde les troupeaux chez Admète; Pan avait enseigné aux bergers à jouer de la flûte pour charmer leurs loisirs ; Aristée avait civilisé les abeilles apportées de Crête dans l’Attique, dont le miel du mont Hymette fait encore une des richesses.

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