MARIAGES
Bacon prétend que lorsque les progrès de la civilisation auront amolli l’espèce humaine, les hommes, esclaves des besoins qu'ils se seront créés , renonceront au mariage, dans la crainte de ne pas avoir , à moins de se gêner, les moyens d’entretenir une famille, et qu'ils préféreront alors jouir des agréments du luxe et des plaisirs de la débauche.
Mais loin de là , aux premiers âges de la société, on plaçait le bonheur dans l’union d’une compagne. V homme sensible, dit Homère, conserve à jamais sa tendresseà Cépouse dont le sort hd fit jaréseTit. On attribuait l’origine du mariage à la muse Erato, qui en régla le cérémonial. Les poètes le firent descendre de l’Olympe , où ils avaient placé Hyménée, fils d’Apollon etd’Uranie.
Lois CONTEE LE CÉLIBAT. — LC mariage fiit en honneur dans toutes les républiques de la Grèce , et encouragé par les lois ; quelques villes même infligeaient des punitions aux célibatai» res. Le législateur de Sparte leur avait réservé des châtiments particuliers.
Chaque hiver les magistrats les condamnaient à courir nus sur la place publique, en chantant des couplets qui les tournaient en ridicule. L’entrée des lieux d’exercices des Jeunes filles leur était interdite ; on était dispensé envers eux des éprds dus à la vieillesse. Une loi détendait de confier le maniement des affaires publiques à tout citoyen qui n’était pas pere de famille et propriétaire.
Polygamie simultanée. — L’his-
(") \oy. pl- 104. N» I, danses, bas-relief du Musée au LousTe; n“ 2 , mariage , vase p ce du Musée du Louvre.
toire grecque ne cite qu’un fait de cette nature, et Hérodote qui le rapporte ajoute que dans ce cas on avait oerogé à l’usage. Néanmoins- les législateurs permirent d’avoir des rapports avec les esclaves ; mais l’épouse était seule considérée comme la femme légitime , tant à cause de sa dot que par respect pour la loi religieuse qui avait consacré son mariage. C’est d’après ce principe me Médée, dans Euripide, invoque les dieux protecteurs de l’hyménée.
Au temps oe la plus haute civilisation, le divorce fut porté jusqu’à la licence chez les Athéniens ; il sufifisait du consentement des époux , comme cela eut lieu pour Péricles.
Secondes noces. — Il était permis de convoler à un second mariage, dans le cas de décès de l’un des époux. Ces exemples étaient rares chez les veuves, dans les siècles héroïques : Pénélope refuse de céder aux instances de ses poursuivants. Les unions incestueuses furent toujours en horreur, comme on le voit par les catastrophes funestes d’OËdipe et de Phèdre. Quant aux actions infâmes des dieux, c’étaient des choses mystérieuses qui n’avaient aucune influence sur les moeurs publiques.
Lois BELATIVBS AUX MABIA6ES.
— Elles défendaient le mariage entre ascendants ; il était licite entre collatéraux: ainsi le neveu pouvait épouser sa tante et celle-ci son neveu. Le mariageétaitpermisaux prêtres: Cbrysès, ministred^Apollon, était père de Chryséis axuû beaux bras ; Anténor avait pour épouse Théano, prêtresse de Vulcain : ce n’est que dans les temps historiques que l’on voit les prêtresses assujetties a une continence absolue.
Age. — L’âge requis pour se marier variait suivant les lois de chaque état de la Grèce : à Sparte, il était fixé à trente ans pour les hommes et à vingt-quatre pour les femmes. L’ancien code d’Athènes exigeait trentecinq ans, Aristote trente-sept; Hésiode et Platon ne parlent que de vingt ans. Il est question pour les femmes de vingt-six et de dix-huit ans : elles étaient, dit Hésiode, nubiles à quatorze ans. i.
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FobmalitAsi — Le eonsenteinent (les parents était nécessaire pour contracter mariage. Achille refuse la main d'Iphigénie, en disant que: Sihidieux lui permettent de revoir $es pénates , c'est Pelée lui-méme qui lui choisira '.me épouse. Les filles orphelines devaient obtenir l’assentiment de leurs frères , de leurs oncles , de leurs cousins ou de leurs tuteurs.
Fiançailles. — La formule la plus usitée était conçue en ces termes : Je vous donne cette fiUe qui est la nUenne et de mon propre sang. On faisait mention de la dot lorsqu’il y avait lieu. Les époux se juraient une foi mutuelle. Le fiancé offrait à sa future un présent qu’on nommait arrhes ; un baiser confirmait la promesse réciproque des époux qui se (tonnaient mutuellement la main ; usage pratiqué our sceller tous les enpgements. Les ançailles , chez les Thebains , avaient lieu dans le temple d’iolas, favori d’Hercule et compagnon de ses travaux.
CÉaÉHOmB mnPTiALB. — Homère sn parle ainsi : L’épouse est accompagnée dans les rues à la tueur des Jlamheaux et avec des transports d’allégresse; des choeurs de jeunes gens entonnent des cantiques en l’honneur d’hyménée; ils forment des danses au son des flûtes et des hautbois, tandis que les femmes , debout sur le seuil de leurs portes , contemplent d'un air émerveillé la pompe de cette fête. On ajouta dans la suite de nouveaux rites à ceux des temps héroïques,
11 n’y avait [joint d’époque de rigueur pour la célébration des mariages.
Les Athéniens préféraient l’hiver, et surtout le mois de janvier, qu’ils surnommaient à cause de cela Gamélion, ou mois des noces. Les mariagesavaient pareillement lieu aux fêtes oc la Néoménie (nouvelle lune) , appelées Théogarnie, hymen des dieux. La veille du mariage les fiancés faisaient hommage d’une mèche de leur chevelure à Diane, à Minerve et aux Parques. On avait soin , dans les sacrifices célébrés à cette occasion, d’éter du foie des victimes le fiel qu’on jetait derrière l’autel , parce
qu’il est le siège de U colfire et de la méchanceté.
Habillements nuptiaux. — Leurs couleurs variaient, mais ils devaient être neufs : la somptuosité était le partage de l'opulence. L’épouse portait un collier de pierres précieuses et un riche manteau brodé en or. Les habits des conviés n’étaient pas moins brillants; c’était ordinairement la nymphe ou épouse qui leur en faisait cadeau. Les époux portaient sur la tête des couronnes composées de roses , de myrtes et de pavots ; leur maison était decorée de guirlandes de fleurs. Une jeune fille précédait la nouvelle mariée en tenant un crible et une navette:
celle-ci portait un vase de terre rempli d’orge, emblème des soins du ménage.
Le cortège s’acheminait au commencement de la nuit, précédé , accompagné et suivi de chanteurs et de danseurs. La mariée y paraissait montée sur un char qu’on ordlait à son arrivée au logis de l’époux, afin d'indiquer qu'elle ne retournerait plus à la maison paternelle. Ën entrant dans leur demeure, on répandait sur la tête des époux des figues, des amandes et d’autres fruits , en signe d’abondance.
Repas de la gamélie. — On avait préparé un banquet , où se trouvaient réunis les parents des deux familles; avant d’y prendre place , on devait aller au bain et changer d’habits. Alors commençaient les danses et les réjouissances, tandis qu’un enfant à demi couvert de branches de chêne et d’aubépine se promenait avec un gâteau de sésame, en chantant ; J’ai changé mon état contre un état plus heureux.
Paraissaient ensuite les danseuses couronnées de myrte et vêtues de robes légères, qui exprimaient par leurs attitudes les transports, les langueurs et l’ivresse de la plus douce des passions.
Chant d’hyuénée. — On allumait le flambeau nuptial et on marchait vers l’appartement où était dressé le lit des époux. On leur présentait dans ce moment un fruit ( le coing ) , dont la douceur devait être l’emblème de celle de leur union. On entonnait ensuite l’épithalame : « Dormez dans le sein de
GRÈCE
< l’amour, dormait loin de tous tout K souci. Demain noue reviendrons dès « que le chantre des Ijpis , secouant son « plumaae sur la branche où il a reposé, « aura lait retentir de ses premiers
• accents les échos du matin... . Ët toi , « Hymen, Hyménée, réjouis-toi du bon-
• heur de ces époui. »
NÀissairciis n-
ÂccoucHEHBNTS. — Les femmes, dans la douleur de l'enfantement , tenaient en main un rameau de palmier, persuadées que cet arbre avait la vertu de les soulager, et que la palme était regardée comme un signe de victoire et d’allégresse. A peine l’enfant était né, qu’on le lavait dans de l’eau trèspure; à Sparte on se servait de vin.
Bkbcsaux. — A Athènes on enveloppait le nouveau-né dans une étoffe sur laquelle était brodée la tête de la Gorgone, par allusion à l’égide de Minerve. Les Spartiates donnaient un bouclier pour berceau à leurs enfants , en mémoire de ce qu’Aicmène avait placé ses deux fils Hercule et Ipbitqs sur un bouclier d’airain qu’Amphitrion avait enlevé à Ptéréléas. Cliea les autres peuples de la Uellade, on se servait d’un meuble percé de trous :
Jupiter avcUt été. mis , disait-on , par sa mère Némésis sw un crible a or.
Dans les grandes familles d’Athènes, on posait les berceaux sur des dragons et des serpents d’or, en souvenir d’ËrichthonioB, un de leurs anciens rois.
Admission dans la. famille. — Le cinquième joup après sa naissance, on portait l’enf^t autour du foyer; par cette cérémonie II était agrégé à ta famille et mis sous la protection des pénates. C’était une fête de famille, ainsique le huitième jour, dans lequel on donnait des présents à l’aocou(»ée.
Si le nouvéau-ne était un garçon, on suspendait une couronne d’olivier à la la porte de la maison; si c’était une
(*) Voy. pl- 8f>. I, naissance et horos-
cope d’un enfant (bas-relief^; n" a, écoles et punition d’un écolier, peintures antiques du musée de ïlaples.
fille, on y attachait des bandelettes de laine.
Relevailles. — Le quarantième jour ^rès l’accouclieineut, ou célébrait une lete appelée Jessaracosfos. La femme, apres avoir été puriliée par l’ablution d’usaM, se rendait au temple de Diane, à laquelle elle saoriiiuit et consacrait sa ceinture.
oivoncfi, adultère.
£n Crète on accordait le divorce à ceux qui craignaient d’avoir un trop grand nombre d’enfants ; on l’obtenait a Athènes sous les prétextes les plus futiles : les femmes buvaient s’adresser aux arcliontes. Les I.acédémoniens se séparaient rarement de leurs épouses, et celles-ci ne pouvaient se soustraire à l’autorité du mari. Les époux en renvoyant leurs femmes étaient tenus de rendre la dot qu'elles avaient apportée dans la communauté. Les parties divorcées pouvaient se remarier.
Gn usage bizarre établi dans plusieurs villes, et particulièrement à Athènes, autorisait les citoyens à emprunter les femmes de ceux qui voulaient y consentir. On ignore si l’ Athénienne pouvait se refuser aune semblable convention.’ A Sparte, les citoyens accordaient leurs femmes aux étrangers remarquables par leur beauté et propres à engendrer des enfants robustes.
Cet usage était interdit aux rois.
Malgré cette licence fondée sur une dépravation politique, les Spartiates rangeaient l’adultère au nombre des crimes et le punissaient sévèrement.
Le coupable était privé de la vue; mais plus tard on se contenta de lui infliger une amende. La peine de mort ^it réservée à celui qui faisait commerce de son épouse. La femme adultère était condamnée à ne porter que des habillements grossiers; elle était exclue des temples. Celles qui n’étaient point en pouvoir de mari étaient vendues comme esclaves.