‹ Grèce par m. PouquevilleChapitre 96 sur 115 · REPAS · texte numérisé non relu

REPAS

Siècle héboïqde. — Les banquets et les festins étaient la suite de quelque fête, ou de quelque grande cérémonie religieuse. C’était une des plus douces jouissances de la vie. Ulysse, soupant chez les Phéaciens , dit qu’il n’y a pas de plaisir plus wand que d’étre assis à une table c/iargée de mets et de vins. L’usage des lits dans la salle à manger n’avait pas encore été inventé par la mollesse. Les sièges réservés aux personnes de distinction avaient un difsier et un marchepied ; les autres étaient simples et sans orne-

(*) Voy.pl. io6, n“ a , et pl. 107. N» i, cuiller en os ( cabinet Revil } ; d« a , 3 , chaudières en bronze ; n° 4, simpulum (Musée du Louvre) ; n° 5, pliant ( vases grecs) ; n° 6, tabouret (vases grecs); n°* 7, 8, chaises (vases grecs); n<* 9 (Irène, bas-relief).

L’UNIVERS

ments. Télémaque feit asseoir Minerve Viandes. — Les hommes des temps

sur un trône (Tun beau travail, recour primitifs s’abstenaient de la chair des vert d'une riche draperie et ayant U7i animaux ; c’était un sacrilège de se marchepied: il prend pour lui un ta- nourrir des membres déchirés d’un bouret, qui était un siège moins élevé, être gui avait eu vie. Le porc fiit le La place d’honneur chez les Grecs était premier animal qu’on osa immoler sur au Dout de la table; chez les Perses les autels de Gérés, parce qu’il était c’était celle du milieu. nuisible aux productions de la terre.

Service. — Un passage de l’Odys- Le bœuf, utile à l’agriculture, fut longsée nous fait connaître l’ordre des temps respecté. On se gardait de inetbnnqiiets. « Une jeune fille versa d’un tre a mort les jeunes animaux. La ma- « vase d’or dans un bassin d’argent de nièce la plus ancienne de préparer les

« l’eau pour se laver, puis elle se mit viandes était de Iles rôtir; cependant

« à dresser une table brillante de pro- on faisait alors bouillir les intestins.

« prêté. Une femme vénérable apporta Les pauvres vivaient de sauterelles

« ensuite le pain , qu’elle posa aevant salées et des pousses marinées des

« les convives , auxquels on servit les feuilles de certains arbres. Le sel en-

« viandes d’une main libérale, tandis trait comme condiment dans tous les

° qu’un héraut circulait autour de la ragoûts des Hellènes.

« table pour leur offrir du vin. La Mets. — On présume que les an- X troupe insolente des amants de Pé- ciens mangeaient des volatiles; mais

« nélope entre, et dans un moment ils on ne voit nulle part, dans les temps

« occupent les fauteuils et les sièges héroïques , que le poisson fît partie de

« rangés avec ordre le long de la saue, leur cuisine. On remarque dans l’Odys-

« Les hérauts leur donnent à laver; sée, que les compagnons d’Ulysse ne se

« ils portent ensuite la main sur les mettent à pécher que pressés par le

« mets, et on leur verse du vin dans besoin. Nestor, affamé, se fait servir

« des coupes d’or... Le repas fini, on sur un bassin en cuivre du miel frais

» présente une belle lyre à Phormios, et des oignons, parce que ce nulbe

<• qui se met à chanter. » excite à boire. Homère vante les poi-

Aliments. — La nourriture consis- res, le miel, le raisin, les figues, les tait alors en fruits que la terre pro- olives, les fèves sèches, mais il ns duisait spontanément. Les habitants parie jamais du lait que comme d’unp d’Argos se régalaient de poires; ceux nourriture particulière aux barbares. d’Athènes de figues; l’Arcadie était re- Les Spartiates, malgré le brouet noir, nommée par ses glands doux, ses faî< mets national que restoipac seul d’un nés et ses châtaignes. Gérés apporta Lacédémonien ou d'une autrgche nom les premiers grains dans l’Attique; elle vait digérer, couvraient leurs Umles apprit l’agriculture à Triptoleine , à de viande de boudierie , de venaison , Euroélos de Fatras, et à l’Arcadien telle que sangliers, chevreuils, cerfr. Areas. On attribuait à Pan l’invention renards , qu’on mangeait surtout en du pain et l’art de le faire cuire: il de. automne , et de poisson. On voit, iui vait être pesant et compacte, parce qu’il tempe de leur luxe, les Grecs qui était sans levain et cuit sous la cendre, avaient adopté l’usa^ du poU^P , re- Celui qu’on nommait masa était com- chercher les anguill^ pr^iarées avep posé de farine, de miel, de sel et des betteraves, d toutes les espèces ^ d’huile, détrempés avec de l’eau. Le saJai.sons marines. Le dessert consjs» thrion était un mélange de farine et tait en confitures et en fruits déS dir de fromage , d’œufs et de miel ; on férentes saisons. ajoutait de l’ail au myttoton. La nour- Cuisiniers. — Leur profession riture des pauvres était un pain creux Tardée comme indigne if un hommn au fond duquel ils déposaient Ic5 oi- libre , parvint , avec lés progrès de la gnons , les aulx et les olives qui copjx civilisation, à un haut degré de consi* posaient leur modeste pitance. aération. Les cuisiniers siciliens s’é-

aHfeCE.

talent fait une réputation parmi )m eattronomes : ils étaient cnatsés de Sparte comme des empoisonneurs publics. Il n’y avait point de besogne pour iHix à Corinthe. « Il ne faut, « dit Alciphron, qu’approcher de cette

• ville pour oonnottre la mesquinerie « des riches et la misère des pau- « vres. Il était midi, on sortait du « bain ; j’ai remarqué une quantité « de jeunes gens d’une figure inté"- « ressante, d’une physionomie gaie

• et spirituelle; aucun d’eux n’a pris < le chemin des maisons les plus opu- « lentes. Tous se sont diriges vers le

• Cranion, oà se tiennent les mar-

• chandes de pain et de fruits. Je les

• ai vus les yeux baissés vers la terre;

• les uns ramassaient des gousses de « pois, les autres des coquilles de noix, « cherchant aveo attention s’ils n’y

• trouveraient rien à mettre sous la

> dent. Ils raclaient avec leurs ongles « les écorces des grenades; les plus « petits morceaux de pain, quoiqu’ils « eussent été foulés aux piâls , ne leur

> échappaient pas , et ils les man-

• geaient. »

Diphile, dans sa comédie intitulée le Marchand, fait dire à un de ses interlocuteurs, qu'ü s’est bien gardé de s'arrêter à Corinthe. « Si on y « voit quelqu'un tenant une table « splendide, lea magistrats l’interro- « gent sur sa manière de vivre et l’em- « ploi de son temps : ils s’informent si « ses revenus sont assez considérables « pour fournir à ce luxe. S’il dépense « plus que ses facultés ne lui permet- « tent, on lui défend de continuer et « on lui inflige une amende. S’il arrive « qu’il n’alt aucun bien au jour et qu’il « continue ce train de vie, il est livré « à l’exécuteur de la iustice qui lui fait O subir une peine inmmante. »

Les cuisiniers ne furent jamais en faveur à Athènes ; cependant on mettait de l’huile et de la graisse dans les sauces , témoin l’exclamation du parasite H^drosphiante (buveur d’eau) :

.« OpuissantHercule, qu’il m’en a coûté

• de peines, de savon , et de natron , « pour dégraisser mon habit qu'on

• avait inondé hier d'un plat de sauce

« gluante ! » Iji sobriété des habitants del’Attique était devenue proverbiale; le nom de caiion était commun à un grand nombre de cuisiniers.

Boisson. — L’eau des ruisseaux et des fontaines fut le premier breuvage des hommes. I^es Athéniens revendiquaient l'invention du vin, qui eut lieu au temps de Pandion leur cinquième roi. D’autres attribuaient la découverte de ce breuvage aiiThrace Eumolpe, et le plus grand nombre à Racchus , qui reçut à cette occasion les honneurs divins. Le premier jus de la treille fut tiré des vignobles qui tapissaient les coteaux d’ülympie. Les femmes, les jeunes filles,' les enfants en faisaient usap. On le mélangeait parfois avec de l’eau. Les Lacédémoniens faisaient bouillir le vin jusqu’à ce qu’il fût réduit d’un cinquième, et ils ne commençaient à le boire qu’au bout de quatre ans.

On enfermait le vin dans des outres et dans des vaisseaux de terre qu’on tenait au grenier. Le vin vieux était très-estimé : quelquefois on l’aromatisait. On faisait aussi usage d’une espèce de bière. Ilonière vante particulièrement le vin de Maronée, qui pouvait porter vingt doses égales d’eau sans perdre beaucoup de sa force. On SC servit successivement pour boire, de cornes de taureaux , de coupes de terre, de gobelets de bois, d’airain , d’argent et d’or : leurs noms variaient suivant la différence de leurs formes. Le plus fréquemment employé était le rhyton (*).

Régthe habituei-- — Le peuple et les soldats faisaient deux repas: on y ajoutait pour les enfants ledejeuner et le goûter. Les gens riches ne s’asseyaient qu’une lois par jour à table, après avoir pris quelque chose le matin.

Invitations. — On écrivait sur des tablettes le nom des personnes conviées. L’invitation qu’on leur adressait spécifiait l’heure de la réunion calculée

(•jVoy./)/, iio.N® i,rhylon(teiTe peinte); n“ 2, cjlix(te)Te peinte); n“ 3, 4, 5, 6, 7, 10, II, vases dgnl les noms anciens sont inconnus ; n° 8, amphore; n® g, canthare.

L’UNIVERS

d’après l’ombre do cadran solaire. Les parents venaient souvent sans être mandés. On donnait le nom de mouches aux écornifleurs habitués à vivre aux dépens de ceux qui tenaient table ouverte.

Convives. — Primitivement ils n’excédaient pas le nombre de cinq à six, les lois d’Athènes le fixèrent à trente et un , enfin il devint illimité.

On ne se présentait à un banquet qu’après s’étre parfumé et frotté d’huile. Les étrangers trouvaient moyen de s’acquitter de ce devoir de propreté dans la maison de leur hôte, où il y avait toujours des bains d’étuves. On se lavait les mains avant de se mettre à table , après chaque service et à la fin du repas.

Roi DD FESTIN. — On brûlait de l’encens et des parfums, lorsque les convives étaient arrivés , et après s’étre couronnés de fleurs, ils tiraient au sort le roi du festin. Ses fonctions consistaient à écarter la licence sans nuire à la liberté; à fixer l’instant où l’on boirait à longs traits ; à indiquer les santés qu’on devait porter, et à faire exécuter les règles établies parmi les buveurs.

Sehvices. — « On présenta d’abord, « dit un ancien gastronome, plusieurs a espèces de coquillages , les uns tels « qu^ils sortent de la mer, d’autres

< cuits sous la cendre, ou fnts dans la « poêle, la plupart assaisonnés de poi- « vre et de cumin. On servit en meme « temps des choux-fleurs, des oeufs « frais de poules et de paons : ces der- « niers sont les plus estimés ; des an-

• douilles, des pieds de cochon, un

• foie de sanglier, une tête d’agneau, « une fraise de veau , le ventre d’une « truie assaisonné de cumin, de vinai- « gre et de silphion ; des petits oiseaux « sur lesquels on répandit un coulis « tout chaud, compose de firomase râpé, « d’huile , de vinaigre et de silphion.

« On donna , au second service, ce qu’il « V a de plus délicat en gibier , en vo-

< faille et surtout en poissons. Des « fruits composèrent le dessert. »

Lits (*). — Nous avons dit précé-

(*) Toy. pl. io6. N“ i,Ut (vase grec de

demment comment on se mettait en place; mais quand le luxe eut pris tout son développement , on dressa des lits couverts d’etoffes précieuses et de matelas ou plutôt de tapis. Les convives se rangaientsur ces espèces de sophas , les jambes étendues ou légèrement ployées, tandis que de riches carreaux soutenaient mollement leurs reins. (Juand les femmes étaient admises aux banquets, elles s’asseyaient ordinairement sur des chaises à dossier, et rarement auprès de leurs maris. Dans les banquets consacrés à Bacchus et dans les soupers d’apparat , on se couchait sur les lits ; on taisait alors entrer les courtisanes. Dans les calamités publiques on prenait les repas debout ; c’est ainsi que mangeaient les gens du peuple, dont l’existence n’était qu’une lonpe série de peines et de travaux.

Fobme des tables (*). — Elles étaient faites en bois poli avec art; les pieds étaient peints de couleurs diverses. Quelques écrivains prétendent qu’elles étaient circulaires, suivant la forme que le vulgaire donnait à la terre ; car les hommes instruits savaient qu’elle était sphérique; d’autres, et c’est le plus grand nombre, disent que les tables prâentaient un parallélogramme. Les plats étaient carrés.

Les citoyens de condition moyenne n’employaient à la fabrication de ces meubles qu’un bois grossier et des tréteaux pour les supporter; les riches se servaient de bois précieux. Les supports ou pieds, travaillés en ivoire, r^ présentaient des lions, des léopards, ou quelque autre animal ; enfin, l«tables portaient souvent le nora dun héros mythologique : comme l’usage du linge n’était pas connu, on les lavait avec des éponges.

Fledbs. — Les Grecs, pour se préserver de la fièvre ou des maladies causées par le vin, se paraient de couronnes de fleurs , que le luxe rendit des

la collection Durand) ; n» a , lit de t*bk (peinture de Pompéi). .

(*) Voy. pl. io8. N® I, table trouvée « Pompéi ; n® a, bassin découvert à Pompé . n® 3, cratère (Pompéi).

U giiuec ‘-înoj^lc

GRÈCE. 417

objets très -dispendieux. Les Ioniens, mi prétendaient tenir cet usage de Prométhée, ainsi que celui des parfums , les mirent en vogue et ce superflu devint chose de première nécessité,.

ÉCHANSONS. — Cette fonction était remplie par des personnes des deux sexes : filles et garçons devaient être choisis dans les classes les plus élevées de la société, surtout pour officier dans les festins qui se passaient dans les temples des oieux. Les grâces et l’enjouement, partage enchanteur de la jeunesse , semblaient propres à exciter la gatté des convives ; ainsi la beauté était une puissante recommandation pour être admis à l'emploi d'écbanson. Ceux qui versaient le vin devaient être dans tout l’éclat de la beauté ; ceux chargés d’offrir de l’eau étaient d’un âge plus avancé. A l’époque du luxe le plus raffiné , les mœurs ayant dégénéré , on acheta à prix d’or ^iir échansons, des esclaves aux formes presque divines; ils étaient parfumés, le fard relevait l’incarnat de leur teint, et leur chevelure recevait mille formes agréables.

Coupes , santés. — On couronnait de (leurs les coupes après les avoir remplies jusqu’au bord. Le maître de la maison devait boire à la ronde en portant la santé de chacun des convives; il envoyait ce qui restait dans la coupe à la personne qu’il désignait : celle-ci était obligée de la vider.

La manière de présenter le vin n’était pas la même dans tous les pays : à Chios et chez les Thasiens, on se servait de vastes coupes qu’on faisait asser à la ronde ; on portait la santé es personnes absentes et des amis dont on proclamait les noms; on buvait trois rasades aux Grâces et neirf aux Muses. IJn axiome défendait de boire quatre rasades : ce nombre passait pour néfaste. On vidait quelquefois jusqu’à dix coupes en l’honneur d’un ami. Le prix de l’intempérance était payé en argent comptant. Dans plusieurs pays , celui qui refusait de boire était contraint de quitter le banquet.

On apportait la coupe de Mercure à la

27* fiwaiso». (Ghècb.)

fin du repas, pour offrir la libation qui précédait le coucher.

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