‹ Grèce-Turquie, le DanubeChapitre 11 sur 18 · VOYAGE A BROUSSE · texte numérisé non relu

VOYAGE A BROUSSE

C’était un de mes regrets, lorsque autrefois je suis venu à Constantinople, de n’avoir pas visité Brousse. C’est à Brousse que se trouvent cette mosquée verte et ce tombeau du sultan Mahomet dont parlent avec tant d’admiration tous les peintres. On m’avait dit bien des fois: « Ah ! que vous avez eu tort de ne pas aller à Brousse! » J’en reviens aujourd’hui, et c’est à mon tour de crier bien haut à tous ceux qui feront le voyage d’Orient: « Surtout, ne manquez pas de visiter Brousse ! » Si une ville mérite le nom de « perle

de l’Anatolie»,ce n’est pas Smyrne, c’est Brousse.

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Entre tous les souvenirs de ce voyage en Turquie, Brousse restera le point lumineux et éblouissant.

Pour se rendre à Brousse, il faut prendre d’abord, à l’entrée de la Corne-d’Or, un bateau qui nous conduira à Mundania, au fond de la mer de Marmara. C’est le dimanche 5 juillet que nous partons. Antonin Mercié,Louis Edouard Fournier et Esquié sont ici encore nos compagnons de voyage. Avant le départ, les petits ennuis n’ont pas manqué. Bien que nos passeports soient visés pour l’empire ottoman, il faut nous munir, d un permis de circulation nouveau, d’une tsskéré qui, naturellement, n’est pas gratuite. Avant de s’embarquer, il faut aller à la douane faire de nouveau viser cette teskéré , subir une visite des petits bagages que l’on emporte, ou plutôt se dispenser de cette visite à l’aide de l’éternel bakschich. Enfin nous voici à bord du bateau, un petit bateau turc, malpropre et mal tenu, et qui, s’il y avait de la mer, roulerait abominablement. Mais le temps est superbe, le ciel sans un nuage, la Corne-d’Or sans une ride : nous n’avons pas à craindre de rouler aujourd’hui.

Le départ est fixé pour huit heures et demie du matin; mais en pays turc l’exactitude n’est la

politesse de personne, et quand nous levons 1 ancre il est dix heures bien sonnées.

Nous tournons la pointe du vieux sérail ; nous avons sous les yeux l’admirable panorama du Bosphore, Stamboul, Galata et Péra, Scutari. Stamboul, devant qui nous passons, nous montre, après le vieux sérail, les dômes et les minarets de Sainte- Sophie etde la mosquée d’Ahmed, l’affreuse construction moderne du ministère des finances, ses maisons blanches, ses bouquets d’arbres, ses murailles en ruine au bord de la mer, son château des Sept-Tours; la ville s’abaisse à l’horizon à mesure que nous avançons, et enfin disparaît.

Nous déjeunons des provisions que nous avons eu soin d’apporter. On nous a avertis que la nourriture est abominable à bord des bateaux turcs ; les odeurs de la cuisine qui montentjusqu à nous, nous prouvent de reste que ^avertissement était excellent. Mais, sans nous en douter, nous avons commis une crime affreux; parmi nos provisions se trouve un saucisson de Lyon, et les tranches en ont souillé les assiettes que nous avons empruntées à la vaisselle du bord. La colère du maître d’hôtel est grande, car il entre de la viande, de porc dans le saucisson, et la viande de porc est immonde! Maintenant, toutes les eaux de la mer de

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Marmara pourraient passer sur ces assiettes, elles n’en effaceraient pas la souillure.

La journée avance ; l’heure delà prière musulman est venue. Sur la passerelle du commandant qui est ici le poste de premières, monte, tour à tour, une série de passagers de toutes les classes. Ils ôtent leurs chaussures, déposent devant eux, selon leur fortune, un petit tapis, un simple mouchoir, quelquefois rien du tout, s’orientent vers la Mecque, selon la hauteur du soleil, ou prient un mahométan pourvu d’une montre de leur indiquer l’orientation. Nous avons leloisir d’étudier tous les détails de la prière turque, et aussi toutes ses variétés.

Nous nous rapprochons de plus en plus de la côte d’Asie. Devant nous, au fond d’une anse, nous apercevons le village de Mundania et les hautes collines qui le dominent. A quatre heures et demie, nous débarquons à l’échelle. Sur la jetée de bois, une foule grouillante, vêtue des couleurs les plus diverses, nous attend. Le bateau n’est pas plutôt arrivé à portée de leurs jambes que ces gens ont sauté à bord avant même que la passerelle ait été jetée. C’est littéralement l’abordage de Y Africaine à la fin du troisième acte, avec cette différence que ces assaillants en hail-

Ions superbes n’en veulent qu’à notre bourse.

Et maintenant, vite en voiture pour Brousse ! Deux voitures nous emportent à travers des tourbillons de poussière. L’après-midi est splendide comme l’avait été la matinée. Au travers des figuiers, des oliviers, des champs de vignes, nous gravissons les collines qui dominent Mundania ; les pentes sont rapides, mais, du moins, la route est excellente. On l’a nivelée l’an dernier pour le voyage de l’archiduc Rodolphe, fils de l’empereur d’Autriche ; l’archiduc n’est pas venu, il est vrai, mais du moins la route est restée. Bientôt les oliviers, les vignes et les figuiers disparaissent; nous atteignons le sommet de collines chauves ; le coin de la mer de Marmara que nous apercevons derrière nous ressemble à un saphir au fond d’une coupe.

Et, tout à coup, voici devant nous un tout autre spectacle. Une plaine immense toute verte, toute riante, toutejoyeuse, étaleà nos yeux ses richesses. De l’autre côté, une immense montagne : c’est l’Olympe de Bithynie, dont quelques érudits, amis du paradoxe, ont voulu faire le séjour des dieux d’Homère. Au pied de cette montagne, au milieu d’une épaisse verdure, le cocher nous montre un point blanc : c’est Brousse, où nous allons.

I9t GRÈCE — TURQUIE — LE DANUBE

Nous descendons rapidement en longeant un ravin profond. Nous voici dans la plaine. Sur le bord d’un ruisseau, nous nous arrêtons à un lchani pour laisser souffler les chevaux. Autour de ce khani, une cinquantaine de chênes énormes forment un massif de verdure. Il est difficile d’imaginer un petit coin de terre plus merveilleusement fait pour s’y arrêter par une chaude journée d’été. Sur un vieil arbre étêtô, nous apercevons un gros nid de cigognes ; quatre cigognes se tiennent là, graves, immobiles ; elles nous laissent approcher jusqu’au pied de l’arbre, sans témoigner la moindre émotion, sans même paraître faire attention à nous. Ici, comme dans notre chère Alsace, la cigogne est un oiseau sacré. Elle est un visiteur/ami qui vient demander à l’homme l’hospitalité. Maudit qui la toucherait !

Nous reprenons notre route; nous traversons dans toute sa largeur la vaste plaine. Une rivière aux eaux jaunes coule au milieu. Partout de la verdure, des chênes, des frênes, des platanes, des noyers superbes et dont les fruits sont gros déjà comme des œufs de pigeon. Dans les champs la moisson est faite ou s’achève.

Toute cette plaine de Brousse est d’une incomparable fertilité. Il ne lui manque que des bras

en nombre suffisant pour la cultiver, et aussi de la sécurité. Le long de la route, de distance en distance, des postes de soldats nous rappellent en effet, que Ton vit ici sous la perpétuelle menace des brigands. Il y a quelques jours seulement, un bon fermier de la plaine a été ici arrêté par eux, enduit de pétrole et brûlé vif. Il y a toujours dans l’Olympe et aux environs des bandes de brigands, Gircassiens et Albanais surtout. Grâce aux postes de soldats, il n’y a point de danger sur la route même de Mundania à Brousse, mais, à Constantinople, il nous a été recommandé, à l’ambassade, de ne pas nous aventurer dans la campagne, même aux environs de Brousse.

Quand nous arrivons à Brousse, il est près de sept heures. Avant que la nuit vienne, nous avons le temps de visiter deux établissements de bains ; l’un surtout est superbe, avec sa voûte percée de trous au travers desquels descendent dans la salle obscure des filets éclatants de lumière. Nous reconnaissons ici le cadre qui a servi à M. Gérome pour son Bain turc . Ce que nous y chercherions vainement, par exemple, ce sont les aimables petites figures qu’il y a placées. Le bain des femmes est à côté, et celui-là, aucun Ijomme n’y peut pénétrer. Les eaux de Brousse sont des eaux sulfu-

reuses analogues à nos eaux de Luchon. Elles ont en Orient une grande réputation, et durant les mois de mai et de juin, les malades viennent ici demander la santé* Brousse est alors un séjour des plus fréquentés et des plus élégants. Au moment où nous sommes, la saison est presque entièrement finie ; les chaleurs sont, dit-on, excessives à Brousse, et la fièvre particulièrement redoutable.

Avant de nous coucher, une agréable surprise nous attendait. Le consul de France, qui habite l’hotel même où nous sommes descendus, nous demande gracieusement s’il nous serait agréable d’assister à la prière du soir dans la grande mosquée.

A travers les rues raboteuses de Brousse, rues moins abominables cependant que celles de Constantinople, nous marchons conduits par lui, escortés de son kawas, éclairés par des lanternes à la main, car le gaz est inconnu ici et le sera longtemps. Nous circulons quelque peu parmi les petites boutiques et les étalages placés aux alentours de la mosquée. Rien de plus pittoresque aux lumières que ce coin de marché oriental. Bientôt le kawas nous avertit que la prière a commencé ; nous ôtons nos chaussures et nous entrons dans la mosquée.

C’est un spectacle que nous n’oublierons pas, cette prière du soir. La vaste mosquée est admirablement éclairée par des centaines et des centaines de petites lampes, ou plutôt de veilleuses brûlant dans leurs godets de verre. Au-dessous, sur les nattes, de longues rangées d’hommes en prière. De la petite niche placée au fond, dans la direction de la Mecque, l’iman donne le signal des exercices religieux ; sa voix nasillarde récite en chantonnant des versets du Coran.

En même temps, au même moment, ces deux ou trois milliers d’hommes alignés les uns derrière les autres s’inclinent, s’agenouillent, s'accroupissent, touchent du front la terre, tournent la tète à droite, puis à gauche, demeurent immobiles ou se balancent. Tous ces mouvements s’exécutent avec la précision d’une manœuvre militaire. On voit à la même seconde toutes les tètes et tous les corps s’abaisser ou se relever. On entend à la fois le bruit de tous ces genoux qui tombent sur le sol ou de tous ces fronts qui frappent la natte.

Il n’est pas besoin de croire soi-même au Prophète pour être ici saisi d’une véritable impression religieuse. Oui, certes ! tous ces hommes ont la foi, et c’est dans la sincérité de leur cœur qu’ils invoquent la Divinité et croient l’honorer

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par leurs génuflexions et leur gymnastique compliquée.

Il est dix heures. — Rentrons vite, couchonsnous vite, dormons vite, si les puces, les punaises et aussi les chants nocturnes du Rhamadan veulent bien nous le permettre, car, demain, il faut être sur pied de bonne heure : nous allons voir la mosquée Verte et le tombeau de Mahomet !

La mosquée Verte de Brousse ! Quand j’aurais la plume de Théophile Gautier ou celle de M. Emile Zola, je ne crois pas que je pusse venir à bout delà bien décrire. C’est ici vraiment qu’il faut voir de ses yeux. C’est dans la couleur qu’est le charme de cette merveille, et comment avec des mots rendre la couleur ?

Avant d’entrer, on s’arrête devant la porte, une belle porte, tout arabe de style et de décoration ; mais c’est après que l’on est entré que l’enchantement commence. La mosquée avait beaucoup souffert ; on l’a restaurée et la restauration n’est ni complète ni partout de bon goût. On a badigeonné le haut des murs d’une couleur saumon qui fait songer à la couverture de la Re~

cmc des Deux Mondes. On 3 mis sux fenêtres çà et là d’affreux carreaux de verre de couleur. On a plaqué sur les voûtes et leurs retombées de grands filets d’un rouge criard. Peu importe ! Au bout d’un instant, on ne voit plus rien de tout cela. Les yeux sont tout entiers à ces vieilles faïences qui tapissent les murs jusqu’à la hauteur d’un premier étage et auxquelles la mosquée doit son nom et sa renommée.

Au bas de la mosquée d’abord, à droite et à gauche, deux niches vastes et profondes. Ici règne toujours une demi-obscurité et les faïences vertes, dans cette pénombre, prennent des tons sourds et infiniment doux. Des colonnettes engagées d’un travail étonnant, véritable mosaïque de vert, de bleu et d’or, encadrent ces niches. Puis voici, à droite et à gauche, deux grandes salles inondées de lumière. Chaque hexagone de faïence verte, au ton d’émeraude, est bordé sur chacun de ses côtés d'un petit triangle d’un vert plus clair, presque bleuâtre, qui lui fait comme une auréole. Et sur ces verts d’émeraude et ces verts d’un bleu pâle ont été semés des groupes d’étoiles d’or. Une large plinthe où domine le bleu, et sur laquelle courent parmi les ornements, les fleurs et les feuillages, les arabesques, les lettres

tracées en blanc de versets du Coran, encadre ce revêtement, où tout est fête pour les yeux.

Plus loin, deux salles dans lesquelles on pénètre par une petite porte. Celle de droite seulement a été restaurée, ou plutôt avait échappé aux vandales qui ont dégradé l'autre, car ce ne sont pas des restaurateurs modernes qui ont pu faire un si admirable ouvrage.

Nous voici arrivés au milieu de la mosquée. Par une disposition que je n’ai vue qu’ici, le sol s’élève tout à coup. Il faut monter un escalier de marbre de cinq ou six marches pour entrer dans ce qu’avec nos idées de l’Occident nous appellerions le chœur. Devant nous est la niche orientée vers la Mecque, le mirab. Ce mirab est encadré dans une haute et superbe porte de faïence. Ici, tout 1 art des émailleurs s’est donné carrière : le bleu, le vert, auxquels se mêlent les dessins rouges et l’or, unissent toutes leurs splendeurs. A droite et à gauche, de grands carreaux hexagones d’un bleu sombre, dont chacun est entouré d’une bande blanche tapissent la muraille. Et l’adorable plinthe qui, plus bas, encadrait le revêtement vert, continue de courir alentour de ce revêtement bleu et blanc ; elle paraissait bleue là-bas ; elle semble verte ici.

On ne se lasse pas de regarder cette mosquée. L’on y va et l’on y vient sans cesse, montant et descendant, la parcourant en tous sens, l’étudiant sous tous ses aspects. Ce qui, décidément, est tout à fait supérieur comme beauté, c’est, avec le mirâb , la porte du bas de la mosquée, ce sont les deux niches, ce sont les deux grandes salles vertes qui se trouvent auprès. Le vert, si aisément cru dans nos pays, si déplaisant parfois en Italie, est, sous ce ciel de l’Orient, une admirable couleur. A Constantinople déjà, la chose nous avait frappés plus d’une fois. Il faut dire aussi que les faïenciers de l’Orient ont trouvé pour le vert des tons enchanteurs.

Nos faïences de l’Occident, celles de Nevers, celles de Rouen, celles d’Urbin — et certes je ne veux médire d’aucune d’elles — n’offrent jamais à [l’œil que des teintes plus ou moins vives, mais plates et sans reflets. Ici un vernis brillant se mêle toujours à la couleur et lui donne des reflets de pierres précieuses. C’est au saphir seul ou à 1 émeraude que se peuvent comparer les faïences de l’Orient ; ou mieux encore à cette mer transparente, tantôt d’un vert clair, tantôt d’un bleu profond, dans laquelle les rayons du soleil semblent plonger et se jouer. On dirait que c est la mer de

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ces pays qui a formé les yeux des artistes de l’Orient ; qu’ils ont voulu lutter avec elle de richesse et de splendeur, et qu’ils y ont réussi. Que sont devenus les procédés dont ils se servaient pour fabriquer leur émail et pour le cuire ? Un seul homme semble les avoir retrouvés, c’est notre incomparable faïencier, M. Deck. Bien des fois, durant cette visite à la mosquée, le nom de M. Deck est revenu à mon esprit. Ceux-là seuls se peuvent faire une idée de la mosquée Verte, sans l’avoir vue, qui ont regardé quelques-uus des plus beaux plats de ce brave enfant de l’Alsace.

Si admirable que soit la mosquée Verte, il y a peut-être à Brousse quelque chose de plus admirable encore, c est le tombeau, le Turbey, du sultan Mahomet, placé tout près de cette mosquée. C’est une construction octogonale surmontée d’une voûte, dont l’extérieur est recouvert de faïences qui, selonles jeux de l’éclatante lumière, semblent tantôt vertes, tantôt comme d’un bleu turquoise.

A l’intérieur, jusqu’à la hauteur d’un premier étage, comme dans la mosquée, le monument est couvert d’un revêtement de faïences vertes, de l’émail le plus chatoyant. Six pans de l’édifice sont percés de fenêtres, et à droite et à gauche, au milieu de la muraille verte, est placé un large écus-

son où le bleu, le blanc, l'or et le vert font un fouillis adorable de fleurs et d’arabesques. Une plinthe où le bleu domine surmonte le revêtement; chaque fenêtre est couronnée d’une décoration en demi-cercle qui rappelle les tons et le travail des écussons. Les deux autres côtés de l’octogone sont occupés, l’un par la porte, l’autre par le mirab . Vous donner l’idée seulement de la richesse de ce mirab et de son encadrement serait chose tellement impossible qu’il me faut y renoncer.

Au milieu de l’édifice, sur un entablement octogone, haut de vingt-cinq centimètres environ, dort dans un grand catafalque, de l’éternel sommeil, le sultan Mahomet. A ses pieds et autour de lui, dans de plus modestes tombes, dorment aussi ses nombreux enfants. Le soubassement, la tombe de Mahomet, celles des siens, tout cela est encore revêtu de merveilleuses faïences, aux tons bleus ou verts, mêlés de filets blancs ou dorés. La tombedu sultan est à demi revêtue d’une draperie pourpre brodée d’or, d’une extrême magnificence.

Cette \ sorte d’étoffe est de l’effet le plus pittoresque ; et l’on pense malgré soi que ce monument, si plein d'harmonie déjà, serait plus merveilleux à voir encore dans la saison d’hiver où, au lieu de nattes

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