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Il se méfie de son bon peuple, et la preuve en est dans les précautions qu’il prend chaque Vendredi, lorsqu’il est obligé de se rendre à une mosquée. Nous venons d’avoir une preuve nouvelle de sa défiance. Le Rhamadan prend fin, d’après la loi musulmane, le jour où la nouvelle lune a ôté aperçue à l’horizon, avant le coucher du soleil. On est resté jusqu’à la dernière heure sans savoir si cette nouvelle lune serait visible à Constantinople hier soir ou ce soir seulement. C’est à la dernière minute que le scheik-ul-Islam a rendu sa décision : il a déclaré que la nouvelle lune était visible, et partant, le Rhamadan terminé. La cérémonie du Beiram a eu lieu ce matin, au petit jour, au Palais de Dolma-Bagtché, sur le Bosphore.
Sultan Hamid ne se méfie pas seulement de son peuple ; il se défie plus encore de ceux qui l'entourent, et peut-être en cela n’a-t-il pas tort. 11 se souvient d’Àbdul-Àziz, si bien « suicidé, » dans le troisième de ces palais qui bordent le Bosphore. Aussi, pour assurer sa sécurité dans sa résidence de Yildiz, il n’est rien, paraît-il, que néglige Sa Hautesse.
Il n’a pas dans son palais une police seulement, il en a dix, il y en a vingt. Il n est pas
d’heure de la journée où il ne reçoive huit ou dix rapports. Autour de lui, tout le monde s’espionne et se surveille. 11 excelle, dit-on, à provoquer et à entretenir entre tous ceux qui l’approchent les jalousies, les défiances, les haines. Il viendrait, nous a dit quelqu’un, à bout de brouiller deux frères. En dépit de ce machiavélisme savant, j’imagine qu’il doit dormir d’un sommeil peu tranquille, et probablement Sultan Hamid est l’homme le moins enviable de tout son empire. Dans une position exposée à tant d’aventures tragiques, heureux le vrai fataliste, l’homme convaincu du « C’était écrit » et persuadé que l’heure fatale ne peut être ni avancée ni retardée d’une seconde! Celui-là jouit du présent sans s’émouvoir de l’avenir! Mais le commandeur actuel des croyants n’a point cette philosophie qu’il est chargé de prêcher aux autres.
A-t-il beaucoup de femmes, suivant la mode de ses prédécesseurs? en a-t-il une seule ainsi qu’il l’a déclaré à son avènement? Vous entendrez làdessus à Constantinople les versions les plus différentes. La vérité, c'est qu’il y a un millier de femmes enfermées dans les murailles du palais de Yildiz, et que nul ne sait ce qui se passe derrière ces murailles. Le mot le plus juste est peut-être
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celui-ci, que j’ai entendu : « Que le sultan Hamid ait une seule femme ou qu’il en ait beaucoup, croyez bien que la chose n’a pas pour lui une grande importance. »
Le sultan actuel est aimable, dit-on, et affable quand il lui plaît de l’être.On m’a cité de lui deux ou trois traits qui témoignent d'attentions délicates. On le dit, par-dessus le marché, intelligent, animé d’un certain amour du bien public. Mais que peuvent faire, dans un pays comme celui-ci, l’intelligence, ou même l’amour du bien public? Comment un souverain qui vit enfermé dans son palais connaîtrait-il les besoins et les vrais intérêts de son peuple? Comment pourrait-il réprimer des abus que tout le monde autour de lui est intéressé à perpétuer et à lui cacher ? Ici, tous les chapitres que Montesquieu, dans son Esprit des lois, a écrits sur le gouvernement despotique, sur ses déplorables effets, tant pour le chef du pouvoir que pour ses sujets, reviennent à chaque instant à la mémoire. Le despotisme est vraiment cet arbre funeste dont l’ombre est mortelle.
Le sultan est tout-puissant ; mais il ne peut empêcher qu’aux portes mêmes de Constantinople, sur la route qui conduit d’ici à Thérapia, le brigandage se maintienne, et que, de temps en temps,
on y détrousse et on y assassine. Le sultan est tout-puissant; mais il ne peut empêcher que, jusque dans Constantinople il y ait une véritable camorra de voleurs, d’incendiaires et d’assassins. La préfecture de police a des procédés de justice absolument expéditifs et sommaires. On fait enlever un homme la nuit; quelques jours après, la famille apprend que, de la prison il a été transporté à l’hôpital et qu’il est mort. En dépit de ces procédés, les malfaiteurs abondent. Tout habitant de Péra se munit d’un revolver s’il doit rentrer chez lui un peu tard, et compte surtout pour se défendre sur lui-même. Ce n’est un secret pour personne qu’avec une livre turque bien placée, c’està-dire avec vingt-trois francs, on peut sans trop de difficulté se débarrasser d’un individu qui gêne.
Le sultan est tout-puissant ; mais il ne peut empêcher que la justice soit à l’encan, que le vol soit la règle de toute administration et que l’on vole 1 Etat aussi impunément que les particuliers. Il ne peut empêcher que, du haut en bas, du fonctionnaire le plus considérable au dernier garçon de bureau, le bakschich fasse obtenir toutes les signatures, ouvre toutes les portes, couvre toutes les fraudes. Chaque fois que l’on essaie d’intro-
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duire quelque part un peu de règle, loin de diminuer, le mal augmente . Une commission est venue d'Europe, composée de Français surtout, pour régler l 1 exploitation des forêts de la Turquie; elle a fait son travail en conscience ; on a respecté deux ans les principes qu’elle avait posés, et la troisième année on a tout saccagé pour faire un peu d’argent comptant. On a établi récemment une régie des tabacs, et le tabac de la régie coûte aujourd’hui un peu plus cher qu'en France, bien qu'il soit abominable ; mais la régie ne donne aucun bénéfice, caria contrebande s’exerce avec une effronterie sans égale.
Ainsi vont les choses en tout, ainsi elles continueront à aller. Le poisson, on l'a dit depuis longtemps, a pourri par ia tète : c’est par une Saint-Barthélemy de tous ceux qui exercent l’autorité qu'il faudrait commencer. Et qu’y gagnerait-on ? Ceux qui prendraient la place le lendemain se hâteraient d’adopter les traditions de leurs prédécesseurs.
C’est une des plus jolies plaisanteries dont notre Occident gobeur ait été la dupe, que la réforme de l’empire ottoman par ce que l’on appelle la «jeune Turquie. » Qu’il y ait en Turquie un certain nombre d'hommes intelligents, honnêtes, voyant
les abus auxquels leur pays est en proie, sincèrement désireux de les corriger, la chose n est pas douteuse. Mais que la réforme qu’ils rêvent soit possible, voilà où est la chimère! Le despotisme ne se réforme point : il peut substituer un maître à un autre maître,mais rien de plus. Le sultan actuel n’est point «jeune Turquie », cela est certain. Ses favoris, ce sont les hommes rétrogrades, en religion comme dans tout le reste. Mais, quand on feraitsortir du palais du Vieux-Serail, où il est enfermé comme fou, ce Mourad en qui la jeune Turquie met son espérance ; quand on le mènerait à lamosquée d’Eyoub ceindre en grande pompe le cimeterre des nouveaux sultans, on ne changerait rien à l’état général des choses. Il n’y a pas de peuple en Turquie. La foule, qui est, tout le monde se plaît à le reconnaître, probe et laborieuse, ne lit pas, ne pense pas, subit tout sans se plaindre, n a l'idée ni des droits qui pourraient être les siens, ni des abus dont elle pâtit. Et quant, à ceux qui vivent de ces abus, la naïveté serait grande de compter sur eux pour les réformer. L un des principaux personnages de l’empire, c’est toujours un domestique, — et quel domestique! le grand eunuque. Etre invité à sa table est un honneur rare, même pour un pacha, A cet être ser-
vile, mutilé, méprisé, mais qui a la confiance du maître, il faut que tout le monde se résigne à faire sa cour. Quelle réforme est possible dans un
pays où c’est une faveur enviée d’être admis à la table du grand eunuque?
Depuis que j’ai mis le pied sur le quai de Top- Hané, une image me poursuit et m’obsède. Rien de plus magnifique, rien de plus éblouissant que le panorama de cette immense cité. C’est un décor de féerie d’une magnificence sans égale. Mais entrez dans l’une de ces trois énormes agglomérations ou Stamboul, ou Galata et Pôra, ou Scutari, et rien ne reste de cette splendeur. Les maisons sont en bois, prêtes à être dévorées par le premier incendie favorisé du vent. Les rues sont des ruelles tortueuses, escarpées,dont chaque pierre meurtrit les pieds ; une odeur infecte les remplit; une humanité y grouille, misérable le plus souvent et malpropre. Et la malpropreté morale y surpasse encore peut-être la malpropreté physique. Constantinople estcomme une sentine de l’Europe, de l’Asie et de l’Afrique. Voilà l’image la plus juste qui se puisse trouver de la Turquie actuelle.
Non, la Turquie ne se réformera point. « L’homme malade » est trop malade pour guérir. En eût-il la force, le temps lui manquerait, car ses jours sont
comptés désormais. Depuis la guerre de 1877, depuis le traité de San-Stefano, depuis la perte de la Bulgarie et de la Thessalie, la Turquie n’est plus que l’ombre d’elle-mème. Le prestige des Osmanlis a disparu sans retour.
14 juillet.
Qui recueillera la succession des Turcs? Tel est le problème posé depuis le commencement de ce siècle : et depuis longtemps déjà il n’y aurait plus de sultan à Constantinople, si on savait par qui remplacer le sultan.
La difficulté existe toujours ; il me semble pourtant que l’on commence à entrevoir la solution.
La Russie convoite Constantinople; elle n’a pas cessé sans doute de la convoiter, car le Bosphore et les Dardanelles sont les clefs de la mer Noire. Mais ce sont aussi les clefs de la Méditerranée, l’Europe s’est toujours opposée à ce que la Russie s’en empare. Un moment, à la fin de la guerre de 1877, lors de la signature du traité de San-Stefano, la Russie a pu croire qu'elle touchait au but; la conférence de Berlin l’a détrompée l’année suivante. Le jour où la Russie voulant conquérir
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26 i GRÈCE-TURQUIE - LE DANUBE
Constantinople, ne rencontrerait pas devant elle l’Angleterre, la France, l’Italie et l’Espagne, l’Autriche, la Grèce, l’Allemagne même, résolues fermement à s’y opposer, on pourrait dire, sans exagérer ce jour-là, qu’il n’y aurait plus d’Europe.
Depuis le traité de Berlin, la Russie paraît avoir donné à son ambition un autre but. Elle a renoncé à s’emparer de Constantinople : elle la tourne. Par delà le Caucase, elle a étendu son empire en Asie; la Perse n’est plus indépendante que de nom; la domination anglaise elle-même est menacée dans l’Inde. Encore un quart de siècle et la Russie poussera ses frontières, selon toute apparence, au sud jusqu’au golfe Persique, au sudest jusque sur les bords de la Méditerranée, entre l’Anatolie et la Syrie ; on ne voit pas trop quelle force l’en pourrait empêcher. Et si ce programme s’accomplit, la Russie pourra se consoler aisément de ce que Constantinople lui a échappé.
L’Autriche, elle aussi, a jeté sur Constantinople des regards de convoitise. M. de Bismarck, pour la consoler de la ruine de son influence en Allemagne, lui a montré une proie à prendre vers le bas Danube : la presqu’île des Balkans la tente; elle fait les doux yeux à Salonique, en attendant jnieux, Mais la Russie, si elle renonce pour elle-
même à Constantinople, n'accepterait pas de la voir aux mains de l’Autriche; 1 Europe non plus ne se prêterait pas à cet arrangement. Il y a enfin un obstacle plus grand que tous les autres : 1 époque des conquêtes est passée pour la dynastie des Hapsbourg ; elle n’a pu réussir encore à faire un seul peuple des Hongrois, des Autrichiens, des Bohèmes et des Croates, ■— comment viendraitelle à bout de donner la cohésion et l’unité à toutes les races qui se mêlent ici, de Belgrade à Salonique et de Bucharest à Constantinople? C’est de la Turquie elle-même, non pas du dehors, que doit surgir le maître de demain, celui qui chassera
le Turc et qui le remplacera.
Je ne crois pas que ni les Serbes ni les Monténégrins y prétendent. L’ambition ne manque pas aux Roumains; mais il leur manque le nombre, la géographie, de plus, pour leur malheur, les a placés sur la rive gauche du Danube. Quant aux Bulgares, ils sont décidément trop rudes et trop peu civilisés encore pour qu’en un siècle comme celui-ci ils soient des candidats sérieux à 1 hégémonie.
M. Renan a donné à entendre autrefois que l’avenir en Orient pourrait bien être aux Arméniens. Mais il faut toujours se défier un peu de M. Renan,
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Il ne déteste pas le paradoxe, et ne prétend point que l'on prenne au pied de ia lettre tout M écrit. II a voulu donner quelques bonnes paroles aux Arméniens auxquels, à son avis, on ne rendait pas assez justice : il ne faut pas, je crois, voir autre chose que la fantaisie d’un homme d’esprit, dans la page bien connue à laquelle je fais allusion.
L Arménien, ainsi que me le dépeignent tous ceux avec qui j’en cause ici, et qui l’ont pratiqué longuement, est à coup sûr fin, intelligent, rusé. Il comprend vite, plus vite même que le Grec; mais son intelligence est plus faite de finesse que de force. Dans les affaires, où il est entendu et peu désintéressé, il comprend mieux le petit commerce que le grand. Les combinaisons un peu étendues lui échappent; il n’ose pas hasarder; il est dépourvu de cet esprit d’initiative qui fait seul les grandes choses et qui ne va pas sans un peu d’esprit d’aventure. Il est aimable, insinuant, et même, ajoute-t-on, peu sûr; mais U y a en lui un fond d’indolence et de mollesse qui permettent rarement à son habileté de produire tout ce qui paraîtrait en devoir sortir. Il a d’excellentes qualités de commis et d’employé; il n’a ni les qualités ni les défauts qui font ceux qui commandent.
Loin de chercher à secouer le joug turc, il s’en
accommode fort bien ; il exploite ses maîtres, se rend utile à eux, indispensable même : il ne cherche pas à les supplanter. Les Turcs le sentent si bien que,dans toutes leurs administrations, onrencontre aujourd’hui un grand nombre d’Arméniens. Ils savent qu’ils n’ont pas à les redouter. Aujourd’hui, au contraire, ils ne veulent plus de Grecs dans aucun de leurs services publics. C’est qu'ils ont bien compris que le Grec est leur ennemi, un ennemi implacable et qui a juré leur mort.
Ils ne se trompent pas, en effet, et si ce n’était un métier hasardeux que celui de prophète, je dirais que le jour ne me paraît pas éloigné où les Grecs prendront leur revanche de la conquête de Mahomet IL J’ai été frappé en visitant Athènes, et je l’ai dit, des progrès extraordinaires accomplis en quinze années dans le petit royaume de Grèce. Toutes les personnes que je vois ici, habitant l’Orient depuis un certain nombre d’années et le connaissant bien, sont unanimes à me parler des progrès accomplis, durant ce même intervalle, par les Grecs de Constantinople.
Le Grec réussit dans les affaires. Il a la patience, la sobriété, l’esprit d’économie, l’exacte notion du calcul, l’amour de l’épargne qui sont nécessaires au petit négoce. Il a aussi l’audace, la connais-
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sance des divers marchés, 1 intelligence générale, la décision prompte, dont a besoin le grand commerce. Il se défend en Occident contre le Français, contre l’Anglais et l’Allemand, contre l’israêlite, ici il tient le haut du pavé. La plupart des grandes fortunes de Constantinople appartiennent à des familles grecques.
Le Grec a l'esprit naturellement ouvert. Il est curieux, éveillé, il aime à apprendre, et chaque problème l’excite. Toutes les personnes qui, à Constantinople, s’occupent d’éducation, lui rendent le même témoignage. Dans toutes les écoles de garçons et de filles de Constantinople, les Grecs tiennent le premier rang. Parfois ils ne sont pas les mieux doués; mais, garçons ou filles, ils ont tous ces deux qualités maîtresses : l’obstination et l’amour-propre; ils ont la volonté; ils redoublent d efforts à chaque difficulté et en triomphent toujours. Les enfants des familles juives peuvent seuls entrer en comparaison avec eux. Après un temps plus ou moins long, ce sont toujours les Grecs qui prennent la tête des classes.
Le Grec, qu’on a souvent accusé de servilité, est fier. S’il est capable d’employer la ruse, la complaisance même, pour s’avancer, il n’est jamais mendiant. Pas une seule fois, durant les semaines
que j’ai passées à Athènes, pas une seule fois durant le voyage à Olympie, je n’ai vu, ni un homme, ni une femme, hormis quelques malheureux estropiés, tendre la main. Pas une seule fois je n’ai vu un enfant demander l’aumône. Sur ce Pont de Galata,rendez-vous général de Constantinople,pas une seule fois on n’a imploré en grec ma charité. Ce n’est pas là certes une vertu médiocre, surtout si l’on songe combien il y a de misère en Orient.
Le Grec est ambitieux et son ambition vient en grande partie de son patriotisme. Tous connaissent dès l’enfance l’histoire de la Grèce ancienne; tous sont persuadés que leur race est la première des races et qu’elle doit reconquérir sa gloire éclipsée. Dans la lutte à laquelle cette contrée sert de champ de bataille, ils sont persuadés que l’avantage leur restera. Et c’est en entrant avec plus de décision que tous les autres dans le mouvement de la civilisation moderne, qu’il ont compris qu ils pouvaient hâter l’heure de la victoire.
L’instruction est la première de leurs préoccupations. C’est sur l’instruction qu’ils comptent pour distancer leurs rivaux. Tout Grec un peu riche qui meurt, avant de songer à sa famille, fait un prélèvement chantable sur son héritage en faveur de sa race, et cette charité va d abord aux
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écoles. L’un des plus superbes monuments de tamboul est cette université grecque qui s’élève dans le quartier du Phanar. Il n’est pas un enfant grec, ici aussi bien qu’à Athènes, qui ne sache de bonne heure lire et écrire. Il n’est aucun adolescent, s’il a manifesté quelques dispositions, auquel on ne facilite les moyens de s’instruirepeut-être même y a-t-il quelque chose d’immodéré dans cette ardeur qui pousse la jeunesse grecque vers 1 enseignement secondaire ou l’enseignement supérieur, et vers les professions libérales.
De jour en jour, le Grec prend à Constantinople une place plus considérable. Il garde ses défauts, et ces défauts tout le monde les connaît. Mais il a l ambition, il a l’intelligence, il a la volonté et 1 énergie : son succès définitif n’est pas douteux.
n jour ou l’autre, c’est lui qui remplacera le Turc à Constantinople ; et la France n’a pas d’autre vœu à former, car c’est pour l’Allemagne, et non pour
notre pays que sont toutes les sympathies du gouvernement turc actuel.
, SlJe souhaite quelque chose à la race grecque, c est que son triomphe ne soit pas trop rapide. La lutte a été favorable aux Grecs et elle leur a fait déjà beaucoup acquérir : il leur reste des vertus à apprendre encore. Il s ont à se défier de leurjfinesse
d’esprit même; ils ont à acquérir le sentiment de la discipline, l’esprit politique, les qualités qui rendent digne d’exercer le commandement. Puissent les événements ne pas marcher trop vite pour
eux !
Le jour où les Turcs auront été rejetés en Asie, où la Grèce sera de nouveau maîtresse de la Macédoine et de l’Epire, comme elle l’est déjà de la Thessalie; où Smyrne et l’Anatolie, la Crète, Rhodes et les Sporades seront de nouveau des terres grecques, ce n’est pas à Byzance, dont l’histoire n’est pas à recommencer, que devra être reportée la capitale grecque; il faut qu’elle reste à Athènes, au pied de l’Acropole et sous la protection de la vierge immortelle, Pallas-Àthéné, fille de Zeus, déesse de la Sagesse, et qui de son vrai nom s’appelle Raison, Force d esprit, Intelligence et Bon Sens.
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