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V. — Greffes artérielles hétéroplastiques

Comme les précédentes, les grefles entre animaux d'espèces différentes ou greffes hétéroplastiques, devaient être tentées pour la première fois par Hôpfner. Cet auteur prit l'aorte abdominale d’un lapin et de deux chats et transplanta ces trois vaisseaux à des chiens, sur la fémorale. Ce furent trois insuccès. L'un des chiens mourut d'hémorragie au douzième jour. Chez un autre, au quatorzième jour, l'aorte du chat n’était plus représentée que par un mince cordon fibreux se continuant avec la fémorale thrombosée. Chez le troisième chien enfin, qui fut gardé cinq jours en observation, l'aorte du chat transplantée avait complètement disparu dans le tissu cicatriciel qui comblait l'endroit occupé par la grefle.

Cottard, en 1907, après avoir rapporté ces insuccès et les échecs des premières tentatives de Carrel et Guthrie dans cet ordre d'idées, conclut formellement à l’impossibilité de la greffe artérielle hétéroplastique.

Depuis lors, les choses ont changé. La grefle vasculaire hétéroplastique est possible: elle a été maintes fois réalisée avec succès.

Stich, Makkas et Dowmann, en 1907, ont transplanté sur la carotide du chien un segment d’aorte de chat, un segment d'aorte de lapin, et un segment d'artère tibiale postérieure de l'homme prélevée au cours d'une amputa-

ET tion : ces vaisseaux étaient encore perméables cinquante et cinquante-deux jours plus tard. Ces auteurs insistent | sur les allérations microscopiques assez considérables du vaisseau transplanté portant surtout sur l’endartère et la tunique moyenne.

W. Ward, l'année suivante, greffe sur la carotide d’un chien un segment d’aorte de lapin et constate une perméabilité parfaite après soixante-dix jours. Mais, au microscope, 1l note des altérations profondes dans la structure du segment transplanté : substitution à l’endartère d’une couche hyaline, disparition par places de la musculaire, atrophie considérable des faisceaux élastiques, quelques hémorragies interstitielles, etc.

Ward estime que plus les animaux sont d'une espèce différente, plus rapide et plus complète doit être cette disparition du tissu musculaire et surtout élastique qui, pour lui, nous l'avons vu, ne se produit pas dans les greffes homoplastiques. Il fait remarquer d’ailleurs que ces phénomènes de résorption ont une marche très lente et n’entraînent aucune gêne fonctionnelle de la circulation.

En 1908, également, Guthrie publie les résultats excellents, au point de vue perméabilité vasculaire, de deux greffes hétéroplastiques d’un fragment d’aorte de chat et de lapin sur la carotide du chien.

Capelle reproduit avec le même succès les mêmes expériences, mais il note, après cinquante Jours, dans les cas heureux au point de vue fonctionnel, des altérations dégénératives qu'il se contente de signaler sans les interpréter au point de vue du processus de cicatrisation.

Carrel, dans un article sur les résultats éloignés des greffes vasculaires, parle d’une transplantation d’aorte de

=— 38 — -chat-sur la carotide d'un chien, avec persistance de la perméabilité « plus d’un an après l'opération ».

Les diflérents auteurs que nous venons de citer ont donc établi la possibilité de la greffe hétéroplastique que leurs prédécesseurs avaient considérée comme irréalisable. Mais la plupart ne donnent pas le pourcentage de leurs succès et de leurs résultats négatifs. C'est là une lacune regrettable, car il serait intéressant d'apprécier, statistiques en main, la difficulté de la greffe hétéroplastique comparativement à celle des greffes auto et homoplastique. Cette difficulté est certaine, puisque des expérimentateurs rompus à ces opérations comme Borst et Enderlen, dont nous avons cité les beaux succès dans les deux premières catégories de greffes, avouent n'avoir eu que des échecs dans leurs trois tentatives de transplantation d'un segment artériel d’un animal à un sujet d’une espèce différente. Il s'agissait de la transplantation, sur la carotide du chien, d'une aorte de lapin et d’une carotide de chèvre. Il y eut, dans un cas, résorption, dans l’autre thrombose du greffon. Un essai de transplantation artérielle de l'homme au chien a également échoué.

Nous n'avons pas été plus heureux dans les deux expériences suivantes :

ExPÉRIENCE V

Le 22 novembre 1910, greffe sur la fémorale d’un chien d'un segment d’aorte de chat (1 cent. 1/2 à 2 cent.), prélevé immédiatement après la mort chloroformique de l’animal, soit une heure et demie avant le rétablissement de la circulation. Le calibre du greffon est notablement inférieur à celui de la fémorale réceptrice. Malgré cela, les sutures

sont faites assez facilement. Et, au moment de la suppression de l’hémostase provisoire, la circulation est parfaite.

Le 28 décembre, l'artère greffée, mise à nu, est trouvée thrombosée, la thrombose se poursuivant à 1-2 centimètres dans la fémorale du chien.

Examen histologique (dû à l'obligeance de MM. Bériel et Delachanal). Les coupes ont été faites en série, longitudinalement, sur le vaisseau ouvert, inclus à la celluloïdine. Elles ont été colorées à l’hématoxyhne et au picrocarmin. Elles portent sur le greffon et Les portions de l'artère portegreffe voisines.

1° L’artère porte-greffe ne présente pas d’altération manifeste à 1 cent. 1/2 des fils ; 1c1, toutes les tuniques et, en particulier la moyenne, sont intactes. Lorsqu'on se rapproche des fils, on constate la présence d’un eaiïllot fibrino-cruorique adhérent à l’endartère et qui tend à s'organiser.

2° Au niveau des fils, les points sont entourés par des amas extrêmement volumineux de cellules inflammatoires, donnant l'impression de points suppurés, bien que les cellules soient encore nettement vivantes et bien colorées. Toutes les tuniques artérielles sont infiltrées par de nombreuses cellules inflammatoires et la moyenne s’arrête brusquement au niveau des fils.

3° Dans la zone du greffon, le fragment conserve une vitalité évidente. L’adventice est très enflammée. La moyenne est conservée, mais fragmentée par des vaisseaux entourés de cellules inflammatoires. Enfin, l’endartère est constituée par un tissu fibrillaire, en voie de prolifération intense, présentant quelques espaces clairs, qui sont des vaisseaux néoformés. Le caillot, adhérent à ce niveau, est envahi par de petites cellules conjonctives qui l’organisent et oblitèrent même la lumière vasculaire. Il se passe en somme ici le processus d’endartérite que l’on observe banalement dans les

cas d’oblitération artérielle spontanée.

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