‹ Greffes vasculaires et transplantation du reinChapitre 30 sur 32 · HOME · texte numérisé non relu

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Le rein gauche transplanté était insuffisamment fixé au méso rectum (côté droit) et s'était rabattu au-devant du droit. L’implantation des uretères a bien tenu: il n’y à pas d'urine dans le péritoine. Les deux reins et leurs vaisseaux sont enlevés en bloc (v. planche XIT, fig. 15) ; et une injection montre la perméabilité absolue de l’artère comme de la veine. Les sutures vasculaires sont parfaites. Les propres reins de l'animal sont extérieurement normaux, comme les capsules surrénales ; à la coupe, ils sont pâles, leurs pyramides surtout sont peu colorées et indistinctes. Les reins greffés, au contraire, sont congestionnés, leurs pyramides surtout. Les surrénales greffées paraissent avoir leur substance congestionnée, presque hémorragique.

En somme, cet animal n’est mort ni de shock, ni de péritonite, ni d'hémorragie, ni de thrombose vasculaire. Il nous avait semblé que la persistance des surrénales de l'animal donneur pouvait être une cause d'intoxication pour le récepteur. Aussi, dans l'expérience suivante, avons-nous supprimé se facteur.

Expérrence XX V

1* décembre 1910. — Tes deux reins d’un chien sont 1isolés avec leurs vaisseaux et un court segment d’aorte et de veine cave; les surrénales sont péniblement enlevées. La pièce ainsi préparée est greffée sur l’aorte et la veine cave du récepteur, très peu au-dessus de la bifurcation des iliaques. Opération très pénible, sans éviscération. La pince placée sur le bout supérieur de la veine cave lâche deux fois. Les sutures sont rendues très pénibles par ce fait que les pinces destinées à l’hémostase provisoire sont trop près de la tranche de section des vaisseaux. Les uretères sont implantés dans la vessie au moyen de la soie fine servant aux sutures vasculaires. Durée de l’interruption cireulatoire : deux heures et quart.

Mort dans la nuit suivante.

Autopsie. — Pas d'hémorragie péritonéale. Thrombose dans la veine cave au niveau du greffon, s'étendant au-devant et au-dessous de ce dernier.

En présence des difficultés techniques de la transplantalion en masse des deux reins qui en font une opération très longue et très shockante, nous avons tenté la grelfe homoplastique du rein in situ dans les deux expériences

suivantes :

ExPÉRIENCE XX VI

Laparotomie transversale unilatérale gauche. Le rein d’une chienne de même taille et race est greffé sur les vaisseaux rénaux d’un chien après néphrectomie gauche. Opération assez pénible et lente (deux heures d'interruption circulatoire), mais pourtant satisfaisante. La circulation se rétablit d’abord bien, avec quelques suintement; maïs, après quelques minutes, les battements cessent dans la rénale au delà de l’anastomose. Une branche de bifurcation de l’artère est incisée à titre d’épreuve; un peu de sang s’écoule en bavant, mais sans jet et en très faible quantité. La pièce est enlevée et le chien sacrifié. L’obstruction était due à un flacon fibrineux presque imperceptible, à la jonction des deux branches de bifurcation de la rénale. Peut-être était-il vers l’anastomose et a-t-1l été mobilisé au moment de l’ouverture de l’artère.

ExPÉRIENCE XX VII Chien de taille moyenne.

Î4 janvier 1911. — Le rein droit d’un gros chien est greffé à la place du rein gauche, enlevé par laparotomie transversale unilatérale, parallèle au rebord costal. Vais-

seaux très favorables des deux côtés, au point de vue bifurcation. Suture artérielle excellente. La sutu veineuse rétrécit notablement le calibre du vaisseau. Le rein est fixé à la paroi postérieure par deux catguts. Les vaisseaux, trop longs, se tordent un peu et serpentent, sans paraître gêner la circulation. [Interruption circulatoire : une heure. Implantation vésicale de l’uretère; enfouissement à la Witzel, qui paraît couder un peu l’uretère à son extrémité. Il est à noter que le rein implanté paraissait présenter quelques altérations sous-capsulaires.

25 janvier. — Pendant les premiers jours, le chien a refusé toute nourriture. Actuellement, il va bien, mange normalement.

10 février. — La quantité d'urine émise en vingt-quatre heures est de 1.200 grammes, sans sucre ni albumine.

23 mars. — Laparotomie. Le rein greffé est senti sous le diaphragme, caché par des adhérences épiploïques. Néphrectomie droite. $

28 mars. — Mort, Le chien n’a pris aucune nourriture depuis la néphrectomie. Il est resté somnolent et n’a pas présenté de convulsions.

Autopsie, cinq heures après la mort. On ne peut retrouver l’uretère du rein greffé. Au dôme vésical, on voit une petite cicatrice jaunâtre, vestige de l'implantation. L'ancien uretère est très facilement reconnu. Disséqué de bas en haut, on constate que son extrémité supérieure sur laquelle on avait placé une ligature, est reliée par un petit tractus fibreux à un moignon qui conduit au hile et semble bien être ce qui reste de l’uretère du rein implanté. Celui-ci a contracté de nombreuses adhérences avec l’épiploon, l’estomac, la rate. Il est de grosseur normale. Sur les vaisseaux, on ne retrouve pas extérieurement les traces des sutures. La pièce enlevée et les vaisseaux ouverts sur leur longueur, on constate que leur lumière cesse d'exister à partir des sutures qui se reconnaissent à peine sur la tunique interne. Le rein lui-même, en coupe sagittale, présente un aspect très

| LEA particulier. Il est entouré d’une capsule très épaisse dont 1l est séparé par une zone puriforme. Le tissu rénal, par contre, n’est nullement putréfié, mais pâle, d'apparence fibreuse. Le bassinet est très dilaté, ce qui semble bien indiquer que l'organe a fonctionné au moins quelque temps.

On voit que, dans l'ensemble, les transplantations homoplastiques du rein donnent des résultats bien moims bons que les transplantations autoplastiques au point que des expérimentateurs rompus à ces opérations, comme Borsi et Enderlen, dont nous avons signalé les beaux succès d'implantation du rein sur le sujet lui-même, ne comptent que des échecs lorsqu'ils veulent transplanter le rem

d’un animal sur un autre de même espèce.

Les mécomptes de ce genre sont fréquents avec cette catégorie de greffes. Mais ils ne sauraient faire oublier les succès dûment constatés. Il importe, pour juger sainement de la question, de distinguer le résultat immédiat du résultat tardif.

En ce qui concerne le premier point, il est acquis aujourd’hui que la transplantation d'un rein sur un animal de même espèce est compatible avec la conservation de la vitalité de ce rein et avec la sécrétion d'une urine en apparence normale, riche en urée, contenant souvent. mais pas d’une façon constante, un peu d’albumine. Dans nos deux transplantations cervicales, l’abouchement de l'uretère à la peau nous à permis la constatation évidente du fait : ces reins ont sécrété de l'urine pendant les trois où quatre premiers jours. Et, dans notre dernière expérience (implantation in situ), la dilatation du bassinet, constatée à l’aulopsie, semble bien indiquer que l'organe a fonctionné quelque temps.

* Les expériences de Unger, de Carrel sont également démonstratives à ce point de vue, du rétablissement immédiat de la fonction rénale.

Mais si l'on envisage l'avenir de ces reins transplantés d'un animal à un autre de même espèce, il faut avouer que l’on n'a encore jamais constaté de résultat vraiment durable. Toutes nos expériences ont abouti rapidement à la thrombose des vaisseaux; l'organe greffé, tantôt s'est résorbé, tantôt a suppuré et a été éliminé; dans un cas, nous l'avons trouvé en état de mort aseptique. Cependant les animaux de Carrel ont échappé à ces accidents précoces. Mais même dans le cas le plus favorable, cet auteur a vu l'animal, qui paraissait avoir recouvré une bonne santé, s'affaiblir progressivement et succomber au bout de trente-deux jours. Et c'est là le plus long cas de survie actuellement connu. Est-ce une raison pour conclure avec Borst et Enderlen à l'impossibilité de l'homotransplantation durable ? Nous ne le croyons pas; il est possible, en effet, que des imperfections de technique soient seules en cause. Et, en ce qui concerne nos expériences, nous avons indiqué, en en donnant le protocole, les difficultés que nous avions rencontrées, les fautes opératoires commises, en somme les facteurs capables d'expliquer soit les échecs immédiats, soit la courte durée du fonctionnement de l'organe.

Il est nécessaire de multiplier les expériences, en surveillant étroitement la technique, avant de porter un jugement définitif.

Mais, dès aujourd'hui, il est un point troublant dans l'uniqué observation de Carrel avec survie d'un mois. L'animal, dans ce cas, est mort en somme sans cause

2498: = précise; et l’autopsie a révélé le phénomène curieux que nous avons déjà signalé de la calcification généralisée des artères. Dans leur article de la Presse médicale de 1910, MM. Villard et Tavernier mettaient sur le compte de la perfusion du rein employée par Unger et Carrel la mort tardive des animaux de ces expérimentateurs. Nous avons montré, dans notre chapitre de technique, les faits sur lesquels s'appuie cette opinion. Il est mutile d'y revenir ici. Toutes nos expériences ont été faites sans perfusion du rein. Il est regrettable que des complications précoces, parfaitement expliquables, nous le répétons, par des imperfections de technique, ne nous aient pas permis de voir si la suppression de la perfusion pouvait assurer un résultat ultérieur plus durable.

Borst et Enderlen croient à une incompatibilité d'ordre chimique entre le sérum de l'hôte et les cellules rénales du transplant. Il v a, disent-ils, un facteur individuel dont le rôle est capital en matière de greffe. Peut-être, ajoutent-ils, ce facteur individuel aurait-il moins d'importance et l'incompatibilité serait-elle atténuée si l’on s'adressait a des sujets très Jeunes ou ayant vécu, au préalable, en parabiose.

Dans le but de creuser cette idée, Enderlen, Hotz et Flôrken ont essayé d'obtenir la parabiose entre deux animaux de même espèce par la suture vasculaire de la carotide à la carotide, de la jugulaire à la jugulaire. Malheureusement, leurs expériences ont toujours été rapidement arrêtées soit par la thrombose, soit par la désunion des sutures. Quoi qu'il en soit, « il semble difficile à priori, disent Villard et Tavernier, d'admettre que de pareilles mcompatibilités empêchent la survie définitive

des animaux, tout en permettant la reprise et le fonctionnement du rein ».

En somme, il serait prématuré de porter un jugement définiif sur l'homotransplantation rénale. Ce que l’on peut dire, c'est que celte opération est compatible avec la vie el le fonctionnement au moins temporaire de l’organe transplanté. Mais elle reste entourée de difficultés spéciales, plus grandes que dans l’autotransplantation. Il laut, dans de nouvelles expériences, suivre une technique très sévère. C'est à ce prix seulement que l'on pourra éviter les complications précoces si fréquentes et juger de l'avenir éloigné du transplant et de la possibilité de survie de l'animal.

Cette question mérite l'attention des expérimentateurs. -car elle peut avoir plus qu'un intérêt théorique. Il y a quelques années, M. Villard eut à sa disposition un rem humain normal enlevé avec une énorme tumeur pararénale en même temps que mourait d'urémie, dans son service une malade néphrectomisée quelques Jours avant. En pareille circonstance, il n'hésiterait pas aujourd’hui à greffer le rein à l’anurique. Mais de semblables occasions sont si rares que les greffes entre animaux d'espèces voisines doivent être étudiées très complètement; elles seules permettraient vraiment l'espoir d'applications pratiques. Mais, comme nous allons le voir, et comme on peut le supposer à priori, devant les résultats connus de la greffe homoplastique, la transplantation d’un rein d’un animal à un animal d'espèce différente présente des difficultés encore bien plus considérables.

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