Archives Nationales. F
■2. Archives de la Seine. Domaine. Carton 411.
3. Répertoire général de l'Histoire de Paris pendant la Révolution, par A. Tuetey, t. IX, n° 1 143.
Un ouvrage daté de 1 8 1 6 nous apprend qu’à cette époque la poudrerie existait encore :
« Le hameau de Grenelle est composé de quelques maisons et d’un vieux château, on voit à côté de ce hameau la fabrique de poudre dite de Grenelle, qui eut tant de célébrité dans le temps de la Révolution1. »
Le château n'avait donc pas été détruit complètement en 1794 puisqu’il existait encore en 1816. Sur le plan annexé à l’ouvrage mentionné, le hameau de Grenelle est figuré intra muros , près des bâtiments de la ferme.
Voici encore un endroit fort connu de la région de Grenelle, dont l’historique ne nous incombe pas non plus, ayant toujours été sur le territoire d’issy, et duquel, cependant, nous ne pouvons nous dispenser de dire quelques mots. Nous voulons parler du Moulin de Javel.
Une planche gravée en 1702, déformât in-8°, intitulée: « Moulin de Javel » montre ce moulin à vent au bord de la Seine. C’est, en effet, un moulin à vent, à toit pointu, tournant sur pivot, et dressé sur un pied conique. Il est assez précisément dessiné pour donner une idée complète du moulin à vent de cette forme et de cette époque. Non loin est une petite maison entourée d’arbres devant laquelle passent des ânes chargés. La rivière, couverte de bateaux, coule à proximité, tandis qu’en perspective s’élève le mont Valérien 2.
Déjà, sur un plan d’Auteuil daté du mois d’août i658, sont représentés le Moulin de Javel et la maison pour loger le meunier. C’est sans doute vers ce temps, que le moulin
1. Dictionnaire historique, topographique et militaire des environs de Paris, par M. P. S* A. (S* Albin), 1816, p. 371.
2. Géométrie oratique, par Allain M anesson-Mallet, Paris-Anisson, 1702, in-8, t. VIII, p. io3.
devint une guinguette célèbre, consacrée dans les écrits du temps b
On sait que cette dernière donna lieu à une comédie en un acte et en prose, ayant pour titre : Le Moulin de Javelle, attribuée à Dancourt, en réalité de Michault, et jouée pour la première fois au Théâtre-Français, le 7 juillet 16961 2.
Il s’agit d’une pièce assez amusante, dont les joyeux incidents, passablement osés, se déroulent dans la fameuse guinguette, proche de Vaugirard, et montrent plusieurs couples d’amoureux fuyant les indiscrétions de la ville, et plus encore les rencontres gênantes. On y trouve, notamment, le fragment de dialogue ci-après, qui en dirait long sur le logis, si l’auteur s’était inspiré de la réalité :
Marotte.
...Tenez, ma tante, tous ces messieurs qui viennent ici avec des femmes ne voudraient pas que leurs femmes y vinssent avec des messieurs, non.
Cela est vrai.
Mmc Bertrand.
Marotte.
Ah ! que ce vieux médecin était fâché l’autre jour, quand il trouva la haut sa femme qui mangeait une matelotte avec ce garçon apothicaire !
1. Additions et Rectifications à l'Histoire de l'abbé Lebeuf, par Fernand Bournon. Grenelle , tirage à part, p. 3.
2. Voici ce que dit l’historien anonyme du Théâtre-Français, à ce sujet :
« Nous croyons ne pas faire tort à la mémoire de M. Dancourt. en ne lui donnant cette pièce qu’à titre de réviseur et de correcteur, car voici ce que nous trouvons sur le registre de la Comédie, de l’année 1696 :
« On a accordé à M. Michault, de qui on a lu à l’assemblée une petite Pièce inti- « tulée le Moulin de Javelle , d'entrer à la Comédie gratis, quoique la pièce n’ait pas été acceptée, afin de l’encourager à travailler, et qu’il puisse connaître le Théâtre, « en voyant la Comédie, et cela sans tirer à conséquence pour d’autres, sauf à la fin « de l’année à délibérer autrement. (Assemblée de la Compagnie du 7 May 1696.)
« Ce que nous venons de rapporter ne seroit pas un fait suffisant pour prouver « que M. Dancourt n’est point l’Auteur original de la Comédie du Moulin de Javelle, « si l’on n’étoit pas certain qu’il y a beaucoup de Pièces imprimées sous son nom, où « il n’a d’autre part, que la correction de la conduite et le ton du dialogue ( Histoire « du Théâtre-Français, XIV, 28). »
Mme Bertrand.
Et cependant il était avec une petite lingère du Palais, lui.
Marotte.
Je n’ai jamais tant oui jurer pour un médecin.
11 a bien dit qu'il se vengerait, et le garçon apothicaire ne sera jamais maître l.
Il existe, dans la collection Destailleur, un charmant petit dessin à la mine de plomb, 20 X 10, représentant les bords de la Seine à Javel. La perspective de la rivière est fort gracieuse : à droite sont des berges escarpées sur lesquelles se dresse un groupe de vieilles maisons enfoui dans des arbres. La rive opposée n’est pas moins rustique, et le fond est barré par les coteaux de Meudon. Ce dessin est anonyme, et porte une date sans millésime, avec le texte suivant au crayon : « bords de la Seine à Javel, 22 septembre2 ».
La même collection possède encore une autre mine de plomb, 16 X 10, sans date, signée T de J. avec le texte suivant: « à Grenelle ». La vue représente les berges de la Seine encombrées de hangars et cahutes sordides ; au fond, se voit le dôme des Invalides3.
Ces deux pièces semblent dater du commencement du dixneuvième siècle.
Dans le plan des chasses, 1764-1773, on remarque également la maison du Moulin de Javel et une manufacture de vernis installée en cet endroit. Ces établissements sont placés en dehors des territoires de Vaugirardet par conséquent de ceux qu’occupera la commune de Grenelle en i83o.
1. Fin du Répertoire du Théâtre-Français. A Paris, chez Mme veuve Dabo, à la librairie stéréotype, rue du Pot-de-Fer, n° 14, 1823, t. II.
Nota : Nous devons la communication de cette comédie à la bienveillance de M. Edgar Mareuse, ce dont nous le remercions bien vivement.
2. Bibliothèque Nationale. Estampes. Collection Destailleur. Environs de Paris, t. 1, p. iq3.
3. Bibliothèque Nationale. Estampes. Collection Destailleurs. Paris, t. IV, p. 46.
En 1777, en effet, une manufacture pour l’exploitation des acides et sels minéraux, fut établie dans le moulin de Javel, sous les auspices de M. le Comte d’Artois, et avec l’aide de capitalistes, qui en confièrent la direction à MM. Alban et Vallet. On y fabriqua tout d’abord de l’acide vitriolique, ou huile de vitriol , puis de l’acide nitreux, des eaux-fortes, de l’acide marin ou esprit de sel, de la couperose ou vitriol martial, du vitriol bleu ou vitriol de Chypre, et des vitriols de Salzbourg. C’est certainement cette manufacture qui donna son nom à Veau de Javel , si employée, trop employée de nos jours, parles blanchisseuses de Paris et d’ailleurs.
On y avait aussi découvert le moyen de fabriquer de l’alun, qui ht une grande concurrence à celui fourni par l’Angleterre et la Suède; et on y perfectionna Yalkalisation du sel marin, ce qui amena les manufacturiers à fabriquer la soude épurée à des prix inconnus jusqu’à ce jour. Ce produit avait alors une telle importance en France, que l’Académie des Sciences avait proposé un prix pour ceux qui réussiraient à sa fabrication.
A l’aide des mêmes acides marins, le moulin de Javel produisait également du blanc de plomb et de céruse, et du vert-de-gris.
L’une des particularités de la manufacture de Javel fut le zèle qu’elle apporta à la réussite de l 'aérostation, science alors dans l’enfance. Elle fabriqua de l’air inflammable et construisit un ballon dont les expériences furent concluantes quant à la possibilité de la direction. O11 lui doit aussi l’invention de l’anémomètre, destiné à mesurer la vitesse des aérostats, et que l’Académie des Sciences adopta. C’est également là que fut mise en pratique la découverte de Bertholet pour le blanchiment des fils et des cotons écrus ou peints1.
1. Guide des Amateurs et des Étrangers voyageurs à Paris, par Thiéry, 1787, t. Il, p. 642.
On trouvera aux Arch ives Nationales des documents intéressants concernant la fabrication des acides et sels minéraux au Moulin de Javel, dirigé pendant la Révolution par les citoyens Peters et Alban, notamment une pétition du i5 octobre 1790 adressée par eux au Comité de Commerce de l’Assemblée Nationale, et relative au vitriol b
L’emplacement de cette manufacture avait été loué aux entrepreneurs par l'Ecole royale militaire, dans la seigneurie de laquelle il était situé avant la Révolution.
Sur la copie d’une lettre des Commissaires de la Comptabilité nationale, du 21 thermidor an VI, aux administrateurs de la Régie du Droit d’enregistrement, on trouve, en effet, avec la vérification des comptes du citoyen Choulx-Bièrecourt, ancien Trésorier de la ci-devant Ecole militaire, les renseiments suivants :
« Bail emphytéotique de 12 arpents de terre, Plaine de Grenelle, loués aux entrepreneurs de la manufacture d'huile de vitriol, moyennant 700 livres par an, dont le Trésorier a discontinué de faire recette à partir du ier avril 1791 en prétendant que ces entrepreneurs avaient dù payer à la Régie des Domaines Nationaux2. »
Sur le plan de 1859, publié en annexe de ce volume, l’usine de Javel figure dans le territoire d’Issy, et a pris la place du moulin et des manufactures de vernis et de vitriol. Elle perpétue ainsi le lointain souvenir d’une des régions les plus industrielles des environs de Paris.
Nous en terminerons avec les établissements portant le vocable de Grenelle, en disant quelques mots du puits artésien et des abattoirs de ce nom.