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Archives Nationales. C. i3o, n

c’est d’avoir formé ce camp aux portes de Paris. Il n’est pas possible que le Département se disculpe jamais d’une lenteur qui indigne tous ces braves soldats. On les a retenus sous prétexte qu’ils n’avoient pas de canons, etc. Pour les fatiguer, les harceler, on leur donne de fausses allertes. L’avant-dernière nuit ils ont été sur pied pendant une grande partie. Tous voyent le piège, tous sont outrés, furieux. Veut-on, disent-ils, nous énerver sous les murs de Capoue ? Tous demandent à grands cris de partir. On les amuse en les remettant d’une nuit à l’autre. Malgré tout cela, il paroît probable que ces 2.200 hommes vont recevoir ordre de décamper, et que leur destination est en partie pour Maubeuge. Hier on a fait courir le bruit qu’on avoit transporté le camp à Gonesse ; ce bruit est faux jusqu’alors 1 .

Il est connu qu’en France tout finit par des chansons. Le camp de Grenelle n’y échappa pas et eut aussi son couplet, pas trop spirituel, enfanté par quelque royaliste, et que Gorsas enregistra :

Camp de la plaine de Grenelle. Il y a eu hier revue et inspection générale du camp. On assure que le départ est fixé à cette nuit. Nous avons parlé hier des invectives sans nombre données contre ces braves citoyens qui se dévouent à la chose publique. Voici un couplet de chanson qu’on trouve dans les derniers Sabats Jacobites, sur l’air : Où s'en vont ces gais bergers.

Beaucoup de provisions Doit les suivre en voyage,

Car au seul bruit des canons Ils pourront bien, je gage,

A leurs laveuses de caleçons Donner beaucoup d’ouvrage.

En nous envoyant ce mauvais couplet, on nous invite à venger cette brave jeunesse, nous la vengeons assez en l’insérant2.

Une lettre du ministre de la Guerre, datée du 2 août 1791, adressée aux Régisseurs généraux des étapes et convois

1. Le Courrier des LXXXII/ Départements, par A. J. Gorsas, citoyen de Paris, 1791, volume XVII, n° du 3 août 1791, p. 38.

2. Le Courrier des LXXXIll Départements , par A. J. Gorsas, citoyen de Paris, 1791, vol. XVII, n” du 4 août 1791, p. 38.

militaires, indique le nombre exact des hommes qui étaient rassemblés sur ce point :

Je vous préviens, Messieurs, que les trois bataillons de gardes nationales, composés de 6 1 3 hommes chacun, qui campent actuellement dans la plaine de

Grenelle, en partiront le de ce mois pour aller camper, jusqu’à nouvel ordre,

dans les environs de Gonesse, vous voudrez bien en conséquence faire les dispositions nécessaires pour qu’il soit fourni à chacun de ces bataillons huit voitures conformément à l’ordonnance.

Le ministre, signé: Dupoptail1.

On trouvera aussi dans nos annexes un échange de lettres entre le ministre Duportail, La Fayette et M. d’Affry concernant ce départ de troupes2.

Le camp est enfin levé et les jeunes volontaires partis pour « moissonner les lauriers de la gloire », sauf ceux, pourtant, parmi ces engagés, qui ne purent supporter les privations du début et désertèrent :

Jeudi, 4 de ce mois, le camp de la plaine de Grenelle a été levé, et on l’a transporté à la plaine de Gonesse, d’où les volontaires continueront leur route sur Compiègne, pour aller former le camp de Maubeuge. Le mécontentement perce déjà parmi eux. Un officier du régiment de Berchegny les ayant fait manœuvrer pendant long-temps, et étant restés neuf heures sans manger, plusieurs ont déserté 3.

Voici comment la Chronique de Paris, du 5 août, consigne cette nouvelle :

Le camp de la plaine de Grenelle est levé d’hier matin. A 5 heures les troupes étoient en marche précédées de leur artillerie ; elles s’acheminoient vers Compiègne.

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