CHAPITRE PREMIER
ÉTYMOLOGIE. — GARANELLA OU GRANELLA. — LES GARENNES. — LA PLAINE DE GRENELLE A TRAVERS LES ANCIENS PLANS. — PROJET DE CRÉATION DU FAUBOURG DAUPHIN. — A PROPOS DE l’IlE DES CYGNES. — L’HÔPITAL DES PESTIFERES DE GRENELLE. — LA FÈRME, LE CHÂTEAU ET LA POUDRERIE DE GRENELLE. — LE MOULIN DE JAVEL. — LE PUITS ET LES ABATTOIRS DE GRENELLE.
Une garenne appartenant au faubourg Saint-Germain de Paris, située vers le point actuel du quartier de cavalerie Dupleix, fut l’origine du vocable de Grenelle que portèrent, à travers de longs siècles, la seigneurie, la plaine et la ville de ce nom :
A l’endroit où est situé le château de Grenelle et sur remplacement qu’occupe l’Hôtel de l’École militaire, étoit anciennementune garenne appartenant à l’Abbaye de Sainte-Geneviève. Les titres latins la nomment Garanella : les traducteurs ont corrompu ce nom, en écrivant Guernelles , Guarnelles, Gamelle et Grenelle L
Fort lointaine ôtait l’ancienneté de la terre et du vocable puisque, au dire de l’abbé Lebeuf, qui ne fait que confirmer
i. Recherches sur Paris, par Jaillot, 1775, t. V, quartier Saint-Germain-des-Prés,
les indications de certains historiens, le territoire de Grenelle aurait été donné par Clovis, au commencement du sixième siècle, sur les instances de saint Remi, à la basilique de Saint-Pierre-et-Saint-Paul, plus tard église Sainte-Geneviève h
La persistance du mot garenne , que l’on retrouve, d’ailleurs, dans une grande quantité d’actes concernant cette région, soit qu’ils se rapportent à la seigneurie de Sainte- Geneviève, soit à celle de Saint-Germain-des-Prés, qui se partageaient alors ces territoires, prouve, selon nous, l’exactitude de cette étymologie. Citons-en quelques exemples :
En 1 3 1 8 : La Garenne Saint-Germain.
En 1 355 : La Garantie.
En 1490: Jean Chevalier prend deuxarpents à titre de cens des religieux de Saint-Germain, au lieu dit les Garanties.
Pierre Fruchon prend à cens deux arpents de terre sis au terroir de Gamelles, appelé les Garennes.
En 1491 : Simon Bignezeau prend à cens trois arpents au terroir de Saint-Germain, lieu dit la Garenne Saint-Germain.
Pierre Fruchon prend à cens deux arpents au terroir de Gamelle au lieu dit la Garenne.
Lieu dit la Garenne- Saint-Germain, autrement dit Garnelle.
Terroir et garennes du mont Saint-Germain.
Terroir de Gamelle appelé les Garennes.
En 1492 : Anthoine Le Bon prend à cens deux arpents sis à la Garenne du mont Saint-Germain.
Jehan Vanlier prend à cens sept arpents au terroir de Garancs , au lieu dit le mont Saint- Germain.
1. Histoire delà Ville cl de tout le diocèse de Paris, par l’abbé Lebeuf, édition Fechoz, t. III, p. 579.
En 1496: Les Garennes du dit Saint-Germain, ou lieu anciennement appelé le mont Saint-Germain.
Bail à cens d’un arpent de terre situé à la Garenne, et d’un quartier de terre situé près l’île des Treilles, moyennant huit sols parisis pour chaque arpent.
« Honneste femme Pasquette Romaille prend à cens... cinq arpens et demy de terre assis en la Garenne... tenant au chemin de Gamelles; huit arpens et un quartier et demy de terre assis au dit lieu de la Garenne... 1 ».
Garanella , petite garenne, est aussi l’étymologie adoptée par l’abbé Lebeuf pour cette région, lequel nous informe de sa situation topographique en disant qu’elle « est en tirant vers Vaugirard ».
Il y existait de son temps « la Ferme de Grenelle » appartenant à la paroisse du mont Sainte-Geneviève, dite d’abord Saint-Jean, puis Saint-Étienne, sur le territoire de l’abbaye de Sainte- Geneviève. Il ajoute que les anciens chanoines de cette abbaye faisaient valoir cette ferme par eux-mêmes et y avaient des hôtes2.
Le même auteur dit également que les chanoines réguliers de Sainte-Geneviève avaient été autorisés, le 11 avril 1697, à célébrer les offices en leur chapelle domestique de Grenelle, paroisse d’Auteuil3.
Avec Fernand Bournon, qui a augmenté et rectifié les travaux du savant abbé, nous sommes surpris de cette assertion, n’ayant, jusqu’ici, jamais rencontré d’enclave de la paroisse d’Auteuil sur la rive gauche de la Seine, d’autant
1. Topographie du Vieux Paris, le Faubourg Saint-Germain, par Berty et Tisserand, pp. 47, 48, 1 83, 184, 1 85, 1 8g, 197.
2. Histoire de la Ville et de tout le diocèse de Paris, par l’abbé Lebeuf, éd. Fechoz, 1 883, t. I, p. 248.