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qu’en 1697, le territoire de Vaugirard et la paroisse de Saint- Lambert étaient limités par la rivière.

Nous ne voudrions pas passer sous silence la curieuse interprétation faite du vocable de Grenelle par Emile de La Bédollière qui, tout en s’étant plus particulièrement adonné à la vulgarisation historique, n’en a pas moins une origine scientifique certaine, en sa qualité d’ancien élève de l'Ecole des Chartes :

Grenelle vient de granelle ( granella ), qui avait la même signification que gravelle, sable ou plaine sablonneuse. Ce mot est employé par Bernard le trésorier, qui écrivit une chronique des croisades, de ioq5 à i23o. Nous n’en avons pas sous les yeux le texte original, mais nous lisons dans la traduction qui en fut faite de la langue d’oil en latin, par François Pépin : Colligitur in illis hortis granella quœdam, ex quo fit vitri species (on recueille dans ces jardins une sorte de grenelle, avec laquelle on fabrique une espèce de verre). Une plaine, dont le sol était arénacé, s’appelait granelle, grenelle, ou granelle, comme le prouve ce passage du Roman d’Athis :

Athis et tous ses compaignons Furent issus tous ès sablons ;

En la gravelle furent tuit Pleurant de joie et de déduit ! 1

Il ne faut pas s’y tromper, d’ailleurs, et ces deux étymologies ont une base commune, selon nous, qui est la plaine sablonneuse propice aux terriers à lapins et au développement des garennes.

Dans la monographie consacrée à Vaugirard, nous avons longuement parlé de la seigneurie et de la ferme de Grenelle comme ayant fait partie des territoires de cette commune avant et après la Révolution. Nous n’avons donc pas à y revenir. La plaine de ce nom était, en somme, cette immense superficie dont une grande partie appartenait à Paris, qui était

i. Le Nouveau Paris, par Emile de I,a Bedolliére, p. 233.

bordée d’un côté par la Seine, de l’autre par la rue de Sèvres, et s’étendait jusqu’au village d’Issy.

Le plan de Gomboust, en 1 652 , la dénomme plaine de Grenelle et la fait commencer à la rue du Bac, entre les rues de Varenne et de Babylone, et représente son immense territoire à l’état de culture.

Dans celui de Jouvin de Rochefort, qui date de 1670 à 1672, elle ne part plus que des Invalides et est figurée comme un vaste champ de manœuvres encombré de soldats.

Jean de La Caille, dans son plan de 1714, en donne la mention suivante :

« Plaine de Grenelle, où est située la maison seigneuriale de cette plaine, qui a haute, moyenne et basse justice relevant de l’abbaye de Sainte-Geneviève, où l’on célèbre, tous les dimanches et festes, la Sainte Messe, et où se font ordinairement les revues et l’exercice du régiment des Gardes Françaises. »

Dans ce document, la plaine de Grenelle est traversée par une voie tortueuse dénommée: chemin de la plaine de Grenelle, allant des Invalides à la ferme et maison seigneuriale de Sainte-Geneviève, et qui n’est autre que la rue de Grenelle actuelle.

Pendant le dix-septième siècle et notamment pendant la Fronde, la plaine en question semble être déjà un lieu de promenade où, aux portes de Paris, vont se délasser même les princes du sang.

On lit dans le Journal des Guerres civiles, de Dubuisson- Aubenay, au mois de décembre i65i :

De relevée, qui fut belle, M. d’Orléans prêt à sortir en carrosse pour aller promener en plaine de Grenelle, une populace du faubourg, en nombre de deux cents ou près, entrèrent en sa cour. L’un de leurs chefs s’approcha de lui

et lui parla: puis le reste cria: «La paix, monseigneur, nous mourons de faim L »

Il s’agit ici de Gaston, duc d’Orléans, frère de Louis XIII et oncle du jeune Louis XIV. La cour dans laquelle entraient ces pauvres gens était celle du Luxembourg, qui était alors le Palais d'Orléans. Le prince était donc à deux pas de la plaine de Grenelle qu’il gagnait en suivant la rue de Vaugirard.

A cette même époque troublée de la Fronde, la plaine servait aussi aux exercices militaires; et nous voyons, dans le même journal, qu’au mois d’août i652, les jeunes Parisiens y sont conduits et instruits dans le métier des armes quand leur véritable métier leur laisse quelques loisirs:

La jeunesse, qui est distribuée par les quartiers, et colonelles de la ville dans les compagnies, se trouve toutes les fêtes et dimanches, depuis quelques semaines, dans le Pré-aux-Glercs et plaine de Grenelle, où ses officiers lui font faire l’exercice1 2.

La plaine de Grenelle dont il est question était formée des vastes espaces qui se trouvaient à l’ouest du Pré-aux-Clercs, là où existèrent dans la suite l’Esplanade des Invalides, le Gros Caillou, le Champ de Mars.

Ainsi que nous l’indiquons plus haut, des exercices militaires y sont représentés dans le plan de Jouvin de Rochefort, daté de 1670 à 1672. Sur ce document, la plaine, soigneusement dénommée, entoure les nouveaux bâtiments des Invalides jusqu’au chemin de Sèvres.

En 1728, le plan de Delagrive montre encore la plaine de Grenelle commençant aux Invalides : le Champ de Mars et le

1. Journal des Guerres civiles, de Dubuisson-Aubenay, 1648-1652, publié par M. Gustave Saige dans les Mémoires de la Société de l'Histoire de Paris, t. II, p. 1 36,

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