CHAPITRE III
émigrés fusillés. — armand de chateaubriand. — le général MALET. — LE COMTE DE LA BÉDOYERE. — PROJET DE NAU- MACHIE DANS LA PLAINE. — LE CANAL DE LA MARNE A LA SEINE. — LES INONDATIONS.
De nombreuses exécutions militaires suivirent, dans la plaine de Grenelle, celles dont nous venons de parler, sous la Révolution, l’Empire et au commencement de la Restauration. L’endroit était, en effet, le lieu ordinaire où les arrêts de cette justice spéciale et expéditive se dénouaient, au milieu d’une foule nombreuse et mouvementée, avec cet appareil guerrier bien connu des Parisiens, très friands de ces spectacles barbares.
Beaucoup d’émigrés y furent passés par les armes, pour avoir oublié que la loi du 25 brumaire an III punissait de mort tous ceux des leurs qui voulaient rentrer sur le territoire français.
La loi du i3 brumaire an V avait constitué des Commissions militaires permanentes dans chaque division d’armée. Paris, compris dans la 17e Division, fut pourvu d’un Conseil
de Guerre qui fonctionna à partir du 2 frimaire an V dans l’ancien hôtel de Toulouse, demeure somptueuse de Mme de Veruë, rue du Cherche-Midi h
Les personnes condamnées à mort par le tribunal de la 17e Division étaient fusillées dans la plaine de Grenelle.
Les Archives du Conseil de Guerre de la rue du Cherche- Midi possèdent un certain nombre de dossiers concernant les procès des émigrés. Tous sont à peu près identiques et se réfèrent à de pauvres diables prévenus de retour en France ou d'espionnage pour le compte des ennemis de la République.
Notre cadre ne nous permet pas d’entrer dans le détail de ces procès, qui sont d’ailleurs étrangers à ce volume, nous relevons seulement quelques noms de ceux qui furent condamnés à mort et exécutés dans la plaine qui nous occupe.
Louis-Charles Chenu, ex-sous-lieutenant au régiment de Picardie-Infanterie, émigré, jugement du 7 brumaire an VI.
Jean-Baptiste Trion, ex-chevalier de Malte, émigré, jugement du 11 Pluviôse an VI.
François-Henry Le Coq de Bcnville, émigré, jugement du 16 Floréal an VI.
Vincent Delamotte, émigré, jugement du 4 Prairial an VI.
Laborey, ex-baron de Salaude, émigré, jugement du 8 Messidor an VI.
Agricole-Marie Merle Dambert, émigré, jugement du i3 Messidor an VI.
Edme-Prosper Gérard Saint-Elme, émigré, jugement du i5 Thermidor an VI.
1. M. Gaston Schefer, membre de la Commission du Vieux-Paris, est l’auteur d’une étude très attachante sur cette demeure et sur les Conseils de Guerre, publiée dans les procès-verbaux de cette Commission, en l’année 1907.
Charles Desroches Chassaix, émigré, habitant le château de Marauda, jugement du 18 Thermidor an VI.
Louis-Fortuné Guillon de Rochecot, émigré, jugement du 19 Thermidor an VI.
Jean-Baptiste Le Coq, émigré, jugement du 1e1' Fructidor an VI.
Guy, dit Bruat, ou de Bruat, émigré, jugement du i5 brumaire an VII.
Piogey de Saint-Preux, émigré, jugement du 18 brumaire an VIL
Michel-François Dominique Frairot, émigré, jugement du 5 Nivôse an VIL
Jean-Jacques Davin, émigré, jugement du 1 3 Nivôse an VIL
Marie-Charles-Ignace Pilliot, « soi-disant comte de Coligny », émigré, jugement du 18 Pluviôse an VIL
Joseph-Emmanuel Ronvois de Lignères, émigré, jugement du 28 Nivôse an VIL
Le Comte du Bois-Dais, émigré, jugement du 28 Pluviôse an VIL
Alexandre Alexis, émigré, jugement du 2 Ventôse an VIL
Charles Hamelin, émigré, jugement du 28 Ventôse an VIL
Pierre-Louis Vaillant, dit Florival, émigré, jugement du 8 Floréal an VIL
Pierre Pabaut, émigré, jugement du 3 Prairial an VII.
Gabriel-Louis Doilliamson, émigré, jugement du i5 Thermidor an VIL
Chaque mise à mort donnait lieu à la rédaction d’un procèsverbal d’exécution, rédigé par l’oflicier qui commandait le peloton. Deux copies en étaient laites, dont l’une versée au procès, et l’autre remise à l’agent municipal de la commune de
Vaugirard pour inscription au registre des décès, la plaine de Grenelle dépendant de cette localité. Le corps du supplicié était également remis à l’agent en question pour être enterré dans le cimetière de l’endroit, disparu aujourd’hui, et sur l’emplacement duquel se trouve le Lycée Buffon.
Nous relevons, au hasard, le texte de l’un de ces procès-verbaux :
Liberté Égalité
Commission militaire de la 17e division.
Ce jourd’hui quatorze vendémiaire an sept de la République une et indivisible.
Moi, Antoine Verbois, chef de bataillon à la 20e demi-brigade d’infanterie de ligne, membre de la Commission susdite, établie par ordre du général Moulin, Commandant en chef la 17” Division militaire, en vertu des loi des 24 brumaire an trois et 19 fructidor an cinq, en cette qualité chargé de suivre l’exécution du jugement rendu par la Commission susdite, concernant le nommé Guillaume Chauveau, me suis transporté aujourd’hui quinze Vendémiaire environ sur le midi, heure du matin, au lieu dit la plaine de Grenelle désigné pour l’exécution du nommé Guillaume Chauveau, âgé de 3a ans, né à Joinville, département de l’Ailier, convaincu d’émigration et de contravention à la loi du 19 fructidor an 5.
En conséquence, d’après les ordres à moi donnés parle Président de la Commission militaire de me transporter sur le terrain de l’exécution où le dit Guillaume Chauveau ayant été transféré, a été passé par les armes en ma présence et en celle des différents corps de troupe commandés à cet effet.
L’expédition terminée, le cadavre du dit Guillaume Chauveau a été remis par moi à la disposition du citoyen Pierre-Claude Trianon, agent municipal de la Commune de Vaugirard que j’ai requis de le faire enlever et inhumer.
De tout quoi j’ai dressé le présent procès-verbal, lequel sera transmis sur le registre de la Commission militaire à la suite du jugement de condamnation du nommé Guillaume Chauveau, et laissé au citoyen Trianon l’expédition du présent pour être inscrite sur le registre de décès et inhumation delà dite Commune.
Fait et dressé entre nous, les jours, mois et an que dessus.
Signé : Tpianon, Agent Municipal L
Dans son ouvrage relatif à la Terreur sous le Directoire , M. Victor Pierre a parlé de l’exécution, le u octobre 1797,