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Gros Caillou furent donc entièrement formés d’une partie de sa superficie.

Dans le : « Plan du chasteau, seigneurie et canton de chasse de Vanvre appartenant à S. A. S. Mgr le prince de Condé », on voit que toute la plaine de Grenelle était occupée par le canton de chasse du prince de Conty, entre la rue de Vaugirard et la Seine, et depuis son château d’Issy jusqu’à l’Ecole militaire. Elle était sillonnée de quelques chemins non dénommés, et parsemée de plusieurs réserves de gibier1.

Sur le plan de Verniquet, enfin, qui est l’état de Paris en 1789, la plaine en question ne part plus que du Champ de Mars, c’est-à-dire de l’avenue appelée aujourd’hui de Suffren. Elle est séparée en deux parties par l’enceinte des Fermiers généraux : l’une reste dans Paris, l’autre, qui constituera désormais la vraie plaine de Grenelle, continue de s’étendre entre la rue de Sèvres et la Seine, jusqu’à Issy, et appartient à la commune de Vaugirard.

E11 18 r 3, un document graphique montre encore la plaine de Grenelle sans aucune maison, de la rue de Sèvres à la rivière. A partir du rond-point de l’École militaire commençait le chemin de la Croix-Nivert, et plus bas, l’ancienne rue de Grenelle, aujourd’hui rue de Lounnel, qui partait de la barrière de Grenelle. C’étaient, sur ce plan, les deux seuls chemins coupant l’immense plaine2.

Signalons le dépôt, en 1737, d’un projet qui, s’il avait été exécuté, eût certainement transformé la plaine en question, dans et hors Paris, et en eût fait, dès cette époque, un des faubourgs les plus mouvementés de la capitale.

1 . Bibliothèque historique de la Ville de Paris. Plan manuscrit du dix-huitième siècle.

2. Atlas de topographie de Paris, par Maire, planche XV0, édition de 1 8 1 3. L’édition de 1825 est restée la même sauf quelques maisons construites entre les rues Croix-Nivert et de l’École.

Le sieur Gouvion, ingénieur, avait, en effet, proposé au Roi de construire un faubourg nouveau à côté de l’île des Cygnes et la comprenant, hors la barrière de Paris, avec des moulins pour les grains et des établissements pour les marchands bouchers, tanneurs, mégissiers, chamoiseurs, tripiers, teinturiers, amidonniers, etc. Son intention, en un mot, était de grouper sur ce point toutes les industries insalubres de la capitale. Il construisait une pompe à côté des moulins, donnant de beau claire en tout temps : « filtrée à travers deux pieds et plus de sable ».

Une papeterie devait également y être installée, en vue: « de faire diminuer le prix du papier, qui sera aussy beau, bon, blanc et fort qu’en Hollande ». Elle était destinée à consommer les vieux linges de Paris, qui se transportaient par fraude en Hollande, et à élever et faire vivre quantité d’ouvriers sujets du Roi, comme aussi à maintenir en France les capitaux passant, de ce chef, à l’étranger.

La demande comportait : ic la permission d’accroître et réunir le terrain nécessaire de la plaine de Grenelle à l’île des Cygnes; 2° le changement de dénomination de bile, îlot, partie de rivière et terrains y réunis; 3° l’établissement d’un faubourg de la Ville de Paris, sous le nom de faubourg Dauphin.

La constitution d’une paroisse était prévue, aux dépenses de laquelle les paroissiens devaient contribuer de compte à demi avec la compagnie concessionnaire.

Cette dernière se chargeait de « ceinturer » le faubourg nouveau, de lever les terrains et paver les rues. Une réserve d’architecture était imposée aux constructions: « Les faces des maisons devant être tout en pierres de taille, d’égale hauteur, et percées de même, les ornements d’architecture dif-

férents à toutes les maisons, les vis-à-vis parallèles pour la décoration et embellissement du dit faubourg. »

La compagnie devait, en outre, faire construire une jetée depuis le pont Royal jusqu’à la tète de l’île des Cygnes, pour soutenir les eaux de la navigation, et en donner la partie nécessaire à la pompe et aux moulins.

La création de deux foires franches y était également prévue : « à l’instar de la Guibrée, Beaucaire et autres ». Et aussi la translation des marchés aux veaux et aux chevaux, avec l’établissement de deux grands marchés alimentaires pour la commodité du public.

La concession ainsi sollicitée, se produisant dans la première moitié du dix-huitième siècle, revêtait la forme d'une constitution de fief :

« L’on conviendra avec la compagnie des armes que l’on demandera, ce qui donnera le titre et le nom au fief. »

Défense était faite à toutes personnes en dehors de la compagnie, de « bâtir au sud et au couchant du fief », ni de pêcher dans les canaux.

Pour mener à bien ce projet, le sieur Gouvion demandait la formation d’une société financière, et la dérogation aux défenses de bâtir hors les limites de Paris, pour les dits établissements seulement, laissant subsister ces défenses pour les autres extrémités de la Ville.

En regard de ce mémoire est écrite la mention suivante: « Projet rejeté dans l’Ass. de police, u avril 1737 b »

On pourra se demander d’où venait le nom du faubourg Dauphin, que l’ingénieur Gouvion voulait donner au quartier qu’il rêvait d’édifier? Nous répondrons que, dans le plan

1. Bibliothèque Nationale, manuscrit français. Fonds Joly de Fleury, n° 169, dossier 1579.

dressé après arpentage, des terrains à acquérir par le Roi pour former l’Ecole militaire, plan daté du 24 mai 1751, on voit dans l’ile des Cygnes, vers la rive regardant Chaillot, un fort bastionné dénommé le Fort Dauphin. A côté était l’emplacement pour « les déchireurs de bateaux » et plus loin, vers Paris, « le champtier des bois à brûler1 ».

Bien avant, d’ailleurs, le projet ci-dessus relaté, un moulin existait déjà dans les îles de Saint-Germain-des-Prés.

Par un acte de mars 1601, en effet, les Prévôt des Marchands et Échevins de la Ville de Paris accordent à Jacques Le Coigneux, Conseiller au Parlement, de réédifier un moulin à eau, « à faire de bled farine » qui existait autrefois « en la dite rivière, du costé du village de Vaugirard ». Un procèsverbal de visite, du 26 octobre 1600 dit ceci :

Avons trouvé qu'en une place estant en la dicte rivière, du costé du village de Vaugirard et le long d’une grande isle, il y a un gor, dont les vanes sont cachées en l’eaue, auquel gor il peut y avoir eu mouslin, lequel mouslin estant rediffié, soit sur pallées et fiches de pieulx, ou sur pilles de pierre, ensemble les vanes retroussées et garnies de pieulx et planches du costé du chemin de la navigation, et retranchant la vane de quelque longueur, et faisant à la teste d’icelle une fiche de pieulx pour servir, au lieu d’ung pied bourreau de haulteur competante, en temps des eaues haultes, pour servir de guide et esviter la ruyne des basteaulx qui se pourraient renverser sur les pieulx de la dicte vane, le tout selon les allignemens, mesures et bornemens qui en seront faictz par les officiers delà dicte ville... y ayant moien de rendre tant le dit mouslin que le dit chemin commodes pour la navigation2.

Le canal séparant l’ile des Cygnes du Gros Caillou fut comblé en vertu des lettres patentes du 20 juin 1773 autorisant la Ville de Paris à faire procéder à ce travail3.

On trouvera aux Archives Nationales des pièces fort cu-

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