Archives de la Seine. Sommier foncier
2. Archives de la Seine. Domaine. Carton 285, dossier 1 8 1 5.
On vient de voir que le citoyen Ginoud, exactement : Ginoux , avait acheté à la Nation, moyennant 106.700 livres, la plaine de Grenelle formant environ 36 1 arpents, par contrat du 21 messidor an IV (9 juillet 1796).
En voici la mention authentique :
Par acte du i5 mai 1824, passé devant Me Victor Levert, notaire à Belleville, M. César Ginoux, chevalier de la Légion d’honneur, ancien administrateur de l’Enregistrement et des Domaines, vendait sa propriété à M. Jean-Léonard Violet, propriétaire, et à dame Marie-Anne-Victoire Fondanèche, son épouse, demeurant à Paris, rue Hauteville, n° 48.
La dite vente comprenait : i° la ferme de Grenelle, sise à Paris, près l’Ecole militaire, toujours en exploitation, ayant deux entrées, l’une sur l’avenue de Suffren, l’autre sur celle de La Motte-Piquet; 20 toutes les terres de la dite ferme, sises, plaine de Grenelle, hors Paris, contenant 104 hectares, q5 ares, 93 centiares (307 arpents). La vente était faite moyennant le prix de 980.000 francs sur lequel M. et M,nc Violet versaient 3oo. 000 francs comptant et s'engageaient à solder le reste dans le courant de six années.
Avec les frais, on peut estimer que le terrain ainsi acquis revenait à environ i franc le mètre.
Par un autre acte du même jour, passé devant le même notaire, M. et Mrae Violet déclaraient qu’ils se réservaient tous les bâtiments servant à l’exploitation de la ferme de Grenelle, et aussi l’emplacement de la maison qu’ils comptaient édifier pour eux dans la place Violet. Ils déclaraient, en outre, que les autres territoires avaient été acquis tant pour eux que pour M. Alphonse-Antoine-Aimé Letellier, propriétaire, demeurant à Paris, rue Hauteville, n° 11, qui avait contribué pour moitié au versement des 3oo.ooo francs ci-dessus. .mentionnés,
et promettait de parfaire le paiement du reste, dans les mêmes conditions que les acquéreurs1.
A l’acte de vente, ci-dessus analysé, est annexé un petit plan manuscrit montrant le lotissement de la plaine de Grenelle, avec l'indication des rues qui devaient y être percées, de la place publique à y aménager, et de l’emplacement pour la future église. Les rues et la place, au nombre de quatorze, étaient baptisées à l’avance sur ce document, et composaient la nomenclature suivante :
Plan du nouveau Grenelle: i, rue du Commerce, 2, rue Violet, 3, avenue de Grenelle, 4, avenue de Saint-Louis, 5, rue des Entrepreneurs, 6, rue des Arts, 7, rue Ginoux, 8, rue Fondary, 9, rue Letellier, 10, rue Fondanèche, 11, rue de l’c-glise, 12, rue de Chabrol, i3, place Violet, 14, Église.
Les parrains n’étaient sans doute pas très sûrs de laisser subsister le nom de la rue Fondanèche, qui était celui de Mmc Violet, puisque sa mention n’est écrite qu’au crayon sur le plan.
Au dos de cette pièce se trouve la note ci-après :
Certifié véritable, signé, paraphé et annexé à la minute d’un contrat de vente passé ce jourd’hui quinze mai 1824, devant M” Levert, notaire à Bel le ville soussigné, en présence des témoins y dénommés et aussi soussignés: Signé: Ginoux, Violet, Mme Fondanèche, Darsin, Alais, Levert.
L’immense superficie ainsi vendue représentait à peu de chose près toute la future commune de Grenelle, telle qu’on la trouvera figurée dans le plan annexé à ce volume, sauf la petite parcelle circonscrite par la Seine, de la rue de Javel à la rue Cauchy; la rue Cauchy, jusqu’à la rue Gutemberg; la rue Gutemberg, jusqu’à la rue de Javel.
Nous avons également rencontré dans la même étude de Me Hussenot de Senonges, successeur de Mc Levert, un autre contrat passé devant ce dernier, le 21 février 1825, contenant vente par Pierre-Jean-Marie Butet, nourrisseur de bestiaux, demeurant à Paris, rue Saint-Dominique, n° 27, au Gros Caillou, au sieur Georges-François Quoinat, sans profession, demeurant à Paris, cul-de-sac Sourdis, n° 3. d’un terrain situé lieu dit la plaine de Grenelle, commune de Vaugirard. Le dit terrain contenant une superficie de 68 ares 38 centiares (deux arpents) formant l’encoignure de deux rues du nouveau village de Grenelle dénommées de Saint-Louis et d’Angoulême, tenant d’un bout aux terres de la ferme de Grenelle, et d’autre bout à Guerbois. La dite vente faite moyennant le prix de 47.000 francs. Le même jour, et par acte devant le même notaire, le sieur Quoinat faisait une déclaration de command au profit de M. Jean-Léonard Violet, propriétaire, et de M. Alphonse-Antoine-Aimé Letellier, également propriétaire. demeurant tous deux à Paris.
Ce terrain, qui venait ainsi s’ajouter à la principale acquisition Violet-Letellier, ne fut sans doute pas le seul dans son cas. Il faut penser, en effet, que M. Ginoux, avant de traiter avec ces derniers, avait déjà aliéné plusieurs parcelles de son vaste domaine, parcelles qui furent sans doute rachetées plus tard comme celle que nous venons d’indiquer.
Au moment de la vente, la plaine de Grenelle était affermée à un agriculteur, M. de Frémicourt, par bail passé devant M° Fournier, notaire à Sucy, commençant le 2odécembre 1818, moyennant le prix annuel de 8.000 francs. Par son contrat. M. Violet était tenu d’exécuter tout le temps qui restait à courir du dit bail, sauf à s’arranger avec le locataire pour le paiement d’une indemnité à débattre.
Dans une lettre écrite le 12 février 1872, par M. de Frémicourt fils., à M. Félix Lazare, 18, boulevard du Temple, auteur du Dictionnaire des rues de Paris , on lit que Henri de Frémicourt naquit au Souich, Pas-de-Calais, le 9 août 1776 et qu’à 18 ans il était chirurgien aide-major à l’armée de Sambreet-Meuse. Le 19 Vendémiaire an XII (12 octobre ji8o3), il épousa Mlle Nicole-Rosalie-Rose Seymour, fille de Lord Seymour et de Mlle de La Roche, fille naturelle reconnue également par son père. A cette époque, de Frémicourt était marchand de drap, rue Saint-Honoré et rue Montesquieu. De 1821 à 1824 on le trouve fermier de la plaine de Grenelle, territoire considérable, en partie couvert de carrières, sur lequel il implante la culture du colza. C’est lui qui conseilla à son propriétaire, en 1824, de vendre ce domaine qui ne rapportait que 8 ou 9.000 francs par année.
L’affaire fut donc conclue avec M. Violet. M. de Frémicourt obtint une indemnité de 100.000 francs pour la cession de son bail, 8.000 francs pour la récolte en cours, avec une clause disant qu’une des rues du nouveau quartier à créer porterait son nom L
Sur une pièce de la comptabilité du village de Beaugrenelle et de sa formation, que veut bien nous communiquer Mme Boitel. petite-fille de M. Violet, on lit la mention suivante :
Le 29 septembre (1824) A.M. Frémicourt pour la récolte coupée : 8.679 fr.
Ce qui veut sans doute dire que M. de Frémicourt, fermier de la plaine, toucha cette somme comme évaluation de sa récolte, coupée par les soins de la nouvelle Société.