Archives de la Seine. Collection Lazare, t. XLVIII
2. Il était fils de Léonard Violet, de la paroisse de Pussac, diocèse de Bourges en Berry, et de Marie-Madeleine Melin, née à Saint-üermain-en-Laye. Il contracta trois mariages avec : 1” M11” Fondanèche ; 2° M11” Marie-Anne Papin, née à Lyon, fille d’un fabricant de soierie, décédée en 1 836, peu d’années après son mariage; 3“ M11' Denis, morte vers 1873.
Il eut deux fils, l’un qui disparut sans donner de nouvelles, l’autre, qui fut M. Amédée Violet.
Au dire de la fille de M. Amédée Violet, Mra" Boitel, qui veut bien nous l’indiquer, ces deux fils étaient issus du premier mariage.
constructions, situé aux portes de Paris et en bordure de la Seine.
La même pièce de comptabilité dont nous parlons plus haut, indique le commencement des travaux de viabilité dans la plaine, peu après l’acquisition. C’est le paiement, à partir du 3 juillet 1824, et pendant le courant de 1825, de diverses sommes, montant à environ 25. 000 francs, versées au terrassier pour nivellement des rues.
Entre temps, et pendant que ces travaux se poursuivaient, les acquéreurs recherchaient les moyens d’utiliser les vastes territoires et de rendre l’opération productive.
La solution se fit attendre deux années et fut résolue par la formation d’une société destinée à la mise en valeur des 70.910 toises de terrains disponibles, et prêtes à être livrées à l’exploitation.
L’acquisition avait été conclue le i5 mai 1824; la Société fut formée le 20 mars 1826.
Elle était en commandite, par actions, sous la raison de commerce : Louis Perrée, Anselme Guillot et Léonard Violet. Le fonds social se composait des terrains de la ferme de Grenelle acquis en indivis par M. et M'nc Violet et M. Letellier. Le capital était fixé à 3. 600. 000 francs, divisé en 720 actions de 5.ooo francs chacune, dont 468 appartenaient à MM. Violet et Letellier, et le surplus à répartir entre les futurs membres de l’association.
MM. Violet et Letellier faisaient apport de leurs terrains, au prix de 33 francs la toise, ce qui, pour les 70.910 toises, représentait une somme de 2.340.000 francs.
Le surplus du capital, soit: 1.260.000 francs, se répartissait de la façon suivante : construction de 25 maisons à 12.000 francs; de i5 maisons à i5.ooo francs; de i5 maisons
à 20.000 francs; de io maisons à 25.ooo francs. Frais de pavage : 5o.ooo francs; frais de conduite de travaux et honoraires d’architecte : 55.ooo francs ; imprévu : 20.000 francs ; intérêt des capitaux : 60.000 francs.
La société espérait tirer de cette opération une somme de 5.327.000 francs, soit la réalisation d’un bénéfice de 5o p. 100 environ, indépendamment des intérêts du capital. Elle était formée pour six ans du ier mars 1826, et dirigée par deux gérants responsables : la banque Louis Perrée et Anselme Guillot, et M. Léonard Violet.
L’acte de société dont il s’agit, du 20 mars 1826, fut déposé chez Me Levert, notaire à Belleville, le 23 du même mois1.
Par une délibération des actionnaires, du 3i mars i83i, la dissolution de la dite société fut prononcée à l'unanimité, et MM. Violet, Dubost et Quoinat, nommés liquidateurs, par décision du 6 mai suivant. Le tout fut homologué par jugement du Tribunal de commerce, du 6 septembre 1 83 1 . Au moment de cette dissolution, on comptait environ 5o ou 60 porteurs d’actions, dont les plus importants étaient : MM. Jules Baroche, 64 actions; le baron Rode, 25; Desarcy, 20; Gaveau, 20; Guillot-Ponmairol, 10; Anselme Guillot, 27; Juge, 9; Letellier, 99; Millot, 60; L. Perrée et Guillot, 142; Léonard Violet, 40 2.
Il va de soi que cette acquisition, en un lot, de l’immense plaine de Grenelle, ne la fit pas immédiatement disparaître sous les constructions. Pendant longtemps encore la culture y conserva de larges espaces, et il y avait toujours des champs de blé en 1837. Nous l’apprenons, du moins, de Théophile Gautier qui , dans le post-scriptum d’une lettre adressée à
Arsène Houssayevers cette époque, lui écrit que, de la barrière des Bons-Hommes dont il habite les environs, il traverse la rivière à la nage pour aller chercher des Heurs dans les champs de Grenelle :
P. S. — Un peu plus, Gérard partait par ton carrosse, car il m’a dit qu’il allait à Senlis. Si tu le rencontres, dis-lui du bien de moi pour qu’il t’en dise du mal. Pendant que vous vous amuserez, ô coureurs d’aventures, je continuerai à ne rien faire, sous prétexte que je fais des vers, mais je vous prouverai à tous les deux que, sans aller si loin que vous, je suis en pleine nature. Ce matin, j’ai passé la Seine à la nage et je suis allé devers ma princesse, qui m’attendait de l’autre côté, cueillir des bluets dans les blés de Grenelle L
Une note manuscrite conservée dans les Archives de la Seine , contient d’intéressants renseignements sur l’immense aliénation de terrains dont il vient d’être question.
On y lit qu’en vertu d'un cahier des charges spécialement établi, les détenteurs de terrains, pour la construction des immeubles à édifier, étaient tenus d’employer les entrepreneurs de la Société, comme ceux-ci devaient s’engager à construire les immeubles du nouveau quartier à créer.
L’une des plus importantes rues de la nouvelle cité reçut, pour consacrer cet accord, le nom de rue des Entrepreneurs.
L’intention de M. Violet, âme de l’entreprise, était de créer là une agglomération de population bourgeoise, commerciale et industrielle qu’il baptisa, dès le début, du nom de Beau-Grenelle ou Beau grenelle.
Conjointement à cette société, une autre s’était aussi formée, anonyme, celle-là, au capital de 7 millions, pour la construction du pont de Grenelle, d’un port et d’une gare destinés
1. Les Confessions, par Arsène Houssaye. Paris, Dentu, 1 885, t. I, p. 355.
go
aux bateaux et marchandises. Les concessionnaires étaient également représentés par la maison de banque Perrée, Guillot et Léonard Violet.
Pendant les quatre ou cinq premières années, indique la note citée, ce fut un essor admirable de constructions dans la plaine de Grenelle. Il s’y fit pour plus de c5 millions de travaux, tant pour le port, le pont, les quais, que pour le nivellement des rues et les constructions des maisons les bordant. Puis, en raison d’une crise financière, prélude de la Révolution de i83o, coïncidant avec la formation de Grenelle en commune distincte, il y eut un arrêt, qui dura de 1827 à i835. De cette dernière année à 1845, la prospérité et le succès reprirent de plus belle, et l’on vit les maisons et les usines s’élever à raison de plus de cinquante par an. Les événements de 1848 et leurs conséquences devaient encore apporter un arrêt dans le développement de la jeune commune, arrêt dont le second Empire eut raison, et auquel succéda une période de prospérité qui dura jusqu’à l'annexion à Paris, en 18591.
M. Violet, nous l’avons dit, avait eu pour collaborateur, dans l’acquisition de la plaine et dans la fondation de Beaugrenelle, M. Letellier, comme lui entrepreneur de travaux publics, et qui avait déjà été son associé pour la construction du passage Violet, en 1824.
M. Letellier, né en 1789, était doué d’heureuses facultés, dit une note conservée aux Archives de la Seine, et d’un goût très vif pour les lettres, avec beaucoup de distinction naturelle. Marié avant d'avoir atteint sa majorité, il avait réalisé de très bonnes affaires dans le commerce, et s’était fait construire
1. Archives delà Seine. Collection Lazare (note manuscrite), t. XII, n* 2793.
une belle maison à l’encoignure de la place Violet, maison qui ne lui avait pas coûté moins de 3oo.ooo francs. Egalement. et dans une certaine mesure, fondateur de Grenelle, il y baptisa plusieurs rues dont l’une porte son nom. Il mourut en i8q3. Sa fille avait épousé M. Baroche, sénateur et ministre de la Justice sous le second Empire1.
On lira ci-dessous un extrait de son acte de décès :
Le 3 juin i8q3, devant M. Decan, maire du IIIe arrondissement, ont comparu Pierre-Jules Baroche. âgé de 40 ans, avocat, demeurant à Paris, rue Neuve-des-Petits-Champs, 89. gendre du défunt, et M. Jean-Baptiste Guiffrey, âgé de 5o ans, ancien notaire, demeurant à Paris, rue Hauteville. n° 1, neveu par alliance du dit défunt. Lesquels ont déclaré que Alphonse-Antoine-Aimé Letellier, âgé de 55 ans. propriétaire, né â Paris, époux de Claudine Pougeois, est décédé ce jourd’hui à 2 heures trois quarts du matin, en sa demeure à Paris, rue Hauteville, n° 1 2.
Un sieur Baron, pour alimenter en pain la nouvelle agglomération, avait conçu le projet, non réalisé croyons-nous, d’installer un vaste établissement de boulangerie et mouture, dont M. Deschamps, architecte, avait tracé le plan en 1826. La fabrique était destinée à contenir 40 fours à cuire le pain, et la mouture devait être faite au moyen de trois moulins à vapeur, dont deux de la force de 40 chevaux, et le troisième delà force de 5i. D’après ce plan, des constructions monumentales devaient se dresser dans une vaste prairie appartenant à M. Violet, située près de la barrière de Grenelle et du boulevard extérieur3.
1. Archives de la Seine. Papiers Lazare, lettre manuscrite non signée, t. LXVI, p. 1 io3.