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Archives de la Seine. Carton de Vaugirard. DG

A peine acquise, la plaine de Grenelle était lotie et partagée en rues et places par les soins de M. Herr, architecte-géomètre, dont le nom fut aussi, plus tard, donné à une rue. et qui habitait la localité de Vaugirard. Dans un plan de cette époque se voient les lots de terrain à vendre, au nombre de soixante et un. avec les surfaces et les prix. Les rues déjà ouvertes et indiquées sur ce document, sont les suivantes : Rues du Commerce, Violet, de Grenelle, Saint-Louis, de l’Eglise. d’Angoulème, du Marché, du Pont, Ginoux, Fondary, des Entrepôts, Letellier, Frémicourt, de Chabrol, place du Marché, place Saint-Louis, place Saint-Charles, place Beau-Grenelle, avenue Saint-Charles, avenue des Tilleuls, bois de la Rosière. Ce sont les seules rues tracées, avec l’indication des lots vendus. Celui qui recevra l’habitation de M. Violet, place de ce nom, ne porte pas de numéro1.

Disons, en passant, que cette création d’une ville nouvelle aux portes de Paris devait, au dire du Moniteur , servir d’exemple à Lyon. On lit, en effet, dans le n° du 24 juin 1826, l’information ci-après :

Une nouvelle ville s’est formée à Paris dans la plaine de Grenelle. La vaste plaine des Brotteaux a inspiré la même idée à des capitalistes Lyonnais; ils ont choisi le territoire des Charpennes pour y tracer la place d'une nouvelle ville, qui se nommerait Mont-Plaisir.

Dans son rapport du 7 avril i83i, le maire de Grenelle indiquait que six années auparavant, au moment de la création du quartier de Beaugrenelle :

Le territoire n’offrait qu’une vaste plaine dépouillée de toute habitation, même de toutes plantations. Livrée à la culture des céréales et des gros légumes, le cultivateur ne pouvait espérer de produits utiles que dans la partie basse avoi-

1. Plan du Nouveau Grenelle. Lith. de Cosnier et Renou, rue d’Lnghien, n“ (Musée Carnavalet).

sinant la Seine, ses sommités toutes sablonneuses pouvant à peine indemniser des frais de culture L

En 1847, la commune de Grenelle exploitait encore 4 hectares de terre ensemencés en froment; trois en seigle, quatre en orge, un en avoine, deux en pommes de terre.

Au moment de l’annexion à Paris, en 1859, d’après un questionnaire communal adressé en 1 858 à la mairie de la localité par la Préfecture de la Seine, la culture était réduite à un hectare planté en froment; un en seigle; quatre en orge et deux en avoine 2.

L’inauguration du quartier de Beaugrenelle, qui faisait toujours partie de la commune de Vaugirard, eut lieu dans une fête donnée par M. Violet, au centre même de la nouvelle région, le 27 juin 1824. Cette cérémonie fut commémorée par une plaquette imprimée sous les auspices de M. Fondary, maire de Vaugirard, et inspirée par lui. Nous en extrayons les renseignements suivants :

Il avait été décidé par M. Violet, désigné souvent dans la notice par l’appellation du Fondateur, avec un F majuscule, que cette inauguration débuterait par une fête spécialement affectée à la dotation d’une rosière, et à une distribution à tous les pauvres de la commune. La dot était de i.5oo francs, et la distribution de pareille somme.

Réglée de concert avec la municipalité de Vaugirard, la cérémonie fut présidée par son maire, M. Fondary.

A onze heures du matin la rosière était conduite à l’ésrli se et

y rendait le pain bénit, tandis qu’à une heure tous les pauvres recevaient, à la mairie, l’argent et les vivres promis.

A trois heures de l’après-midi le cortège se mettait en

marche, composé d’un détachement de gendarmerie à cheval; des tambours et de la musique de Vaugirard; de la rosière, ayant à ses côtés sa mère et deux demoiselles d’honneur, les deux filles de M. Fondary. M. le maire et M. Violet venaient ensuite, et après eux le Conseil Municipal. De chaque côté marchaient des jeunes filles vêtues de blanc, et le cortège était fermé par une double haie de gardes nationaux et de gendarmes à pied.

Ainsi composée, et défilant au milieu d’une population immense, la procession arriva sur la place Violet, où devait avoir lieu le couronnement de la rosière, et où avait été disposée une estrade à cet effet, destinée aux autorités et à la jeune héroïne de la fête.

M. Fondary, au nom de la Municipalité, prononça le discours suivant :

Messieurs, il est riche de bonheur et â jamais mémorable, le jour qui nous présente la fortune associée à la bienfaisance, et qui offre tout à la fois à notre admiration une cité naissante, le malheur secouru et la vertu récompensée.

Oui, Messieurs, sur cette plage inhabitée, nous verrons s’élever la retraite du citoyen paisible, l’atelier du fabricant, et les magasins du commerce; et ce grand résultat sera l’œuvre d’un seul homme !

Oui, en revoyant ces lieux, l’indigent se rappellera que sa peine y fut allégée, et il en bénira l’auteur.

Oui, la pudeur couronnée ne pourra fouler cette terre sans penser que la générosité y alluma pour elle le flambeau de l’Hyménée ; et son enfant au berceau bégaiera le nom du bienfaiteur.

Tant et de si grandes actions commandent sans doute la reconnaissance de tous, et la mienne en particulier, comme administrateur de cette commune; cependant, Messieurs, nos devoirs resteraient inaccomplis et notre gratitude serait imparfaite si nous ne la rapportions à la source première de ces biens; comment séparer la bienfaisance de la prospérité ; la prospérité de la paix, et la paix du règne heureux sous lequel nous avons le bonheur de vivre ? Aussi, Messieurs, célébrer les vertus, le bonheur et la paix, c’est nécessairement s’écrier: Vive le Roi !

Après ce discours, qui ne manqua pas d’être accueilli

comme il convenait par les acclamations des spectateurs, le document que nous citons fait connaître que la musique lit alors entendre « l’air chéri des Français » : Vive Henri Quatre, vive ce Roi vaillant.

Pendant l’exécution de ce morceau, « M. Violet, Fondateur », avait été chercher la rosière pour la présenter au maire, qui la couronna en prononçant ces paroles :

Et vous, Mademoiselle, que l'estime publique conduit ici, et que la bienveillance y accueille, recevez la récompense de vos vertus: entourée de vos compagnes, qui, sans doute, avaient les mêmes droits, vous banirez l’orgueil comme elles se défendront de l’envie. Seulement vos vœux et leurs mérites plaideront leur sort à venir devant la munificence qui vous couronne.

A cet instant la musique se fit de nouveau entendre, dans le bruit des bombes d’artifice tirées sur la place.

M. Violet décerna ensuite le prix, pour la joute sur l’eau, qui avait eu lieu pendant la distribution faite aux pauvres et la formation du cortège.

Une course en sacs, complément indispensable de toute fête champêtre à cette époque, fut alors courue après la cérémonie, et des prix décernés aux deux vainqueurs.

Le moment le plus attendu était alors arrivé : les invités passèrent dans une enceinte spéciale où, sous des tentes enguirlandées, avaient été servies cinq tables destinées à recevoir chacune cent personnes.

Pendant ces agapes familiales et édilitaires, M. Fondary porta au Roi et à la famille royale un toast qui fut accueilli aux cris prolongés de Vive le Roi. 11 en porta un ensuite à la rosière.

Ce fut, après, le tour de M. Violet, qui leva son verre en l’honneur de M. le maire ; et de M. le maire, qui but à M. Violet et au succès de sa vaste entreprise.

La brochure nous apprend que tous les convives repondirent avec enthousiasme à ces deux toasts, et que ceux auxquels ils étaient adressés devinrent successivement l’objet des félicitations unanimes de l’assemblée. Elle nous apprend encore : « qu’une semblable réunion, composée en grande partie de personnes appartenant aux classes les plus distinguées de la société, devait être signalée par des couplets analogues à la circonstance ».

Voici ceux qui furent chantés en l’honneur de la jeune rosière :

Air : Du Dieu des bonnes gens :

De l’innocence on couronne la tête ;

D’un prix charmant son front va se charger.

Gloire à celui qui fonda cette fête,

Au magistrat qui sait la diriger

Quand trop de gens laissent dans la détresse

Le malheureux par le sort abattu,

Heureux qui sait employer sa richesse,

A doter la Vertu, (bis)

Soldats Romains, la couronne civique, Récompensait jadis votre valeur ;

Jeunes auteurs, la palme académique Est à vos yeux le prix le plus flatteur. Nous ne pouvons, dans ce champêtre asile, Aux Arts, à Mars, présenter nos tributs ; Mais il est doux de fonder une ville En parant les Vertus, (bis)

De ce moment, pour vous, jeune Rosière, Le souvenir sera plein de douceurs ;

Dans les palais, comme dans la chaumière, La vertu seule a droit à vos honneurs.

Gardez ce prix, et dans votre famille,

Que vos enfans l’honorent à leur tour.

Et vous pourrez, au front de votre fille,

Le voir briller un jour, (bis)

AUBERGE DU « SOLEIL D’OR ” RUE DE VAUGIRARD, N» 2 Centre de la Conjuration, dite du Camp de Grenelle, en 1796

(Etat actuel).

Nous devons signaler qu'après ce dernier vers se trouve, sur la plaquette en question, la mention manuscrite : Paul de Kock.

Le fécond romancier était aussi l’auteur de la chanson composée en l’honneur de la fondation de Beaugrenelle, et qui fut, on le pense bien, également chantée en ce grand jour :

Air : Dis-moi, mon cher, dis-moi t'en souviens-tu ?

Fiers conquérans, qui ravagez la terre,

Qui dévastez les cités, les châteaux,

A vos grands noms, souffrez que je préfère Les noms de ceux qui fondent des hameaux. Dans nos sillons, lorsque Mars vous appelle, Vous commettez d’héroïques forfaits ;

Venez plutôt partager à Grenelle ) .

Les doux travaux des arts et de la paix )

Ne craignez pas que ma muse sévère Cherche à blâmer vos illustres exploits;

Si je gémis des horreurs de la guerre,

De la valeur je respecte les droits.

Mais, sans égards, une balle mortelle Vient arrêter vos funestes hauts faits ;

Venez plutôt partager à Grenelle )

Les doux travaux des arts et de la paix. )

Ah! trop long-temps vos homicides armes Ont de Bellonne assouvi les fureurs ;

Mais vos lauriers sont baignés de vos larmes, Et la pitié s'empare de vos cœurs :

Vous respectez la jeune Pastourelle ;

Dont la candeur rehausse les attraits ;

Venez, guerriers, venez tous à Grenelle ) .

Voir couronner les vertus et la paix. )

Appui du pauvre, ami de la sagesse Des bons Français l’exemple et l’ornement, Bon citoyen, je vois que la richesse,

N’est pas sur toi tombée aveuglément :

Nos magistrats sont dignes par leur zèle,

De seconder ton goût pour les bienfaits ;

Vos noms chéris, sur les murs de Grenelle , Rappelleront les douceurs de la paix.

Laisse siffler le serpent de l’envie ;

Sur tes travaux que peut sa faible dent ?

En vains discours l’absurde calomnie Exhalera son courroux imprudent :

Crois que le temps, dans sa marche éternelle, Respectera le bien que tu nous fais ;

Et d’âge en âge on viendra dans Grenelle Vivre à l’abri des arts et de la paix1.

Et la notice, que nous venons en grande partie de reproduire, termine ainsi la relation de cette cérémonie :

Ces couplets, parfaitement chantés, furent couverts des plus vifs applaudissements, et excitèrent un enthousiasme général dans l’assemblée, qui se réunit spontanément en groupe autour des chanteurs. Chacun voulait approcher davantage les personnes à qui ils étaient adressés ; chacun voulait unir sa voix à celle des chanteurs pour célébrer à l’envi le Fondateur de la cité naissante.

A cet élan d’effusion, où se peignaient d’une manière touchante les sentiments réciproques dont chacun était animé, succédèrent d’autres plaisirs.

On quitta le lieu du festin pour passer dans celui, préparé pour la danse, et où une vaste tente était disposée. Cet emplacement était très-brillamment illuminé.

A dix heures, un très joli feu d’artifice vint ajouter aux plaisirs des personnes invitées, et du public qui s’était porté en foule pour jouir de la vue de cette fête.

Le bal, parfaitement composé, fut très animé pendant toute sa durée, et ne se termina qu'au moment où le jour parut.

Cette esquisse rapide ne donnerait encore qu’une idée incomplète de la fête si l’on ne disait un mot de ses immenses accessoires.

Que! spectacle, en effet présentait la vaste plaine de Grenelle ? Couverte d’une multitude innombrable accourue de toutes parts et se livrant à des jeux de toutes espèces, il semblait qu’une colonie entière s’était créée spontanément, et comme

i. La brochure sur laquelle nous prenons ces notes appartient aux Archives de la Seine. Les deux strophes de la fin ont été bâtonnées et une main, qui était peut-être celle de M. Violet, a écrit les mots suivants : « Le fondateur était loin d’approuver l’encens des deux derniers couplets ». Ajoutons que la France littéraire , de Quérard, p. 309, indique que les couplets ci-dessus, sont de Paul de Kock.

par enchantement, sur cette plage où Pon n’apercevait naguère que le paisible agriculteur: et cependant, pour rappeler une idée déjà émise, ce spectacle immense était dû à l’impulsion d’un seul homme !

Mais, ce qu’il y a tout à la fois de plus étonnant et de plus heureux, c’est l’ordre admirable qui fut constamment observé ; c’est qu’on n’eût à déplorer aucun des accidens inséparables de réunions aussi nombreuses ; c’est qu’enfin tous ces plaisirs ne coûtèrent pas une larme. Ces heureux résultats sont dûs aux bonnes dispositions qui avaient été prises, à la vigilance active et soutenue que déployèrent M. le Maire et M. Violet , et surtout à la satisfaction qui régnait dans tous les esprits et se montrait sur tous les visages.

Le lendemain une fête nouvelle fut donnée aux ouvriers de l’entreprise ; un banquet de quatre cents couverts leur fut offert ; et la fête fut terminée par un bal ; l’ordre et la tranquillité y furent respectés comme la veillé ; et cette classe de la société ne le céda en rien à celle qui l’avait dévancéeL

Dans un : État général des sommes payées par M. Léonard Violet , à dater du mois de juin 1824 jusqu' au 3 1 juillet 1825, pièce manuscrite que veut bien nous communiquer Mme Boitel, petite-fille de M. Violet, nous trouvons le détail de la dépense occasionnée par la Fête de la Rosière du 27 juin 1824 :

A Desnoyers, traiteur, 6.000 fr. A M. Fondari, pour la Rosière, i.5oo fr. Affiches pour la fête, 100 fr. Musique, 160 fr. Feu d’artifice, 3 1 5 fr. Lance (joutes) 200 fr. Repas pour la lance, i5o fr. Illuminations, 6g5 fr. A. M. Fondari pour frais de la fête, 861 fr. A. Desnoyers, traiteur, i.65o fr. Salpêtre pour la salle de bal, 60 fr. Location d’une tente pour la dite salle, 120 fr. Timballes pour la lance, jb fr. Soit un total de 11.886 francs.

Dans le même document, il apparaît qu’une fête semblable fut encore donnée les 26 et 27 juin 1825, mais avec une notable économie sur la dépense :

En voici le détail :

Fête de la Rosière des 26 et 27 juin 1825.

Donné à la Rosière, 600 fr. Pour la lance, 274 fr. Timballe pour la lance, 40 fr.

1. Fête d'inauguration du Beau-Grenelle, commune de Vaugirard, donnée par M. Violet, fondateur, le 2 y juin 1824. A Paris, de l’imprimerie de Lebégue, rue des Noyers, n0 8, vis-à-vis le Marché des Carmes (Archives de la Seine. Collection Lazare, t. XJI (Beaugrenelle).

Feu d’artifice, 3oo fr. Illumination, 900 fr. Musique des Invalides, 1 32 fr. Musique Colinet, 240 fr. Invalides, 18 fr. Location et transport des chaises, 80 fr. Ouvriers employés aux préparatifs de la fête, 67 fr. 5o à M. Fondari, 289 fr. 3o. Total : 2.940 fr. 80.

C’est assurément en commémoration du couronnement de la rosière sur la place Violet, dont il vient d’être question, que les noms de Bois de lu Rosière , puis de rue de la Rosière , lurent donnés à une voie limitrophe de cette place. Peut-être y avait-il là un bosquet, sous les ombrages duquel la société s’était réunie?

Dans une pièce de la comptabilité de M. Violet, dont nous parlons plus haut, datée de 1824, les deux articles suivants semblent bien indiquer que le Bois de la Rosière était réellement planté d’arbres :

« Le 21 du dit (mars 1825) abatis d’arbres . . 941 fr. 44 »

<' Le 28 dudit, nivellement du bois de la Rosière. 3oo fr. »

On connaît, de la curieuse cérémonie ci-dessus relatée, une lithographie 18 X 12.de V. Adam, imprimerie Lemercier, rue Quincampoix, 38. Sur une place, la place Violet certainement, sont de nombreuses baraques de saltimbanques et de marchands forains, tandis que, sous une tente voisine, a lieu le couronnement de la rosière, avec procession et bannières déployées. Au fond, séparée par une grille, se voit la belle maison de M. Violet telle qu’elle est encore aujourd’hui, mais coiffée du belvédère qui la surmontait alors.

On verra plus loin comment cette construction fut convertie en caserne de pompiers.

Le texte de cette curieuse estampe est le suivant: Beaugrenelle , couronnement de la Rosière. En tète: Fêtes des environs de Paris .

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