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Musée Carnavalet et collection G. Hartmann

loi

En 1874, Ie samedi 27 juin, le cinquantième anniversaire de l’inauguration de Beaugrenelle fut aussi fêté solennellement devant le fondateur entouré de sa famille. Une brochure anonyme, consacrée à cette cérémonie, nous en rapporte les phases principales. Elle commence d’abord par indiquer le développement du nouveau quartier, appartenant alors à la commune de Vaugirard. En 1825, toutes les rues étaient tracées; en 1824 (c’est 1826 qu’il faut lire) le pont de Grenelle était construit; en 1827, l’Archevêque de Paris bénissait la première pierre de l’église que posait la duchesse d’Angoulême'; en 1 832 , on y officiait; enfin, en i8q5, la population s’élevait déjà à 14.000 habitants.

Donc, le 27 juin 1874, une messe en musique fut célébrée dans l’Église Saint-Jean-Baptiste de Grenelle, par l’abbé Lamarche, curé de la paroisse, à laquelle prirent part M. Duchesne et Mlle Clerh, de l’Opéra-Comique1.

Au premier rang des assistants étaient M.et MmeAmédée Violet, M. et Mme Patin, M. et Mme Paul Violet. Durant l’office, Mlle Valentine Boitel, arrière-petite-fille du fondateur, quêta pour les pauvres.

Après la messe, Jean-Baptiste-Léonard Violet, âgé de 84 ans, reçut à la sacristie une nombreuse assemblée dont M. Sextius Michel, maire du XVe arrondissement ; Léon Thomas, conseiller municipal de Paris ; Lesecq, ancien maire de Grenelle ; Lemoult, président de la société de secours mutuels ; l’abbé Charles, curé de Saint-Pierre de Chaillot, prédécesseur de M. l’abbé Lamarche.

Le soir, la famille de M. Léonard Violet offrait àsesinvités un banquet commémoratif dans lequel M. Sextius Michel dit

1. M. l’abbé Lamarche avait été décoré de la Légion d'honneur pendant la guerre de 1870.

une pièce de vers, dont nous donnons ci-dessous quelques extraits, composée par lui pour la circonstance, et dédiée au fondateur de Grenelle :

Certes, ce fut utile et ce fut glorieux De convertir la plaine en une ruche immense D’où surgirait un peuple, essaim laborieux : La misère finit où le travail commence

Ce qu’il fallut d’efforts et de persévérance Pour mener l’œuvre à bout, vos veilles, vos travaux, Je ne pourrais le dire, et nous savons qu'en France C’est après le succès qu’on obtient les bravos.

Donc, voilà cinquante ans que vous l’avez fondée, Cette ville après tout charmante, et qu’on verra Se transformer encor, par la Seine bordée,

Malgré le Champ de Mars, cet autre Sahara.

Ah! ne sentiez-vous pas vos peines consolées, Tandis que vous voyiez se peupler l’oasis,

Les maisons se grouper, les carrières comblées, Grenelle s’élevant dans les vallons choisis !

Cette fête du cinquantenaire, dit la brochure que nous consultons, devait avoir un lendemain se rapportant également à Grenelle. Le 28 juin 1874, en effet, était aussi inaugurée la maison de retraite ouverte à la vieillesse par Mlle Payen, dans sa propriété, 77, rue Violet, avec la présence de l’Archevêque de Sébaste. Dans le discours qu’il prononça à cette occasion, M. Sextius Michel rappela que la fondatrice de l’asile Anselme-Payen était la fille du grand savant, Anselme Payen, membre de l’Institut1.

M. Léonard Violet ne mourut pas dans le somptueux Châ-

1. La Cinquantaine fondation de Grenelle, 27 juin 1874, à Paris, imprimerie Gauthier-Villars, 1874, in-12, 22 p. ( Bibliothèque historique de la Ville de Paris, n" n.38g).

teau Violet qu’il s’était construit en des temps prospères et souriants, mais dans une maison plus modeste, située non loin de là, au n° 12 de la rue qui porte son nom. Il y termina une carrière honorable et laborieuse que la fortune, semblet-il, ne récompensa pas comme il eût été juste qu'elle le fît.

Sur l’extrait de son acte de décès, que nous devons à la bienveillance de M. le Chef des Bureaux de la Mairie du XVe arrondissement, se trouvent les renseignements suivants :

Jean-Léonard Violet, propriétaire, âgé de 90 ans, né à Saint-Germain-en-Laye (Seine-et-Oise), décédé à Paris, le 28 mars 1881, rue Violet, 12, fils de Léonard Violet et de Marie-Madeleine Melan1, veuf en premières noces de Marie- Anne -Victoire Fondanèche, veuf en deuxièmes noces (sans renseignements), veuf en troisièmes noces de Louise-Charlotte Denis.

Un grand journal parisien, la France , lui consacra l’article nécrologique suivant:

Le Patriarche de Grenelle. Il y a cinquante-six ans, un homme à l’esprit entreprenant et tenace, M. Léonard Violet, faisait dans la plaine de Grenelle, alors déserte et nue, l'acquisition d’immenses terrains dans le but d’y créer un village nouveau.

De nombreuses maisons s’y élevaient rapidement, en même temps qu’un pont se construisait sur la Seine, reliant Grenelle à Auteuil. On jetait les premières assises de la mairie, de l’église, du théâtre, du marché, d’un quai, etc. etc.

Bientôt la population se portait avec tant d’empressement sur ce point que Grenelle était érigé en commune. Trente ans plus tard, la commune devenue un vaste faubourg était réunie à Paris, dont elle forme aujourd’hui un des plus importants quartiers populaires comptant près de 40.000 habitants.

Donc, M. Léonard Violet a vu se réaliser son rêve, il a pu jouir pendant de longues années de la prospérité toujours croissante de son oeuvre. Car il vient de s’éteindre dans sa 91e année, en pleine possession de ses facultés intellectuelles,

1. Ce nom de Melan est une erreur, c’est Melin qu’il faut lire, d’après la tombe du cimetière, et d’après une lettre que nous avons reçue de la petite-fille de M. Violet (Voir aussi page 86 et note.)

et en récitant à ses petits-enfants les fables qu’il leur apprenait il y a plus de trente ans. Sa dernière parole a encore été un encouragement :

Travaillez, prenez de la peine,

C’est le fonds qui manque le moins.

M. Léonard Violet mort hier matin dans la modeste maison de la rue qui porte son nom, a été enterré aujourd’hui, au milieu de l’affluence considérable de toute la population de Grenelle, rendant ainsi un suprême hommage à son libéral patriarche i.

La sépulture de Léonard Violet n’est pas, comme on le pourrait croire, dans la petite nécropole de Grenelle, entourée de celles des premiers habitants qui l’avaient aidé à fonder une ville nouvelle. C’est au Père-Lachaise que repose, nous écrit sa petite-fille, Mme Boitel: «ce vieillard si modeste et demeuré si doucement philosophe après les heurts si cruels qu’il a subis dans son existence ».

On a vu sur l’acte de décès ci-dessus, que M. Violet était mort dans la maison située rue Violet, n° 12. Cet immeuble, dont il était propriétaire, existe encore aujourd’hui et n’a pas été modifié. Il serait venu y habiter vers i83o, en quittant son beau domaine de la place Violet, et à la suite du peu de succès de ses entreprises.

Nous nous y sommes présentés, et le propriétaire a bien voulu nous confirmer que c’était là, en effet, l’ancienne demeure de M. Violet. Mais alors il faudrait supposer qu’elle ait été reconstruite par lui, car elle ne date vraisemblablement que des dernières années du second Empire? C’est une jolie petite maison d’un étage au-dessus du rez-de-chaussée, avec grille sur la rue, jardinet devant et derrière, et quelques beaux arbres.

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